Cowboy, Angell: que valent ces vélos électriques ‘urbains’ ?

Par Mathieu Tamigniau dans Mobilité , le 19 mai 2021 12h27 | Ajouter un commentaire

Après Cowboy, jeune entreprise belge, place à Angell, son homologue français. J’ai roulé deux semaines avec ce vélo aux lignes très épurées, et voici mon verdict sur cette mobilité urbaine d’un nouveau genre.

Les tests de Mathieu: Angell, Cowboy… que valent ces vélos électriques très design destinés aux

Le marché du vélo est sur un petit nuage depuis quelques années. En plus de la demande naturelle, qui a toujours existé, s’ajoutent deux tendances persistantes. La première concerne les changements dans les politiques de mobilité urbaine: la voiture est de plus en plus bannie des villes, au profit des transports en commun et des pistes cyclables. La deuxième, c’est l’amélioration constante des batteries et des petits moteurs, qui a donné naissance à une catégorie à part: le vélo électrique, appelé plus justement VAE (Vélo à Assistance Electrique), un nouveau marché en plein essor.

Qui dit nouveau marché, dit souvent nouveau type d’acteur. Le vélo électrique, objet cool et urbain, colle très bien à l’esprit start-up. C’est comme ça qu’est né Cowboy, la success story belge dont je vous ai parlé il y a quelques jours.

Mais les Bruxellois ne sont pas les seuls sur le coup: nos voisins s’activent aussi. Il y a les Néerlandais (logique, c’est le pays du vélo) de VanMoof, et les Français d’Angell. Cette dernière entreprise a été fondée très récemment, et j’ai pu essayer durant deux semaines leur premier modèle de vélo pour « riders urbains » comme le mentionnent certaines campagnes publicitaires.

Son prix: 2.860€, sans accessoire.

 > Dans un récent épisode du podcast RTL TechTalk, nous avons évoqué les vélos électriques urbains <

Beau, assurément, et vraiment français

Le vélo Angell est vraiment bien dessiné. Il a look néo-rétro très réussi. Sa ligne est épurée, son cadre en aluminium est étonnamment assemblé: on ne voit pas les soudures habituelles entre les tubes, car tout est collé. Le designer Ora ïto a fait du beau boulot. Le vélo est vraiment français, ce qui est une prouesse actuellement: les éléments en alu sont fabriqués en fonderie à Vitrolles, l’assemblage du cadre et du reste a lieu dans différentes zones de France. Seul l’électronique, l’écran, le chargeur et d’autres petites pièces viennent d’Asie.

La batterie amovible prend la place du porte-bagage, une belle idée de design là aussi, surtout qu’elle intègre les feux arrière. Les jantes blanches 28″ et les pneus spéciaux Michelin Protek 700 x 35c contribuent au look rétro.

Enfin, le guidon légèrement incurvé comprend des clignotants aux extrémités des poignées, quatre boutons configurables et un petit tableau de bord.


Confortable ? Pas vraiment

L’ensemble, vous l’aurez compris, est très élégant tout en étant fonctionnel. Seul bémol, mais c’est assez personnel: la position de conduite est très ‘course’. J’étais assez bien penché en avant et le guidon est un peu étroit à mon goût. Il y a donc un confort de conduite que je trouve amoindri, on est loin de la position ‘assise’ d’un vélo traditionnel (dit ‘hollandais’).

De plus, pour ne pas gâcher ce beau design ni ajouter du poids, il n’y a aucun amortissement, la selle est assez fine et les pneus ne sont pas bien larges (37mm). C’est une machine pour la ville, me direz-vous. N’empêche, le moindre nid de poule, vous le sentirez bien passer.

Le vélo affiche un poids d’environ 16 kg quand la batterie est intégrée (elle pèse 2 kg), ce qui est relativement léger. Je n’ai pas eu de souci à le mettre dans un break tout seul (après avoir rabattu les banquettes arrière, évidemment).

Comment se contrôle l’assistance ?

Contrairement à Cowboy qui a choisi de ne pas vous laisser le choix, Angell vous permet de doser l’assistance du moteur électrique (situé dans le moyeu arrière, il développe 250W, avec un couple maximal annoncé de 50 Nm). Plusieurs options s’offrent à vous:

  • Fly Free: pas d’assistance. Dans ce cas, autant retirer la batterie pour trimballer 2 kg de moins.
  • Fly Eco vous aide à avancer jusqu’à 15 km/h. De quoi démarrer rapidement, mais si vous voulez aller plus vite, ce sera à la force des cuisses.
  • Fly Fast: c’est l’assistance maximale, et vous avez à peine besoin de pédaler. Jusqu’à 25 km/h, si vous faites tourner les pédales, le vélo avance presque tout seul.
  • Fly Dry: c’est celui que je préfère, car c’est le plus intelligent. Comme sur le Cowboy (dont c’est l’unique mode), Fly Dry détecte la puissance que vous mettez dans le coup de pédale. Si vous pédalez fort et vite, l’assistance augmente proportionnellement, toujours jusqu’à 25 km/h. Si vous pédalez doucement, l’assistance sera légère. Dans tous les cas, c’est une sensation intuitive et on roule à vélo « normalement », mais avec plus de facilité.



Un ordinateur de bord intégré, fausse bonne idée ?

Notez que, grâce à l’électronique et l’écran embarqués, vous n’êtes pas obligés d’utiliser l’application Angell et donc de créer un compte. Il suffit de créer un code PIN de 4 chiffres à entrer sur l’écran tactile, et vous déverrouillez le vélo pour l’utiliser.

Si vous utilisez votre smartphone et l’application, vous aurez en plus la navigation, assez pratique à utiliser (en plus des indications visuelles, il y a des vibrations sur le guidon pour vous rappeler de tourner à droite ou à gauche). Il faut également un smartphone pour profiter des options de suivi des trajets, de contrôle de la musique (forcément issue du smartphone), de configuration des 4 boutons, et surtout, la localisation à distance du vélo volé ou perdu.

Au final, je pense qu’Angell s’est compliqué la tâche par rapport à la concurrence directe (ce qui explique peut-être son prix plus élevé): autant laisser le smartphone et l’application faire tout le job avec, comme le propose le Cowboy 4, une fixation facile et sûre sur le guidon. Ce mode de fonctionnement est toujours plus fiable et facile à faire évoluer.

Autonomie: c’est moyen, sauf la mise en veille

Au niveau de l’autonomie, la petite batterie de 216 Wh permet une autonomie « moyenne » de 70 km avec assistance, selon le fabricant. Evidemment, tout dépend du niveau, vu qu’on peut la doser manuellement. En ‘Fly Dry’, j’ai parcouru environ 40 km sans trop me fatiguer, sur un parcours assez plat. Il restait 5% de batterie. Si vous roulez en Fly Fast, ce sera un gros 25 km (ce qui peut suffire en ville pour un aller-retour maison-travail). Si vous roulez en Fly Eco, effectivement, on doit pouvoir atteindre les 70 km annoncés par Angell. A noter que le Cowboy 4 promet 70 km d’autonomie avec assistance automatique, qui correspond au mode Fly Dry, mais je n’ai pas pu le vérifier.

Cependant, c’est en mode veille que l’autonomie de l’Angell me pose problème. A deux reprises, la batterie s’est déchargée en quelques jours dans mon garage quand je n’utilisais pas mon vélo. L’explication la plus évidente: la batterie principale recharge la batterie intégrée dans le cadre et qui permet de faire fonctionner l’ordinateur de bord à tout moment. Pour pouvoir être localisé en cas de vol, il semble que le vélo communique régulièrement sa position, via sa propre connexion 2G. Même en l’ayant éteint, il était possible, via l’application, de savoir où il se trouvait et quel était l’état de la batterie. Un peu comme un smartphone, donc, le vélo se décharge même sans être utilisé.

En conclusion, dans l’idéal, il faut retirer la batterie et la charger tous les soirs (ça prend un peu plus de 2h) et la remettre tous les matins, afin de pouvoir l’utiliser pour ses déplacements tout en pouvant le surveiller à distance.


Conclusion

De manière générale, j’ai apprécié mes petits tours avec l’Angell. C’est un outil de déplacement efficace pour tous ceux qui font des courtes distances, et je conçois tout-à-fait qu’en ville, on remplace une voiture ou un scooter par ce genre de vélo. En revanche, vu sa position de conduite et son confort relatif, ce n’est pas le vélo que je choisirais pour des balades de plusieurs heures, pour des « sorties vélos ».

L’Angell est assurément un bel objet, j’apprécie l’originalité du design et l’effort pour intégrer les feux arrière dans la batterie ‘porte-bagage’ et les clignotants dans le guidon. L’intégration de l’écran tactile et de quelques boutons a un seul avantage: pas besoin d’un smartphone et d’une application pour le déverrouiller et l’utiliser.

Au niveau de ses performances, on est plus ou moins dans le même ordre d’idée que ce que propose Cowboy, même si le vélo belge est un cran au-dessus.

Son prix, même s’il semble élevé à 2.860 euros sans accessoire (le Cowboy 4 est à 2.500 et le Van Moof à 2.000€), reste raisonnable pour un vélo électrique. En effet, en me promenant sur les sites de plusieurs revendeurs spécialisés, j’ai remarqué que les prix dépassaient souvent les 3.000 euros (sauf chez Decathlon où les prix débutent à 800€, mais j’ignore ce que valent vraiment leurs vélos au-delà de leur fiche technique un peu moins flatteuse que chez Angell et Cowboy).








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