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Mercedes se lance dans le 100% électrique avec… un SUV

Par Mathieu Tamigniau dans Mobilité, Pratique, Test , le 5 mars 2020 10h21 | Ajouter un commentaire

2020 et 2021 seront des années charnières pour la voiture électrique. Belle et performante mais impayable du côté de Tesla, elle va devenir accessible au grand public grâce à une concurrence nettement accrue dans les prochains mois.

La Renault Zoe (dont j’ai parlé dans cet article) et la Nissan Leaf ne seront bientôt plus les uniques reines du segment. VW arrive avec sa gamme I.D., Citroën vient d’annoncer un nouveau concept pour la ville (Ami), Peugeot est là avec sa e-208, Dacia a annoncé « la voiture 100% électrique la plus abordable d’Europe » pour 2021 avec la Spring. Bref, ça bouge dans tous les sens et vous allez, enfin, avoir une option raisonnable si vous envisagez de passer à l’électrique.

Mais tous les constructeurs n’ont pas la même approche. Le géant Mercedes, fabricant allemand premium, veut continuer à offrir un confort et des prestations dignes de sa réputation. « On ne veut pas choquer le client« , m’a confié un responsable communication de la marque en Belgique.

Raison pour laquelle la première voiture badgée EQ est la EQC, un SUV de 2,5 tonnes blindé d’équipements, dont le prix de départ frôle les 80.000 euros. Il est en réalité basé sur la plateforme du GLC, un SUV traditionnel auquel Mercedes a retiré le moteur thermique, la ligne d’échappement et un tas d’autres éléments, pour les remplacer par des batteries (80 kWh) et des moteurs électriques (un sur chaque essieu, même si c’est principalement en traction qu’elle avancera). Le look a tout de même assez bien changé (surtout la calandre), tandis que la hauteur de caisse a été réduite.

Pour être complet, sachez que la première Mercedes 100% électrique jouissant d’une plateforme entièrement nouvelle et dédiée à cette motorisation, sera la EQA, plus petite et légère, attendue à la fin de l’année 2020. Un concept qui aura un peu plus de sens en termes d’optimisation de l’énergie.

J’ai volontairement omis la tentative isolée de Mercedes en 2014, avec une Classe B électrique (conçue en partenariat avec Tesla) qui affichait 200 km d’autonomie et une charge pas très rapide…

Plutôt 300 que 400 km d’autonomie

J’ai roulé une semaine avec la EQC, et c’est forcément agréable. Le confort est digne des marques premium allemandes, la voiture est jolie (quelles jantes sur mon modèle de test) et on devine à peine que c’est un véhicule électrique (il y a tout de même des éléments de couleur bleue qui donnent un indice).

Ce qui m’intéresse le plus, c’est la motorisation électrique. Il y a donc 80 kWh de capacité dans les 650 kg de batteries logées à la place du moteur et quelque part sous les sièges. Mercedes revendique environ 400 km d’autonomie (cycle WLTP) si on parvient à atteindre la consommation moyenne de 22,2 kWh au 100 km.

Ce que je n’ai pas réussi à faire. J’ai pourtant roulé tout le temps en mode Eco, un peu en ville et sur le Ring de Bruxelles (max 100 km/h, souvent moins), durant quelques jours. Mais je n’ai pas fait mieux que 29,2 kWh. En roulant de la sorte, j’avais donc une autonomie totale plus proche des 300 que des 400 km. Il faisait 9°, bien entendu, et la voiture doit maintenir ses batteries à une température minimale, même à l’arrêt. Cela prouve néanmoins, une fois de plus (voir mon test de la Renault Zoe) qu’il y a une sacré marge entre l’autonomie annoncée et réelle, du moins en Belgique.

La recharge est forcément longue, surtout si vous n’avez pas accès à une borne rapide (DC). Voici ci-dessous le tableau fourni par Mercedes. On parle d’une recharge jusqu’à 80% car au-delà de ce niveau, l’intensité ralentit et la durée augmente fortement. Comme d’habitude avec une voiture électrique, il faut donc la recharger dès que vous pouvez: une course, au travail, chez vous, au restaurant. Bien entendu, les bornes ne sont pas encore très nombreuses ni très accessibles en Wallonie, il faut se renseigner ou utiliser le système de navigation.

Restons cependant logique: si vous voulez vraiment rouler « vert » et consommer le moins possible de kWh (derrière, il y a souvent des centrales nucléaires ou au gaz), il faut opter pour une voiture moins cossue, moins confortable, moins grande, moins lourde. Bien entendu, on se réjouit des options de sécurité (freinage d’urgence, assistances diverses à la conduite), mais le EQC, qui pèse 2,5 tonnes, n’offre même pas l’avantage d’être très spacieux. Le coffre assez haut est limité par une trappe (qui renferme câblage et autres espaces de rangement). C’est parfait pour les courses mais pour partir en vacances en famille, bonne chance.

Bien entendu, comme la plupart des voitures électriques modernes, si on écrase la pédale d’accélération, les sensations sont là et le démarrage très rapide. Mais après quelques minutes d’amusement, les batteries s’épuisent très vite…

Une conduite plus intelligente

Ce que j’ai fort apprécié chez Mercedes, c’est la gestion de la récupération d’énergie. Il s’agit, pour rappel, du fait de recharger (un peu) les batteries lorsque la voiture décélère. Sur la EQC, les palettes au volant ne servent pas à passer les vitesses (il n’y en a pas sur les moteurs électriques, de tout façon). Elles permettent d’accentuer ou de réduire la récupération d’énergie, qui va de — à ++ en passant par le mode Auto (ça se voit à côté du sigle D indiquant le mode de la boite de vitesse automatique, voir ci-dessus). C’est nettement plus simple que de commencer à chipoter dans les menus.

Vous avez donc tout le loisir de doser à votre goût la manière avec laquelle la voiture « freine toute seule » lorsque vous relâchez la pédale d’accélération. C’est une nouvelle manière de conduire, dont j’ai déjà parlé, et qui permet de grappiller quelques kilomètres d’autonomie par-ci, par-là.

Et le mode Auto, alors ? C’est lui le plus malin. Il se base sur différents critères pour réduire ou accentuer automatiquement la récupération d’énergie, notamment sur le parcours issu de la destination entrée préalablement dans le système de navigation (dénivelé, etc). De plus, ce mode utilise les caméras et radars pour être plus efficace. Exemple: si vous relâchez la pédale avant un Stop, un feu rouge ou simplement une voiture à l’arrêt devant vous, la récupération (et le « freinage ») va être importante. Mais si vous êtes sur l’autoroute et qu’elle est dégagée, la récupération va être quasi nulle, laissant aller la voiture sur sa lancée sans la freiner inutilement (car cela nécessiterait de ré-accélérer par la suite, ce qui serait contre-productif).

Les plus :

  • C’est un SUV Mercedes: solide, look soigné, confort optimal, accélérations immédiates
  • La récupération d’énergie paramétrable au volant

Les moins :

  • C’est un SUV Mercedes: il pèse 2,5 tonnes sans offrir un très grand espace intérieur, donc les 80 kWh de batterie (650 kg !) ne m’ont offert que 300 km d’autonomie
  • Durée de recharge de la batterie: jusqu’à 50h environ à la maison pour atteindre 100% !