Les smartphones peuvent-ils vraiment remplacer un appareil photo reflex ?

Par Mathieu Tamigniau dans Images et son, Test , le 17 mai 2019 11h44 | Ajouter un commentaire

La qualité des lentilles augmentent, les processeurs de plus en plus performants permettent à la partie logicielle de combler une partie des défauts: les smartphones haut de gamme font tomber les barrières techniques pour devenir de véritables appareils photos. Que reste-t-il aux reflex ? On en a parlé avec Canon, qui vient de sortir un appareil photo à destination du grand public. Un pari osé en ces temps de récession…

Il y a quelques semaines, la marque chinoise Huawei, qui se rapproche année après année de la première place des vendeurs de smartphones dans le monde, a sorti un P30 Pro qui prétend ouvertement envoyer aux oubliettes les appareils photos traditionnels.

Une affirmation risquée mais qui dans les faits (voir mon test), ne semble pas loin de la vérité, dans certaines conditions du moins.

Canon à contre courant ?

Afin de discuter de nos impressions, nous avons convié un expert de chez Canon, une des références historiques de la photographie, et qui vient justement de commercialiser un nouvel appareil photo reflex à destination du grand public : l’EOS 250D. Le fabricant dit qu’il est « le DSLR des familles, facile et amusant ».

Une telle sortie peut sembler étonnante vu que le grand public utilise son smartphone, et que le monde professionnel est clairement la meilleure source de revenus, avec des appareils vendus des milliers d’euros. Or on le sait : les ventes de reflex sont en chute libre chez Canon (comme ailleurs): moins 25% en un an, il est donc primordial de maximiser les marges et non les volumes…

L’EOS 250D coûte 549€ sans optique. Comptez une centaine d’euros de plus pour un kit. Alors, Canon nage-t-il à contre courant ?

« On veut être le partenaire d’image à vie, on est là où le smartphone a ses limites et on pense à ce que l’utilisateur pourrait faire plus tard avec ses photos : être créatif (dans la retouche par exemple) ou en imprimer certaines. On pense également à ceux qui veulent une gamme d’optiques à disposition. Bref, on est là pour aller plus loin », nous a expliqué Joachim Devedeleer, spécialiste produits chez Canon.

Qu’est ce qu’il y a de mieux dans un reflex ?

On a passé une semaine avec l’EOS 250D, essayant de prendre les mêmes photos avec un smartphone haut de gamme. Et on a sans surprise remarqué beaucoup de différences.

Les premières sont liées à la prise en main et l’ergonomie. Grâce à sa forme typique, le Canon tient très bien dans la main tout en étant étonnamment léger (Canon a veillé à ce poids réduit pour qu’il ne soit un frein pour personne). Viser à l’œil est tellement naturel, tout en tenant l’objectif pour zoomer et en appuyant légèrement sur le bouton pour faire ou refaire la mise au point. On avait presque oublié cette sensation de maîtrise totale de la prise de vue.

La suite, c’est bien sûr la qualité d’image. La première chose qu’on a remarquée n’a rien à voir avec la définition (les smartphones proposent jusqu’à 48 MP). Il s’agit de ce qu’on peut appeler « le rendu » ou « le piqué ». Des manières de dire que l’image, au-delà de la précision, des couleurs ou des détails, est « photogénique ». Bref, c’est beau…

Ensuite, on a vu une sacrée différence sur un des effets très recherché par les fabricants de smartphone: le « bokeh ». Il s’agit du principe visant à laisser bien net l’objet principal, tout en floutant l’avant et/ou l’arrière-plan. Pour faire simple, depuis quelques années, les smartphones, parfois en multipliant les capteurs (certains servant alors à détecter la profondeur) ou en faisant bosser des algorithmes de reconnaissance d’image au niveau logiciel, parviennent à appliquer cet effet. Avec plus ou moins de précision sur les contours de la cible nette: parfois, ça semble découpé au ciseau.

Avec un reflex de la qualité de l’EOS 250D couplé à un objectif standard 18-55mm, l’effet bokeh n’est pas recherché, il est naturel. En mode automatique, si vous faites la mise au point sur un visage ou un objet, les autres plans seront floutés mais de manière progressive et subtile. Ça donne évidemment nettement mieux.

Ensuite, il y a bien entendu la prise de photo dans des conditions de faible luminosité. Ici, ça se complique, car les constructeurs de smartphone, Huawei en tête, ont tellement bien bossé que les « mode nuit », surtout sur le P30 Pro qui nous a servi de comparaison, font souvent des miracles. Comme le dira notre interlocuteur, « c’est le logiciel qui prend le relais dès que la lumière diminue« . Mais si le logiciel est bon et si les trois capteurs travaillent ensemble à des degrés d’exposition différents, ça ne fonctionne pas si mal.

Cependant, comparé à la plupart des smartphones du marché (les prix moyens tournent autour des 300€), l’EOS 250D est nettement meilleur dès qu’il fait plus sombre. Et surtout, à nouveau, c’est naturel, ce n’est pas extrapolé par le smartphone. Au risque de se répéter, c’est plus « photogénique ».

Pourquoi le reflex est-il encore meilleur ?

Tout est lié à la taille du capteur, en fin de compte. « Il s’agit de ce petit carré qui se cache derrière les miroirs, quand on ouvre un reflex pour mettre l’objectif on peut le voir », nous explique Canon (voir photo ci-dessous). Sur l’EOS 250D comme sur la plupart des reflex, il s’agit d’un capteur APS-C dont la taille est de 25.1×16.7 mm (environ 4/3 de pouce). Sur les smartphones et sur la plupart des appareils photo compacts, il est plus petit, généralement 1/2 pouce, voire moins.

« En fait, le capteur est plus grand, donc il prend plus de lumière, pour faire simple ». De quoi mieux se débrouiller quand il fait moins lumineux. Et pour l’effet bokeh, c’est une question de capteur, à nouveau, mais aussi une histoire de physique au niveau de la superposition des lentilles dans l’objectif. Sans entrer dans les détails techniques, cela permet « naturellement » au reflex de décomposer la profondeur de champs.

Conclusion

Oui, avoir un reflex a encore du sens en 2019, pour tous ceux qui veulent des photos naturelles, authentiques, réussies dans pratiquement toutes les circonstances. L’EOS 250D de Canon s’avère un bon compagnon pour cette pratique, car il est très accessible (avec de nombreuses explications à l’écran), très léger pour une prise en facile par tout le monde, et surtout parce qu’en mode automatique, on a réussi de très beaux clichés. Si vous imprimez souvent des photos, ça vaut également la peine d’investir un peu.

Se pose tout de même la question de ceux qui ont investi près de 1.000 euros dans un smartphone haut-de-gamme aux qualités photographiques exceptionnelles (Huawei P30 Pro, Samsung Galaxy S10, etc). Pour ceux-là, la différence de qualité des photos est moins vite perceptible, même si elle est bien réelle, on l’a constatée. Investir dans une kit à 650€ se justifie un peu moins.

Mais il ne faut pas oublier la sensation de maîtrise, le feeling ‘photo’ que procure la prise en main d’un reflex. La visée à l’œil, la main sur l’objectif pour doser le zoom, ça reste la meilleure manière de prendre des photos. Et surtout, ça vous met dans une position de photographe, ça vous inspire. Une madeleine de Proust (pour les plus de 35 ans…)

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