Cette application a permis d’ouvrir 10.000 boutiques en une nuit

Par Mathieu Tamigniau dans Images et son, Pratique , le 6 janvier 2015 17h18 | Ajouter un commentaire

Actuellement, la grande majorité du commerce en ligne s’effectue via un ordinateur. Mais à l’heure où le smartphone est en train d’accomplir de plus en plus de tâches de la vie de tous les jours, il se pourrait bien qu’il devienne le moyen de paiement numérique N.1 dans les mois (années?) à venir. Explications et interview d’un Belge impliqué dans un projet très ambitieux.

Un constat empêche tous les e-commerçants de dormir depuis plusieurs années: 70% des gens qui sélectionnent des produits sur des sites marchands comme Amazon.fr, ne valident pas leur panier.

La plupart des gens passent donc beaucoup de temps à chercher et choisir quelque chose qu’ils souhaitent acheter, mais pour différentes raisons, annulent tout lors du paiement. Indécision, manque de confiance dans les moyens de paiement du site (on hésite parfois à laisser trainer ses coordonnées bancaires), etc… Ou tout simplement, votre carte de crédit est dans votre portefeuille, et vous avez la flemme de vous lever pour aller la chercher.

Seuls les mastodontes du secteur, comme Amazon et Zalando (les deux plus importants webshops en Belgique, selon la récente publication BeShopping), peuvent se permettre d’avoir une application mobile et des structures informatiques suffisamment efficaces pour amener les gens à utiliser leur smartphone afin de trouver puis acheter effectivement des produits chez eux.

Pour les autres, il faut se contenter des 30% qui valident le panier…

 

Un intermédiaire puissant

Mais il y a peut-être une solution intelligente qui est en train de se mettre en place, et dont le potentiel est immense. Son nom: PowaTag. Son crédo: « Libre d’acheter où vous voulez, quand vous voulez ».

Le principe semble pourtant déjà vieux: un code QR (ces petits carrés noirs et blancs) scanné avec un smartphone lance une action, la plupart du temps un site web via le navigateur. En un sens, PowaTag est comme Apple: il prend un concept qui existe déjà, le repense complètement et le rend facile et agréable à utiliser.

L’idée de base est de servir d’intermédiaire entre l’acheteur potentiel et le magasin en ligne. Au lieu qu’un code QR vous renvoie vers le site web souvent mal foutu où vous devrez entrer votre adresse et les détails de votre carte de crédit, les « tags » de PowaTag se font à partir de l’application.

 

Pas de perte de temps

Et celle-ci ouvre directement la page du produit désiré. S’il s’agit d’un vêtement, il reste à choisir la taille et ensuite, on achète, toujours via l’application qui a enregistré lors de l’inscription votre adresse et les détails de votre carte de crédit.

« L’acheteur gagne beaucoup de temps. D’habitude, avec un code QR, on est envoyé sur un site marchand, où il faut s’inscrire et entrer de nombreuses données, toujours les mêmes en plus. Avec Powatag, tout est simplifié et transparent« , nous a expliqué Geert Berckmans, le Belge qui est responsable de l’entreprise pour l’Europe et le Moyen-Orient.

Et il s’agit bien d’un intermédiaire car le paiement se fait directement sur le compte du commerçant, l’application n’étant qu’une interface différente et simplifiée du site ciblé.

 

« Plus de 10.000 boutiques ouvertes en une nuit »

L’idée plait tellement aux distributeurs que la chaîne française « Comptoir des cotonniers », qui vend des vêtements et des accessoires de mode, a servi de projet pilote.

« Ils ont fait toute une campagne d’affichage ou chaque panneau dans la rue était une boutique. Leur slogan était : ‘Plus de 10.000 boutiques ouvertes en une nuit’. Car sur chaque publicité, il y avait des produits et des tags de PowaTag, qui permettaient aux clients qui scannaient d’acheter dans la rue, dans la station de métro, en quelques secondes. On a appelé cela le fastshopping ».

Les commerçants traditionnels n’ont donc visiblement pas peur de vider leur boutique pour envoyer tout le monde sur l’e-commerce… « Ils vivent avec leur temps, et constatent les habitudes changeantes des clients ».

 

Eduquer les gens

On a tous compris l’idée, et elle est bonne. Elle nous ferait indéniablement gagner du temps, « et pour les entreprises, c’est un incroyable moyen de collecter des statistiques sur ses clients (qui a acheté quoi, où, quand, comment) ».

Reste à convaincre les gens de télécharger l’application, et les commerçants d’utiliser le concept. Tout se met en place depuis quelques mois. « La télévision italienne RAI, par exemple, va faire la promotion pour nous auprès de leurs annonceurs ; et récemment, en France, Carrefour a utilisé notre système pour que les gens puissent faire un don au Telethon dans leur magasin – ça simplifie tellement la procédure pour ceux qui veulent donner« .

 

Conclusion

PowaTag est à la fois brillant et effrayant. Il facilite grandement le paiement via smartphone – des appareils de plus en plus utilisés – mais il surfe également, sans se cacher, sur notre propension à être des acheteurs compulsifs.

« Clairement, on joue sur l’impulse« , reconnait l’entreprise. C’est d’ailleurs son argument principal auprès des marques: il faut profiter de l’effet immédiat d’une publicité pour faire passer le consommateur à la caisse. On pousse donc à l’achat impulsif, celui qu’on regrette parfois quelques minutes plus tard. « Mais il y a des législations en Europe qui garantissent un droit de rétractation« , argumente-t-on chez PowaTag. Sauf qu’on n’annulera pas l’achat, car au fond, on en a vraiment envie, même si ça n’est pas raisonnable. On se contentera de regretter…

On ne doute donc pas du succès de PowaTag en 2015. « Le patron, Dan Wagner, très connu en Angleterre, a levé 125 millions de dollars d’investissement aux Etats-Unis« . Ce qui est généralement la garantie d’un certain succès.

Il est vrai que le projet peut rapporter beaucoup d’argent: « pour chaque tag qui donne lieu à une transaction, on reçoit 30 centimes environ« , a conclu M. Berckmans.

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