Epson EcoTank: l’imprimante qu’on devrait tous acheter, mais on ne le fera pas…

Par Mathieu Tamigniau dans Pratique, Test , le 8 décembre 2014 12h14 | Ajouter un commentaire

Le fabricant japonais Epson a volontairement fixé un prix très élevé pour sa nouvelle imprimante qui utilise des récipients rechargeables à l’aide de bidon d’encre bon marché. On a tenté de comprendre pour quelles raisons le grand public va sans doute passer à côté d’un produit qui devrait pourtant remplacer toutes nos imprimantes…

Le petit monde de l’impression sur papier n’est pas forcément le plus remuant et le plus innovant. Et pourtant, depuis des dizaines d’années, la plupart des ménages se doit d’en posséder une. Pour imprimer un billet d’avion ou une recette, pour les devoirs des enfants, pour l’envoi d’un colis, etc…

Et il est probable que, au regard de votre faible usage (« quelques pages par mois »), vous ayez opté pour une solution bon marché: une imprimante jet d’encre couleur à 50€ environ, que l’on branche quand on en a besoin. Les plus à la pointe d’entre vous, ou ceux qui consomment davantage, ont sans doute opté pour un modèle « laser » équipé du Wi-Fi (environ 100€), qui permet d’imprimer plus sans changer de cartouche, et sans devoir relier le câble USB.

Vous pensez tous faire, plus ou moins, une bonne affaire. Et bien détrompez-vous…

 

Les consommables, un gouffre financier

Car, vous l’avez remarqué, quand il s’agit de remplacer ses cartouches, on tire souvent une drôle de tête. « 15€ pour un petit bout de plastique rempli d’encre ? », « 40€ pour un toner (imprimante laser) qui promet 1.000 pages mais n’en fait que 400? ». Bref, on a l’impression de se faire avoir. Et la vérité n’est pas loin.

Beaucoup de constructeurs ont volontairement baissé le prix des imprimantes (qui, sans doute, à frôler la perte), sachant qu’ils allaient très bien gagner leur vie sur les consommables, ces précieuses cartouches d’encre. Et comme les gens n’ont pas le choix, et que certains commencent à avoir une conscience écologique qui les empêche de se débarrasser d’un appareil en parfait état de marche, ils passent à la caisse, et hurlent sur les enfants qui impriment une photo.

 

Des réservoirs et des bidons, tout simplement

Epson ne se cache pas: le constructeur japonais, dont les imprimantes et les projecteurs représentent le marché principal, vend aussi des modèles à (très) bas prix, se rattrapant sur les cartouches.

Mais si on évoque ce fabricant, c’est parce qu’il a un sacré lapin dans son chapeau. Son système « EcoTank » pourrait vous faire gagner beaucoup d’argent. Il est pourtant d’une simplicité étonnante.

Au lieu d’avoir des cartouches, il y a des réservoirs. Et au lieu d’aller acheter de nouvelles cartouches, vous les remplissez avec les bidons fournis (un bleu, un rouge, un jaune et un noir). « De quoi tenir au moins deux ans pour un ménage avec une consommation normale », nous a expliqué Dominic Schouterden, un des managers d’Epson Belux, lors d’un point presse en banlieue bruxelloise.

Pour être concret, vous pourrez imprimer 4.000 pages en noir, 6.500 pages en couleur. Et après deux ans, pour tout remplir, il suffit d’acheter des bidons à 10€ pièce.
Selon le communiqué de presse d’Epson, cela équivaut à une économie de 65% par rapport aux traditionnelles cartouches.

 

Il y a un mais…

En voilà une bonne nouvelle. On va tous pouvoir faire des économies, alors ? Non, hélas, car les deux modèles d’imprimantes présentés (la L355, avec un simple scanner par-dessus, et la L555, avec fax et avaleur supplémentaires) sont très chers. 299€ pour le petit modèle, 399€ pour le grand. « Un investissement rentabilisé très rapidement à partir de 100 pages par mois, et qui est écologique: pas de cartouches à recycler, pas de trajet au magasin, etc« , selon Epson.

Mais ces arguments vont-il suffire pour vous convaincre à passer à la caisse ? Pas sûr… D’autant qu’il faudra les trouver, ces imprimantes. « On va les mettre dans les magasins spécialisés, comme Selexion, pour que les vendeurs puissent prendre la peine d’expliquer la différence de prix ».

 

Des copies-conformes

Car en effet, ces imprimantes sont des copies-conformes des modèles à bas prix d’Epson. Ce qui ne plaidera pas à leur faveur dans les rayons…

« Si le client voit une imprimante à 50€ et une à 299€, dont la seule différence visible est le réservoir d’encre et les bidons, on sait laquelle il va acheter », a directement avoué M. Schouterden. Il a sans doute raison: même si vous savez qu’après quelques centaines de pages, vous êtes gagnant, il est difficile de débourser 300€ pour une « bête » imprimante. A la limite, le modèle avec fax et avaleur a plus de chance de réussir, car il se rapproche d’un « multifonction » haut-de-gamme.

 

Pas plus cher à fabriquer !

Epson a été honnête: l’imprimante avec bidon ne coûte pas plus cher à produire que celle avec les cartouches. La technologie est globalement la même, et d’ailleurs, après l’avoir examinée à la rédaction durant quelques jours, le fonctionnement est identique, tout comme la qualité d’image (d’ailleurs relativement moyenne si on regarde de près).

Au lieu d’avoir un rac de cartouches fermées à usage unique, c’est un rac des cartouches reliées à des réservoirs disposés sur le côté, et que l’on remplit dès qu’ils sont vides.

 

De l’auto-concurrence

Mais alors, pourquoi cette imprimante coute-t-elle 6 fois plus cher ? C’est une question de stratégie, tout bêtement. Epson ne peut pas se tirer une balle dans le pied en proposant un produit qui concurrencerait, voire anéantirait immédiatement, les ventes de ses autres propres produits. Du coup, il le vend nettement plus cher.

Cela vaut pour les petites imprimantes pour particuliers, les moyennes pour les PME et les grosses pour les entreprises, ces dernières ayant d’immenses réservoirs d’encre.

 

Epson est prêt…

Mais alors, si les petites cartouches traditionnelles d’Epson rapportent plus, pourquoi mettre au point une technologie qui risque de bouleverser le marché ?

La première réponse que l’on a pu déduire de la conférence de presse, c’est qu’Epson est prêt au cas où la concurrence propose ce genre de produit. Et c’est lui qui l’a inventé, donc il gardera sans doute un coup d’avance. Mouais, sans doute

L’autre réponse, et celle-là est plus une devinette, c’est que HP détient 50% du marché belge, et Canon 25%, tout comme Epson. Ces petits bidons seraient, à notre avis, un sacrément bon moyen de faire voler en éclat un marché qu’il ne domine clairement pas. Et pour cause : Epson a « boudé » la Belgique durant quelques années, quand il a fallu inclure une taxe Reprobel dans chaque imprimante vendue.

Qui sait si le Japonais ne prépare pas une grosse offensive ? En tout cas, elle serait payante, soutenue par une bonne campagne publicitaire.

Terminons sur une notre positive, de la bouche d’un des managers d’Epson: « Si le marché évolue, si la concurrence fait la même chose, les prix pourraient baisser« . On n’attend que ça.

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