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BlackBerry nous refait le coup du clavier: Q10 ou Q5 ?

Par Mathieu Tamigniau dans Mobilité, Test , le 9 août 2013 15h52 | Ajouter un commentaire

BlackBerry va mal, et c’est un euphémisme. Avec 1,1% de part de marché (statistique portant sur les trois derniers mois, aux Etats-Unis), le pionnier du smartphone n’a jamais vendu aussi peu d’appareils…

Et pourtant, comme on l’a dit lors de la sortie du Z10 (le premier modèle entièrement tactile de la marque), BlackBerry OS 10, complète refonte du système d’exploitation, a d’excellents arguments pour convaincre ceux qui cherchent une alternative à Android et Apple, les deux mastodontes du secteur (voir le test complet du Z10).

 

Retour aux sources

Si BlackBerry a cédé aux sirènes du tactile, il n’a pas oublié ses racines: clavier à touches azerty, format « carré » de l’écran. Ces racines, on les retrouve dans les derniers modèles de la marque, qui sortent bientôt en Belgique: le Q10 (environ 545€) et le Q5 (environ 380€). Les différences entre les deux modèles sont surtout esthétiques. Sachez tout de même que le Q5 est légèrement moins rapide (mais ça ne se sent pas à l’usage), que son appareil photo très moyen est de 5 au lieu de 8 MP, qu’il embarque 8 Go de mémoire contre 16 pour le Q10. Les deux modèles sont équipés d’un port pour carte mémoire de type micro-SD.

Il s’agit donc, pour les puristes, des seuls (derniers?) vrais BlackBerry, ceux équipés d’un clavier physique, qui manque cruellement à certaines personnes. Surtout les aficionados de la marque canadienne, en réalité.

 

Utiles, les touches ?

Mais des « vraies » touches, est-ce encore utile en 2013 ? Vue la qualité des claviers tactiles actuels, on est tenté de dire non. Et pourtant… à l’usage, après quelques mails et quelques SMS, on remarque plus de précision, et moins de fautes de frappe. Il est facile, avec un pouce un peu épais, d’effleurer le « o » plutôt que le « p » sur un écran tactile. C’est plus dur avec des touches, surtout lorsqu’elles sont intelligemment profilées « à la BlackBerry ».

Pour autant, ça ne me semble pas plus rapide que le clavier des Windows Phone, par exemple. Celui des Nokia Lumia, avec ses grandes touches, ses suggestions intelligentes qui tiennent compte de l’historique de frappe, et ses corrections automatiques bien pensées, reste un modèle d’efficacité.

 

Drôle de format

A mes yeux, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Je m’explique: le format « carré » (720 x 720 pixels) imposé par la présence des touches des Q10 et Q5, c’est plutôt handicapant. Les applications, les jeux, les photos, les vidéos… tout est prévu pour du 16:9 ou du 9:16. Du coup, sur l’écran « 9:9″ des Q10 et Q5, c’est souvent bizarre. Parfois, même, ça plante: c’est le cas avec l’une des rares applications de résultats de football (The Fooball App), qui cache les détails des rencontres: on ne sait pas qui a marqué…

Et cet handicap, entre nous, l’avantage (discutable) du clavier physique le fera difficilement oublier.

 

Deux gros problèmes

Parallèlement à cette histoire de clavier et de format, qui est surtout une histoire de goût et d’habitude, il y a deux gros bémols qu’il est indispensable de mentionner: le prix élevé (380€ pour un smartphone à la finition moyenne et à l’appareil photo faiblard) et le manque flagrant d’applications.

Malgré les promesses (« toutes les applications Android peuvent être disponibles sur le BlackBerry World« ), on reste toujours sur sa faim lorsqu’on lance la boutique d’applications. Pas de Spotify ni de Deezer, pas d’applications des banques belges, pratiquement aucun jeu connu, à part l’excellent « Angry Birds Starwars », gratuit qui plus est. Il y a encore un énorme travail à fournir, de la part de BlackBerry, pour convaincre les développeurs (mais avec 1,1% de PDM, c’est chaud) de s’intéresser à son « World »…

Un travail indispensable, long, difficile… mais pas impossible. Microsoft, grâce au succès des Nokia Lumia surtout, remonte la pente et comble progressivement son retard sur iOS et Android, en matière d’applications et de part de marché. L’un appelle l’autre, bien entendu. Plus il y a d’applications, plus l’OS va attirer les acheteurs. Et plus il y a d’acheteurs, plus les développeurs auront tendance à développer des applications… C’est un cercle vertueux pour Windows Phone, vicieux pour BlackBerry (pour l’instant).

 

Où est le « petit plus » ?

Mais ce qu’il manque sans doute le plus au constructeur canadien, c’est ce « petit plus ». Nokia s’est concentré sur la qualité de photos, avec des capteurs toujours plus performants, et sur la largesse de la gamme, avec des appareils corrects à 179€. Ces deux qualités ont attirer de nombreux acheteurs, qui ont eux-même attirer les développeurs.

Si BlackBerry ne trouve pas son « petit plus » qui séduira un grand public devenu sceptique à son égard, ça n’ira pas. Et l’OS des Z10, Q10, Q5 et bientôt A10, aussi rafraîchissant et agréable à utiliser qu’il puisse être, ne suffira pas. Pourtant, ces smartphones sont attachants. On aime les manipuler (surtout le Q10, très bien fini), on aime le « Hub » qui rassemble toutes vos communications sur un écran, on aime le côté original (il y en a peu, des BlackBerry nouvelle génération).

On souhaite donc qu’il arrive au Canadien ce qui arrive actuellement à Nokia et Microsoft.