Test: le Z10 peut-il sauver BlackBerry ?

Par Mathieu Tamigniau dans Mobilité, Test , le 21 mars 2013 12h21 | Ajouter un commentaire

BlackBerry fait partie de ces marques, au même titre que Nokia, qui ont marqué les grands débuts du GSM, puis du smartphone. A l’époque, avec un abonnement spécial BlackBerry, vous pouviez recevoir vos mails instantanément sur votre (petit) smartphone. Le mot « push » était une révolution: au lieu de relever vos mails, on vous signalait quand ils étaient arrivés. Vu la faiblesse des connexions « 1G » de l’époque, il fallait compresser le message pour qu’il soit le plus léger possible (quelques octets…): éliminer les images, limiter les mises en page et les jeux de caractères, etc. Ce que BlackBerry faisait très bien, par ailleurs.

Une autre époque ? Oui, assurément. Depuis quelques années, on a atteint des vitesses de 3G (bientôt de 4G) très satisfaisantes et notre abonnement « data », souvent de plusieurs centaines de mégaoctets (Mo) par mois, n’impose plus de réduire la taille des mails.

Sans oublier que le principe du « push mail » s’est généralisé: plus besoin d’avoir un abonnement spécial BlackBerry pour être prévenu de l’arrivée de nouveaux emails.

Vous me voyez venir: que reste-t-il à RIM, l’ancien nom de l’entreprise canadienne qui produit les BlackBerry (aujourd’hui, elle s’appelle tout simplement BlackBerry) ? Pas grand chose d’exclusif, à vrai dire. Apple et Samsung (avec Google pour Android) ont véritablement brisé, en six années, tout le business modèle bien établi des BlackBerry. Mais il y a encore du bon, vous allez voir.

 

BlackBerry 10, le sauveur ?

Conscient d’un retard conséquent sur la concurrence, d’une remise en question tardive – les ventes en chute libres le lui rappellent tous les trimestres depuis deux ans – RIM a abattu ses dernières cartes il y a quelques jours, en sortant le Z10. Il s’agit de premier smartphone sous l’OS BlackBerry 10. Il est d’ailleurs passé de 7 à 10, c’est dire la volonté de rupture…

Une rupture que l’on retrouve dès le premier coup d’oeil. Le Z10 est plutôt classique: format « iPhone » avec bord arrondis, écran de 4,2″, processeur Dual Core de 1,5 GHz, 2 GB de RAM, 16 GB de stockage interne (plus un port MicroSD), une caméra 8MP à l’arrière, 2MP en frontal et une autonomie moyenne.

 

Tout est dans l’OS

Les grandes différences par rapport à l’iPhone ou aux smartphones sous Android se trouvent dans l’interface. BlackBerry 10 est pratiquement parti d’une feuille blanche. Ou plutôt de QNX, un système d’exploitation basé sur UNIX qui a été racheté en 2010, et déjà intégré en 2011 dans le PlayBook, la très discrète tablette de BlackBerry.

Des anciens OS, il ne reste plus grand chose: la pastille rouge avec l’astérisque blanche, la police, certaines icônes. C’est à peu près tout.

L’OS est désormais classique: entièrement tactile, avec des fenêtres remplies d’icônes d’applications. Ce que l’iPhone a « inventé » en 2007. Mais la navigation dans BlackBerry 10 se base sur la gestuelle. Exemple flagrant: où que vous soyez, en dessinant un L inversé avec votre pouce, vous affichez le « Hub », l’une des plus belles exclusivités de l’OS.

 

C’est quoi ce Hub ?

Il s’agit d’une liste plus ou moins exhaustive rassemblant les messages et alertes. Tous vos comptes mails mélangés, vos SMS, le « chat » amélioré BBM (BlackBerry Messenger, entre utilisateurs reconnus), les notifications Facebook et Twitter, les appels manqués.

Il y a un peu de tout, et au début, on a tendance à retirer quelques trucs. Puis on comprend l’intérêt de la chose: tout est au même endroit. Au lieu d’ouvrir chaque application, vous faites un petit geste du pouce et tout s’y trouve.

Cela prend tout son sens quand on est quelqu’un de très connecté, très mails, très réseaux sociaux… Et très BBM, mais le plus dur sera de trouver des copains avec qui utiliser cet excellent outil de messagerie instantanée (vous pouvez désormais partager votre écran et faire des appels vidéo).

Bref, ce Hub est un bon point, pour peu qu’on prenne le temps de s’y habituer. Attention: il faut pouvoir décrocher, car toutes les minutes, il y aura certainement un petit quelque chose de nouveau. Heureusement, et cela a toujours été une force de BlackBerry: tout est paramétrable. Vous pouvez demander à une notification Facebook de ne provoquer aucune alerte, à un nouveau mail de faire clignoter la diode rouge, à un SMS de faire un certain bruit. Bref, vous faites ce que vous voulez.

Parmi les autres points positifs, notons la qualité de l’écran: ses 1280 x 768 pixels, vu la taille, offrent une définition très élevée. Le contraste est également à la hauteur: c’est beau à voir, tout ça.

 

Un clavier très innovant

Et il ne faut pas oublier le fameux clavier tactile, entièrement repensé par BlackBerry. Sa grande innovation: lorsque vous tapez un mot, des suggestions s’affichent au-dessus des lettres. Par exemple: vous commencez à taper « Bonjour ». Après avoir tapé le « n », le mot « bonjour » s’affichent au-dessus du « j ». Vous pouvez dès lors valider le mot en le glissant vers le haut, d’un petit geste rapide du pouce. A l’usage, je trouve cette petite option moyennement utile car elle implique de lire les suggestions au lieu de garder les yeux sur la zone de texte que vous alimentez de vos petits doigts.

En revanche, rien à redire sur l’auto-correct (qui transforme votre « bnojuor » en « bonjour »), qui prend même en compte plusieurs langues. Jusqu’à trois, si vous le souhaitez. Pratique si vous utilisez parfois des termes anglais, ou si vous changez souvent de langue. Au sein d’un même SMS, par exemple, vous pourrez utiliser l’auto-correct pour du français, du néerlandais et de l’anglais.

Le BlackBerry Z10, il n’avait pas le choix, se démarque par un côté « pro » que nous ne pouvons hélas pas tester (il faut un serveur d’entreprise). « Balance », c’est le nom de ce principe qui permet de diviser l’appareil en deux parties, l’une pro, l’autre privée. Le service IT configure une série d’applications et de services, et surtout de règles. Par exemple, il est impossible de copier/coller un mail pro pour le mettre comme statut sur Facebook.

 

Tout n’est pas rose

Passons aux points noirs de BlackBerry 10, qui sont hélas assez handicapants, en 2013 :

  • Démarrage et extinction de l’appareil toujours aussi longs (même si c’est moins grave qu’avant).
  • BlackBerry World. C’est le store. Il reste d’une austérité graphique inégalée, et d’une pauvreté au niveau du choix. Comme toujours, on sort de grands chiffres (100.000 applications disponibles) et de grandes théories (toutes les applications Android peuvent être « converties »). Mais la réalité est là: on est en deçà du Market de Windows Phone, qui n’est déjà pas très fourni. Pas d’appli de banque belge, pas de Spotify, peu de jeux connus (à part l’excellent Angry Birds Star Wars, gratuit), pas d’Instagram. Bien sûr, ça peut changer, mais bon…
  • Ecosystème. A l’heure où iTunes permet d’acheter de la musique, des séries TV ou des films, où iCloud permet de sauvegarder et de synchroniser contacts, calendrier et photos, BlackBerry doit se rendre à l’évidence: il n’est nulle part. Heureusement, il y a l’intégration de votre dossier Dropbox dans le gestionnaire de fichiers, de manière fluide et naturelle.
  • Anniversaire. Une fois vos comptes reliés, le calendrier intègre automatiquement toutes les dates d’anniversaires de vos contacts Facebook, et les enregistre. Et chaque matin, vous avez droit à votre pop-up de cet « évènement », l’annif d’un contact Facebook que vous connaissez à peine. Je n’ai pas réussi à empêcher le truc, et ça m’a vite saoulé.
  • Cartographie. BlackBerry a tort de mettre sur sa promo qu’il y a un GPS embarqué. Déjà, il faut télécharger la cartographie au fur et à mesure (comme Google Maps), en 3G. Mais c’est d’une lenteur affligeante… quand ça fonctionne. J’ai eu un mal fou à afficher ma position, je ne vous raconte pas l’histoire que c’est de planifier un itinéraire. Bref, oubliez.

Conclusion

Ce BlackBerry Z10 est le premier né de la nouvelle ère de BlackBerry qui, ayant perdu pratiquement toutes ses fonctionnalités exclusives, en cherche d’autres pour se démarquer dans un marché devenu très concurrentiel. Son Z10 est devenu un smartphone « comme les autres », avec un grand écran tactile, et des fenêtres d’icônes pas spécialement originales. J’aime son « Hub », qui rassemble toutes vos conversations et notifications, et qui reste accessible d’un simple geste du pouce. J’aime sa taille réduite, à l’heure où il faut des mains de géant pour utiliser les dalles de Samsung et Sony. J’aime ses menus très paramétrables, son aspect « pratique avant tout », sans fioriture.

Mais en entrant dans la cour des smartphones « classiques », le Z10 accuse un retard conséquent en terme d’écosystème (le magasin d’application, divertissement, achat de musique, de vidéo). Aujourd’hui, on exige beaucoup d’un smartphone, surtout s’il coûte 629€. Et à ce prix-là, le grand public en aura plus pour son argent avec un iPhone 5 (689€), un Galaxy S4 (699€), un HTC One (699€), un Sony Xperia Z (649€) ou un Nokia Lumia 920  (599€ avec plateau de recharge sans fil).

Reste les professionnels, un secteur qui est sans doute à la recherche de solutions plus sécurisées pour ses employés. J’imagine parfaitement un entreprise de plus de 100 personnes s’équiper de BlackBerry 10, pour gérer l’accès aux données sensibles et séparer clairement la partie privée de la partie professionnelle. Mais cela suffira-t-il à sauver BlackBerry ? J’en doute mais je l’espère.

 

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