Archives du octobre, 2018

Negalyod: un récit délirant entre écologie et ultra-modernité

Par srosenfeld dans anticipation, Aventure, BD, science fiction, voyage, western , le 30 octobre 2018 17h50 | Ajouter un commentaire

Le titre presque imprononçable « Negalyod » est à l’image de son récit : surprenant et intriguant. L’auteur, le jeune et talentueux Vincent Perriot a inventé un récit d’une grande richesse qui mélange toutes sortes d’idées: des questionnements sur le gaspillage des richesses, la manipulation des esprits, la société ultra-connectée ou encore l’esprit libertaire.

Le point de départ annonce déjà l’univers. Jarri est un berger qui a le responsabilité d’un troupeau de… dinosaures. Non, il ne s’agit pas de préhistoire mais d’un monde contemporain futuriste sillonné de tuyaux gigantesques et peuplé de…. dinosaures. Mais pas seulement, il y a des villes qui flottent dans le ciel et recouvrent de leurs ombres les faubourgs grouillants d’une humanité industrieuse. Et pour gérer cet univers, il y a  le « réseau »omniprésent qui domine les terres et les hommes.

Vous l’avez compris, l’auteur développe une histoire qui n’a pas vocation à être réaliste mais à amener le lecteur dans une aventure ludique et folle. Notre Jarri donc, perd son troupeau et va vouloir se venger. Mais en cherchant des réponses, il va découvrir une ville, emboîter les pas d’une révolution et connaître l’amour.

« C’est plein d’idées, de questionnements mais aussi très libre » m’explique l’auteur dans mon studio bd. « J’amène des inforaltions puis les abandonnent parfois en route » avoue-t-il.  Dans ce récit réunissant créatures préhistoriques, urbanisme de science-fiction et vaisseaux low-tec, le dessinateur et scénariste se fait plaisir en s’inspirant de Moebuis /Giraud pour la SF ou le western tout en gardant son propre regard.

Au final, cette bd de 208 pages arrive à nous envoûter pour peu que l’on accepte les folies de son auteur. A découvrir pour les amateurs de SF.

Negalyod chez Casterman

Scénario et dessin: Vincent Perriot

 

 

L’obsolescence programmée de nos sentiments: le sexe à 60 ans

Par srosenfeld dans BD, contemporain, générationnel, graphisme, personnes âgées, seniors , le 24 octobre 2018 16h13 | Ajouter un commentaire

Le scénariste Zidrou se lance dans une thème rarement traité en bd : le sexe et le corps à plus de 60 ans. « Un jour, un homme que j’ai croisé dans un home m’a dit qu’il rencontrait souvent des femmes mais que pour discuter » me dit-il.  Au delà de la question du sexe, cette bd s’interroge sur la place des personnes en fin de carrière aussi bien professionnelle que sentimentale ….

Nous faisons la rencontre d’Ulysse, veuf depuis plusieurs années qui perd son travail de déménageur, à 59 ans car ils faut « dégraisser ». Le voilà seul car sa fille est morte dans un accident à l’âge de 16 ans et son fils est très pris par son travail. Pourtant, il a du tempérament Ulysse. Un bon vivant qui voudrait bien retrouver une occasion de se rependre en main. Elle, c’est Mme Solenza. Méditerranée de son prénom, 62 ans au compteur. Ancien modèle (elle a fait la couverture de Lui dans sa jeunesse !), elle ne s’est jamais mariée et elle y tient. Le hasard les fait se croiser  au cabinet médical du fils d’Ulysse. Coup de foudre…

Ce récit joue habilement avec nos sentiments. Jamais misérabiliste, il raconte une belle histoire d’amour tout en évoquant des questions essentielles comme le corps qui s’enlaidit avec le temps, la dureté de la société du travail ou encore la place des personnes âgées. « Nous vivons dans une société où le diktat du corps jeune et beau reste omniprésent » m’explique Zidrou dans mon Studio BD. Cette histoire, jamais ennuyeuse et subtilement dessinée par Aimée De Jongh, est une belle réflexion sur la vie et réserve des surprises. Car l’amour née quelque fois là où on ne l’attend pas….

L’obsolescence programmée de nos sentiments aux éditions Dargaud.

Scénario : Zidrou

Dessin: Aimée De Jongh.

China Li: la fille et l’eunuque

Par srosenfeld dans BD, Chine, graphisme, Historique, mafia, tragique, voyage , le 24 octobre 2018 16h12 | Ajouter un commentaire

S’évader et apprendre. Voici les deux leitmotivs des Charles (Maryse au scénario et Jean-François au dessin), l’un des couples de bd belge les plus attachants. A leur rythme ils construisent une oeuvre cohérente  à travers les continents au titre évocateur comme les séries Africa Dreams ou India Dreams . Cette fois, ils invitent le lecteur à voyager avec eux dans une Chine complexe au cœur des appétits politique symbolisés par la Guerre de l’Opium.

Nous suivons le destin de Li, une fillette pauvre issue de la campagne qui a été perdue au jeu par son frère. Vendue, elle devient une marchandise destinée à un homme cruel, Zhang Xi Shun, l’un des dirigeants de la triade « la Bande verte » qui domine de Shanghaï. Mais la fillette de 7 ans voit son destin basculé. Affectée aux cuisines, elle est un jour accusée d’avoir volé du papier de riz et est traînée devant le maître. Découvrant chez cette créature chétive un don pour le dessin, l’homme, terrifiant mais raffiné, décide de la prendre sous sa protection.

Pour construire ce récit, Maryse s’est inspirée de lectures mais aussi d’un voyage en Chine. Alors que l’album progresse, le couple se rend sur place pour mieux comprendre ce pays qui fascine autant qu’il repousse. « On nous avons dit que les Chinois n’étaient pas sympathiques mais nous avons fait au contraire de très belles rencontres « me précise Maryse dans mon studio BD.  Jean-François dont le graphisme élégant  fait toujours merveille à trouver l’occasion de mieux rendre compte de atmosphère de ce pays-continent dessinant des cases plus détaillées. « J’aime même rencontrer Li, notre personnage, lors d’une visite dans un temple et je l’ai poursuivie pour faire une photo «  me dit-il amusé.

Ce premier tome est une réussite pour ceux qui aiment l’aventure et la culture. Le dessin et les couleurs subtiles de Jean-François Charles sont au rendez-vous.  Le destin de Li ne laisse jamais indifférent et le personnage de l’eunuque intrigue et fascine. Un beau début. A suivre…

China Li aux éditions Casterman

Scénario: Maryse Charles

Dessin: Jean-François Charles.