Archives du janvier, 2014

Philippe Delaby est mort: une grande perte pour la BD

Par srosenfeld dans décès, Non classé , le 29 janvier 2014 15h22 | Ajouter un commentaire

Philippe Delaby, dessinateur de Murena et de La complainte des landes perdues est mort soudainement la nuit dernière.

« C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès de Philippe Delaby… Toutes nos pensées vont à sa famille et à ses amis », indique l’éditeur.

Ce décès est une grande perte pour le 9ème art. J’ai rencontré Philippe à plusieurs reprises et je garde un souvenir ému de ces moments. Au delà de ses qualités exceptionnelles de dessinateur, Philippe avait une bonhommie et une joie qui ne laissaient jamais indifférent. Un véritable artiste toujours à la recherche du bon trait pour croquer des personnages inventés notamment par son ami le scénariste Jean Dufaux.

Né à Tournai en 1961, il entre à l’École des Beaux Arts à 14 ans où il fait du dessin académique. Fasciné par Ingres et les peintres flamands, il se lance dans la peinture à l’huile. Ses premières planches paraissent en 1987 dans le Journal Tintin. Depuis, l’homme n’a cessé de se perfectionner pour offrir de superbes pages à la bd. En 2013,  il avait reçu  un « Crayon d’Or » dans le cadre du 27e festival de la bande dessinée de Middelkerke.

A quelques jours du festival d’Angoulême, cette nouvelle est particulièrement triste, un choc.

En hommage, je vous propose de revoir sa dernière interview dans mon studio.

Toutes mes condoléances à sa famille.

Sébastien.

Le Siècle d’Eva: l’Histoire revisitée par un ange

Par srosenfeld dans anticipation, contemporain, graphisme, Historique , le 19 janvier 2014 15h24 | Ajouter un commentaire

En 1997, Bernard Yslaire, alors en pleine gloire avec la série « Sambre » se lance dans un projet personnel d’avant-garde. Il imagine une bd dont le support est d’abord numérique à travers un internet balbutiant, pour relire le XXè siècle à sa façon. Un choix audacieux qui aboutit à 6 albums  qui marque les esprits par une présentation graphisme révolutionnaire pour l’époque. Une œuvre qui ressort aujourd’hui avec des ajouts pour mieux apprécier la portée du travail de l’auteur.

« J’ai essayé de trouver un lien à tous ces événements comme si on allait vers quelque chose de mieux » m’explique Bernard Yslaire.  L’artiste tente de trouver un fil rouge positif dans une période qui mêle horreurs guerrières et espoirs d’un monde plus humain et plus juste. Pour cela il s’appuie sur deux ressorts.

Le premier, son héroïne Eva, psychothérapeute qui a connu Freud, âgée de 97 ans et qui tente de reconstituer sa mémoire qui l’abandonne. De l’autre, les photographies les plus marquantes du XX ème siècle, qui constituent une lecture en images de l’Histoire et qui imprègnent toujours l’imaginaire collectif. Et cela se fait à travers l’envoi d’émails envoyés par @anonymous.

A l’époque le mouvement hacker « Anonymous » n’existe pas. Bernard Yslaire est le premier a déposer le nom sur internet. Confronté à la perte d’une partie de son travail suite à l’évolution des ordinateurs, le créateur du « XXème ciel.com » va donc récupérer un maximum d’éléments pour aboutir aujourd’hui à cette intégrale qui se lit dans les deux sens (double récit) avec des explications  sur sa genèse. Original, passionnant, novateur, visuellement magnifique, cette bd est incontournable.

Le Siècle d’Eva aux éditions Casterman

Scénario et dessin: Yslaire.

 

Le pilote à l’Edelweiss: pilotage et troussage de jupons

Par srosenfeld dans action, Aventure, érotisme, graphisme, Historique , le 14 janvier 2014 14h13 | Ajouter un commentaire

Fin de la trilogie, « le pilote à l’Edelweiss » consacrée à l’aviation durant la Première Guerre Mondiale. Un final en apothéose qui permet de dénouer les fils d’une intrigue qui met en scène deux jumeaux aviateurs. « Dès le départ, avec Romain, nous avons choisi un récit en forme de puzzle où deux frères aux physiques identiques mais aux caractères opposés échangent leur identité » m’explique le scénariste Yann.

Une déconstruction risquée mais qui s’avère payante pour éviter une histoire trop linéaire. Surtout, Yann et Romain, le dessinateur,  partagent le même goût pour les belles « carrosseries« , que ce soient les avions, les voitures ou les femmes. De quoi offrir des pages aussi spectaculaires que sensuelles.

Nous sommes en 1918. Depuis plus de quatre ans, la grande boucherie poursuit ses ravages dans les tranchées et dans les combats aériens. Henri Castillac n’est pas épargné. A l’hôpital, bloqué dans son lit, il commence à regretter la substitution d’identité qu’il a effectuée avec son frère jumeau.

Redevenu, grâce à ce subterfuge, pilote au sein des Cigognes, Alphonse aligne victoire sur victoire. Malheureusement, à cause de cette substitution, il ne peut reconquérir le cœur de Valentine sans dévoiler la supercherie. Alors qu’il s’apprête à affronter son plus impitoyable adversaire, Erik,  « le Pilote à l’Edelweiss », dans un duel à très haute altitude, une autre femme le hante, l’énigmatique Walburga !

« Mon père est un ancien pilote de l’armée et je suis moi-même pilote à mes heures perdues » me confie Romain Hugault. Le dessinateur maîtrise à la perfection cet univers. Son soucis du détail lui permet d’évoquer, par exemple, les inventions durant les années 1916-1918 : une bombonne d’oxygène pour respirer en haute altitude ou une combinaison chauffante.

« Ce n’est qu’une évocation sans explication pesante car l’objectif reste l’action et le divertissement » précise Romain. « Un vrai plaisir pour un scénariste »  ajoute avec malice Yann car « Romain se tape tout le boulot, je n’écris presque rien! ». Avec ses personnages attachants et son graphisme impressionnant de justesse, cette trilogie est une réussite qui plaira à tous, fan d’avion ou pas.

Le pilote à l’Edelweiss, t1,2 et 3 aux éditions Paquet.

Scénario: Yann.

Dessin: Romain Hugault.