Archives du novembre, 2013

Double Masque: dans les secrets de Napoléon

Par srosenfeld dans Aventure, graphisme, Historique, voyage , le 22 novembre 2013 16h16 | Ajouter un commentaire

Si comme Martin Jamar, dessinateur de « Double Masque », Napoléon et son époque vous fascine, cette série est faite pour vous. Une saga débutée en 2005 qui réussit à faire revivre la complexité de l’époque. Comme souvent avec le scénariste Jean Dufaux, les tourments de l’âme humaine servent de fil rouge à travers le destin d’un des personnages les plus célèbres de l’Histoire. Il y a aussi cette petite touche de fantastique qui permet d’éclairer le destin de Napoléon sous un jour nouveau.

Tout commence en 1801. Napoléon n’est encore que Premier consul. Il semble déjà indestructible. Mais voilà qu’une prostituée nommée Opale lui dérobe un nécessaire de voyage dont le double fond renferme un masque.  Celui-ci suscite bien des convoitises car il renferme un secret qui peut faire basculer l’avenir de son porteur. L’ancien forçat, dit la Torpille, se voit contraint d’enquêter pour retrouver l’objet. Face à lui, un adversaire redoutable, la Fourmi, le roi des bas-fonds parisiens qui semble aussi lié au masque.

Des personnages réels, comme Fouché, côtoient des êtres de fiction tout aussi crédibles, pour une aventure trépidante. Le duo Dufaux-Jamar s’attache à ne pas perdre le lecteur tout en le plongeant dans les complots qui accompagne l’ascension de Napoléon jusqu’à son sacre. 6 tomes qui trouvent aujourd’hui leur conclusion dans un final spectaculaire à Notre Dame de Paris. Martin Jamar, plus appliqué que jamais, effectue un remarquable travail sur les visages des héros, au  milieu de décors réalistes. Celui-ci qui m’avoue   « n’être jamais content de ses dessins » conclut avec son complice une grande bd historique et divertissante.

Double Masque, t1 à 6 aux éditions Dargaud.

Scénario: Dufaux.

Dessin: Jamar.

 

Come Prima: meilleur album du Festival d’Angoulême

Par srosenfeld dans Aventure, contemporain, voyage , le 12 novembre 2013 19h08 | Ajouter un commentaire

Voici le meilleur album du 41ème Festival d’Angoulême. Une consécration pour Alfred qui réalise ici un projet très personnel. « Cet album est l’aboutissement d’un récit qui s’est crée à un moment où je n’arrivais plus à dessiner » m’avoue  Alfred dans studio.

Comme un écrivain qui peine à aligner une phrase, l’auteur se retrouve à cet instant de sa vie incapable de tracer une seule esquisse. Un drame pour quelqu’un qui est d’abord un homme d’images. Mais en noircissant un carnet, avec le temps, une histoire est née, « Come Prima » avec comme fil rouge inconscient: la fratrie.

Fabio, boxeur sur le déclin, vit en France, loin de ses attaches familiales en Italie. Dans les années 30, au moment où le pouvoir fasciste s’imposait  il pensait que partir lui offrirait la liberté. Le résultat ne fut pas à la hauteur mais l’homme est devenu aussi dur que les coups qu’il encaisse sur le ring.

Giovanni, son frère, perdu de vue depuis 10 ans, le retrouve pour lui proposer de revenir au pays avec l’urne de leur père décédé.  Dès la montée dans la minuscule Fiat 500, une forme de dialogue s’établit entre eux. Les secrets gardés finissent par surgir au grand jour…

Avec ce roman graphique pour adulte, Alfred, propose un album d’une grande densité. Pour la première fois, il scénarise et dessine, pour proposer au lecteur un voyage envoûtant et nostalgique. Il sait varier les ambiances en jouant sur sa palette de couleurs et sa maîtrise des styles.

Au fil de plus de 200 pages qui se lisent avec plaisir, l’auteur nous emmène de l’autre côté des Alpes en dévoilant peu à peu la relation complexe qu’entretienne Fabio et Giovanni. « J’ai un amour énorme pour le cinéma italien des années 50-60 qui était capable de mélanger les rires et les larmes  » m’explique Alfred.

Inspiré sans être caricatural, ce récit, sincère, se révèle une très belle surprise.

Come Prima aux éditions Delcourt.

Scénario et dessin: Alfred.

 

Couleur de peau Miel: parcours d’un adopté coréen entre sourires et larmes

Par srosenfeld dans autobiographie, contemporain, voyage , le 12 novembre 2013 18h02 | Ajouter un commentaire

Jung, d’origine coréenne, est adopté à l’âge de 5 ans par une famille belge. Perdu, au milieu de ses frères et sœurs, au cœur d’une ferme en Wallonie, il va mettre toute une vie à comprendre qui il est ou plus exactement, accepté son destin.

« Nous, adoptés, ne sommes jamais à notre place » m’avoue-t-il lors de notre rencontre. Preuve, malgré un énorme travail sur soi et une bb autobiographique que la quête d’un adopté reste un éternel recommencement.

A travers trois albums, Jung nous plonge au plus profond de son être. Son arrivée en Belgique, son enfance faite de questionnements et de révoltes, ses rapports à la Corée. « Je voulais être honnête et sans concession » me dit l’auteur.

Rien n’est donc oublié: ni les coups de fouet des parents adoptifs (« justes mais sévères » justifie Jung), ni les premières expériences sexuelles ou la recherche d’un autre pays adoptif, le Japon.

Et puis, il y a ce retour vers la Corée du Sud, que relate le dernier tome. Un voyage à 44 ans qui est à la fois un soulagement et une déception. « Certains Coréens m’ont dit que j’étais un étranger » raconte Jung qui effectue ce retour aux sources à l’occasion de la réalisation du film d’animation, « Couleur de peau: Miel « sorti en 2012.

Grâce à son dessin, à la fois élégant et sobre, Jung nous embarque avec lui sans jamais nous lâcher et nous refermons la dernière page ému. A découvrir.

Couleur de peau: Miel, t1,2 et 3 aux édtions Soleil.

Scénario et dessin: Jung.

 

Le Bible selon le Chat: du délire pour rire

Par srosenfeld dans Aventure, Historique, Humour , le 6 novembre 2013 11h47 | Ajouter un commentaire

Enfin. Philippe Geluck, se lance dans l’œuvre de sa vie, un album avec une histoire complète, et quelle histoire… La Bible revisitée par le Chat. Dès le départ, les fans (dont je suis) en salive d’avance et le résultat est… à la hauteur.

Grotesque, drôle, émouvant, subtil, les « Testaments » (livre 1 et 2) deviennent soudain limpides. Oui, l’humanité est un peu conne mais elle a une excuse: Dieu est quelque fois un peu bourré!

Le Chat se pare donc donc de toge pour expliquer la Création et faire ses digressions. Avec ces deux petits objets qui tiennent dans un grand format ( voir itw dans le studio ci-dessous), Philippe Geluck, tente d’apporter les réponses que tout le monde se pose.

Par exemple : qui est la femme de Dieu? Un squelette avec une perruque? Et puis, il y a le compagnon du « Dieu-Chat », le mouton (l’agneau Pascal?). Une étrange relation les lie. De quoi faire quelques ratés. L’Homme d’ailleurs en souffre un peu… la Femme…aussi.

L’auteur libéré de ses obligations professionnelles (un dessin par jour dans un quotidien, des émission radios etc…), profite de son temps pour délirer. « J’essaye de vous donner des explications logiques » me  dit-il « à ce que j’ai fait mais il n’y en a pas, j’ai improvisé! ».

Toujours aussi corrosif et pertinent, Philippe Geluck propose une réflexion sur le monde sans se prendre la tête sauf avec un petit Muscadet… A déguster sans modération.

La Bible selon le Chat aux éditions Casterman.

Scénario et dessin: Philippe Geluck.

Hell school: dans l’enfer du bizutage

Par srosenfeld dans action, ados, Aventure, policier , le 4 novembre 2013 14h17 | Ajouter un commentaire

Il y a des séries qui sortent dans l’air du temps. C’est le cas de « Hell school ». Alors que le débat sur les rituels d’intégration revient sur le devant de l’actualité, cette bd nous emmène dans le monde des ados. Au cœur de ce récit, trois jeunes qui refusent de se plier aux épreuves de leur école privée, un établissement perdu sur une île paradisiaque. Mais  dernière le paradis, se cache souvent l’enfer.

En n’acceptant pas leur bizutage, Bastien, Hina et Boris se retrouvent exclus. Véritables parias, ils ne peuvent pourtant s’échapper. Un groupe soudé qui tente de comprendre ce que cache leur directeur alors qu’un élève de leur promotion est mort dans des circonstances non élucidées. L’école privée est-elle vraiment ce qu’elle fait croire aux parents…

Déjà deux tomes pour cette série qui s’impose de plus en plus dans les librairies. Le scénariste Vincent Dugomier propose un univers crédible et fantasmé à travers un internat d’un autre temps. Ses héros (mélange de tous les stéréotypes possible chez les ados) sont très vite attachants. « Il y a un grand costaud qui ne veut pas être comme son papa qui a la main lourde ou encore un orphelin » décrit l’auteur.

« Il y a énormément de non-dits » précise le dessinateur Ers.  « L’objectif est de mettre le lecteur dans le même état d’esprit que les personnages » ajoute Vincent Dugomier. Pas question de décrire les rituels mais plutôt d’évoquer leurs impacts sur les ados. Même chose sur l’influence des adultes: le professeur et ses « cours du soir« , le psy manipulateur… Subtil et intrigant, « Hell school » mérite que l’on s’y attache.

Hell school, t1 et 2 aux éditions du Lombard.

Scénariste: Dugomier.

Dessin: Ers.