Archives du décembre, 2012

Juarez: dans la cité mexicaine, les femmes sont des cibles

Par srosenfeld dans action, Aventure, policier, thriller , le 8 décembre 2012 14h14 | Ajouter un commentaire

« Au moment de l’écriture, j’allais régulièrement prendre des nouvelles de la ville et j’étais à chaque fois en deçà de la réalité »  m’explique Nathalie Sergeef.  Les meurtres de femmes à Ciudad Juárez sont régulier depuis 1993.  Les chiffres font froid dans le dos. Plus de 1653 cadavres ont été trouvés. Selon les sources 2000 à 2500 femmes sont considérées comme disparues. La plupart des victimes sont âgées de 13 à 25 ans.

Dans ce lieu de perdition où les gangs font la loi et où la police est impuissante ou corrompue, « l’impunité est la règle  » dit la scénariste. Le déclic me dit-elle « est venu d’une interview radio de deux journalistes d’investigations qui venaient de publier un livre sur leur enquête sur place« .

Mais Juarez n’est pas simplement une description de la cité et de ses dérives. Le cœur du récit se centre sur une enquête marquée par de nombreux rebondissements.

Gaël débarque dans la ville-frontière avec la ferme intention de découvrir où sa sœur a disparu et pourquoi les autorités ne font rien. Au même moment, 5 corps de femmes se retrouvent aux portes de la cité dans le désert. Un nouveau massacre qui s’ajoute à tant d’autre.

Nathalie Sergeeff construit un thriller efficace qui utilise Ciudad Juarez comme un personnage à part entière. A travers l’enquête de Gaël, le lecteur se déplace dans la ville et découvre ses vices. La scénariste évite de rester seulement collé à son héros pour créer une histoire avec plusieurs ramifications jusqu’au dénouement final.

Pour illustrer cela, il fallait un grand dessinateur qui sache distiller l’atmosphère adéquate. Corentin Rouge (un jeune artiste prometteur) réalise un travail superbe avec un sacré coup de crayon . Sensible à la lumière, il porte une grande attention à la couleur: « pour donner au lecteur l’impression que le temps passe » précise-t-il. Fasciné par l’Amérique Latine, Corentin Rouge me dit dans mon studio qu’il y a, là-bas,  « une liberté dans la sauvagerie » qui interpelle. Juarez est un excellent one shot. Une belle surprise.

Juarez aux éditions Glénat.

Scénario: Nathalie Sergeef.

Dessin: Corentin Rouge.

 

La Marque Jacobs: biographie d’un dessinateur à voix, inventeur de Blake et Mortimer

Par srosenfeld dans biographie, graphisme, Historique , le 5 décembre 2012 18h59 | Ajouter un commentaire

Edgar P. Jacobs fait partie des maîtres du 9ème art. Contemporain d’Hergé, dont il a été un collaborateur et un ami avant de devenir un concurrent avec la création des aventures de Blake et Mortimer, l’homme se révèle un touche-à-tout étonnant. « Un créateur » comme l’explique Rodolphe, avec de multiples talents. Dans La Marque Jacobs, le lecteur découvre un destin passionnant qui traverse le XXème siècle: les deux guerres mondiales, l’épuration, la société de consommation et les évolutions techniques. « Il a du connaitre les postes à galène et il termine avec la télévision qui vient le filmer chez lui » précise le scénariste.

Mais la grande révélation dans cette biographie à bulles est la voix du créateur de La Marque Jaune. Le grand public, sait-il que Edgard P. Jacobs est un chanteur d’opéra professionnel dont la carrière est fulgurante durant l’entre-deux-guerres. Son avenir bascule car il doit quitter Lille où il se produit régulièrement pour des questions de quota. Et de se retrouver à Bruxelles pour ensuite créer en 1946, le nouveau Journal de Tintin qui publie Le Secret de l’Espadon par planches hebdomadaires. De sa naissance à sa mort, ce génie amoureux (Ninie est la femme de sa vie), se révèle une personnalité d’une grande originalité.

Ce récit s’avère très plaisant à découvrir. Rodolphe réussit à synthétiser les grands moments de la vie de l’auteur. Le scénariste lui voue une véritable admiration et cela se sent. « Il avait l’art de créer des ambiances et des atmosphères qui prenaient le lecteur » me dit-il. Un élément, qui aujourd’hui encore, inspire le travail de Rodolphe dans la bd. Le dessinateur Alloing propose ici un graphisme dans l’esprit d’Edgar P. Jacobs. Une façon de saluer le maître sans le copier. Un album qui mérite de trouver sa place aux cotés de ceux de son inspirateur. Et pour aller plus loin, je vous invite à écouter notre duo dans mon studio ci-dessous.

 La Marque Jacobs aux éditions Delcourt.

Scénario: Rodolphe.

Dessin: Alloing.