Archives du novembre, 2012

Le Petit Spirou: un héros en plein forme

Par srosenfeld dans Aventure, Enfants, Humour , le 25 novembre 2012 12h48 | Ajouter un commentaire

Cela fait des années que cela dure et il faut bien l’avouer, le « Petit Spirou » garde toujours une place privilégiée dans notre bibliothèque bd. Depuis ses débuts en 1990, le petit bonhomme à l’habit de groom continue de nous faire rire avec son regard décalé sur le monde des grands.

« Les tabous restent toujours le cœur de la série » m’explique Tome dans mon studio. Toujours un peu voyeur et amoureux de Suzette, notre héros multiplie les aventures rocambolesques. Monsieur Mégot, le prof de gym, Grand Papy et Madame Spirou ( qui se dénude…) se retrouvent souvent dans des gags désopilants.

Après deux ans d’absence, les auteurs maintiennent une belle qualité d’écriture et de dessin. Mais si Tome m’explique que  trouver la bonne histoire s’apparente souvent à  « une souffrance », le plaisir reste intact. La couverture est toujours aussi suggestive (un ballon pour soulever innocemment la robe de la vendeuse) et accrocheuse.

Dans ce nouvel opus, les adultes se lâchent aussi et deviennent un peu zinzin comme Grand Mamy qui fait la gâteuse dans le bus ou encore Langélusse qui joue aux indiens. Drôle et efficace, ce 16ème opus ne peut que trouver une belle place sous le sapin. A lire, l’interview décalé de Tome ci-dessous.

Le Petit Spirou, t16 aux éditions Dupuis.

Scénario et dessin: Tome et Janry.

 

Billy Brouillard: le héros qui résonne en nous

Par srosenfeld dans Aventure, Enfants, fantastique, graphisme, Humour , le 11 novembre 2012 15h10 | Ajouter un commentaire

« Billy Brouillard » est une série hors du commun qui invente un nouveau lexique graphique pour vous emporter dans son imaginaire. Guillaume Bianco, son auteur, cache, derrière sa nonchalance affichée, un esprit vif et un savoir encyclopédique qui trouve dans le 9ème art une nouvelle forme d’exutoire. Il faut avoir dans les mains un de ses « objets » (la bd fait près de 130 pages) pour comprendre que l’on a à faire à quelque chose de très spécial. « Il n’y rien de plus triste que de perdre son imaginaire » m’explique l’auteur. « La vie est faite d’expériences visibles ou invisibles » ajoute-t-il.

Billy Brouillard n’est pas un garçon comme les autres. Lorsqu’il enlève ses lunettes, il voit des choses extraordinaires que ne perçoivent pas les adultes, il a un don de « trouble vue ». Une faculté qui l’empêche quelque fois de vivre sa vie comme les autres, alors dans ce troisième opus, il préfère remettre ses lunettes.  L’occasion pour lui de profiter pleinement de ses vacances  au bord de la mer chez Mémé Sardine. Il fait une rencontre curieuse avec une fillette de son âge au caractère bien trempé qui se prétend une sirène! Elle s’appelle Prune et ne cesse de vouloir réveiller l’imaginaire de Billy, jusqu’ici en vain. Mais voilà que Prune est enlevée par des monstres aquatiques ! Retenue prisonnière dans les abysses infernaux, ses heures sont comptées… Billy commence à ressentir un « je ne sais quoi » pour la belle, un sentiment qui s’appelle l’amour. De quoi vous donner envie de redevenir un héros.

Le chant des sirènes se lit de plusieurs façons. Soit de la première à la dernière page, soit en le feuilletant au hasard, soit en choisissant des thèmes graphiques. Car cet album est aussi bien un conte illustré qu’une bd classique. Guillaume Bianco alterne les histoires courtes avec de petites anecdotes, des fiches pratiques, des extraits de journaux, diverses informations sous forme de planches explicatives (séduire une fille…) et des poèmes. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce mélange hétéroclite possède une véritable cohérence et a le mérite de faire fonctionner les méninges. « J’essaie de garder l’émerveillement de l’enfance dans mon quotidien ».  Billy Brouillard résonne comme le héros qui sommeille en vous (en nous), lointain (proche) souvenir de notre enfance.

 Billy Brouillard, t3 aux éditions Soleil.

Scénario et dessin: Guillaume Bianco.

Lucky Luke: crise de famille chez les Daltons

Par srosenfeld dans Aventure, comics, Enfants, Humour, western , le 11 novembre 2012 10h13 | Ajouter un commentaire

Les Daltons se séparent, rien ne va plus! Ce 5ème épisode des « aventures de Lucky Luke »  immerge le lecteur dans une expérience inconnue : la division de la fratrie Dalton. Joe, Jack, William et Averell décident de partir, chacun de leur côté, réaliser leur rêve: devenir… riche! En 65 ans et plus de 90 albums, jamais ni Morris, ni Goscinny  n’avaient eu cette idée saugrenue. Et comme toujours, lorsque les scénaristes sortent des sentiers battus, il se dégage, ici, une énergie et une liberté salutaire. Et pourtant, me l’avoue,  le dessinateur Achdé « j’avais demandé de revenir aux fondamentaux, à un bon vieux western, mais voilà, Daniel Pennac et Tonino Benacquista avaient une idée! »

Tout commence par un grand classique. Les Daltons tentent, une fois de plus, de dévaliser une diligence, mais échouent face à Lucky Luke, toujours à l’affût. Sauf que cette fois, dans la prison, la situation s’envenime. Joe, le petit teigneux, ne fait plus l’unanimité. Les frangins décident donc de se séparer avec, à la clé, un pari: celui qui ramènera un million de dollars sera le nouveau chef de la bande.

Et chacun de faire son propre tunnel pour s’échapper et tenter sa chance par ses propres moyens. Jack se lance dans le kidnapping de milliardaires. Toujours affamé, Averell fait fortune dans la restauration rapide, avant de diriger une chaîne de fast-food aux relents mafieux. William s’attaque aux casinos. Seul, Joe pratique avec rigueur et enthousiasme le vol de banque. Pendant ce temps, Lucky Luke ne sait plus où donner de la tête….

Dès les premières pages, le ton est donné. De la fantaisie, de l’humour et un rythme d’enfer. Ce « Cavalier seul » est à l’image de son titre, rempli de trouvailles visuelles et de bon mots. Grâce à la maîtrise graphique d’Achdé, les quatre Daltons sont identifiables et rentrent aussi facilement dans leur nouveau costume que dans leur vêtement rayé de prisonnier. Daniel Pennac et Tonino Benacquista rivalisent d’idées originales pour permettre aux Daltons de récolter de l’argent. Mais la surprise du chef vient du personnage de Lucky Luke qui se retrouve dans une situation inédite. « Il va comprendre que la loi n’est pas obligatoirement juste » explique Achdé. Un très bel album qui mérite de figurer dans les cadeaux de fin d’année.

Les aventures de Lucky Luke, t5 aux éditions Lucky Comics

Scénario: Daniel Pennac et Tonino Benacquista.

Dessin: Achdé.

 

Blast: une expérience BD à ne pas manquer

Par srosenfeld dans action, contemporain, policier , le 10 novembre 2012 17h05 | Ajouter un commentaire

« Je ne suis pas fondamentalement heureux quand je fais Blast » me dit Manu Larcenet dans un éclat de rire. L’humour et la distance sont les deux forces de cet auteur d’exception. Comme les réalisateurs de films d’épouvante, il sait jouer de son talent pour créer chez le lecteur des impressions dérangeantes.

Avec troisième opus, Manu Larcenet ne compte pas relâcher la pression mais bien nous donner un nouveau coup de massue avec un graphisme hypnotique.

Mais reprenons par le début. Blast continue de raconter le destin de Polza Mancini, homme de 38 ans pesant 150 kilos suspecté d’avoir agressé mortellement une jeune fille. Une fois encore, les deux flics qui tentent de lui faire « cracher le morceau » se retrouvent face à une énigme.

Car Polza ne parlera qu’à la condition d’être écouté et de pouvoir raconter son histoire. Il veut être compris. C’est ainsi qu’il embarque les deux policiers dans les méandres de son avilissement, qui a pour but de lui faire revivre le fameux blast, cette onde de choc provoquée par une explosion. Et le voyage s’annonce une fois de plus traumatisant….

Comme dans les deux autres tomes, Manu Larcenet se donne le temps et la place (200 pages!) pour construire un récit d’une grande densité. L’auteur du Combat ordinaire est en plein possession de son art. Il sait tout faire et le prouve de façon magistrale. Les grandes cases muettes alternent avec d’autres plus conventionnelles pour donner du rythme. Le noir et blanc omniprésent se retrouve traversé de couleurs.

Ce tome 3 ne révèle pas encore toute l’histoire et laisse encore de nombreuses zones d’ombres tout en donnant une part d’humanité au personnage. « On est tous un pauvre type le matin, pour arriver à être sympa le midi, parfois extraordinaire pendant quelques secondes » me lance le scénariste. Une façon de rappeler que nous sommes tous à un moment donné des monstres et à d’autre des anges. Blast est une expérience de BD à ne pas manquer. Une référence.

Blast, t3 aux éditions Dargaud.

Scénario et dessin: Manu Larcenet.

 

Les couloirs de l’Entretemps: Cyann revient séduire les lecteurs

Par srosenfeld dans action, anticipation, graphisme, science fiction , le 10 novembre 2012 09h28 | Ajouter un commentaire

 « Javais besoin de cette coupure » m’explique François Bourgeon. Une façon pour l’auteur de retrouver avec son complice Claude Lacroix, un nouveau souffle me confie le créateur des Passagers du vent. 5 ans après la sortie du tome 4 du « Cycle de Cyann », les fans peuvent enfin retrouver leur héroïne. Et le résultat est à la hauteur de l’attente comme en atteste le succès immédiat de l’album « Les couloirs de l’Entretemps » dans les librairies. François Bourgeon leur en est reconnaissant car comme il me le confie « le succès me permet d’être libre et de prendre le temps ce que ne peuvent s’offrir d’autres auteurs, malheureusement ».

L’Entretemps est le nom du vaisseau spatial dans lequel Cyann s’est embarquée après avoir fui Marcade. La belle rebelle ne rêve plus maintenant que de retrouver sa planète Olh. De retour sur sa planète natale, elle retrouve sa jeune sœur Azurée qui est alors en prison. Après l’avoir libérée, Cyann réalise que sa destinée reste encore bien aléatoire. Elle doit regagner la sinistre Marcade pour y tenir une promesse…Et se confronter à son pire ennemi.

Pas de désillusion, ce nouvel opus continue de faire de cette saga une référence. Le dessin est superbe. Soucis du détail, cadrage intelligents et lisibles, tout est harmonieux. Un beau travail d’orfèvre. Les deux compères n’ont pas perdu la main. « Des maquettes avaient déjà été faites lors des précédents albums pour les planètes ce qui nous a aidé pour la mise en image et les éclairages, il a par contre fallu construire le vaisseau » précise François Bourgeon. Dès la première planche, le lecteur se retrouve embarqué dans l’aventure sur les pas de l’héroïne. Voyages à travers le temps, créatures étranges (l’animal bizarre de l’Entretemps), soldats, robots et décors féeriques, la richesse de cet album donne le tournis. De la grande BD!

Le Cycle de Cyann, Les couloirs de l’Entretemps, t5 aux éditions 12 bis.

Scénario et dessin: Bourgeon/ Lacroix