Archives du octobre, 2012

Le singe de Hartlepool: la bêtise humaine n’a pas de limite

Par srosenfeld dans Aventure, Historique, Humour , le 23 octobre 2012 16h28 | Ajouter un commentaire

« Le point de départ de cette histoire vient de mon agression par un Anglais alors que j’étais en visite avec un copain » me raconte Wilfried Lupano. Après s’être débarrassé de l’agresseur par une ruse (« il est Suisse, pas Français »), son ami lui raconte une vieille légende « le Singe d’Hartlepool »: la pendaison d’un  singe suite au naufrage d’un navire français par des villageois ignares. L’occasion pour l’auteur de broder un récit haut en couleur sur la bêtise humaine.

Tout commence sur un navire où le capitaine, ancien commerçant en terre africaine, admire son singe adopté. Une blague de marin. Une mascotte qui malheureusement va devenir l’objet des rancœurs de villageois anglais. Le singe est le « Français », celui que l’on ne connaît pas mais que l’on hait de façon viscérale. Son « procès » n’est qu’une parodie, sa mort, une certitude…. Mais comment en est-on arrivé là?

Wilfried Lupano se délecte dans cet univers à la fois drôle et brutal. Absurde jusqu’à la déraison, son récit déroule sa mécanique au milieu de dialogues cinglants. L’occasion de proposer une galerie de personnage réels ou inventés qui donne à cette « légende honteuse » un caractère universel. Ancien soldat en manque de reconnaissance, maire en campagne électorale, médecin de passage ou matelot bilingue, ils reflètent la complexité de la nature humaine.

« Nous ne voulions pas tomber dans le comique pour effacer ce que cette histoire a de triste et de tragique » me précise le scénariste. D’où un « aspect assez glauque » ajoute-il. De quoi satisfaire Jérémie Moreau.  » Ce côté glauque me plaît car il apporte une tension supplémentaire » me dit le dessinateur. Un jeune homme qui entre ici par la grande porte avec un graphisme puissant. Loin des sentiers battus, ce « Singe de Hartlepool » est une belle surprise.

Le Singe de Hartlepool aux éditions Delcourt.

Scénario: Wilfried Lupano.

Dessin: Jérémie Moreau.

Batchalo: le tragique destin des Roms

Par srosenfeld dans Historique, Non classé, policier , le 23 octobre 2012 14h31 | Ajouter un commentaire

« Les Roms sont les grands oubliés de l’Histoire » m’explique Michaël Balli, le scénariste de Batchalo. « Avec cet album je souhaite rétablir une injustice » me dit-il. Historien de formation, il va prendre plusieurs années pour aboutir à ce récit. Un récit qui raconte le destin tragique des Roms déportés par l’Allemagne nazie dans les camps d’extermination. Le sujet est grave mais fort intelligemment développé par l’auteur qui évite de tomber dans le coté « leçon d’histoire » pour proposer une aventure touchante.

1939, Europe de l’Est. Suite à l’enlèvement d’un groupe d’enfants, un clan tzigane, accompagné de Josef, un policier dont le fils est aussi porté disparu, organise une battue. Sur leurs traces, ils voyagent à travers la Bohême, jusqu’à être internés, puis déportés à Auschwitz. Parqués dans le camp de la mort, ils dépérissent, privés de ce qu’ils ont de plus cher : leurs enfants et la liberté.

« Nous avons voulu jouer avec les clichés comme celui du Rom voleur d’enfant » me précise Michaël Balli. Et de fait, Batchalo commence comme une enquête policière avant de se transformer en destin tragique. A travers cette quête de l’enfant perdu, le scénariste nous fait découvrir le peuple Rom, sa structure autour d’un chef mais aussi de sa guérisseuse, deux éléments clés de la communauté. L’histoire d’amour entre Josef le « gadjo » et la farouche gitane permet d’aborder avec subtilité la notion d’identité.

« Je me suis senti quelque fois très mal à l’aise en me demandant si j’étais légitime à raconter cette histoire » m’avoue le dessinateur Arnaud Bétend. Un soucis d’honnêteté qui se ressent dans son graphisme soigné rempli d’humanité. Même dans l’horreur,  il trouve la bonne distance pour illustrer ce drame. Le choix du sépia est particulièrement bien vu. Avec humilité, ce duo propose un album de grand qualité qui touche au cœur. A  ne pas manquer.

Batchalo aux éditions Delcourt.

Scénario: Michaël Galli.

Dessin: Arnaud Bétend.

Loup de pluie: un western moderne

Par srosenfeld dans Aventure, Non classé, western , le 23 octobre 2012 11h55 | Ajouter un commentaire

Cela commence par un duel. « Mais tout cela va très vite » explique le dessinateur  Ruben Pellejero. Car ce Loup de pluie n’est pas une succession d’affrontements mais une histoire construite autour d’une amitié impossible: celle d’un jeune indien fier et moderne et d’un des fils du plus grand propriétaire de la région.

Entre la famille Mc Dell qui tente d’établir des relations de respect mutuel avec la communauté indienne et le reste de la population, les tensions sont vives. Alors il suffit qu’un cow-boy mal luné Ingus débarque dans un saloon pour que tout dégénère …

Ce récit prévu en deux tomes se lit avec plaisir. Le scénariste Jean Dufaux sait trouver les mots justes pour économiser ses effets et rendre fluide les dialogues entre les protagonistes. Ses thèmes de prédilection,  l’amour et la différence, sont toujours aussi présents.

Le choix de Ruben Pellejero s’avère payant pour donner une dimension à la fois onirique et crépusculaire en fonction des moments. « Je suis un obsédé de la couleur «  me précise l’illustrateur originaire de Barcelone. Et cela se sent. Ce n’est pas le trait ici qui marque mais bien les impressions offertes par le travail subtil du dessinateur sur la lumière. Dans ce monde où la crasse se dispute à la pureté des sentiments, Loup de pluie est un album qui gagne à se lire plusieurs fois.

Loup de pluie aux éditions Dargaud.

Scénario: Jean Dufaux.

Dessin: Ruben Pellejero.

 

Alix Senator: Alix réinventé

Par srosenfeld dans Aventure, Historique, policier , le 22 octobre 2012 11h35 | Ajouter un commentaire

Toucher au personnage d’Alix, véritable icône de la BD, est toujours un pari audacieux. Comment s’y prendre pour renouveler le personnage  sans irriter les fidèles de Jacques Martin? La solution pour Valérie Mangin est simple: le vieillir.  Terminé l’adolescent fougueux, place au sénateur Alix, homme d’une cinquantaine d’année, père d’un enfant et protecteur du fils de son ami Enak mort mystérieusement. « Mais si Alix est Gaulois, son univers c’est d’abord Rome » m’explique la scénariste, « cette première aventure ne pouvait se passer qu’ à Rome » ajout-elle.

Nous sommes en 12 avant Jésus-Christ. Confronté à une série de meurtres mystérieux touchant des grands du régime, l’empereur Auguste charge son vieil ami Alix d’enquêter discrètement sur l’affaire. Celui qui est désormais sénateur va devoir se plonger dans de nouvelles intrigues au moment où le christianisme commence à s’imposer. Mais avec ses cheveux blancs, notre héros n’est plus aussi impétueux qu’avant, sa sagesse va devenir son meilleur allié pour découvrir la vérité.

Valérie Mangin (Le fléau des dieux, Le dernier troyen)  connaît bien l’Antiquité, ses histoires et ses légendes. Avec Alix Senator, elle s’éloigne de ses uchronies pour décrire un univers réaliste dans la veine d’une série comme Murena. Son récit qui reste très classique se lit avec plaisir. Le héros trouve ici une vraie crédibilité. Le graphisme de Thierry Démarez est dans le ton.« Je me suis inspiré de la série télévisé Rome pour l’ambiance tout en gardant les traits de l’Alix de Jacques Martin » me dit-il.  Au final, le lifting fonctionne. Il s’agit maintenant d’aller plus loin pour donner à cet Alix Senator une identité forte. A suivre….

Alix Senator aux éditions Casterman.

Scénario: Valérie MAngin.

Dessin: Thierry Démarez.

XIII Mystery, Steve Rowland: retour aux sources

Par srosenfeld dans action, Aventure, polar, policier, thriller , le 17 octobre 2012 08h51 | Ajouter un commentaire

 J’avais le choix lorsque l’on m’a proposé de participer à ce projet, alors je me suis dit, quoi de mieux que le personnage principal, XIII!  m’explique avec enthousiasme Richard Guérineau. Le dessinateur du Chant des Stryges reconnaît avoir été marqué par la puissance de cette série qui introduisait à l’époque le thriller politique dans la BD.  Cerise sur le gâteau, Fabien Nury est à la baguette. Le scénariste d’Il était une fois en France sait parfaitement synthétiser une matière particulièrement dense. Voici donc un duo de choc pour ce 5ème numéro qui raconte le passé de Steve Rowland, assassin du président de Etats-Unis.

Qui est donc ce Steve Rowland, brillante recrue des SPADS, une unité militaire d’élite?  Comment a-t-il reçu ce fameux numéro XIII symbole de treizième homme d’une conspiration politique aux objectifs terrifiants. Comment expliquer son geste? Pour cela, il faut  plonger dans son passé, celui d’un petit garçon qui, entre un père violent et raciste et une mère perdue et alcoolique, devient un homme impitoyable. Et Kim, sa femme rencontrée à l’université… qui est-elle vraiment? Agent double, triple…

Cet album est une véritable réussite. Fabien Nury rend cohérent le passé de Steve Rowland. « Un fasciste en herbe, un peu benêt »  précise Richard Guérineau. Le récit s’appuie sur une série de flash-back. Comme les balles qui frappent le président des Etats-Unis, chaque moment de la vie du personnage de la série, frappe le lecteur en quelques cases. Tout est là, réinventé et totalement crédible.

Richard Guérineau propose un dessin dans l’esprit de Wance mais avec toute la modernité de la BD actuelle. Précis et efficace, il renforce la tension par des cadrages intelligents qui alternent les points de vue. Il m’avoue que l’une des pages les plus magiques de cet album fut celle où il inscrit le fameux XIII. Je vous propose à ce sujet d’écouter son interview dans mon studio ci-dessous. Les deux compères signent ici, une BD sans faute qui ravira les amateurs d’action et les nostalgiques de la série mythique. Bravo.

XIII Mystery, t5, Steve Rowland aux éditions Dargaud.

Scénario: Fabien Nury.

Dessin: Richard Guérineau.