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Macron : putain deux ans !

Par Christophe Giltay dans Divers , le 7 mai 2019 08h44 | Ajouter un commentaire

Emmanuel Macron fête aujourd’hui les deux ans de son élection à la présidence de la République. Après un démarrage sur les chapeaux de roue, il est désormais fragilisé par la crise des « gilets jaunes » et les effets de « l’affaire Benalla ». Emmanuel Macron cherche maintenant à rebondir à l’occasion des élections européennes, son premier test électoral.

 

Le cap des deux ans est toujours très difficile à passer pour un président de la république. Surtout depuis l’adoption du quinquennat qui en ait un peu un « midterm » à la française. Selon la dernière livraison mensuelle du baromètre Katar, qui date d’avril, 26 % des Français continuent de faire confiance à Emmanuel Macron, en revanche 71% n’y croient plus. Après deux années de mandat, les deux précédents présidents de la République étaient eux aussi en mauvaise posture, avec 66 % d’impopularité pour Nicolas Sarkozy et même 78 % dans le cas de François Hollande. L’histoire a montré qu’ils n’ont jamais vraiment réussi à remonter la pente…

Des européennes cruciales.

Les élections européennes seront plus qu’un test pour Emmanuel Macron. Or les sondages sont à la fois favorables et défavorables. Certes la plupart d’entre eux donnent le parti présidentiel, « la République en marche » en tête autour de 22% des voix. Mais tout juste devant le Rassemblement National ( ex Front National ) donné lui à 21% ou 21,5%, quand il n’est pas carrément annoncé en tête. Or l’ex FN a pour tête de liste Jordan Bardella un jeune homme de 23 ans totalement inconnu il y a encore quelques semaines. La leader des « En marche » l’ex ministre Nathalie Loiseau n’y arrive visiblement pas. A tel point que le Premier Ministre Edouard Philippe va s’investir davantage dans la campagne…

La solitude du Président.

C’est l’un des grands problèmes d’Emmanuel Macron, il est seul, il n’a quasiment pas de poids lourds à ses côtés. Son parti est un amalgame d’ex PS et d’ex Républicains, mais qui n’a pas réussi à générer de nouvelles personnalités. C’est une des raisons pour lesquelles les réformes proposées par le président ces derniers jours ont fait un flop et n’ont pas chassé les gilets jaunes de la rue. Il n’y a presque personne pour les porter dans l’opinion.

L’ex FN en embuscade.

En fait Emanuel Macron rassemble toujours à peu près autant de Français qu’au premier tour de la présidentielle ( 24,1%) , mais il a perdu la formule magique qui l’avait fait atteindre 66% au second tour. Or l’élection européenne est l’une des rares en France à se jouer à la proportionnelle. Il n’y pas de second tour et chacun se bat sous sa propre bannière. Si jamais le rassemblement national terminait premier avec un score autour de 22% ce ne serait pas forcément une catastrophe, il n’aurait jamais séduit qu’un français sur 5, mais ce serait un très mauvais signal qui sonnerait comme la revanche de la présidentielle.

Changer d’équipe ?

Pour se relancer Emmanuel Macron devrait alors recourir à un changement de gouvernement et peut être de Premier Ministre. Des fois ça marche des fois non, on l’a vu avec François Hollande et Manuel Valls. On n’en est pas là, mais à l’Elysée l’heure est aux soucis. Je ne suis pas sûr que le champagne coule à flot ce soir pour fêter ce deuxième anniversaire….

 

 

Daesh : Ne pas baisser la garde !

Par Christophe Giltay dans Divers , le 25 mars 2019 08h41 | Ajouter un commentaire

L’organisation terroriste Etat islamique a perdu samedi 23 mars avec Al Baghouz, la dernière poche de résistance de son «califat» autoproclamé. IL ne faut pas pour autant baisser la garde, le groupe, encore actif, a immédiatement appelé ses sympathisants à poursuivre le jihad.

Combattant Kurde après la chute d’Al Baghouz

 

 

Il y a quelques jours Donald Trump prédisait déjà l’imminence de la victoire de la coalition internationale contre Dasht, « l’état islamique », et dans la foulée, il annonçait le retour des boys au pays. Une déclaration qui a beaucoup inquiété ses alliés qui ont tout fait pour le faire revenir sur sa décision. Car la guerre contre Daesh ça ne se termine pas comme en mai 1945 après la chute de Berlin, par la signature d’une reddition et le procès de Nuremberg…

Fondu dans la population.

Le prétendu « état islamique » est retourné à son état premier : une organisation terroristes, clandestine, mêlée à la population et disposant encore de bases en Lybie au Yémen, en Afghanistan, au Sahel… Daesh a toujours de nombreux  partisans notamment dans les zones sunnites en Irak et en Syrie qui s’estiment opprimées par le pouvoir chiite ( ou assimilé) . Pour beaucoup d’entre eux l’Etat islamique représentait l’ordre et, du moins dans les premiers temps, une certaine prospérité. Ce n’est pas pour rien qu’une partie des officiers de Saddam Hussein avaient rejoint l’organisation terroriste pour qu’il profite de leur expérience au combat. De même l’attraction du groupe terroriste sur de jeunes musulmans au destin incertain reste forte dans ces pays, où tout est à reconstruire et où il n’y pas d’avenir lisible à court terme.

Que faire des prisonniers ?

Sans oublier bien sur les dizaines de milliers de prisonniers (70 000 ? Plus ? ), surtout des femmes et des enfants dont les pays d’origine ne veulent pas et que le forces kurdes qui ont vaincu Daesh, n’ont pas les moyens de garder indéfiniment dans des camps. Combien de graines de djihadistes vont-elles germer dans ces enfants, ballotés par la guerre et qui pour beaucoup ont vu mourir leurs parents sous les bombes alliées ? Si on ne s’occupe pas d’eux, si on ne leur offre pas un autre destin, la moisson djihadiste sera prospère. Enfin même défait, Daesh conserve une partie de ses armes et de son trésor de guerre

Vaincu mais toujours attractif.

Certes le prétendu état islamique, ne peut plus comme il l’a fait en 2014 promettre à de jeunes combattants étrangers, de leur offrir une maison, un salaire, des épouses et au final une vie pleine d’aventure. Mais il leur reste le martyr, la mort héroïque et les délices du paradis d’Allah. Quand on crève  de misère et d’humiliation, la promesse reste attractive.

C’est pourquoi comme l’a dit Mike Pompeo le secrétaire d’Etat américain, plus réaliste que Trump «  Il reste beaucoup de travail pour s’assurer que la menace du terrorisme islamique radical soit totalement et définitivement annihilée. » Même son de cloche du côté d’Emmanuel Macron:  » La menace demeure et la lutte contre les groupes terroristes doit continuer.  »   Certains experts pense que ça pourrait prendre 10 à 15 ans.

Danneels : le Belge qui aurait pu être pape

Par Christophe Giltay dans Divers , le 15 mars 2019 11h44 | Ajouter un commentaire

Les obsèques du cardinal Danneels auront lieu vendredi prochain à Malines. Depuis l’annonce de son décès on a beaucoup parlé de son parcours, de son sens du dialogue, mais aussi de ses zones d’ombre.  Une question demeure aurait – il réellement pu devenir pape en 2005, après le décès de Jean Paul II ?

 

 

Le 6 avril 2005, Godfried Danneels qui était cardinal donc électeur du pape, arrive à Rome pour participer au conclave. Il y avait des dizaines de  journalistes à l’aéroport de Fiumicino , qui attendaient tous l’arrivée des prélats du monde entier qui descendaient pratiquement de chaque avion. A ma grande surprise, Monseigneur Danneels suscitait un intérêt particulier, ce fut une vrai cohue pour arriver à l’interviewer, entre les reporters français, anglais, allemands, italiens.

Papabile en 2005 ?

C’est là que je lui ai demandé s’il avait mis ses affaires en ordre à Malines avant de quitter la Belgique. Car quand on est élu pape, on ne rentre pas chez soi chercher un truc qu’on a oublié, on commence tout de suite et ça n’arrête plus, et pas question d‘aller en vacances à Blankenberge. Le cardinal étonné par ma question  m’a avait d’abord répondu très sérieusement :  « Mais mes affaires ont toujours en ordre… » et puis comme on dit en Belgique « son franc est tombé  » il a compris,  alors dans un éclat de rire il m’a dit « faut pas exagérer tout de même… »

Faiseur de Pape.

Or j’étais très sérieux et je n’étais pas le seul. Le cardinal Danneels faisait bel et bien partie des papabili, un journaliste de la croix m’avait dit que s’il ne devenait pas pape lui-même, il pouvait être faiseur de pape, car c’était une  personnalité centrale qui pouvait concilier les conservateurs et les progressistes. Conformément aux règles canoniques,  il a toujours refusé d’expliquer ce qui s’était passé lors des deux conclaves qu’il a connu en 2005 et 2013, mais on sait qu’il y a  joué un rôle,  et que ce rôle a très probablement servi à la cause de Jorge Mario Bergolio, le futur Pape François dont on oublie que déjà en 2005 il fut le principal adversaire du cardinal Ratzinger, Benoit XVI.  Le contraste est frappant entre la déception de Godfried Danneels le soir de l’élection de ce dernier, et le vrai bonheur qu’il a vécu lors de l’arrivée de François. Compte tenu de ses fonctions au sacré collège il était même présent  à ses côtés au balcon de Saint Pierre quand François y est apparu pour la première fois, ce fut probablement le plus grand souvenir de sa vie.

Un Belge successeur de Pierre ?

Alors faiseur de pape oui, mais Pape lui-même ? Il en avait en tout ça les capacité. Théologien, diplômé de l’Université d Louvain et de la grégorienne de Rome ; polyglotte ( néerlandais, français, anglais, italiens, latin et même un peu d‘allemand ) ; doté d’une grande expérience pastorale, évêque dès l’âge de 44 ans ; moderne sur la forme mais strict sur le fond, il aurait pu s’asseoir sur le trône de Saint Pierre. Pascal Vrebos lui avait demandé un jour : « Et si vous étiez élu vous accepteriez la charge ? »  réponse : « si vous collègue vous choisissent, sauf problème médical, on ne peut pas refuser »…

L’esprit saint en a décidé autrement il faut dire qu’après un pape polonais, un belge, ç’aurait peut-être été un peu « too much. »

Brexit, la perversion du référendum

Par Christophe Giltay dans Divers , le 14 mars 2019 14h15 | Ajouter un commentaire

Les députés britanniques ont donc rejeté une fois de plus l’accord sur le Brexit présenté par Theresa May. Il n’y a donc plus que deux solutions , une sortie de l’Europe sans accord, ou le report du Brexit. Cette crise sans fin nous montre à tel point le référendum est loin d’être la meilleures solution aux problèmes complexes.  

 

On se plaint souvent en Belgique de ne pas disposer du référendum comme arme politique. on oublie que le seul qu’on ait connu, sur le retour de Léopold III en 1950 s’est transformé en crise encore plus grave que le Brexit . Il a donné des résultats asymétriques entre la Flandre et la Wallonie. Au final alors que la réponse avait été oui , Léopold III a quand même du abdique , après des journées de crise, de manifestations et même des morts.

Un référendum ça se prépare.

En fait un référendum n’est vraiment efficace que quand il confirme un projet de loi déjà mûrement discuté et élaboré par un gouvernement ou un parlement. Alors o peut poser au peuple la quesiton approuvez-vous la li qui décide ceci oiu cela. En clair les Anglais auraient du d’abord négocier un accord sur le Brexit puis le soumettre au référendum, et là, le peuple aurait dit : « d’accord on sort dans ces conditions  » ou  » on ne sort pas » . Tandis que là on leur a demandé : « voulez-vous sortir ou non ?  On discutera des conditions après.

Une campagne mensongère 

Or ça ne marche pas parce que ceux qui ont voté oui au Brexit ont voté pour des raisons très diverses, et souvent d’ailleurs de fausses raisons, car la campagne pro Brexit a été largement mensongère. Résultat on n’arrive pas à boucler un accord et les derniers sondages donnent 54% au non, si jamais il devait y avoir un second référendum.

Référendum ou plébiscite ?

Sans oublier que les référendums ont toujours un effet pervers les électeurs peuvent aussi voter pour ou contre le gouvernement  quelque soit la question. On a alors affaire au référendum plébiscite tel que le concevait le général de Gaulle qui posait des questions diverses avec toujours en filigrane cette menace : » si vous répondez non je m’en vais ». En Avril 1969 les Français ont dit non à une réforme très technique sur les régions et le Sénat, conséquence le général De Gaulle a démissionné de l’Elysée.

Cameron: l’apprenti sorcier.

Maintenant Thérésa May se retrouve dans une situation impossible, mais le vrai coupable c’est son prédécesseur, James Cameron. Persuadé que le Brexit serait rejeté, il a organisé ce référendum d’apprenti sorcier pour se maintenir au pouvoir, provoquant une catastrophe. Malheureusement contrairement au poème de Goethe qui a inspiré  Paul Dukas et Walt Disney, il n’y a pas ici de magicien qui pourrait tout rétablir d’un coup de baguette magique.

 

 

Algérie : Bouteflika ruse ou raison ?

Par Christophe Giltay dans Divers , le 12 mars 2019 09h39 | Ajouter un commentaire

En Algérie la rue a gagné, le président Bouteflika ne briguera finalement pas un cinquième mandat. Il propose à la place une importante réforme constitutionnelle…et l’organisation d’élections libres d’ici un an.

Le président Bouteflika

 

S’il y a une leçon à tirer de ce qui s‘est passé en Algérie c’est d’abord la démonstration qu’une mobilisation importante mais pacifique, peut faire fléchir un pouvoir. Même un pouvoir cadenassé par les militaires, comme l’est celui qui dirige l’Algérie depuis l’indépendance. On peut aussi d’ailleurs rendre hommage à ce pouvoir qui n’a pas réprimé ces manifestations par une violence excessive, et qui finalement s’est rendu à la raison.

La crainte du chaos.

Pourquoi le FLN, le Front de Libération National,  souhaitait-il qu’Abdelaziz Bouteflika malgré son état de santé rempile une cinquième fois ? Tout simplement pour garder ses privilèges mais aussi par peur de l’inconnu. En 1991, la dernière élection libres en Algérie, avait donné une large victoire aux islamique du FIS, provoquant un coup d’Etat militaire. Conséquence une guerre civile qui a durée des années et fait près de 200 000 morts. L’élection de Bouteflika, une des figures de l’indépendance, en 1999 a coïncidé avec le retour de la stabilité dans le pays.  Alors la tentation était grande de lui faire accomplir  un mandat de plus. Le scénario originel était qu’il soit réélu, mais pour réformer la constitution et proposer d’autres élections auxquelles il ne participerait pas. La rue a considéré qu’il s’agissait d’une entourloupe et les mobilisations ont repris de plus belle…

Un parfum d’autrefois.

Trois semaines de foule dans la rue ça commençait à faire beaucoup, d’autant que pour ceux qui aiment les symboles ces manifestation se déroulaient dans le centre d’Alger près de la grand poste, en face de l’hôtel Albert1er, (oui le nôtre) et à deux pas du siège du gouvernement. Là, où ont eu lieu les plus grands rassemblements pendant la guerre d’indépendance. D’ici que certains décident de passer de la manifestation à l’insurrection, ce n’était peut-être pas la peine de tenter le diable…

Bouteflika la voie (à défaut de voix) de la sagesse ?

Le scénario a donc été revu et les élections repoussées. Bouteflika reste président  provisoirement et un nouveau premier ministre a été nommé : Noureddine Bédouin jusqu’alors ministre de l’intérieur. Il sera secondé par un vice-premier ministre, Ramtane Lamamra un diplomate très expérimenté, ancien ministre des Affaires Etrangères, très bon négociateur, et qui a déjà tenu des propos rassurants. C’est cette équipe qui mènera la réforme de la constitution ( soumise à référendum) puis organisera, probablement fin 2019 ou début 2020, des élections libres. Elections que le clan au pouvoir a toutes les chances de remporter car il possède de puissants leviers sur la société. Mais ce n’est qu’un début,  et au risque de paraître naïf, on assiste peut être en Algérie au début d’un processus comme ceux qu’on a connu en Afrique du sud ou en URSS.

Alors plutôt que de sortir de l’histoire comme un pantin, Abdelaziz Bouteflika y entrerait comme Gorbatchev ou Frederik De Klerk.

Macron écrit aux Européens

Par Christophe Giltay dans Divers , le 5 mars 2019 09h02 | Un commentaire>

Emmanuel Macron fait paraître ce mardi, dans des quotidiens des 28 Etats membres de l’Union Européenne, dont la Libre en Belgique,  une longue tribune qui invite à une «renaissance européenne». Il lance ainsi sa campagne tout en voulant combattre concrètement les populistes et les eurosceptiques.

Emmanuel Macron a trouvé son rôle historique, il veut sauver et relancer l’Europe,  et il veut le faire directement avec les peuples et non pas depuis Bruxelles par une évolution institutionnelle ou technocratique. D’ailleurs en France, c’est tout un symbole, sa tribune n’a pas été publiée par le Figaro ou le Monde, mais par le Parisien,  un journal Populaire, et par des titres de la presse régionale. A ce sujet les premières lignes de son message sont très claires : «  Citoyens d’Europe, si je prends la liberté de m’adresser directement à vous ce n’est pas uniquement au nom de l’histoire et des valeurs qui nous rassemblent. C’est parce qu’il y a urgence …jamais depuis la seconde guerre mondiale l’Europe n’a été aussi nécessaire. Et pourtant jamais l’Europe n’a été aussi en danger. » 

Liberté, protection, progrès.

En résumé, il y a urgence pour sauver et renforcer le modèle démocratique européen. Un modèle qui repose selon lui sur la liberté la protection et le progrès. Il avance un certain nombre de propositions concrètes, comme la création d’une «banque européenne» pour financer la transition écologique, ou encore l’organisation de moments délibératifs dans toute l’Europe, un peu sur le modèle du grand débat qu’il mène actuellement en France, avec un certain succès.

Leadership europhile .

Faut-il encore que les autres suivent… En 2017 Emmanuel Macron avait proposé des listes transnationales pour ces élections européennes, et sa proposition a fait flop. Cette fois on devine qu’il veut incarner le leadership des europhiles face aux populistes et autres « brexiteurs ». On aurait ainsi deux camps en Europe, ceux qui veulent continuer et progresser dans la construction européenne et les autres, adeptes du repli national.  C’est d’ailleurs pour ça qu’il met la protection, au cœur de son texte contrairement à ce que disent les eurosceptiques pour lui l’Europe ce n’est pas le danger, c’est la sécurité…et le salut ne viendra pas de la fermeture mais de l’ouverture .

Non au repli.

On est en plein dans les ambitions des pères fondateurs et à mille lieues des discours que tiennent les gouvernements hongrois ou autrichien par exemple. Quant à l’Italie Emmanuel Macron s’est fendu dimanche soir d’une opération de séduction, en répondant à une longue interview sur la RAI. Il a qualifié la récente crise entre Rome et Paris de péripétie et invité le président Sergio Matarella à venir fêter à Amboise le 2 mai, les 500 ans de la mort de Léonard de Vinci.

L’Europe « En Marche ».

Maintenant comment va se concrétiser dans la campagne cette offensive macaroniste. Va-t-on voir apparaitre des listes de son mouvement « En Marche » dans d’autres pays que la France…Ou va-t-il fédérer une sorte de coalition avec pour ambition de détrôner le binôme « Socialistes- Démocrates chrétiens ? ». Certains leaders européens commencent à s’en inquiéter. Avec son élection en 2017 en France, Emmanuel Macron a atomisé la classe politique, aussi bien à droite qu’à gauche. Il pourrait tenter de réitérer l’opération à Strasbourg et à Bruxelles.

Bouteflika candidat fantôme.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 4 mars 2019 09h59 | Ajouter un commentaire

Fin du suspense en Algérie, Abdelaziz Bouteflika, le président sortant,  a déposé dimanche 3 Mars sa candidature à la présidentielle, malgré une nouvelle journée de contestation dans le pays. Dans une lettre, il a promis, s’il était élu le 18 avril, l’organisation d’une élection anticipée pour assurer sa succession.

Abdelaziz Bouteflika portrait officiel ( en 1999)

Au vu de l’ampleur des manifestations ces derniers jours en Algérie, on aurait pu croire que la raison l’emporterait que le prédisent Bouteflika renoncerait à un cinquième mandat. Peine perdue hier soir avant minuit ses partisans ont déposé les signatures de soutien nécessaires à sa candidature. Dans sa lettre au peuple algérien, lue par son nouveau  directeur de campagne, le vieux président, 82 ans depuis samedi, s’est engagé à organiser une conférence nationale puis à céder le pouvoir après des élections anticipées… à une date qui reste à déterminer.

Un président diminué.

Il n’est pas  sur que ces promesses suffisent à calmer la rue tant cette candidature ressemble à une mascarade. Bouteflika n’est même pas présent en Algérie, il est en Suisse depuis plusieurs jours pour y recevoir des soins. Des analyses de routine selon ses proches, mais une dégradation de son état de santé n’est pas à exclure. Depuis son AVC en 2013, il se déplace en fauteuil roulant et limite ses apparitions publiques,  la dernière date de novembre 2018. Bien entendu on peut nourrir les plus grands doutes sur sa capacité à diriger réellement le pays.

Les raisons d’un 5ème mandat.

Mais pourquoi le FLN, le Front National de Libérations,  le parti au pouvoir, soutenu par l’armée, tient-il absolument à faire élire ce vieillard infirme ? Pour deux raisons d’abord parce que c’est une garantie contre l’inconnu et que les apparatchiks peuvent rester en place. Ensuite par ce qu’il reste un personnage quasi mythique, l’un des pères de l’indépendance . En 1962 il fut le premier ministre des affaires étrangères d l’Algérie indépendante…. il avait alors 25 ans. Or depuis cette époque seuls des combattants de la guerre d’indépendance ont pu accéder à la magistrature suprême. C’est tout le problème,  l’Algérie n’arrive pas à faire émerger une nouvelle classe politique dont la légitimité ne reposerait plus sur la guerre contre la France, mais sur une réelle capacité à gérer ce pays de 41 millions d‘habitants disposant d’immense réserves de gaz et de pétrole.

Que fera la rue ?

L’Algérie peine à passer le cap, et à s’inventer une vie politique post FLN. A tel point que le principal adversaire de Bouteflika Ali Benflis, un ancien premier ministre, a refusé de se présenter estimant que la présidentielle n’avait aucun sens dans les circonstances actuelles. « Ma place n’est plus dans une compétition électorale dont notre peuple (…) dénonce avec vigueur le caractère biaisé et faussé. Le peuple a pris la parole et je l’ai entendu ».

On verra si les manifestations continuent ces prochains jours. Il n’y a pas eu de printemps arabe en Algérie, en 2010, traumatisé par la guerre civile des années 90 le pays ( sévèrement  tenu par l’armée ) est resté calme. Depuis la donne a changé et cette 5ème candidature de Bouteflika pourrait bien se jouer dans la rue, plutôt que dans les urnes…

Faut-il interdire le Hijab de course ?

Par Christophe Giltay dans Divers , le 28 février 2019 11h00 | 2 commentaires

En France le retrait d’un hijab de course du catalogue de Décathlon, continue à faire débat. Le  Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT s’est félicité de cette décision, pourtant la vente de ce vêtement n’avait rien d’illégal.

 

Nike propose toujours un hijab de course à ses clientes.

 

Interrogé par le Figaro, le délégué interministériel Frédéric Potier ne remet pas en cause la légalité d’un tel accessoire (qui couvre uniquement la chevelure et les oreilles et, par là même, ne tombe pas sous l’interdiction de dissimuler son visage dans l’espace public)  mais il estime que le port d’un tel vêtement peut être assimilé à du prosélytisme religieux, et c’est là tout le débat.  Il est probable que pour Décathlon, tout comme pour Nike autre marque qui commercialise de tels accessoires, il ne s’agissait que de conquérir un marché.  D’ailleurs si la vente est suspense en France, pays très sourcilleux de la laïcité, elle ne l’est pas forcément dans les autres pays, Décathlon affirmait cibler le marché marocain.

Evolution logique ?

Alors on pourrait considérer que c’est simplement un signe des temps… Une population qui n’avait pas jusqu’ alors accès aux sports olympiques y est désormais représentée, et l’olympisme d’ailleurs accepte le hijab de course. Donc « circulez y’a rien à voir ! » Oui sauf que des militantes féministes dans certains pays arabes notamment au Maghreb se sont félicitées de ce retrait. En effet comment lutter contre le port du voile dans leur pays, si en France on accepte de vendre le hijab de course, comme une simple paire de basket ?  Car contrairement à ce qu’on pense ici,  le port du voile n’est pas un problème occidental, on n’en connait que l’écume,  c’est un problème arabo musulman…

Le voile n’est pas islamique.

Il y a débat dans le monde arabe entre progressistes et conservateurs. De nombreux intellectuels musulmans comme l’islamologue et théologien Ghaleb Bencheikh n’hésite à qualifier le Niqab (voile intégral) ou le burkini, d’accoutrement. Il rappelait encore récemment dans son émission « Questions d’Islam »  sur France culture, que le voile n’a rien d’islamique et qu’il remonte à un décret de l’empereur assyrien Teglath-Phalasar 1er qui régnait autour de 1100 avant Jésus Christ soit 1700 ans avant la révélation de Mahomet.  A l’époque ce sont les hommes qui le portaient.

Mais voilà ce genre d’érudition a peu de place dans un débat à la fois passionnel et irrationnel. Un débat où l’on avance également que priver les jeunes musulmanes de ce hijab de course, c’est aussi les priver de sport, car elles n’ont pas toutes le courage d’entrer en rupture avec leur famille, leur milieu, leur quartier,  etc…

La position laïque .

La position de la société laïque française qui a fait pression sur Décathlon est peut être finalement assez sage. On n’interdit pas… Mais on ne va quand même pas en faire ni le commerce, ni la promotion ! Ne serait-ce que par respect pour celles qui, en terre d’Islam, combattent les rigoristes.

 

 

A écouter :

https://www.franceculture.fr/emissions/questions-dislam/le-feminisme-islamique-est-il-oxymorique

On peut lire aussi « Le voile est-il islamique ? » De l’essayiste tunisien Abdelhaziz Kacem.

 

 

 

 

Abus : la tempête souffle sur l’Eglise

Par Christophe Giltay dans Divers , le 19 février 2019 10h59 | 3 commentaires

C’est une décision historique… Samedi le Vatican a annoncé le renvoi de l’état clérical de Theodore Mc Carrick, ancien cardinal et ancien archevêque de Washington. On lui reproche d’avoir abusé d’enfants de chœur et de séminaristes. Cette annonce intervient alors que le Pape François réunit, à partir de jeudi, une conférence consacrée aux moyens de lutter contre les abus sexuels dans l’Eglise.

 

 

Théodore Mac Carrick, 88 ans, était une sommité de  l’Eglise catholique, élevé au rang de cardinal par Jean Paul II et encore promu dans l’épiscopat américain par le Pape François. Sa chute est un coup de tonnerre et de mémoire de vaticaniste,  on n’a jamais depuis de siècles réduit à l’état laïc un prélat de cette  importance pour abus sexuel. Le pire c’est qu’évidemment c’est lui qui était chargé de lutter contre ces abus dans l’église américaine,  et il y a quelque chose de terrible à revoir ses interviews où il explique que le problème est en voie d’être réglé. Or le problème est très loin d’être réglé et l’Eglise affronte une tempête digne de celle du lac de Tibériade, rapportée dans les Evangiles,  et il faudra peut-être, comme chez Luc, Marc et Mathieu, l’intervention du Christ en personne pour calmer les vents et les flots…

Une congrès à Rome.

Le Christ ou le Saint Esprit… c’est peut-être d’ailleurs ce qu’espère symboliquement le Pape Francois en réunissant à Rome, de jeudi à dimanche une conférence internationale sur la protection de mineurs, à laquelle participeront une centaine de présidents de conférence épiscopales venus du monde entier.  Une sorte congrès mondial de évêques consacré aux abus sexuels dans l’Eglise qui ne se limitent pas d’ailleurs à la pédophilie.  Il y a quelques jours le Pape évoquait dans son avion les abus qui frappent  les religieuses dans certains pays, alors qu’à  Paris la justice a ouvert  une enquête contre le Nonce Apostolique (l’Ambassadeur du Pape ) accusé d’avoir tripoté à l’Hôtel de ville, un conseiller d’Anne Hidalgo pendant les vœux de la Maire de Paris. Vous imaginez le scandale…

 

Sodoma.

Tout ça en plus intervient au moment où sort un livre très attendu Sodoma, écrit par le journaliste Frédéric Martel.  Il y décrit un Vatican dominé par une homosexualité en contradiction totale avec le célibat des prêtres et le discours officiel de l’église. Par ailleurs plusieurs associations de victimes seront représentées à la conférence et elles attendent des décisions concrètes. Cette fois le Vatican ne s’en sortira pas avec un discours général et de bonnes intentions, dont je vous rappelle que l’enfer est pavé.

Dans le récit des Evangiles Jésus dort à bord du bateau pendant la tempête sur le lac. Les apôtres terrifiés le réveillent en lui criant «  Seigneur nous périssons »… Le Christ impose  le calme à la tempêtes, puis se tourne vers ses disciples pour  les engueuler : « hommes de peu de foi… » . Sous-entendu : ayez la foi, assumer vos responsabilités,  la pire des tempêtes ne peut pas nous détruire…

Je ne sais pas pourquoi mais je pense que jeudi à Rome, bien des évêques  auront cet épisode en tête.

Antisémitisme : Après Veil et Halimi, Finkielkraut…

Par Christophe Giltay dans Divers , le 18 février 2019 10h17 | Ajouter un commentaire

Le philosophe et Académicien français Alain Finkielkraut a été victime d’une agression antisémite samedi à Paris. Elle illustre la dérive du mouvement des gilets jaunes, mais aussi la libération d’un discours de haine.

 

Alain Finkielkraut

 

 

« Retourne à Tel-Aviv », « Sioniste de merde »,« Dieu va te punir », « Tu finiras en enfer »,

Voilà quelques-unes des insultes lancée à Alain Finkielkraut samedi dans le quartier de Montparnasse à Paris, en marge de la manifestation des gilets jaunes. Le philosophe a fait face avec dignité, avant que deux policiers ne l’éloignent de la furie de ses agresseurs. Ce n’est pas un acte isolé qui serait réservé à un penseur médiatique souvent l’objet de polémique…Non ! Cet épisode immonde vient clôturer une semaine d’actes antisémites où l’on a vu notamment profaner un site dédié à la mémoire d’Ilan Halimi, et la dégradation  de portraits de Simone Veil réalisé sur  par le « Street artist » C 215. La bête immonde s’est réveillée, le ministère français de l’intérieur l’a confirmé, les actes antisémites ont augmenté de 74% l’an dernier en  France.

«  Ni victime, ni héros »

Interrogé par le Figaro l’Académicien a réagi en philosophe opposant la raison à la passion, il a annoncé qu’il ne portrait pas plainte, mais qu’il souhaitait connaitre l’identité de ses agresseurs. « Ni victime, ni héros »… « Ce n’est pas l’esprit de vengeance qui m’anime, mais j’ai envie de contribuer à la prise de conscience. Il s’agit aujourd’hui de réfléchir à ce qui nous arrive, pour trouver la meilleure des parades. »

De son côté le parquet de Paris a annoncé dimanche avoir ouvert une enquête pour « injures publiques en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion ». Un suspect aurait déjà été identifié. L’agression a suscité une condamnation générale en France et Emanuel Macron lui-même s’est exprimé  sur twitter : « Les injures antisémites dont il a fait l’objet sont la négation absolue de ce que nous sommes et de ce qui fait de nous une grande nation. Nous ne les tolérerons pas. »

Qui et pourquoi ?  

Reste maintenant à comprendre l’origine de nouvel antisémitisme, ce serait trop facile de n’y voir que la résurgence des années trente.  Certes il existe encore en France un vieux fond de cet antisémitisme qui a connu son paroxysme pendant l’affaire Dreyfus et le régime de Vichy ; mais les événements de ces derniers jours sont d’une autre nature. Ils sont mêlés d’islamisme, et font clairement référence au conflit israélo palestinien. Par ailleurs, ils ne proviennent pas tous de l’extrême droite. Il y a il faut le reconnaitre une extrême gauche délirante qui confond défense des droits de palestiniens et dérive antisémite, et  le fait de distinguer ,dans le discours, antisionisme et antisémitisme n’est pas une excuse.

Ce qui s’est passé en France la semaine dernière est extrêmement grave et extrêmement inquiétant. Finkielkraut a raison il faut comprendre et agir.

Il n’est peut-être pas trop tard.