Présidentielles, l’Italie n’est pas la France.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 14 février 2022 18h33 | Ajouter un commentaire

Alors que la bataille politique fait rage en France pour désigner le futur président de la République, et que les candidats éventuels sont foison, en Italie on a réélu par défaut le président sortant. Aucun des candidats potentiels à sa succession  n’avait réussi à fédérer derrière lui un nombre suffisant de grands électeurs.

Le Palais du Quirinal siège de la Présidence italienne.

Le 3 Février dernier, le président de République  Sergio Mattarella, 80 ans, a prêté serment pour un nouveau mandat de 7 ans. Il avait pourtant répété à plusieurs reprises qu’il ne souhaitait pas rempiler au Quirinal , la prestigieuse résidence des président italiens, autrefois palais pontifical. Mais le devoir l’a emporté  » pour moi » a-t-il dit dans son  discours d’investiture il s’est agi d’un nouvel appel inattendu à la responsabilité auquel je ne peux pas et je n’ai pas voulu me soustraire.  »

Berlusconi écarté, Draghi aussi.

Cette réélection a mis fin à une quinzaine de folie qui avait débuté le 23 janvier par le renoncement de Silvio Berlusconi, qui pourtant rêvait de couronner sa carrière avec cette haute fonction. En vain, ses soutiens politiques n’étaient pas assez nombreux. Ensuite  l’on a cru un temps que c’est l’actuel Premier Ministre, Mario Draghi, ancien président de la banque centrale européenne qui recueillerait la majorité chez les grands électeurs.  En effet en Italie  contrairement à la France, le président n’est pas élu au suffrage universel, mais par un collège de 1009 grands électeurs, Députés sénateurs et élus régionaux. La candidature de Mario Draghi posait un problème,  c’est qu’en acceptant la magistrature suprême, il aurait dû quitter la tête du gouvernement. Or sa désignation en Février 2021 avait été le fruit d’une intense négociation et c’est justement le président Matarella qui avait réussi à l’imposer à la tête d’une coalition hétéroclite. Le faire changer de fonction risquait de plonger l’Italie dans l’une de ces crises politiques interminables  dont elle a le secret. Le nom d’une femme, Marta Cartalia, l’actuelle ministre de la Justice, a également circulé, ce qui aurait été une première dans la péninsule, mais elle non plus n’a pas réussi à rassembler 50% des grands électeurs. Résultat, Sergio Matarella été réélu au 8ème tour avec 505 voix sur 1009…une majorité bien étroite, mais une majorité quand même.

Un Président arbitre.

En Italie le rôle du président est essentiellement protocolaire. Il dirige le conseil supérieur de la magistrature, nomme aux emplois civils et militaires, désigne le chef du gouvernement et peut si nécessaire dissoudre le parlement. En fait son rôle est assez comparable à celui d’un président français de la IIIème ou de la IVème république, et d’une certaine manière à celui du roi des Belges. Il ne devient en fait très important que quand il y a une crise ministérielle, or nous l’évoquions plus haut en Italie les crises politiques sont monnaie courante.  Le président peut même refuser d’accepter une coalition gouvernementale s’il estime qu’elle est trop fragile et qu’elle sera très rapidement renversée. C’est pourquoi très souvent les présidents italiens sont des hommes d’expérience, souvent âgés.  Matarella a été député pendant 25 ans et 5 fois ministre. Pourtant, il ne s’agit pas forcément de figures politiques de tout premier plan…Ainsi Julio Andreotti le plus important politicien italien de l’après- guerre, trois fois Premier ministre,  et ministre à de nombreuses reprises de 1954 à 1992, n’a jamais réussi à se faire élire président. C’est le propre des régimes parlementaires où l’on se méfie des exécutifs trop puissants.

En France autrefois.

La France avant l’instauration du suffrage universel pour la présidentielle a connu des exemples comparables. Ainsi au sortir de la première guerre mondiale, Georges Clémenceau, le Tigre, le Père la victoire, n’ a pas réussi à conquérir l’Elysée face au Président de l’Assemblée Nationale,  Paul Deschanel ( par ailleurs natif de Schaerbeek) et dont l’histoire a surtout retenu qu’il fit en mai 1920 une chute en pyjama depuis le train présidentiel…Il démissionna d’ailleurs au bout de quelques mois pour raison de santé.

C’est pour éviter que la France ne se retrouve constamment dirigée par d’honorables « inaugurateurs de chrysanthèmes » que le général de Gaulle, qui avait très mal vécu la faiblesse du pouvoir exécutif au début de la seconde guerre mondiale, a imposé en 1958 ( par référendum) la constitution de la Vème République, avec une présidence très forte , la « clef de voûte de la Nation « . Présidence confortée à partir de 1965 par l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel.

Beaucoup d’appelés , peu d’élus…

Et c’est ainsi que contrairement à l’Italie, on se bouscule au portillon pour rentrer dans la cour de l’Elysée. Seule survivance contemporaine de l’époque des grand électeurs en France, l’obligation pour chaque candidat ou candidate de recueillir le parrainage d’au moins 500 élus. Maires, députés, sénateurs, élus régionaux ou départementaux. Or l’exercice est assez difficile, et sur les 45 candidats qui se sont déclarés seule une douzaine au maximum seront en mesure de réunir ces signatures. Au final celui ou celle qui l’emportera se verra doté de pouvoirs personnels plus importants encore que ceux d’un président des Etats-Unis, souvent bridé par son Congrès.

Quand on compare l’Italie à la France, en matière de présidentielle, on pourrait paraphraser Blaise Pascal : « Vérité en deçà des Alpes, erreur au -delà… » A moins que ça ne soit le contraire ?

 

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