Abus : la tempête souffle sur l’Eglise

Par Christophe Giltay dans Divers , le 19 février 2019 10h59 | 3 commentaires

C’est une décision historique… Samedi le Vatican a annoncé le renvoi de l’état clérical de Theodore Mc Carrick, ancien cardinal et ancien archevêque de Washington. On lui reproche d’avoir abusé d’enfants de chœur et de séminaristes. Cette annonce intervient alors que le Pape François réunit, à partir de jeudi, une conférence consacrée aux moyens de lutter contre les abus sexuels dans l’Eglise.

 

 

Théodore Mac Carrick, 88 ans, était une sommité de  l’Eglise catholique, élevé au rang de cardinal par Jean Paul II et encore promu dans l’épiscopat américain par le Pape François. Sa chute est un coup de tonnerre et de mémoire de vaticaniste,  on n’a jamais depuis de siècles réduit à l’état laïc un prélat de cette  importance pour abus sexuel. Le pire c’est qu’évidemment c’est lui qui était chargé de lutter contre ces abus dans l’église américaine,  et il y a quelque chose de terrible à revoir ses interviews où il explique que le problème est en voie d’être réglé. Or le problème est très loin d’être réglé et l’Eglise affronte une tempête digne de celle du lac de Tibériade, rapportée dans les Evangiles,  et il faudra peut-être, comme chez Luc, Marc et Mathieu, l’intervention du Christ en personne pour calmer les vents et les flots…

Une congrès à Rome.

Le Christ ou le Saint Esprit… c’est peut-être d’ailleurs ce qu’espère symboliquement le Pape Francois en réunissant à Rome, de jeudi à dimanche une conférence internationale sur la protection de mineurs, à laquelle participeront une centaine de présidents de conférence épiscopales venus du monde entier.  Une sorte congrès mondial de évêques consacré aux abus sexuels dans l’Eglise qui ne se limitent pas d’ailleurs à la pédophilie.  Il y a quelques jours le Pape évoquait dans son avion les abus qui frappent  les religieuses dans certains pays, alors qu’à  Paris la justice a ouvert  une enquête contre le Nonce Apostolique (l’Ambassadeur du Pape ) accusé d’avoir tripoté à l’Hôtel de ville, un conseiller d’Anne Hidalgo pendant les vœux de la Maire de Paris. Vous imaginez le scandale…

 

Sodoma.

Tout ça en plus intervient au moment où sort un livre très attendu Sodoma, écrit par le journaliste Frédéric Martel.  Il y décrit un Vatican dominé par une homosexualité en contradiction totale avec le célibat des prêtres et le discours officiel de l’église. Par ailleurs plusieurs associations de victimes seront représentées à la conférence et elles attendent des décisions concrètes. Cette fois le Vatican ne s’en sortira pas avec un discours général et de bonnes intentions, dont je vous rappelle que l’enfer est pavé.

Dans le récit des Evangiles Jésus dort à bord du bateau pendant la tempête sur le lac. Les apôtres terrifiés le réveillent en lui criant «  Seigneur nous périssons »… Le Christ impose  le calme à la tempêtes, puis se tourne vers ses disciples pour  les engueuler : « hommes de peu de foi… » . Sous-entendu : ayez la foi, assumer vos responsabilités,  la pire des tempêtes ne peut pas nous détruire…

Je ne sais pas pourquoi mais je pense que jeudi à Rome, bien des évêques  auront cet épisode en tête.

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3 réactions à “Abus : la tempête souffle sur l’Eglise”

  1. Comme d’habitude, juste à propos les commentaires de Monsieur GILTAY !

  2. Excellent comme chaque fois. Mais étant ancien instit chez les frères des écoles chrétiennes j’en ai vu de « toutes les couleurs » tien cela me rappelle un certain drapeau. ..

  3. 3PIERRE MARIE BOUBAY (Prêtre) le 25 février 2019 à 23:30

    il faut revenir aux origines de la vraie spiritualité évangélique qui amènerait à une metanoia de l’esprit chrétien: l’Eglise n’est pas une institution mais un mouvement spirituel évangélique d’ouverture à l’autre et aux autres cultures, loin des recroquevillements dogmatiques et liturgies sclérosées mais un mouvement ouvert aux « souffles de l’esprit » de l’Homme et de Dieu. Le problème romain est sa conceptualisation et sa théologie du « prêtre » ordonné. Tant que celui-ci sera considéré comme ayant reçu un « pouvoir divin » unique jusqu’à changer l’essence même de son être, cette religion restera dans un panthéisme (qu’elle dénonce par ailleurs: paradoxalement) inexistant dans l’Evangile. Or ni l’évêque ni le prêtre n’ont davantage de pouvoir divin que le simple commun des humains. Cependant que chacun aie des charisme différents. Certains ont le charisme de représentation d’une communauté ou d’une église locale, ce qui a pour conséquence que le prêtre est désigné « ipso facto » par la communauté et non pas par une hiérarchie se prétendant « inspirée ». Tous les hommes et femmes sont inspirés. Inspiré signifie « avoir le souffle divin en soi ». C’est ainsi qu’il ne peut y avoir de séparation entre les « actes » d’un prêtre et ce qu’il est. Si un prêtre peut nuire par son comportement à la communauté : il n’est plus prêtre. C’est tout simple à comprendre. Cependant la conception romaine se place sur une autre logique compliquée et qui ne lui permettra pas de résoudre le problème auquel elle est confrontée. Il s’agit de séparer le sacerdoce ordonné de l’Homme. Il s’agit de croire et de faire croire (croyance subjective) que le prêtre est investi de pouvoirs surnaturels davantage que les autres laïcs. Or le prêtre ne l’est que dans son fonction, car il reste un laïc comme tous les autres membres de la communauté. Ce qui pourrait le différencier ce sont ses propres charismes, et c’est tout. Et Paul dira certains ont le charisme de guérir, d’autres de parler d’autres encore d’analyser les coeurs etc.. Ici Paul parle de tous les membres de la communauté. C’est pourquoi il n’existe pas de prêtres en dehors du sacerdoce commun de tous les membres de la communauté. Ainsi la « confession » par exemple ne dissout et n’absout rien du tout: un prêtre ordonné qui a commis des actes nuisibles pour les autres doit en répondre devant toute la communauté/ la confession telle qu’elle est encore pratiquée dans l’institution romaine est la cause première de toute la problématique ici exposée. Dieu ne pardonne rien ou n’est offensé par rien, (en effet Grégoire de Nysse dit: un Dieu qui se sentirait offensé serait-ce encore un Dieu?) c’est le frère qu’on offence qu’on blesse, qu’on traumatise, et c’est au frère victime, de pardonner ou de demander réparation, non pas à Dieu! La cause seconde de cette problématique exposée dans les médias actuellement réside dans la conception de « la mutilation de l’exercice de la sexualité du prêtre » qui est un homme comme tout le monde. Certes il y a aussi des pédophiles en dehors du clergé, mais la frustration imposée dès le départ et conditionnelle à l’ordination du prêtre , ajoute bien entendu au problème plutôt que de le résoudre. Les apôtres étaient mariés, etc…D’ailleurs la question ne se posait même pas tant il est naturel à l’Homme prêtre ou non de se marié et d’exercer librement et décemment sa sexualité pour la « venue du Royaume des cieux » Jésus dit « le royaume des cieux c’est quand deux ne feront plus qu’un » n’est ce pas une définition du mariage? Et le patriarche Athënagoras (1960) ajoute: « j’ai connu des prêtres devenus meilleurs grâce à leur épouse »… Personnellement je peux dire que mon mariage m’a rendu plus heureux et meilleurs et plus libre dans l’exercice du sacerdoce… Paul dit: « il vaut mieux se marier que de brûler » et cette parole s’adresse aussi au clergé! Toutefois mon propos n’est pas de négliger la qualité de certains prêtres non mariés et qui vivent très bien leur célibat, mais celui-ci n’est pas la condition du sacerdoce.