Quand GoPro stabilise l’impossible

Par Mathieu Tamigniau dans Mobilité, Pratique, Test , le 12 décembre 2019 21h38 | Ajouter un commentaire

Les tests de Mathieu: GoPro est de retour avec une 8e caméra d'action qui stabilise l'impossible

Le marché des caméras d’action me fait penser à celui des drones. Un succès que j’ai du mal à comprendre. D’après moi, la vie de la majorité des gens n’est pas une aventure et ceux qui pratiquent des sports extrêmes ou spectaculaires ne sont pas si nombreux.

Hé bien je me trompe. Car c’est bien à eux que s’adressent les innombrables caméras d’action disponibles en magasin. Il s’agit de ces mini-caméscopes résistants aux chocs et parfois à la poussière et à la pluie.

Un nom vient tout de suite à l’esprit quand on évoque ce genre d’appareil: GoPro. Il faut dire que l’entreprise américaine fondée en 2002 a sorti sa première GoPro HERO en 2004 (il s’agissait à l’époque d’un appareil photo argentique à 20$ qui pouvait se fixer au poignet et disposait d’une coque étanche pour les surfeurs). Dès 2006, les HERO deviennent des caméras d’action numériques capables de réduire les vibrations et de se fixer à peu près n’importe où grâce à de nombreux accessoires. Le début de la gloire.

Mais après l’entrée en bourse, GoPro a commis quelques erreurs stratégiques (dont la division ‘drone’, arrêtée en 2018) et la concurrence à bas prix a eu le temps d’envahir le marché. Sans oublier l’usage de plus en plus répandu du smartphone en tant qu’appareil photo / caméscope principal.

Une HERO 8 qui cartonne

Depuis quelques années, GoPro oscille donc entre pertes et profits. Mais l’entreprise reste très forte et (re)concentre sur son activité principale: produire les caméras d’action les plus performantes, et les logiciels qui vont avec pour transformer rapidement et facilement ce qu’on a filmé en clip vidéo très agréables à regarder/partager.

Et visiblement, la formule fait mouche. Les chiffres de vente du dernier modèle (HERO 8 Black) sorti il y a quelques semaines sont historiques. Hasard du calendrier (ou preuve de l’ambition de l’entreprise), GoPro a décidé de communiquer en Belgique et m’a envoyé un exemplaire de cette caméra d’action. Il s’agit du seul modèle disponible actuellement mais cela suppose que des versions moins prestigieuses (la Hero 7 a eu droit à une version Silver en 2018) pourraient débarquer prochainement.

Haut de gamme

Prestigieuse, cette caméra d’action l’est assurément, même si elle est davantage une évolution de la HERO 7 sortie l’an dernier qu’un nouveau format rempli de nouveautés.

Son prix est prestigieux, lui aussi: 429€. Oui, sur le papier, c’est cher, voire très cher. Mais cette caméra d’action qui tient dans la main (6,5 x 4,8 x 2,5 cm: oui, c’est vraiment petit) et ne pèse que 126 grammes, est d’une efficacité inégalée quand vous filmez en mouvement.

Et par mouvement, j’entends une descente de VTT dans les bois à pleine vitesse, ou une piste de ski très accidentée. Le secret réside dans une mise à jour de la technologie propre à GoPro, HyperSmooth. Elle passe en 2.0 sur la HERO 8 Black et il y a même un mode Boost, au cas où ça ne suffirait pas. Le résultat est vraiment impressionnant. C’est la première fois que je teste une caméra d’action, donc je n’ai pas l’expérience nécessaire. Mais des confrères ont embarqué plusieurs caméras sur le guidon d’un VTT et ont dévalé quelques pentes. Le résultat est sans appel: la fonction HyperSmooth 2.0 est tellement efficace qu’on a l’impression que la HERO 8 Black flotte au-dessus du vélo, comme si elle était un drone. Pour y arriver, la caméra « zoome » dans l’image, qui est donc un peu plus petite qu’en usage normal.

A ma connaissance, aucun système non-professionnel n’est capable d’une telle prouesse sans recourir au moindre accessoire. C’est ça qui est le plus dingue avec cette GoPro: si petite qu’elle est, elle embarque à la fois un objectif capable de filmer jusqu’en 4K, un stabilisateur, un écran tactile à l’arrière et un petit écran non éclairé à l’avant qui indiqué l’état de la caméra.

Au niveau ergonomique, GoPro a trouvé une nouvelle manière de fixer la petite caméra sur les accessoires propriétaires: deux petites encoches rabattables (et même remplaçables si vous parvenez à les casser, mais tout me semble très solidement conçu). Difficile de faire plus simple et plus compact (voir ci-dessus).

Gadget pour les uns, indispensables pour les autres: la commande vocale est de la partie sur la HERO 8. Il faut se contenter de 14 commandes simples (« GoPro, prends une photo » ou « GoPro, allume-toi ») mais si vos mains sont très sales ou très encombrées, ça peut servir.

Différents modes, mais toujours ‘grand angle’

GoPro, vous l’avez compris, s’adresse à une clientèle exigeante. Et doit donc lui proposer différents modes d’enregistrement vidéo. Ce qui n’est pas forcément évident sur une caméra aussi petite. Et pourtant, l’écran tactile de quelques centimètres s’avère finalement lisible et ergonomique.

Soit vous choisissez une thématique (standard, activité, cinéma, ralenti), soit vous modifiez le ‘type d’objectif’ utilisé (c’est une façon de parler car il n’y en a qu’un, c’est le traitement qui sera différent, GoPro parle d’ailleurs de ‘Digital Lenses’ ou lentilles numériques):

GoPro001

Il est alors possible de limiter ou d’augmenter l’effet fisheye, qui restera présent quel(le) que soit la thématique ou le mode choisi. La HERO 8, comme toutes les caméras d’action, est effectivement équipée d’un objectif (très) grand angle. L’effet œil de poisson, c’est quand on a l’impression que la caméra est logée dans un globe, tant les bords sont déformés.

C’est déformé pour une raison bien précise: capter le plus grand plan possible. Les modes ‘SuperView’ et ‘Large’ permettent ainsi d’enregistrer un champ de vision énorme. Idéal pour l’usage principal de la GoPro, souvent accrochée à un casque de ski, de moto ou de vélo, et qui veut donc montrer le plus de paysage possible.

Il est cependant possible de filmer en mode ‘Linéaire’ ou carrément ‘Etroit’, pour amoindrir l’effet fisheye et filmer (presque) comme si c’était un objectif normal. J’ai cependant constaté des déformations même dans ces modes, et c’est important de le savoir. En même temps, tout le monde est habitué à voir ce genre d’images sur les réseaux sociaux, donc les déformations sur les bords ne choquent plus personne.

Sachez qu’il est possible de modifier ces préréglages. L’idéal est d’enregistrer en fonction de l’usage que vous comptez faire de la scène: tout le monde n’a pas besoin de filmer en 4K ou avec 240 images par seconde.

Cependant, un grand nombre d’images par seconde vous permettra d’exploiter une autre option de la HERO 8: le fameux slo-mo dont je parle plus haut. GoPro a mis au point un algorithme qui détecte les scènes d’action très rapides et ralentit automatiquement l’image à ce moment-là. Comme si, en filmant un lancer au baseball, la caméra passait automatiquement en mode ‘ralenti’ quand la balle heurte la batte.

Que faire avec vos belles images ?

Vous l’avez compris, la HERO 8 de GoPro est sans doute la caméra ayant le meilleur rapport encombrement / prestations. Donc vous capturez assez facilement de très belles images.

Mais après, que pouvez-vous en faire ? Il y a une carte microSD, donc libre à vous de copier les médias de la caméra sur un ordinateur et de les monter avec votre logiciel préféré. On parle ici des plus « pros » d’entre vous.

GoPro tente heureusement de rendre plus accessible le montage de vos plus belles actions, et y parvient grâce à l’application du même nom (vous pouvez aussi télécharger Quik, qui ne contient que le logiciel de montage).

L’appli GoPro est nécessaire pour faire communiquer un smartphone avec la HERO 8, qui émet son propre réseau Wi-Fi pour transférer rapidement les médias enregistrés sur la carte mémoire. Une fois transférés, ces médias pourront donc être exploités à l’intérieur de l’application :


GoPro propose du montage semi-automatique sur smartphone (il faut une puissance minimum, pas un smartphone à 100€). Il suffit de choisir un thème (chacun allie des graphismes, des transitions et de la musique différents), de placer les médias dans le bon ordre et d’ajouter, si besoin, du texte. L’outil est très facile à utiliser et rapide, mais notez qu’il est impossible d’y inclure facilement les paroles d’une personne qui intervient dans une séquence. A nouveau, la cible est davantage la descente de ski ou le saut en parachute que l’interview.

Pour la petite histoire, mais on réduit encore le public cible, sachez qu’il est possible, lorsque la HERO 8 est connectée à votre smartphone, de streamer en direct vos plus belles actions sur vos réseaux sociaux comme YouTube ou Facebook.

Conclusions

GoPro poursuit sur sa belle lancée de 2018, avec une HERO 8 Black en 2019 qui se concentre sur l’expertise inégalée de l’entreprise américaine: des caméras d’action à l’efficacité redoutable.

Le cru de cet automne est d’ores et déjà une nouvelle référence, les critiques de la presse spécialisée sont unanimes. Sa qualité de fabrication est impressionnante, elle est étanche et semble très résistante à tous les chocs qu’elle pourrait subir. Ses performances sont inégalées en termes de stabilisation de l’image. Et il y a même un logiciel pour smartphone qui se charge de rapatrier les médias et de les transformer facilement un clip très bien foutu partageable sur les réseaux sociaux.

Reste une question: à qui s’adresse la HERO 8 Black, vendue la coquette somme de 429€ ? Un prix qui ne comprend qu’un support à coller sur un casque, par exemple. Ne cherchez pas le pas de vis standard pour la poser sur un trépied, il n’est pas inclus. Les accessoires (un kit ‘media’ avec micro amélioré à 89€, une lumière d’appoint à 49€, et un module d’affichage ajoutant un écran supplémentaire pour filmer en selfie à 89€) pourront bientôt être précommandés.

Bref, le matériel de GoPro s’adresse donc aux amateurs exigeant capables de consacrer une petite somme pour immortaliser leurs plus belles prouesses. Car on parle évidement ici de capturer des moments intenses et spectaculaires, et non de filmer la fancy-fair des enfants. Saut en parachute, descente en VTT, belle balade à moto, plongée sous-marine: tout ce qui, avant l’invention de GoPro il y a de longues années, nécessitait l’intervention d’un photographe/caméraman. GoPro a également popularisé le POV (point of view), donc le fait de se filmer « à la première personne » en pleine action.

Un concept qui, au fil des ans, a attiré une concurrence importante, qui a fait chuter la moyenne des prix. GoPro continue de trouver son public de la manière la plus logique, en étant le meilleur.





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