Y a-t-il des risques à passer à une banque européenne entièrement dématérialisée ?

Par Mathieu Tamigniau dans Mobilité, Pratique , le 15 février 2019 06h18 | Ajouter un commentaire

A l’heure où les banques ne peuvent plus offrir gratuitement des services basiques à cause des chutes de leurs recettes sur le marché des particuliers, il est temps de se pencher sur les alternatives « 100% en ligne et mobile ». N26 est le principal acteur global pour le moment. Et il va vite, très vite, pour se faire une place dans les smartphones. Mais comment fonctionne cette banque ? Explications.

On a essayé N26, la banque du futur 100% gratuite: comment fonctionne-t-elle, quelles sont ses limites ?

Vous l’avez forcément remarqué, la banque est l’un des secteurs qui réalise (ou subit, selon les points de vue) l’une des plus grosses transitions numériques. Les agences disparaissent, la dématérialisation s’accélère. Tout cela suit une tendance de fonds: réduction des coûts liés à la chute des recettes sur le marché des particuliers, et exigence croissante des clients par rapport à la facilité d’utilisation de leur argent.

Comme toujours dans les transformations de secteurs d’activité, il y a de nouveaux acteurs qui débarquent avec une vision innovante. Partis d’une page blanche, sans devoir modifier d’innombrables structures, procédures ou autres départements, ils peuvent proposer quelque chose de nouveau, de simple, de centrer les réels besoins des utilisateurs.

La fin des banques gratuites en Belgique: le moment idéal pour essayer N26

Au premier abord, on a tendance à se méfier de N26, un nouvel acteur bancaire d’origine allemande qui prétend révolutionner le secteur. On se demande s’il peut réellement remplacer une banque belge et on est plutôt sceptique, ce qui est une bonne habitude quand on parle d’argent. On a même contacté la Febelfin pour avoir leur avis sur la question, mais la fédération du secteur bancaire n’avait rien à dire à ce sujet.

C’est quand on a remarqué que la jeune entreprise berlinoise avait réussi une nouvelle levée de fonds de 300 millions d’euros qu’on s’est dit qu’il devait y avoir du potentiel… Sa valorisation atteint désormais 2,7 milliards de dollars, de quoi s’attaquer au marché américain. L’objectif des 100 millions de clients est annoncé, très ambitieux. Bref, c’est clairement un service qui s’adresse au grand public. D’où l’intérêt de se pencher sur son cas.

On est parti d’un double constat avant de réaliser ce test. Le premier est personnel: ma banque actuelle a décidé de tarifer une formule restée gratuite de nombreuses années, malgré la présence d’une MasterCard. Je m’en servais comme tirelire et pour la carte de crédit, donc je ne rapportais rien à cette banque ; et je lui coûtais même de l’argent, finalement, car je ne répondais jamais à leurs propositions d’investissement. Bref, cette banque me dit qu’elle va désormais me facturer 8€ par trimestre. Autre actualité: bpost a décidé, à partir du 18 mars, de facturer 50 centimes par retrait d’argent à un distributeur (le premier retrait est gratuit, cependant), et ce pour les clients de son pack gratuit. Ce n’est pas la première banque belge à le faire. Bref: la banque traditionnelle ne rapporte plus assez d’argent que pour offrir des services même basiques à des clients qui s’en servent comme simple tirelire et moyen de paiement.

C’était donc le moment idéal pour passer à autre chose. J’ai clôturé mon compte et je me suis inscrit sur N26, qui vous allez le voir, est une vraie banque…

Une inscription contrôlée

En Europe, il y a des règles pour être titulaire d’un compte en banque. Il faut notamment prouver son identité.

Pour créer son compte N26, il faut télécharger l’application, et suivre la procédure d’inscription, assez fastidieuse. Il faut envoyer une photo de soi, une copie de la carte d’identité, et fournir adresse, numéro de téléphone, etc.

Puis, il faut laisser à N26 le temps de vérifier votre cas, sans doute en le recoupant avec des bases de données de mauvais payeurs, ça doit sûrement exister au niveau européen…

Quelques jours plus tard, la carte N26 arrive. Elle est équipée par défaut de l’option « sans contact », très pratique pour les petits paiements en magasin. Le compte est alors activé, l’application est entièrement fonctionnelle et permet de définir son PIN pour la carte.

A la base, votre compte affiche 0 euro, forcément. Il faut donc faire un virement pour l’alimenter et pouvoir l’utiliser. Nous avons versé 20 euros à partir d’un compte belge et 24 heures plus tard, une notification arrivait sur l’application, signalait la transaction.

Qu’avez-vous avec la formule gratuite ?

Un vrai compte en banque allemand (il commence par DE42), une MasterCard un peu spéciale (voir plus bas), une application N26 très bien foutue (voir ci-dessous), 5 retraits gratuits par mois à des distributeurs de billets en Belgique uniquement (puis c’est 2€ par retrait…). Les retraits à l’étranger sont commissionnés (1,27%) par N26.

Voilà pour la base et c’est déjà pas mal.

Les versions N26 Black et Metal sont payantes et plutôt chères, mais elles offrent des assurances supplémentaires (vol de votre argent après un retrait, vol d’un smartphone acheté avec la carte, retard d’un avion, perte de bagages, etc). C’est assez bien orienté « voyageurs réguliers », ou personne à la recherche de certaines assurances. Tout ça vous coutera alors 9,90€ ou 16,90€ par mois, débité de votre compte N26.

Que peut-on faire avec la banque N26 ?

N26 est à la fois différent d’une banque traditionnelle (aucune agence, tout est dématérialisé et centré autour de l’expérience utilisateur), mais très proche.

Elle offre en effet toutes les opérations basiques: paiement en magasin ou en ligne avec carte MasterCard, virement vers d’autres comptes en banque, retrait d’argent. C’est largement suffisant pour la grande majorité des citoyens. Notez bien cependant que certains commerces n’acceptent pas la MasterCard. Pour prendre un exemple connu: tous les Colruyt de Belgique, qui exigent la carte Maestro. On a essayé, et notre carte N26 a été refusée. Donc renseignez-vous avant d’effectuer un achat en magasin. Dans d’autres pays européens, il est possible de commander une carte N26 Maestro en option, mais ce n’est pas le cas pour l’instant en Belgique.

On vous l’a dit, N26 est une vraie banque: elle vous a donc ouvert un vrai compte en banque au moment de l’inscription. Même si ce compte est allemand, n’importe qui peut vous virer de l’argent dessus, y compris votre employeur pour votre salaire mensuel. Il n’y a pas de frais cachés, les virements dans la zone SEPA (membres de l’Union européenne principalement) sont tous gratuits, dans un sens comme dans l’autre.

La seule limite est le conseil humain (il devra se faire par livechat ou réseaux sociaux, il n’y a pas de téléphone), et les services bancaires plus poussés: oubliez les comptes épargne pour enfant, les comptes de garantie locative, les crédits hypothécaires ou auto, etc… Pour tout ça, il faudra passer par un courtier, par exemple.

Une MasterCard de débit, et pas de crédit: A LIRE ABSOLUMENT

La notion de carte de crédit et de débit est assez claire en Belgique: il y a les cartes Maestro pour le débit (c’est-à-dire pour utiliser directement l’argent disponible sur votre compte) et les Visa/MasterCard pour le crédit (l’argent est retiré d’une limite mensuelle qui n’est pas immédiatement liée à l’argent disponible sur votre compte en banque, ce qui vous permet d’avoir accès à un « crédit » temporaire).

A l’étranger, la notion est un peu différente. Par exemple, en Angleterre, le montant utilisé par la carte de crédit n’est pas ponctionné d’un coup sur votre compte à la fin du mois, mais il peut être réparti sur plusieurs mois.

Cette différence entre crédit est débit est essentielle dans le cas de N26, car la MasterCard offerte est une MasterCard de DEBIT, et non de crédit. C’est indiqué sur la carte, d’ailleurs, dans la zone grise brillante.

Elle reste une MasterCard (vous pouvez la renseigner sur Amazon ou Netflix, par exemple), mais elle agit comme une carte de débit, c’est-à-dire que l’argent est débité immédiatement de votre compte, dont le solde doit être suffisant pour que l’opération soit effectuée.

Pour s’en rendre compte, on a fait quelque chose qu’on vous déconseille de reproduire chez vous.

Alors que notre solde disponible était toujours de 20€, on a passé une commande de 30 € sur Amazon. Voici ce qu’on a constaté, notifications à l’appui. Quelques secondes après notre commande: 1€ de retrait pour Amazon (pour la vérification de la MasterCard, il est rendu 10 jours plus tard). 5 minutes après la commande: 12,74 € de retrait d’Amazon (soit le montant de l’un des deux objets de notre commande). 10 minutes plus tard: « solde insuffisant, votre paiement a été annulé« .

Notre compte Amazon nous disait alors qu’il y avait un problème avec la commande, et qu’il allait réessayer de débiter le compte. On a préféré annuler toute la commande. Tout n’est pas immédiat, bien entendu, et il a fallu quelques temps pour que les serveurs d’Amazon et N26 se mettent d’accord et réparent le bazar qu’on a provoqué en réalisant notre test. Mais tout est rentré dans l’ordre et on a récupéré nos 12,74€.

Tout ça pour nous (et vous) prouver qu’il s’agit bien d’une MasterCard de débit, et non de crédit. C’est très important de s’en souvenir avant de passer à N26.

Bon à savoir: en Allemagne et en Autriche uniquement pour l’instant, il est possible d’activer en ligne une autorisation de découvert. Aller en négatif y coûte cependant de l’argent, N26 charge un taux annuel de 8,9%. Cette option pourrait débarquer chez nous.

Une application qui change tout : chaque mouvement d’argent est notifié immédiatement

L’un des reproches qu’on peut faire aux « vieilles » banques, c’est le manque de transparence des transactions. On voit peu d’informations, et souvent avec un délai de quelques jours (pour les cartes de crédit surtout).

Avec l’application N26, vous recevez une notification dès qu’une transaction a lieu, qu’elle soit entrante ou sortante. Exemple : on a fait un achat sur Amazon avec la carte, et dans la seconde, l’application nous prévenait. Idem pour notre premier versement sur le compte.

C’est une manière simple et très sécurisante de savoir ce qui est fait avec votre argent. En cas de fraude, également, vous pouvez signaler un problème, ou bloquer la carte (de manière temporaire ou définitive).

appli
De gauche à droite: votre carte dans l’appli, la notion d’espaces et la catégorisation des transactions

Toutes les transactions sont labellisées de manière automatique (restaurant, courses, virement), mais vous pouvez créer des catégories vous-mêmes. Il est possible également de créer des espaces, qui agissent comme autant de comptes d’épargne thématiques. Typiquement, vous allez créer un espace « montre » et y mettre de temps en temps de l’argent de côté en un clic, afin de vous en offrir une au bout de l’épargne.

Il y a plusieurs subtilités du genre qui rendent l’expérience bancaire plus intelligente, plus ludique aussi. On pense à « Money Beam » ou « Demande », qui vous permet des transferts instantanés d’argent entre utilisateurs N26 présents parmi vos contacts, comme le permet Payconiq par exemple.

Et il y a bien sûr la base: le virement bancaire pour payer vos factures.

Conclusion

Sans conteste, N26 est une excellente option si comme la majorité des Belges, vous considérez surtout votre banque comme une tirelire et un moyen de (se faire) payer. N26 offre tout ça gratuitement, et même 5 retraits par mois en Belgique pour avoir du liquide.

Et c’est une vraie banque, avec un vrai numéro de compte (allemand, mais ça ne change rien en Europe), une vraie carte de débit (MasterCard, ceci dit, qui est acceptée dans plus d’endroit que la Maestro). Attention, cependant, certains commerces belges (comme les Colruyt) n’acceptent pas la MasterCard, même celle de débit de N26, nous l’avons essayé.

Le gros point fort de N26: une application très bien foutue, orientée « utilisateur », avec de nombreuses options pratiques et qui vous notifie au moindre mouvement sur votre compte.

A la question « Comment N26 gagne-t-il de l’argent si les comptes sont gratuits ?« , des responsables nous ont répondu: « N26 a un modèle commercial principalement axé sur les abonnements premium, tels que N26 Black ou N26 Metal. Nous croyons en la nécessité de mettre en place un modèle simple, transparent et juste, ce qui nous permet de constater que les utilisateurs sont prêts à payer pour les adhésions s’ils reçoivent un produit complet de grande valeur. Ceci est comparable à Netflix ou Spotify, qui a sans doute éduqué leurs industries respectives à cet égard« .

Dernier bémol dans cette expérience globalement très positive: impossible de savoir ce que l’avenir nous réserve. N26 est une ‘start-up’ allemande, elle pourrait disparaître dans 5 ans, ou décider dans 1 an de rendre son compte basique payant.

Mais c’est exactement ce que vient de faire ma « banque traditionnelle » (allemande elle aussi…) en m’envoyant uniquement un email. 

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