« Au départ j’avais envie de faire une histoire entre une ado mal dans sa peau et un vampire et puis ça a vachement évolué » m’avoue Mauricet. Et tant mieux. Car l’auteur habitué à la BD comique se lance ici dans une aventure très personnelle et donne le meilleur de son talent. Dès la première page, on est séduit par son graphisme élégant. Et pourtant notre héroïne est loin d’être un « canon ».
Garance est un peu ronde et comme toutes les filles de 16 ans, elle se sent moche. Mais ce qui l’affecte le plus, ce n’est pas son physique mais le manque d’affection de son père . Depuis la mort de sa mère, Garance est en effet livrée à elle-même, son père étant souvent absent et ne cherchant pas à comprendre ses états d’âmes. Avec son look gothique, Garance tente de donner le change. Mais sa rencontre, dans un cimetière, avec un homme beaucoup plus âgé, au teint blafard et vêtu d’un long manteau noir, va faire basculer son destin…
Loin de tomber dans les clichés des mauvais films d’épouvante, Mauricet joue avec ses codes. Garance ne part pas en courant à la vue d’Ambroise (l’homme étrange) mais au contraire trouve chez lui « un quelque chose de spécial plutôt séduisant ». Mais attention pas de bluette à la « twilight », le scénariste veut surtout à travers son histoire rendre hommage à son goût pour le gothique.
« J’aime le romantisme noir » m’explique l’auteur dans mon studio. Grand amoureux de Stendhal, il intègre tout au long de son récit des extraits du roman « Le Rouge et le Noir ». Si l’histoire de Garance est sombre, il y a régulièrement tout au long du récit, des petites touches sarcastiques qui évitent de plomber l’ambiance. Le coup de crayon de Mauricet donne à « cette bien belle nuance de rouge » un décor spectaculaire. Une belle surprise.
Une bien belle nuance de rouge aux éditions Bamboo.
Il y a un peu plus d’un an, Arthur De Pins, le créateur de « Zombillénium » avait très peur lorsqu’il s’était lancé dans cette série détonante.Mais aujourd’hui, le voilà rassuré. L’auteur a trouvé son public et ce deuxième tome continue d’explorer avec intelligence cet univers pour le moins décalé.
Et cela commence fort. La guerre est déclarée entre le parc « Zombillénium » et les habitants des villages environnants. Les murs de l’enceinte se retrouvent tagés de menaces explicites. La raison est simple. Dans une région sinistrée où le chômage frôle les 25 %, les autochtones acceptent mal le succès de la plus grande infrastructure « touristique » qui n’embauche que des… morts! Heureusement que le curé des paroisses du coin et le PDG vampire sont des « amis » sinon où irions-nous, sinon en enfer…
Vous l’avez compris, l’humour « so british » d’Arthur De Pins joue au maximum des décalages pour créer une histoire à la fois cohérente et farfelue. Le scénariste pimente son récit en introduisant dans le parc une femme aussi « monstrueuse physiquement qu’humainement ». Le graphisme sophistiqué conçu à partir d’ordinateurs est toujours bien fait. A la veille d’Halloween, cette BD est le livre de chevet idéal. Et pour aller plus loin, je vous invite à écouter mon interview du créateur de « Zombillénium » dans mon studio numérique. Ça va saigner!
Et revoilà, une nouvelle Bd sur Dracula me direz-vous. Oui et non. S’il s’agit bien d’une adaptation d’un livre, ce n’est pas celui de Bram Stocker dont nous parlons mais de sa suite, romancée en 2009 par l’arrière-petit neveu de l’écrivain, Dacre Stocker épaulé par Ian Holt.
Nous sommes en1912. Vingt-cinq ans après avoir détruit le vampire en Transylvanie, ceux qui ont mis un terme à son sanglant parcours sont dispersés de par le monde, et souvent perturbés par l’aventure hors du commun qu’ils ont vécue et partagée. Or voilà qu’une mort inexpliquée devant un théâtre parisien, puis un deuxième assassinat d’une effroyable cruauté au cœur de Londres semblent tout remettre en cause. Du Quartier latin à Piccadilly Circus, l’ombre du prince des ténèbres semble à nouveau planer…
Cette suite inventée par Dacre Stoker s’appuie sur des notes retrouvées par la famille. Comme me l’explique dans Studio BD le scénariste Michel Dufranne, « le succès du roman a dépassé les Stoker qui avaient envie de reprendre la main sur l’héritage de cette œuvre majeure de la littérature fantastique « . Nous retrouvons une nouvelle génération de chasseur de vampires chargée de procéder à un nouveau nettoyage en règle. Un récit dense et graphiquement spectaculaire. Pour cette plongée horrifique, Michel Dufranne s’associe à Piotre Kowalski, dessinateur polonais qui réalise ici sa première expérience en BD.
Ces créatures, jeunes femmes sexy et nymphomanes font froid dans le dos. Les encrages qui jouent sur les scènes semi-obscures proposent un opposition rouge sang et noir efficaces. Il faut néanmoins s’accrocher car les informations sont nombreuses. « Je pari sur l’intelligence du lecteur » me dit Michel Dufranne et « le fait qu’il connaisse déjà le livre de Bram Stoker ». Ce premier tome d’une trilogie constitue une bonne surprise au milieu des nombreuses productions qui sortent sur ce thème actuellement. A découvrir.
Dracula, l’Immortel, aux éditions Casterman.
Scénario: Michel Dufranne. Dessin: Piotre Kowalski
Encore une histoire de vampires me direz-vous… Et pourtant, ne détournez pas les yeux, cette histoire là, s’annonce comme une saga sanglante que palpitante!
Corbeyran réussit à renouveler avec brio un genre éculé avec « le Diurne ». Il reprend le mythe du vampire et le transpose dans une époque à la fois proche du XIXème siècle et complètement imaginaire. Fini le vampire romantique, ici il redevient bête. Une espèce animale et féroce qui n’a pas évoluée contrairement aux êtres humains.
Le « Diurne » fait référence à un vampire hybride. Il est recueilli enfant par le Bourgmestre de sa ville. Élevé comme un être humain. Il vit sa vie quotidienne, le jour, parmi les hommes, et passe ses nuits à les protéger des hordes de vampires, en tant que capitaine de la brigade nocturne. Accusé à tort d’une série de meurtres sanguinaires par les humains, il va devoir échapper à ceux qui veulent en faire un bouc émissaire…
Brillamment mise en scène ce premier tome séduit par la densité de son récit. Corbeyran bénéficie du graphisme magnifique de Celanovic. Trait fin et précis, atmosphère angoissante, alternance de cadre noir et blanc en fonction du jour et de la nuit, tout est fait pour hypnotiser le lecteur. Un excellent début. A suivre.