policier
La série « U-Boot » joue les prolongations. Jean-Yves Delitte propose un troisième tome à son diptyque sortie en 2011. Il faut dire que l’auteur avait largement la matière pour aller plus loin. « Je me suis engouffré dans les petits trous du scénario » m’explique le dessinateur.
Un nouveau récit qui s’attache à comprendre qui est « Jude », la fameuse tueuse qui met fin aux agissements de son employeur: la multinationale Maher crée par un ancien savant nazi capable de régénérer ses cellules. Meurtres, sauts dans le temps, le lecteur tente de replacer les pièces d’un puzzle complexe.
Jean-Yves Delitte m’explique qu’en montrant l’évolution d’une société toujours plus technologique où le « fichage » est constant, il affiche ses propres peurs. Celles d’une « perte de la créativité, de la folie qui faisait le propre de l’homme » me dit-il. Mais au-delà de ces réflexions, cette bd est un vrai divertissement où la multiplication des lieux et des époques permet un voyage graphique enthousiasmant: du fleuve Amazone à New-York, des U-Boot aux avions futuristes.
Bien connu pour son œuvre maritime le « Bélem », Jean-Yves Delitte m’avoue que déjà enfant il dessinait de la science-fiction. Avec ces albums, il montre son envie d’éclectisme et l’étendue de son talent.
U-Boot, t3 aux éditions 12 bis.
Scénario et dessin: Jean-Yves Delitte.
La moto, la musique, les seventies, la mélodie du bonheur pour Baudouin Deville. Avec « Rider On The Storm« , le dessinateur avait envie de retrouver l’esprit libertaire de ces années de transition où la crise économique commençait à pointer le bout de son nez. Si aujourd’hui, il circule en scooter, ce passionné de moto se rappelle avec nostalgie de sa « suzuki GT 380″.
Dans ce récit, le héros enfourche une autre deux roues mythique, une suzuki GT 750, surnommée « la bouillotte ». Nous sommes en octobre 1974 et Gaspard Sarini, 20 ans, rêve de devenir pilote professionnel. Le garçon qui a vécu l’essentiel de son éducation en internat s’éloigne toujours plus de ses parents qui ne comprennent pas sa passion.
Mais voilà qu’au moment d’une nouvelle confrontation familiale, des tueurs abattent froidement les parents de Gaspard. Celui-ci échappe de justesse aux balles mortelles après une course poursuite épique. Le voilà réfugié chez Jo, garagiste au grand cœur, ancien pilote et Bruxellois pur jus. Godferdom !
Loin de se limiter à une bd moto, cette aventure fait revivre l’atmosphère des seventies à Bruxelles. « L’envie du scénariste était de mettre aussi en valeur le parler bruxellois » m’explique le dessinateur. D’où une belle succession de jurons pour « colorer » les dialogues.
Une façon aussi de ne pas trop se prendre au sérieux pour rester dans l’esprit de ces années où tout était possible. Cette nouvelle série joue donc sur plusieurs registres pour créer sa propre identité. Un bon début. Ne pas rater l’interview ci-dessous de Baudouin Deville pour achever de vous convaincre.
Rider On The Storm, t1 aux éditions Paquet.
Scénario: Giro
Dessin: Baudouin Deville.
« Au moment de l’écriture, j’allais régulièrement prendre des nouvelles de la ville et j’étais à chaque fois en deçà de la réalité » m’explique Nathalie Sergeef. Les meurtres de femmes à Ciudad Juárez sont régulier depuis 1993. Les chiffres font froid dans le dos. Plus de 1653 cadavres ont été trouvés. Selon les sources 2000 à 2500 femmes sont considérées comme disparues. La plupart des victimes sont âgées de 13 à 25 ans.
Dans ce lieu de perdition où les gangs font la loi et où la police est impuissante ou corrompue, « l’impunité est la règle » dit la scénariste. Le déclic me dit-elle « est venu d’une interview radio de deux journalistes d’investigations qui venaient de publier un livre sur leur enquête sur place« .
Mais Juarez n’est pas simplement une description de la cité et de ses dérives. Le cœur du récit se centre sur une enquête marquée par de nombreux rebondissements.
Gaël débarque dans la ville-frontière avec la ferme intention de découvrir où sa sœur a disparu et pourquoi les autorités ne font rien. Au même moment, 5 corps de femmes se retrouvent aux portes de la cité dans le désert. Un nouveau massacre qui s’ajoute à tant d’autre.
Nathalie Sergeeff construit un thriller efficace qui utilise Ciudad Juarez comme un personnage à part entière. A travers l’enquête de Gaël, le lecteur se déplace dans la ville et découvre ses vices. La scénariste évite de rester seulement collé à son héros pour créer une histoire avec plusieurs ramifications jusqu’au dénouement final.
Pour illustrer cela, il fallait un grand dessinateur qui sache distiller l’atmosphère adéquate. Corentin Rouge (un jeune artiste prometteur) réalise un travail superbe avec un sacré coup de crayon . Sensible à la lumière, il porte une grande attention à la couleur: « pour donner au lecteur l’impression que le temps passe » précise-t-il. Fasciné par l’Amérique Latine, Corentin Rouge me dit dans mon studio qu’il y a, là-bas, « une liberté dans la sauvagerie » qui interpelle. Juarez est un excellent one shot. Une belle surprise.
Juarez aux éditions Glénat.
Scénario: Nathalie Sergeef.
Dessin: Corentin Rouge.
« Je ne suis pas fondamentalement heureux quand je fais Blast » me dit Manu Larcenet dans un éclat de rire. L’humour et la distance sont les deux forces de cet auteur d’exception. Comme les réalisateurs de films d’épouvante, il sait jouer de son talent pour créer chez le lecteur des impressions dérangeantes.
Avec troisième opus, Manu Larcenet ne compte pas relâcher la pression mais bien nous donner un nouveau coup de massue avec un graphisme hypnotique.
Mais reprenons par le début. Blast continue de raconter le destin de Polza Mancini, homme de 38 ans pesant 150 kilos suspecté d’avoir agressé mortellement une jeune fille. Une fois encore, les deux flics qui tentent de lui faire « cracher le morceau » se retrouvent face à une énigme.
Car Polza ne parlera qu’à la condition d’être écouté et de pouvoir raconter son histoire. Il veut être compris. C’est ainsi qu’il embarque les deux policiers dans les méandres de son avilissement, qui a pour but de lui faire revivre le fameux blast, cette onde de choc provoquée par une explosion. Et le voyage s’annonce une fois de plus traumatisant….
Comme dans les deux autres tomes, Manu Larcenet se donne le temps et la place (200 pages!) pour construire un récit d’une grande densité. L’auteur du Combat ordinaire est en plein possession de son art. Il sait tout faire et le prouve de façon magistrale. Les grandes cases muettes alternent avec d’autres plus conventionnelles pour donner du rythme. Le noir et blanc omniprésent se retrouve traversé de couleurs.
Ce tome 3 ne révèle pas encore toute l’histoire et laisse encore de nombreuses zones d’ombres tout en donnant une part d’humanité au personnage. « On est tous un pauvre type le matin, pour arriver à être sympa le midi, parfois extraordinaire pendant quelques secondes » me lance le scénariste. Une façon de rappeler que nous sommes tous à un moment donné des monstres et à d’autre des anges. Blast est une expérience de BD à ne pas manquer. Une référence.
Blast, t3 aux éditions Dargaud.
Scénario et dessin: Manu Larcenet.
« Les Roms sont les grands oubliés de l’Histoire » m’explique Michaël Balli, le scénariste de Batchalo. « Avec cet album je souhaite rétablir une injustice » me dit-il. Historien de formation, il va prendre plusieurs années pour aboutir à ce récit. Un récit qui raconte le destin tragique des Roms déportés par l’Allemagne nazie dans les camps d’extermination. Le sujet est grave mais fort intelligemment développé par l’auteur qui évite de tomber dans le coté « leçon d’histoire » pour proposer une aventure touchante.
1939, Europe de l’Est. Suite à l’enlèvement d’un groupe d’enfants, un clan tzigane, accompagné de Josef, un policier dont le fils est aussi porté disparu, organise une battue. Sur leurs traces, ils voyagent à travers la Bohême, jusqu’à être internés, puis déportés à Auschwitz. Parqués dans le camp de la mort, ils dépérissent, privés de ce qu’ils ont de plus cher : leurs enfants et la liberté.
« Nous avons voulu jouer avec les clichés comme celui du Rom voleur d’enfant » me précise Michaël Balli. Et de fait, Batchalo commence comme une enquête policière avant de se transformer en destin tragique. A travers cette quête de l’enfant perdu, le scénariste nous fait découvrir le peuple Rom, sa structure autour d’un chef mais aussi de sa guérisseuse, deux éléments clés de la communauté. L’histoire d’amour entre Josef le « gadjo » et la farouche gitane permet d’aborder avec subtilité la notion d’identité.
« Je me suis senti quelque fois très mal à l’aise en me demandant si j’étais légitime à raconter cette histoire » m’avoue le dessinateur Arnaud Bétend. Un soucis d’honnêteté qui se ressent dans son graphisme soigné rempli d’humanité. Même dans l’horreur, il trouve la bonne distance pour illustrer ce drame. Le choix du sépia est particulièrement bien vu. Avec humilité, ce duo propose un album de grand qualité qui touche au cœur. A ne pas manquer.
Batchalo aux éditions Delcourt.
Scénario: Michaël Galli.
Dessin: Arnaud Bétend.
Toucher au personnage d’Alix, véritable icône de la BD, est toujours un pari audacieux. Comment s’y prendre pour renouveler le personnage sans irriter les fidèles de Jacques Martin? La solution pour Valérie Mangin est simple: le vieillir. Terminé l’adolescent fougueux, place au sénateur Alix, homme d’une cinquantaine d’année, père d’un enfant et protecteur du fils de son ami Enak mort mystérieusement. « Mais si Alix est Gaulois, son univers c’est d’abord Rome » m’explique la scénariste, « cette première aventure ne pouvait se passer qu’ à Rome » ajout-elle.
Nous sommes en 12 avant Jésus-Christ. Confronté à une série de meurtres mystérieux touchant des grands du régime, l’empereur Auguste charge son vieil ami Alix d’enquêter discrètement sur l’affaire. Celui qui est désormais sénateur va devoir se plonger dans de nouvelles intrigues au moment où le christianisme commence à s’imposer. Mais avec ses cheveux blancs, notre héros n’est plus aussi impétueux qu’avant, sa sagesse va devenir son meilleur allié pour découvrir la vérité.
Valérie Mangin (Le fléau des dieux, Le dernier troyen) connaît bien l’Antiquité, ses histoires et ses légendes. Avec Alix Senator, elle s’éloigne de ses uchronies pour décrire un univers réaliste dans la veine d’une série comme Murena. Son récit qui reste très classique se lit avec plaisir. Le héros trouve ici une vraie crédibilité. Le graphisme de Thierry Démarez est dans le ton.« Je me suis inspiré de la série télévisé Rome pour l’ambiance tout en gardant les traits de l’Alix de Jacques Martin » me dit-il. Au final, le lifting fonctionne. Il s’agit maintenant d’aller plus loin pour donner à cet Alix Senator une identité forte. A suivre….
Alix Senator aux éditions Casterman.
Scénario: Valérie MAngin.
Dessin: Thierry Démarez.
J’avais le choix lorsque l’on m’a proposé de participer à ce projet, alors je me suis dit, quoi de mieux que le personnage principal, XIII! m’explique avec enthousiasme Richard Guérineau. Le dessinateur du Chant des Stryges reconnaît avoir été marqué par la puissance de cette série qui introduisait à l’époque le thriller politique dans la BD. Cerise sur le gâteau, Fabien Nury est à la baguette. Le scénariste d’Il était une fois en France sait parfaitement synthétiser une matière particulièrement dense. Voici donc un duo de choc pour ce 5ème numéro qui raconte le passé de Steve Rowland, assassin du président de Etats-Unis.
Qui est donc ce Steve Rowland, brillante recrue des SPADS, une unité militaire d’élite? Comment a-t-il reçu ce fameux numéro XIII symbole de treizième homme d’une conspiration politique aux objectifs terrifiants. Comment expliquer son geste? Pour cela, il faut plonger dans son passé, celui d’un petit garçon qui, entre un père violent et raciste et une mère perdue et alcoolique, devient un homme impitoyable. Et Kim, sa femme rencontrée à l’université… qui est-elle vraiment? Agent double, triple…
Cet album est une véritable réussite. Fabien Nury rend cohérent le passé de Steve Rowland. « Un fasciste en herbe, un peu benêt » précise Richard Guérineau. Le récit s’appuie sur une série de flash-back. Comme les balles qui frappent le président des Etats-Unis, chaque moment de la vie du personnage de la série, frappe le lecteur en quelques cases. Tout est là, réinventé et totalement crédible.
Richard Guérineau propose un dessin dans l’esprit de Wance mais avec toute la modernité de la BD actuelle. Précis et efficace, il renforce la tension par des cadrages intelligents qui alternent les points de vue. Il m’avoue que l’une des pages les plus magiques de cet album fut celle où il inscrit le fameux XIII. Je vous propose à ce sujet d’écouter son interview dans mon studio ci-dessous. Les deux compères signent ici, une BD sans faute qui ravira les amateurs d’action et les nostalgiques de la série mythique. Bravo.
XIII Mystery, t5, Steve Rowland aux éditions Dargaud.
Scénario: Fabien Nury.
Dessin: Richard Guérineau.
Bruno Marchand signe le grand retour de son étrange héroïne découverte dans sa première trilogie. Une jeune femme sensible aux « signes » qui vous entraîne dans les aventures les plus extraordinaires. Et un fois encore, son père disparu sert de détonateur à un nouveau cycle.
Tout commence en 1939. L »archéologue Stuart Flint, découvre de magnifiques cristaux dans les profondeurs glacées des cavernes du Groenland. Il les confie à un bâtiment qui vogue vers l’Angleterre, adressés à plusieurs confrères, dont Simon Bell, le père de Marianne, pour en étudier les singulières propriétés. Mais à la veille de l’entrée en guerre du Royaume Unis avec l’Allemagne, tous les hommes sont immédiatement mobilisés. Flint, affecté à la Royal Navy, sombre peu après avec son bâtiment éventré par une torpille, alors qu’il tentait de sauver d’autres cristaux cachés dans sa cabine….
« Pour le premier cycle que j’ai mis 16 ans à éditer, tout était déjà détaillé dans un storyboard complet, mais là je n’ai rien écrit, tout est dans ma tête » m’explique Bruno Marchand dans mon studio. L’auteur n’en revient pas de pouvoir poursuivre les aventures de Marianne sans contrainte après des années de galère. Avec son dessin « à la ligne clair » dans l’esprit d’un Edgar P. Jacobs , il poursuit son œuvre avec élégance. Son personnage principal est une femme curieuse et moderne plongée dans des années 50 fortement marquées par la Seconde Guerre Mondiale. Avec son compagnon de route (ancien ami de son père, pilote et héritier qui gère en dilettante sa fortune), Marianne continue de voyager à travers le monde. En toile, il y a toujours cette obsession de Bruno Marchand pour la quête qu’elle soit intérieure, spirituelle ou semi-fantastique.
« J’ai voyagé pendant 20 ans pour trouver quelqu’un afin d’avoir une réponse à une question » et « je l’ai trouvée » me dit le scénariste. Une recherche personnelle proche de celle de Marianne. L’homme croit à l’existence d’éléments étranges qui peuvent faire basculer un destin. Dans ce quatrième tome, il emmène le lecteur jusqu’à Moscou. « J’ai pris le transsibérien, il y a des années et cela m’avait fortement marqué » m’avoue-t-il. Cette BD se lit avec plaisir. La densité des textes ne gêne pas l’avancée du récit qui mélange scènes de guerre et d’autres plus intimistes. Une réussite.
Quelques pas vers la lumière,t4 aux éditions Soleil.
Scénario et dessin: Bruno Marchand.
L’Europe de demain sera-t-elle celle de « Nu Men »? Espérons que non mais le doute est là. Nous sommes au environ de 2050. Des bouleversements climatiques ont rayé de la carte l’Amérique du Nord et ont ravagé l’Afrique. Le néolibéralisme s’est imposé comme la seule doctrine politique mondiale, creusant de façon démesuré l’écart entre riches et pauvres. La colère gronde et les manifestations de la population se multiplient. Appelée pour contenir une émeute urbaine, la brigade d’intervention du sergent Anton Csymanovic doit faire face à l’effondrement d’un immeuble vétuste.
Alors que le soldat de l’armée européenne sauve une jeune fille in extremis, un objet lumineux apparaît au-dessus des ruines. Tous ceux qui ont été irradié par les rayons sont enlevés par une officine gouvernementale et emmenés dans un bunker isolé. Anton Csymanovic devient une attraction médiatique. Il en vient à penser que cette effervescence politique et ces troubles sociaux masquent en fait une étrange affaire dans laquelle il est désormais directement impliqué…
« Le monde Nu-Men est simplement le monde que j’observe » m’explique Fabrice Néaud. Une façon de bien rappeler que cette BD, qui joue sur les registres classiques de la SF, du complot gouvernemental et des nouvelles technologies, est avant-tout une critique acerbe des dérives de notre quotidien. Un univers d’une grande densité où les références pullulent: des super héros aux séries télévisés anglo-saxonnes en passant par l’esthétique « queer ».
Mais l’auteur n’oublie pas que pour conquérir, il faut séduire. Son monde « barré » est amplifié par un graphisme puissant avec des scènes spectaculaires. Néaud s’amuse à faire de son héros une caricature. Look de bodybuildeur et visage de nounours. Il semble traduire physiquement l’impression de perte de sens qui existe aujourd’hui dans notre société.
« Je m’amuse en intérieur de couverture à donner le programme politique d’un parti qui ressemble à celui du FN » me dit Fabrice. Un choix pensé par l’auteur pour encadré son récit. Car au-delà de l’enquête sur la création de surhomme, Nu-Men parle de nationalisme, d’homophobie, de racisme, et de dérive sécuritaire. « L’idée d’une prédestination à la wasp à l’américaine me terrifie » ajoute le scénariste. Avec ses dialogues ciselés et son ton résolument offensif, Nu-Men est une BD qui séduit autant qu’elle dérange. Une seconde lecture est nécessaire pour bien maitriser les enjeux du premier tome de cette ambitieuse série.
Nu-Men aux éditions Soleil
Scénario et dessin: Fabrice Néaud.
« Le super héros européen existe, il a disparu durant la Seconde Guerre mondiale pour se créer aux États-Unis, il s’agit désormais de le réveiller » me lance Serge Lehman dans mon studio. Le scénariste de Masqué ne cache pas une certaine ambition. Plutôt que de recycler le mythe sous influence américaine, il utilise les racines de l’histoire européenne pour inventer son propre super héros. Inspiré par la noirceur du Fantomas original et non par la caricature cinéma des films de De Funès, l’auteur plonge le lecteur dans un Paris futuriste mais graphiquement encore proche de celui qui existe aujourd’hui. Au cœur de cette histoire, un soldat.
Blessé au cours d’une mission dans le Caucase, le sergent Frank Braffort regagne Paris après six ans d’absence. Il découvre une ville en pleine mutation orchestrée par le Préfet Beauregard : Paris-Métropole. Une ville où le gigantisme rétro fait fureur et où se multiplient les anomalies, évènements mystérieux que nul ne peut expliquer. Cela va de l’apparition du surfeur d’argent à la projection la nuit d’une image gigantesque d’un homme masqué habillé en dandy en passant par des êtres mécaniques… Des forces étranges semblent en action sans que personne ne comprenne leur objectif ni leur évolution. Braffort semble connecté à ces éléments au point de le transformer…
« La puissance des Etats-Unis est née de l’aviation et naturellement ses super héros trouvent leur place dans les airs, la France, elle, trouve sa force dans son histoire, ses fondations, ses super héros ne peuvent naitre que du sous-sol » me raconte Serge Lehman. Et effectivement le récit nous entraine dans les égouts de Paris. Mais cela n’est qu’une étape. Le scénariste réussit dès les premières planches à susciter la curiosité. Aidé par le graphisme très réaliste et précis de Stéphane Créty, il construit une histoire crédible. Cela va très vite. Les personnages, les situations, le mode de vie, les anomalies. De quoi demander une seconde lecture pour apprécier toute la richesse de l’univers qui se met en place. Ce premier tome d’une série qui doit en compter quatre est sans conteste à la hauteur des ambitions de ses auteurs. L’évènement de ce début d’année.
Masqué aux éditions Delcourt.
Scénario: Serge Lehman.
Dessin: Stéphane Créty.