J’avais le choix lorsque l’on m’a proposé de participer à ce projet, alors je me suis dit, quoi de mieux que le personnage principal, XIII! m’explique avec enthousiasme Richard Guérineau. Le dessinateur du Chant des Stryges reconnaît avoir été marqué par la puissance de cette série qui introduisait à l’époque le thriller politique dans la BD. Cerise sur le gâteau, Fabien Nury est à la baguette. Le scénariste d’Il était une fois en France sait parfaitement synthétiser une matière particulièrement dense. Voici donc un duo de choc pour ce 5ème numéro qui raconte le passé de Steve Rowland, assassin du président de Etats-Unis.
Qui est donc ce Steve Rowland, brillante recrue des SPADS, une unité militaire d’élite? Comment a-t-il reçu ce fameux numéro XIII symbole de treizième homme d’une conspiration politique aux objectifs terrifiants. Comment expliquer son geste? Pour cela, il faut plonger dans son passé, celui d’un petit garçon qui, entre un père violent et raciste et une mère perdue et alcoolique, devient un homme impitoyable. Et Kim, sa femme rencontrée à l’université… qui est-elle vraiment? Agent double, triple…
Cet album est une véritable réussite. Fabien Nury rend cohérent le passé de Steve Rowland. « Un fasciste en herbe, un peu benêt » précise Richard Guérineau. Le récit s’appuie sur une série de flash-back. Comme les balles qui frappent le président des Etats-Unis, chaque moment de la vie du personnage de la série, frappe le lecteur en quelques cases. Tout est là, réinventé et totalement crédible.
Richard Guérineau propose un dessin dans l’esprit de Wance mais avec toute la modernité de la BD actuelle. Précis et efficace, il renforce la tension par des cadrages intelligents qui alternent les points de vue. Il m’avoue que l’une des pages les plus magiques de cet album fut celle où il inscrit le fameux XIII. Je vous propose à ce sujet d’écouter son interview dans mon studio ci-dessous. Les deux compères signent ici, une BD sans faute qui ravira les amateurs d’action et les nostalgiques de la série mythique. Bravo.
XIII Mystery, t5, Steve Rowland aux éditions Dargaud.
Lorsque vous êtes animé par des pulsions de meurtres, que vous reste-t-il à faire? Trouver une planque pour assumer vos envies sans trop attirer l’attention. Et dans les années 70, l’endroit idéal, s’appelle la mafia. Big K est son arme la plus redoutable. Un tueur à gages froid, impassible, la noirceur incarnée. La terreur des mauvais payeurs. Mais derrière son physique, il cache une petite part d’humanité. Et lorsqu’il s’aperçoit qu’un des dealers qu’il doit juste « secouer » prostitue des enfants, sa réponse est expéditive…
« Big K » se veut un polar à la violence assumée. Une BD qui s’inspire librement de Richard Kuklinski qui travailla pour plusieurs familles mafieuses et avoua avoir tué au moins 200 personnes! « Un bon terroir pour raconter une histoire » m’explique le scénariste. Et dès les premières pages, le ton est donné. Le personnage principal exécute un contrat avec une clef anglaise… Ça saigne. De quoi mériter amplement le titre de ce premier tome: « l’appel du sang« . Et ce n’est qu’un début. Accroché aux basques de « Big K « , le lecteur plonge dans les bas-fonds. Mais le récit ne se contente pas de décrire un monstre. A l’aide de flashbacks et d’une voix off, Fabian Ptoma construit un serial killer plus complexe qu’il n’y paraît.
« J’aime cette époque des années 70 avec ses bagnoles cabossée et ses vêtements avec des cols pelle à tarte » me lance Nicolas Duchêne dans mon studio BD. Le dessinateur avoue prendre un énorme plaisir à croquer des « gueules » et un univers si particulier. La graphisme qui s’appuie sur des crayonnés très marqués donne une ambiance plutôt réussie. Il est étonnant d’ailleurs de voir ces deux gars si calmes s’amuser à raconter leur « fascination » pour ce type de personnage « déviant ». Un enthousiasme payant car ce « Big K » séduit autant qu’il fait peur. A suivre sauf pour les âmes sensibles…
Une bonne action peut vous coûter très cher et faire basculer votre vie. Metropolitan s’appuie sur cette idée simple pour inventer une intrigue aux multiples ramifications. Tout commence un beau matin de mai. L’inspecteur Vincent Revel sauve la vie d’Alexeï, foudroyé par un malaise sur la ligne 6 du métro parisien. Dans la même rame, Marc un anonyme à qui personne ne prête attention.
Un trio qui se retrouve huit ans plus tard dans une capitale à l’atmosphère toujours aussi suffocante. Vincent, le policier, enquête sur le meurtre d’un joaillier, Alexeï a fait fortune dans l’informatique, Marc vit très mal son licenciement. Une fois de plus, les lignes de leur vie vont se croiser jusqu’à la folie…
Si vous aimez le polar et les univers étranges, Metropolitan, est une série pour vous. Bien sûr, cette trilogie (existe en coffret) a ses défauts et ses qualités. « Si je devais refaire le dessin, je ferais différemment » m’explique de façon un peu abrupte Laurent Bonneau dans mon Studio BD. En limitant au maximum les décors, en jouant sur des contrastes puissants, en intégrant des flous comme une caméra et en colorant à l’aquarelle, le garçon a le goût du risque. Un risque payant car cela donne à cette BD une tonalité qui lui est propre.
« Comme je suis aussi infirmier, je voulais aussi parler de la folie tout en créant un récit très cinématographique » me précise Julien Bonneau. Comme dans toute première BD, l’histoire est née d’un mélange de plusieurs envies. Julien avoue que travailler avec son frère est un vrai plus dans ce type de projet. « On se dit tout, on s’engueule et on se rapproche » me dit-il. « Le problème, c’est sa lenteur « lance ironique Laurent. Un duo familial qui fonctionne à l’image de cette trilogie. Bonneau. Un nom à suivre.
Attention ovni! 3 secondes n’est pas une BD comme les autres… Elle est une expérience. Marc-Antoine Mathieu, propose une nouvelle création graphique en noir et blanc qui donne autant à voir qu’à réfléchir. L’auteur propose un exercice ludique d’une grande originalité.
Le lecteur est invité à parcourir la distance que fait la lumière en 3 secondes, soit 900 000 kilomètres. Sans texte, simplement avec des dessins, l’auteur propose de découvrir le commanditaire d’un assassinat dans le milieu du football en semant les indices dans des zooms et des dé-zooms.
Au départ, on observe une scène figée avec de nombreux points de vue. Le temps s’étire, s’écoule avec une extrême lenteur. Puis on prend du recul jusque sur la lune avant de replonger sur terre pour le bouquet final….
Vous l’avez compris, 3 secondes se vit plus que ne se raconte et il faut souvent plusieurs lectures pour en comprendre toutes les subtilités. Cela exige de la concentration mais offre un vertige salvateur.
« Tous les objets, que se soit la sonde ou le billet de banque sont vrais » me précise Marc-Antoine Mathieu dans mon studio. Ce réalisme et ce sens du détail ajoute une force supplémentaire à cet album qui se prolonge aussi sur le site internet de l’éditeur Delcourt via un mot de passe présent dans la BD. 3 secondes, est un objet aussi étonnant que détonnant.
A la Nouvelle Orléans, Alvin, guitariste-chanteur sirote son bourbon en se demandant pourquoi il n’est pas en tête d’affiche des salles de concert. Nous sommes en 1997 et le bonhomme, dandy vieillissant, commence à en avoir marre de voir les papys cubains du Buena Vista Social Club, multiplier les tournées triomphales. Au fond, il y a peut-être un coup à jouer se dit Alvin. Avec ses potes Oscar et Darrol, d’autres anciens rois du swing, il compte bien reprendre la route. Mais pour réussir ce come-back, il faut 4ème larron, Cornelius, un prince de la trompette, disparu de la circulation depuis des lustres.
Bourbon Street nous replonge dans les années folles de la Nouvelle-Orléans. Nous retrouvons la grande époque du jazz mais aussi celle de la discrimination. Cet album inventé par un véritable guitariste de jazz, le scénariste Philippe Charlot, est une réussite. Le graphisme réaliste et pointilleux d’Alexis Chabert se marie parfaitement avec un récit qui mélange habillement les périodes historiques sans tomber dans une poussive nostalgie. Il y a du rythme, il y a de l’émotion et l’ombre du fantôme de Louis Armstrong… J’ai beaucoup aimé et je vous invite à découvrir l’interview des deux complices dans mon Studio BD.
Si vous aimez les sagas dans l’esprit du « parrain », les complots, le suspense et l’Amérique des années 20 et 40, « Sherman »est fait pour vous. Cette série inventée par le scénariste Stephen Desberg (IRS, All Watcher, Empire USA) est prévue en 6 volumes. Le dessinateur Flamand Griffo me raconte que tout a commencé dans un train entre Angoulême et Bruxelles. « Je revenais du festival avec Stephen et il m’a conté cette intrigue durant 5 heures. Un timing parfait car à l’arrivée à Bruxelles, il avait juste fini. Et lorsqu’il m’a demandé qui était le coupable, je n’ai pas su lui répondre! »
Ray Sherman incarne le rêve américain. Parti de rien, il est devenu l’un des financiers les plus en vue du pays. Si puissant que son propre fils est candidat aux élections présidentielles. Mais celui-ci se fait abattre et sa vie s’en trouve bouleversée. L’enquête l’oblige à revenir sur les traces de son passé trouble, jonché de cadavres…
Les États-Unis ont pour Stephen Desberg une résonance toute personnelle. Son père était citoyen américain, responsable de la distribution en Belgique des films de la MGM puis de la 20th Century Fox. Grand spécialiste des intrigues économiques, le scénariste tire le nom de son personnage principale du « Sherman Act » qui est la première loi anti-trust aux USA.
Sans révolutionner le genre, le récit sait manier les flash back pour construire une réflexion sur l’enrichissement de l’Amérique entre les 20 et 50. Derrière les grandes success story de cette époque se cache souvent l’argent sale de la mafia européenne. Les liens économiques avec l’Allemagne de l’entre-deux-guerres reviennent aussi en filigrane. Le graphisme de Griffo s’adapte parfaitement à ce thriller. Précision des décors et des ambiances, classicisme du trait. Griffo et Desberg nous en disent plus dans l’interview ci-dessous que j’ai réalisée à Angoulême.
Voici le grand retour de Tardi, le papa de la série « Adèle Blanc Sec » dont Luc besson vient de faire un film. Autant dire, un des grands de la profession. L’auteur adapte ici un livre de son ami écrivain, le Français Jean Patrick Manchette aujourd’hui décédé, « La position du tireur couché ».
Tout commence par un assassinat. Martin Terrier tueur à gages vient d’achever sa mission. De retour à Paris, il annonce à son employeur qu’il se retire. Il veut retrouver l’amour de sa vie dans son village natal. Mais attention, ici pas de héros au grand cœur. L’histoire est sanglante et les personnages sont des salauds…
Le dessin en noir et blanc et ultra détaillé de Tardi se mêle parfaitement à des dialogues percutants. Du polar efficace qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus jusqu’à la dernière ligne. « J’aime cette histoire » me dit le dessinateur et scénariste dans Studio Bd car « il s’agit d’un tueur crétin, efficace dans son boulot mais naïf en amour ». Cette histoire est une vraie réussite graphique et une adaptation très inspirée du roman de Manchette. Une mécanique infernale pour un destin maudit. Une BD à déguster avec un café noir bien serré.
La position du tireur couché aux éditions Futuropolis.
Deux histoires en parallèle. Deux récits. Des « pages noires »dans l’esprit d’un bon polar. Nous sommes à New-York. Carson Mc Neal, écrivain talentueux et phénomène d’édition est un mystère. Aucune photo de lui n’existe. Kerry Stevens, jeune blondinette à taches de rousseur et critique littéraire compte bien décrocher un scoop en découvrant son secret. Elle réussit à tomber sur les pages de son dernier roman et à obtenir son adresse. Mais le manuscrit n’est pas comme les autres.
Il raconte la vie d’Afia, une jeune Palestinienne cherchant à renouer les fils de sa pauvre existence qui, de la prostitution à l’enfer de la drogue, l’a menée en prison. Libérée, elle tente de comprendre qui elle est et pourquoi elle a perdu toute sa famille, massacrée par les Phalangistes au Liban. Ces trois personnages vont finir par se croiser pour le meilleur et pour le pire…
Denis Lapière m’explique dans Studio BD que son objectif avec son comparse Frank Giroud était de décrire des destins torturés. « Il y a dans chaque vie des choses que l’on cache, des histoires dont nous ne sommes pas fiers, des secrets » me dit-il. Ce double récit en forme de thriller sait distiller les informations et tenir le lecteur en haleine. Le dessinateur Ralph Meyer adopte deux démarches graphiques différentes pour illustrercette bd étonnante. « Au delà de la couleur et du dessin, je me suis concentré sur les visages » m’explique-t-il afin de « trouver l’expression la plus juste possible ». Ce one shot détonne dans les sorties de cette rentrée. Audacieux dans le fond comme dans la forme.