Une bonne action peut vous coûter très cher et faire basculer votre vie. Metropolitan s’appuie sur cette idée simple pour inventer une intrigue aux multiples ramifications. Tout commence un beau matin de mai. L’inspecteur Vincent Revel sauve la vie d’Alexeï, foudroyé par un malaise sur la ligne 6 du métro parisien. Dans la même rame, Marc un anonyme à qui personne ne prête attention.
Un trio qui se retrouve huit ans plus tard dans une capitale à l’atmosphère toujours aussi suffocante. Vincent, le policier, enquête sur le meurtre d’un joaillier, Alexeï a fait fortune dans l’informatique, Marc vit très mal son licenciement. Une fois de plus, les lignes de leur vie vont se croiser jusqu’à la folie…
Si vous aimez le polar et les univers étranges, Metropolitan, est une série pour vous. Bien sûr, cette trilogie (existe en coffret) a ses défauts et ses qualités. « Si je devais refaire le dessin, je ferais différemment » m’explique de façon un peu abrupte Laurent Bonneau dans mon Studio BD. En limitant au maximum les décors, en jouant sur des contrastes puissants, en intégrant des flous comme une caméra et en colorant à l’aquarelle, le garçon a le goût du risque. Un risque payant car cela donne à cette BD une tonalité qui lui est propre.
« Comme je suis aussi infirmier, je voulais aussi parler de la folie tout en créant un récit très cinématographique » me précise Julien Bonneau. Comme dans toute première BD, l’histoire est née d’un mélange de plusieurs envies. Julien avoue que travailler avec son frère est un vrai plus dans ce type de projet. « On se dit tout, on s’engueule et on se rapproche » me dit-il. « Le problème, c’est sa lenteur « lance ironique Laurent. Un duo familial qui fonctionne à l’image de cette trilogie. Bonneau. Un nom à suivre.
Si vous aimez les sagas dans l’esprit du « parrain », les complots, le suspense et l’Amérique des années 20 et 40, « Sherman »est fait pour vous. Cette série inventée par le scénariste Stephen Desberg (IRS, All Watcher, Empire USA) est prévue en 6 volumes. Le dessinateur Flamand Griffo me raconte que tout a commencé dans un train entre Angoulême et Bruxelles. « Je revenais du festival avec Stephen et il m’a conté cette intrigue durant 5 heures. Un timing parfait car à l’arrivée à Bruxelles, il avait juste fini. Et lorsqu’il m’a demandé qui était le coupable, je n’ai pas su lui répondre! »
Ray Sherman incarne le rêve américain. Parti de rien, il est devenu l’un des financiers les plus en vue du pays. Si puissant que son propre fils est candidat aux élections présidentielles. Mais celui-ci se fait abattre et sa vie s’en trouve bouleversée. L’enquête l’oblige à revenir sur les traces de son passé trouble, jonché de cadavres…
Les États-Unis ont pour Stephen Desberg une résonance toute personnelle. Son père était citoyen américain, responsable de la distribution en Belgique des films de la MGM puis de la 20th Century Fox. Grand spécialiste des intrigues économiques, le scénariste tire le nom de son personnage principale du « Sherman Act » qui est la première loi anti-trust aux USA.
Sans révolutionner le genre, le récit sait manier les flash back pour construire une réflexion sur l’enrichissement de l’Amérique entre les 20 et 50. Derrière les grandes success story de cette époque se cache souvent l’argent sale de la mafia européenne. Les liens économiques avec l’Allemagne de l’entre-deux-guerres reviennent aussi en filigrane. Le graphisme de Griffo s’adapte parfaitement à ce thriller. Précision des décors et des ambiances, classicisme du trait. Griffo et Desberg nous en disent plus dans l’interview ci-dessous que j’ai réalisée à Angoulême.
Une nuit. Une longue nuit. Dans les profondeurs du quartier le plus cosmopolite de Paris la mort rôde et les comptes se règlent. A Belleville personne ne dort ou presque. Freddy est l’homme de main d’un maquereau et un petit truand.
Ce soir-là,il croit livrer des téléviseurs « tombés du camion » mais dans le véhicule, ce n’est pas de la hifi mais un groupe de clandestins chinois. Au même moment à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle un Chinois avec un bob sur la tête prend la direction de Belleville. Freddy doit liquider le nouveau venu. Mais les apparences peuvent être trompeuses… La nuit s’annonce très longue.
Arnaud Malherbe a de la suite dans les idées. Alors qu’il travaillait au scénario du téléfilm « Belleville Story » diffusé en avril dernier sur la chaine franco-allemande Arte, il signait une autre version pour la BD . Le résultat est séduisant. Un polar contemporain ultraviolent qui met en scène le monde de l’ombre où s’affrontent mafia russe , triades chinoises et gangs. Vincent Perriot compose un dessin nerveux qui s’accorde parfaitement à cette histoire de bruit, de fureur et d’espérances.
Soul Man, vous rappelle peut-être une chanson de Sam & Dave, un chef d’oeuvre de la soul américaine. Et ce n’est pas un hasard. Le héros, le Soul Man , ne vit que pour cette musique qui fonde une partie de l’histoire américaine des années 60.
L’homme purge une peine de prison longue durée pour meurtre. Personne ne partage sa cellule car ses co-détenus se retrouvent six pieds sous terre.
Mais voilà, une rumeur laisse entendre qu’il sait où se trouve le magot de la mafia des 4 familles New Yorkaises, volé en 1964. Un braquage à 20 millions dollars. Quarante ans plus tard, Félix, un blanc-bec, se retrouve dans la cellule du Soul Man pour lui faire cracher le morceau.
Soul Man est le troisième tome de la collection Le Casse. A l’origine de ce concept David Chauvel qui est aussi le scénariste de cet album. « Ce n’était pas prévu mais il y a eu une défection à la dernière minute » m’explique-t-il. Tout est venu d’« une petite idée sur un carnet« . Au final, l’histoire aboutie à un bras de fer physique et psychologique entre deux hommes que tout oppose, un « noir costaud qui fait peur » et « un blond petit et fluet » ajoute l’auteur dans Studio bd.
Dialogue percutant, personnage fort, scénario monté comme un puzzle, Soul Man est un divertissement haut de gamme. Ce one shot s’inscrit dans une série qui mélange toutes sortes d’univers autour du thème du casse. Le premier, de Christophe Bec, Diamond raconte l’histoire d’un braquage au fin fond de la Sibérie. Le second volet a pour cadre la Jérusalem antique. Le troisième jour évoque la disparition du corps de Jésus. Au final, ce sont donc 6 tomes qui sont prévus. De quoi remplir intelligemment sa bibliothèque bd.