Historique
« Wendy », mélange d’Indiana Jones et de James Bond au féminin, joue avec les codes du genre pour séduire ses futurs lecteurs. Le scénariste Fred Duval propose une nouvelle série historique où le divertissement et l’exotisme servent de moteurs à une action débridée.
Nous sommes en 1915. Wendy, femme émancipée travaillant pour les services secrets britanniques, s’apprête à connaître sa nouvelle mission après une course poursuite dans les rues de Porto. En pleine lutte d’influence sur le continent africain, elle doit procéder à l’évaluation d’un officier britannique, le capitaine William James, qui semble être en accointance avec l’ennemi allemand. A elle, de décider si elle doit l’éliminer ….
« J’avais envie de parler de la première guerre mondiale et des grandes puissances de l’époque sans pour autant aller dans les tranchées » m’explique Fred Duval. Son récit s’attache donc à décrire ce qui se passe en dehors des combats, dans l’ombre. Bondissant, son récit s’inspire des grands films d’aventure. Du Portugal à la Normandie, de l’Egypte à l’Afrique, l’héroïne est constamment en mouvement.
L’histoire devient plus oppressante lors d’une chasse au léopard qui constitue le moment fort de cet album. Le dessinateur Christophe Quet quitte l’univers de la SF de la série « Travis« pour des paysages sauvages et colorés. Le duo promet un basculement progressive vers un univers plus fantastique. A suivre….
Wendy, t1 aux éditions Delcourt.
Scénario: Fred Duval.
Dessin: Chritophe Quet.

« J’ai tendance à privilégier l’envie et les énergies plus que le programme établi, du coup, on a mis trois ans à faire le bouquin! » m’explique en se marrant Mathieu Lauffray. Le dessinateur de « Long John Silver » savait comme son complice Xavier Dorison que l’attente du public était forte. Raison de plus pour se donner le temps de boucler de la meilleure des façons ce formidable récit de piraterie. Et le résultat est à la hauteur. Un incroyable crescendo au cœur d’une pyramide en pleine Amazonie…
Mais revenons, un peu en arrière. Cette bd raconte la révolte d’une femme Lady Hastings qui refuse de se laisser enfermer dans un couvent, sous prétexte que son mari, disparu depuis des années dans le Nouveau Monde, a refait surface. Celui-ci, demande par l’intermédiaire de son frère, de vendre tous ses biens, pour armer un navire et le retrouver en Amérique du sud où il aurait enfin trouvé la cité de Guyanacapac.
Vivian décide alors de convaincre un ami médecin de lui faire rencontrer les pires pirates de Bristol dont le légendaire Long John Silver. Elle conclue avec lui un pacte de sang pour qu’il embarque avec ses compagnons sur le Neptune afin d’en prendre possession et, au final, se partager le trésor, tout en trucidant Lord Hastings.
Et les auteurs, de nous embarquer dans une folle aventure aux multiples rebondissements. Camaraderie, trahison, violence, indiens sanguinaires et bêtes monstrueuses constituent les ingrédients d’une saga aussi divertissante que fascinante. « Pour ce final, on a voulu monter les potards au max » m’explique enthousiaste Mathieu Lauffray. Dialogues ciselés, graphisme au découpage spectaculaire, la quête se termine en apothéose. L’occasion pour le duo d’artiste de donner aussi sa vision de la bd d’aventure et de crier haut et fort leur amour pour le pirate, héros libertaire.
Long John Silver, t4 aux éditions Dargaud.
Scénario: Xavier Dorison.
Dessin: Mathieu Lauffray.
Pourquoi avoir écrit « timbrés »? Tout simplement parce que ma rencontre avec les auteurs dans mon studio BD a ressemblé à rien de connu jusque là. Le scénariste Balac alias Yann avait envie de jouer à l’interview décalée loin des sentiers battus…. Pourquoi pas? Le dessinateurs a suivi…. A voir donc plus bas.
Sinon, le « sang des prophyre » est une superbe saga familiale qui se passe en Bretagne au XVIIIè siècle. Le premier cycle de 4 tomes raconte l’aventure de la jeune Soizik. Mi-bohémienne, mi-voleuse, elle trouve un bijou au cou d’une noyée qui la conduit sur la route d’une famille maudite : les Porphyre. Au coeur du mystère, l’œil de verre, transmis par le terrible Hyacinthe Porphyre à ses fils. Amour, haine, trahison, bouseux en tout genre, autant d’éléments qui donne au récit une saveur toute particulière.
Les deux derniers tomes ( le 6ème vient donc de sortir) propose d’aller plus loin en mettant en scène un huis-clos angoissant avec les personnages marquants de la série. Tout cela se passe chez le comte de Rothéneuf. Hermine, Gwenon, Soizik jouent un dernier acte virvoltant. Ce dyptique permet d’apporter de nombreuses réponses à des questions laissées en suspend dans les opus précédents. Le dessin de Parnotte est précis et offre une belle parure à cette série historique qui ravira les amateurs. Pour les autres, les déçus, Balac donne son adresse dans l’interview ci-dessous et une idée de vengeance : « plastiquer ma maison, voilà quelque chose de surprenant » dit-il.
La saga des Propryre t1 à 6 aux éditions Dargaud.
Scénario: Balac.
Dessin: Parnotte
« C’est ma première histoire d’amour » me confie Jack Manini. L’auteur de « La Guerre des Amants » est un grand romantique mais surtout un amoureux de la peinture et notamment de l’art de la fulgurance de Kandinski. Loin de tomber dans un récit abstrait, l’auteur nous guide à travers un couple attachant, Natalia Socolova, la révolutionnaire russe et Walter Hancock, l’américain pacifiste.
Ils se rencontrent en pleine prise du palais d’hiver en 1917. A défaut de coup de feu, c’est un coup de foudre. Les deux amants, disciples de Kandinski, vont faire partie d’un train spécial, l’Etoile Rouge, qui doit apporter la culture aux paysans russes. Entre naïveté, trahison et terreur, ils découvrent un monde en plein bouleversement où tous les repères éclatent….
Jack Manini nous emmène dans un tourbillon de vie et de passion. Les deux amants nous touchent dès la première page. Leurs aventures nous permettent de croiser les personnages marquants de l’époque, Kandinski ou Troski, Chagall… Subtil mélange de faits réels et d’invention, ce divertissement historique sur fond de création artistique est une vraie réussite.
Bien que dessinateur, Jack Manini confie à Olivier Mangin le soin de donner corps à ses idées. Le graphisme apporte une belle touche de tendresse dans ce monde révolutionaire. Les personnages principaux sont superbement dessinés à l’image de son héroïne Natalia à la fois sensuelle, naïve et fougueuse. L’intrigue est très lisible. « Ce récit est une trilogie qui s’étale sur trois époques comme les trois couleurs primaires » m’explique l’auteur. Une belle découverte.
La Guerre des Amants, t1 aux éditions Glénat.
Scénario: Jack Manini.
Dessin: Olivier Mangin.
Ce diptyque vous touche au cœur dès la première page. A travers le destin de ces orphelins qui parcourent l’Amérique dans une locomotive en espérant être adoptés, le scénariste Philippe Charlot, nous fait découvrir l’envers du décors. Après le jazz (Bourbon street), il exhume une page méconnue de ce pays qui le fascine tant. Il y a un peu de Dickens dans ce récit où des gamins se retrouvent proposer à la « vente » dans des bourgades reculées.
Nous sommes dans les années 20, le pays est en pleine dépression. L’ « Orphan Train Riders » est un projet social qui visent à trouver une famille à des enfants abandonnés. Une idée qui part d’un bon sentiment mais qui, comme souvent, comporte des dérives.
Nous suivons Jim et son petit frère Joey qui embarquent dans le convoi qui doit leur permettre d’avoir un nouvel avenir. Entre l’abandon des derniers souvenirs et la réalité des intentions de certaines familles d’accueil, rien n’est simple. Trahison, espoir, séparation…
Un récit sensible sans être misérabiliste. Les auteurs évitent de tomber dans le pathos et nous offrent un double voyage. A travers le héros Jim, enfant et âgé, se déroule les fils d’une intrigue sur les méandres du destin. Le dessinateur Xavier Fourquemin m’explique dans mon Studio BD le plaisir qu’il a eu à découvrir ce scénario.
« J’aime les histoires avec des enfants qui vivent des aventures d’adulte, il y a un décalage qui m’intéressent » me dit-il. Son trait, à la fois simple et précis, s’accorde parfaitement aux dialogues. S’il m’avoue avoir eu du mal à personnaliser chaque orphelin, son travail graphique est impressionnant. Efficace, attachant, rythmé, ce « Train des Orphelins » mérite toute notre attention.
Le train des Orphelins t1 et2 aux éditions Bamboo
Scénario: Philippe Charlot.
Dessin: Xavier Fourquemin.
Le dyptique « Conquistador » est un des grands succès de ces dernières semaines en librairie. Un engouement du public immédiat. Résultat: une suite est en cours comme le confirme le dessinateur Philippe Xavier dans mon studio BD.
« Cette idée a germé en moi pendant des années » me dit-il. Une jungle inquiétante, des indigènes mystérieux, des soldats sans scrupule, une créature sanguinaire: les envies du dessinateur séduisent d’emblée le scénariste Jean Dufaux. Le duo de la série « Croisade » invente alors un nouveau monde avec, comme toile de fond, Cortès et le trésor des Aztèques.
Dès la première page, le lecteur fait connaissance avec Hernando Royo, un Conquistador au bord du précipice. Soldat sans peur, avide d’expériences, il est le candidat idéal pour Cortès qui convoite le trésor de l’empereur aztèque Moctezuma. Avec la complicité d’autres mercenaires, notre héros accomplit sa mission… Une mission suicide. Une course poursuite commence entre les fugitifs, les redoutables indiens otomis et une créature végétale et infernale Txlaka, fils des racines de l’Oqtal …
Un rythme infernal dans l’esprit du film « Apocalypto » de Mel Gibson, Conquistador ne s’attarde pas. « Dès le départ, il était prévu de créer une bande de mercenaires et de les faire disparaitre un à un » m’explique Philippe Xavier.
Cadrages spectaculaires, cases limités, visages en gros plan, le diptyque possède une grande puissance graphique. « Je voulais que le lecteur soit pris à la gorge » m’explique Philippe Xavier. Spécialiste du genre, Jean Dufaux invente des personnages forts. Seul regret, un sentiment d’inachevé à la fin de la lecture. Une impression que compte bien effacer une suite désormais en cours d’écriture. Conquistador est, sans conteste, un divertissement haut de gamme.
Conquistador t1 et 2 aux éditions Glénat.
Scénario: Jean Dufaux
Dessin: Philippe Xavier.
« Un homme, une année » me répond Fred Blanchard, créateur de cette nouvelle série. Le principe est de raconter les grands évènements de l’histoire à travers le destin d’un inconnu. Et logiquement, les auteurs, Jean-Pierre Pécau en tête (Jour J), ne peuvent que commencer par le plus célèbre d’entre eux, le Soldat Inconnu. Dans le cercueil qui repose sous l’Arc de Triomphe depuis 1920 se trouve un héros, un Poilu. Mais qui est-il? Pourquoi pas un tirailleur sénégalais?
Au coeur des tranchées , se retrouvent deux hommes, que tout séparent. Ils viennent de la Côte d’Ivoire. Boubacar N’Doré et Joseph, son maître dans les plantations, vivent ensemble l’enfer de la Grande Guerre. Ils combattent en Afrique avant de retrouver Verdun. Dans cette folie meurtrière, le tirailleur sénégalais va montrer son héroïsme jusqu’à y laisser la vie. Son compagnon d’arme, blessé, souhaite l’honorer une dernière fois. En 1920, une occasion s’offre à lui, suite à la décision d’inhumer un déshérité de la mort sous l’Arc de triomphe.
Jean-Pierre Pécau et Fred Duval construisent un récit palpitant. La Grande Guerre se vit à travers l’amitié d’un aventurier blanc et d’un ancien esclave noir. De la terre africaine à la boue de Verdun, le destin des deux hommes illustrent le parcours de l’arrmée d’Afrique.
Les scénaristes trouvent en Mr FAb, un complice à la hauteur de leur ambition. Le dessinateur (qui crée des costumes pour le cinéma) propose un graphisme élégant et précis. Ce premier one-shot sera suivi par d’autres titres cette année dont: 1815, L’homme qui hurla « Merde ! » à Waterloo.
« Mon seul regret est de ne pas avoir trouvé de femme sur les sept premiers albums » m’avoue Fred Blanchard. Il promet de rapidemment réparer ce manque.
L’homme de l’année: 1917, Le Soldat Inconnu aux éditions Delcourt.
Scénario: Jean Pierre Pécau et Fred Duval
Dessin: Mr Fab.
Voilà enfin l’épilogue de cette série d’aventure à l’écriture et au graphisme remarquable. Mais attention si Le Scorpion va enfin savoir qui est son père et qui se cache derrière ses ennemis, il ne fait que fermer une page pour reprendre son envol. « Il faut désormais qu’il crève l’abcès » m’explique Stephen Desberg « pour vivre sa destinée sans contrainte ».
Depuis son retour à Rome, Le Scorpion s’accroche au pape Trebaldi comme une véritable sangsue. Il est bien décidé à le faire payer le prix fort pour sa responsabilité dans l’exécution de sa mère. Mais, le héros tatoué, à la lame virevoltante, apprend que son ennemi n’est pas celui qu’il croyait. Tout se complique avec l’arrivée de Tiberio, un assassin à la solde d’un mystérieux commanditaire, qui cherche notre Scorpion depuis plus de 20 ans. Notre héros se retrouve dans un richissime palais, celui de la famille Latal alors que de son côté, le pape, qui manque de soldats, recrute chez les lépreux. Tous les protagonistes se donnent rendez-vous pour un final époustouflant et tragique dans la Basilique Saint-Pierre.
« Il fallait terminer par un feu d’artifice » me dit en souriant Stephen Desberg. Le scénariste du Scorpion nous plonge dans une sarabande mortelle. D’une grande densité, le récit de ce 10 ème album multiplie les rebondissements et les flash-back tout en gardant sa lisibilité. Et comme toujours, la maestria du dessinateur Enrico Marini constitue le plus grand atout de cette série. Même s’il m’avoue « avoir eu du mal avec la Basilique Saint-Pierre » qui demande « beaucoup de travail à cause de sa richesse ornemental », il « s’en est sorti ».
Les combats sont un véritable monument graphique. Le panache des grands films de capes et d’épées trouve ici son accomplissement. « Fini les robes, place aux pantalons » m’explique Enrico Marini qui promet de nouvelles aventures loin de Rome. Bon vent, Scorpion !
Le Scorpion, t10 aux éditions Dargaud.
Scénario: Stephen Desberg.
Dessin: Enrico Marini.
Edgar P. Jacobs fait partie des maîtres du 9ème art. Contemporain d’Hergé, dont il a été un collaborateur et un ami avant de devenir un concurrent avec la création des aventures de Blake et Mortimer, l’homme se révèle un touche-à-tout étonnant. « Un créateur » comme l’explique Rodolphe, avec de multiples talents. Dans La Marque Jacobs, le lecteur découvre un destin passionnant qui traverse le XXème siècle: les deux guerres mondiales, l’épuration, la société de consommation et les évolutions techniques. « Il a du connaitre les postes à galène et il termine avec la télévision qui vient le filmer chez lui » précise le scénariste.
Mais la grande révélation dans cette biographie à bulles est la voix du créateur de La Marque Jaune. Le grand public, sait-il que Edgard P. Jacobs est un chanteur d’opéra professionnel dont la carrière est fulgurante durant l’entre-deux-guerres. Son avenir bascule car il doit quitter Lille où il se produit régulièrement pour des questions de quota. Et de se retrouver à Bruxelles pour ensuite créer en 1946, le nouveau Journal de Tintin qui publie Le Secret de l’Espadon par planches hebdomadaires. De sa naissance à sa mort, ce génie amoureux (Ninie est la femme de sa vie), se révèle une personnalité d’une grande originalité.
Ce récit s’avère très plaisant à découvrir. Rodolphe réussit à synthétiser les grands moments de la vie de l’auteur. Le scénariste lui voue une véritable admiration et cela se sent. « Il avait l’art de créer des ambiances et des atmosphères qui prenaient le lecteur » me dit-il. Un élément, qui aujourd’hui encore, inspire le travail de Rodolphe dans la bd. Le dessinateur Alloing propose ici un graphisme dans l’esprit d’Edgar P. Jacobs. Une façon de saluer le maître sans le copier. Un album qui mérite de trouver sa place aux cotés de ceux de son inspirateur. Et pour aller plus loin, je vous invite à écouter notre duo dans mon studio ci-dessous.
La Marque Jacobs aux éditions Delcourt.
Scénario: Rodolphe.
Dessin: Alloing.
« Le point de départ de cette histoire vient de mon agression par un Anglais alors que j’étais en visite avec un copain » me raconte Wilfried Lupano. Après s’être débarrassé de l’agresseur par une ruse (« il est Suisse, pas Français »), son ami lui raconte une vieille légende « le Singe d’Hartlepool »: la pendaison d’un singe suite au naufrage d’un navire français par des villageois ignares. L’occasion pour l’auteur de broder un récit haut en couleur sur la bêtise humaine.
Tout commence sur un navire où le capitaine, ancien commerçant en terre africaine, admire son singe adopté. Une blague de marin. Une mascotte qui malheureusement va devenir l’objet des rancœurs de villageois anglais. Le singe est le « Français », celui que l’on ne connaît pas mais que l’on hait de façon viscérale. Son « procès » n’est qu’une parodie, sa mort, une certitude…. Mais comment en est-on arrivé là?
Wilfried Lupano se délecte dans cet univers à la fois drôle et brutal. Absurde jusqu’à la déraison, son récit déroule sa mécanique au milieu de dialogues cinglants. L’occasion de proposer une galerie de personnage réels ou inventés qui donne à cette « légende honteuse » un caractère universel. Ancien soldat en manque de reconnaissance, maire en campagne électorale, médecin de passage ou matelot bilingue, ils reflètent la complexité de la nature humaine.
« Nous ne voulions pas tomber dans le comique pour effacer ce que cette histoire a de triste et de tragique » me précise le scénariste. D’où un « aspect assez glauque » ajoute-il. De quoi satisfaire Jérémie Moreau. » Ce côté glauque me plaît car il apporte une tension supplémentaire » me dit le dessinateur. Un jeune homme qui entre ici par la grande porte avec un graphisme puissant. Loin des sentiers battus, ce « Singe de Hartlepool » est une belle surprise.
Le Singe de Hartlepool aux éditions Delcourt.
Scénario: Wilfried Lupano.
Dessin: Jérémie Moreau.