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L’obsolescence programmée de nos sentiments: le sexe à 60 ans

Par srosenfeld dans BD, contemporain, générationnel, graphisme, personnes âgées, seniors , le 24 octobre 2018 16h13 | Ajouter un commentaire

Le scénariste Zidrou se lance dans une thème rarement traité en bd : le sexe et le corps à plus de 60 ans. « Un jour, un homme que j’ai croisé dans un home m’a dit qu’il rencontrait souvent des femmes mais que pour discuter » me dit-il.  Au delà de la question du sexe, cette bd s’interroge sur la place des personnes en fin de carrière aussi bien professionnelle que sentimentale ….

Nous faisons la rencontre d’Ulysse, veuf depuis plusieurs années qui perd son travail de déménageur, à 59 ans car ils faut « dégraisser ». Le voilà seul car sa fille est morte dans un accident à l’âge de 16 ans et son fils est très pris par son travail. Pourtant, il a du tempérament Ulysse. Un bon vivant qui voudrait bien retrouver une occasion de se rependre en main. Elle, c’est Mme Solenza. Méditerranée de son prénom, 62 ans au compteur. Ancien modèle (elle a fait la couverture de Lui dans sa jeunesse !), elle ne s’est jamais mariée et elle y tient. Le hasard les fait se croiser  au cabinet médical du fils d’Ulysse. Coup de foudre…

Ce récit joue habilement avec nos sentiments. Jamais misérabiliste, il raconte une belle histoire d’amour tout en évoquant des questions essentielles comme le corps qui s’enlaidit avec le temps, la dureté de la société du travail ou encore la place des personnes âgées. « Nous vivons dans une société où le diktat du corps jeune et beau reste omniprésent » m’explique Zidrou dans mon Studio BD. Cette histoire, jamais ennuyeuse et subtilement dessinée par Aimée De Jongh, est une belle réflexion sur la vie et réserve des surprises. Car l’amour née quelque fois là où on ne l’attend pas….

L’obsolescence programmée de nos sentiments aux éditions Dargaud.

Scénario : Zidrou

Dessin: Aimée De Jongh.

China Li: la fille et l’eunuque

Par srosenfeld dans BD, Chine, graphisme, Historique, mafia, tragique, voyage , le 24 octobre 2018 16h12 | Ajouter un commentaire

S’évader et apprendre. Voici les deux leitmotivs des Charles (Maryse au scénario et Jean-François au dessin), l’un des couples de bd belge les plus attachants. A leur rythme ils construisent une oeuvre cohérente  à travers les continents au titre évocateur comme les séries Africa Dreams ou India Dreams . Cette fois, ils invitent le lecteur à voyager avec eux dans une Chine complexe au cœur des appétits politique symbolisés par la Guerre de l’Opium.

Nous suivons le destin de Li, une fillette pauvre issue de la campagne qui a été perdue au jeu par son frère. Vendue, elle devient une marchandise destinée à un homme cruel, Zhang Xi Shun, l’un des dirigeants de la triade « la Bande verte » qui domine de Shanghaï. Mais la fillette de 7 ans voit son destin basculé. Affectée aux cuisines, elle est un jour accusée d’avoir volé du papier de riz et est traînée devant le maître. Découvrant chez cette créature chétive un don pour le dessin, l’homme, terrifiant mais raffiné, décide de la prendre sous sa protection.

Pour construire ce récit, Maryse s’est inspirée de lectures mais aussi d’un voyage en Chine. Alors que l’album progresse, le couple se rend sur place pour mieux comprendre ce pays qui fascine autant qu’il repousse. « On nous avons dit que les Chinois n’étaient pas sympathiques mais nous avons fait au contraire de très belles rencontres « me précise Maryse dans mon studio BD.  Jean-François dont le graphisme élégant  fait toujours merveille à trouver l’occasion de mieux rendre compte de atmosphère de ce pays-continent dessinant des cases plus détaillées. « J’aime même rencontrer Li, notre personnage, lors d’une visite dans un temple et je l’ai poursuivie pour faire une photo «  me dit-il amusé.

Ce premier tome est une réussite pour ceux qui aiment l’aventure et la culture. Le dessin et les couleurs subtiles de Jean-François Charles sont au rendez-vous.  Le destin de Li ne laisse jamais indifférent et le personnage de l’eunuque intrigue et fascine. Un beau début. A suivre…

China Li aux éditions Casterman

Scénario: Maryse Charles

Dessin: Jean-François Charles. 

Giant: au sommet de New-York

Par srosenfeld dans Aventure, BD, graphisme, Historique, mafia , le 10 juillet 2017 16h28 | Ajouter un commentaire

bd-giantIl y a des photos qui restent définitivement dans l’imaginaire collectif. Si je vous parle de ces hommes assis côte à côte sur une poutre métallique suspendue à des centaines de mètres au cœur des gratte-ciels new-yorkais. De suite, l’image vous revient.  Pour Mikaël, dessinateur et scénariste français immigré au Québec, cette photo est un point de départ idéal pour raconter la « grosse pomme » au temps de la Grande Dépression.

Nous sommes exactement en 1932. Les Irlandais se pressent chaque jour pour se faire engager auprès du contremaitre afin de planter des rivets au sommet des structures de fer qui ne semblent jamais s’arrêter de grandir.

Un homme ne passe pas inaperçu. Il s’appelle Giant, un colosse taciturne. Alors qu’il doit annoncer à la veuve d’un de ses collègues restée au pays son brutal décès, il préfère lui envoyer une somme d’argent et dactylographie une lettre racontant sa vie de chantier. Le début d’un mensonge qui n’est pas sans conséquence…

« J’avais envie de raconter New-York, ce tourbillon de bruits et d’images qui l’anime jour en nuit » m’explique Mikaël dans mon studio BD. A travers ses cadrages et ses ambiances subtiles, le créateur de « Giant » emmène le lecteur au sommet. « 

Je me suis beaucoup inspiré de films comme il était une fois en Amérique de Sergio Leone » me confie le dessinateur. Le récit mêle l’histoire de son héros à d’autres personnages attachants. Prévu en deux tomes, cette première partie séduit et laisse rêveur, une fois la dernière page tournée.

Giant aux éditions Dargaud

Scénario et dessin: Mikaël

Les chevaliers d’Héliopolis: fresque historique et alchimie

Par srosenfeld dans Aventure, ésotérisme, graphisme, Historique , le 27 juin 2017 15h06 | Ajouter un commentaire

9782344011324-L« C’est moi qui l’ai contacté » me confie le dessinateur Jérémy en parlant de Jodorowski. Le scénariste de « l’Incal », de « Bouncer » ou encore de « la légende du Lama Blanc » est un artiste qui a donné envie au jeune auteur de faire de la BD. Et miracle. Ca marche. Après lui avoir tiré les cartes, Jodorowski, décide d’inventer un nouveau récit autour du thème de l’alchimie. Et comme toujours avec cet artiste qui n’a pas de limite, le personnage principal est aussi fascinant que troublant: un être hermaphrodite.

Mais pour commencer cette nouvelle série, rien de mieux qu’une scène spectaculaire pour introduire notre héros. Nous sommes à la fin du XVIIIe siècle dans un monastère où se dissimule le temple sacré des Chevaliers d’Héliopolis : une assemblée d’alchimistes immortels et coupés du monde. Le disciple Dix-sept s’apprête à compléter sa formation et à intégrer l’ordre en affrontant un gorille initié. L’occasion de dévoiler aux autres membres de la confrérie le secret de ses origines. Il est le fils caché de Louis XVI et de Marie-Antoinette, l’héritier du trône de France!

Louis XVII a bien existé  et il serait mort à l’âge de 10 ans dans les geôles de la prison du Temps. Mais au même titre  que  L’Homme au masque de fer, il trouve dans Les chevaliers d’Héliopolis un nouveau destin. Jodorowski mêle habilement les connaissances alchimiques à une fresque romanesque. Jérémy (Barracuda) dont le trait précis ne cesse de progresser apporte toute sa technique pour donner du sens et du rythme aux cases. « J’aime son audace » m’avoue Jérémy dans mon studio Bd en parlant de Jodorowski. Un dessinateur qui sait aussi calmer les folies du scénariste pour y apporter sa jeunesse et sa modernité. Le duo nous propose une série enlevée prévue en 4 tomes qui ne manque pas de panache!

Les chevaliers d’Héliopolis aux éditions Glénat

Scénario: Jodorowski

Dessin: Jérémy

Cosey, grand prix du festival BD d’Angoulême

Par srosenfeld dans Angoulême, BD, grand prix, graphisme , le 27 janvier 2017 12h47 | Ajouter un commentaire

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cosey-71h-bf806La consécration à 66 ans. Le papa de « Jonathan » décroche le graal de la profession: le grand prix 2017 du festival BD d’Angoulême. Depuis des années, la rumeur citait son nom en vain.

De quoi décevoir de dessinateur sensible. Il reconnait d’ailleurs: « cela m’a un peu blessé ».Et voilà la bonne surprise pour Cosey.

L’homme a fait rêver plus d’un lecteur avec les déambulations de Jonathan au Tibet et au Népal. L’élégance de son trait associé à la douceur des ses couleurs sont les signes distinctifs de cet amoureux des grands espaces qui a commencé sous la houlette de Derib.

Plus récemment, le dessinateur a compté parmi les auteurs francophones autorisés par Disney à réinterpréter les aventures de Mickey. Il a ainsi livré au printemps 2016 « Une Mystérieuse Mélodie », où il imagine la rencontre entre la célèbre souris et Minnie.

Ecoutez sa réaction…

 

Sambre: la saga sanglante est de retour

Par srosenfeld dans graphisme, Historique, social, tragique , le 7 novembre 2016 18h52 | Ajouter un commentaire

Couv_288310Le premier tome de Sambre sort en 1986. Et dès les premières pages, Yslaire impose une œuvre majeure qui séduit de très nombreux lecteurs. A travers le récit d’une famille au XIXe siècle marquée par une malédiction, des yeux rouges, l’auteur crée une fresque d’une extrême densité.

Au fil du temps, nous suivons l’amour de Bernard Sambre et Julie et de leurs enfants. A leurs côtes des personnages sombres, complexes, vivent, meurent, souffrent. Au fil du temps, le récit se fait tortueux, social et brutal. 20 ans plus tard, Fleur de pavé, le tome 7 marque un tournant, celui de la chute vers le tragique final.

« La question n’est pas de savoir si cela va se finir mal, cela va se finir mal, la question c’est comment » m’explique Yslaire dans mon studio BD. A l’image d’un Balzac ou d’un Zola, l’auteur continue de sonder l’âme humaine dans une société bourgeoise hypocrite. Entre les cauchemars de Bernard-Marie Sambre, élevé par sa tante à la Bastide et Judith qui grandit dans un orphelinat à Paris, les histoires s’entrelacent sans jamais se perdre.

Une fois encore, Yslaire s’impose grâce à un graphisme sophistiqué et hypnotique. La scène d’ouverture de Fleur de pavé est d’une rare puissance visuelle. Elle imprègne l’esprit du lecteur au cœur des péripéties de Judith, libertaire et fille de la liberté. Dans un monde cruel, elle impose sa joie de vivre.

Au milieu d’un tourbillon de couleurs sépias apparait le rouge qui transperce les images comme un « éclair de sensualité, d’amour, de passion, de fulgurance, de sang qui coule ». Le Bruxellois, l’avoue, le rouge est la couleur qu’il met en dernier. « C’est ma couleur préférée depuis que je suis tout petit » dit-il. 

Sambre, t7 aux éditions Glénat

Scénario et dessin: Yslaire

Terminus: arrêt définitif pour le Transperceneige

Par srosenfeld dans action, Aventure, graphisme, science fiction, voyage , le 8 octobre 2015 14h23 | Ajouter un commentaire

Terminus_Transperceneige_tome_4Comment terminer une des plus belles aventures de SF sans se renier? Pari difficile. La série « Transperceneige », imaginé par Lob et Rochette met depuis le début l’homme face à ses démons (le dérèglement climatique, l’exclusion sociale organisée, les dérives de la foi etc…). Mais il fallait bien qu’un jour le train mythique (le Transperceneige)  termine sa course interminable dans un monde glacé où la vie a disparu.

« J’avais des idées » m’explique Jean-Marc Rochette « mais j’avais besoin de quelqu’un pour leur donner du sens ». Le dessinateur exigeant et engagé a donc mis du temps avant de trouver en Olivier Bocquet un parfait compagnon de voyage. « On a parlé du monde, et on était d’accord sur plein de trucs «  précise le scénariste. L’objectif est de plonger le lecteur dans les entrailles d’un monde sous-terrain. « Comme dans l’enfer de Dante » explique Jean-Marc Rochette.

Terminus. Le train s’arrête, incapable d’aller plus loin, faute d’énergie. Guidés par une étrange musique, les arpenteurs ( spécialistes des sorties extrêmes) ouvrent la voie.  Nos survivants découvrent un asile possible. Mais ils ne sont pas seuls, des êtres étranges dissimulés derrières des masques grotesques de souris, les accueillent manu militari. Sélectionnés, tatoués avec un code barre, les anciens passagers du train deviennent des cobayes d’une expérience menée par un couple de scientifiques fêlés….

En toile de fond : une critique de nos sociétés qui nient le libre arbitre au nom du bien commun mais aussi le prix de l’énergie ( ici le nucléaire ) et ses conséquences sur la santé. « Je suis très clairement antinucléaire » affirme haut et fort Jean-Marc Rochette. Le thème du transhumanisme  se retrouve aussi dans ce récit de 232 pages qui  happe le lecteur de bout en bout.

La puissance graphique impressionne notamment lors d’une scène d’orgie fascinante. « Terminus » constitue une belle conclusion à cette saga avant-gardiste.

Précisons qu’il est tout à fait possible de lire cet album sans avoir lu les autres.

Ne pas manquer la rencontre ci-dessous avec les auteurs.

Transperceneige t4, terminus, aux éditions Casterman

Dessin: Jean-Marc Rochette.

Scénario: Olivier Bocquet.

 

Le piano oriental: un voyage musical envoûtant

Par srosenfeld dans autobiographie, graphisme, Historique, musique, voyage , le 22 septembre 2015 09h08 | Ajouter un commentaire

piano-oriental« Il faut imaginer une sorte de déhanchement » m’explique sourire aux lèvres Zeina Abirached. L’illustratrice franco-libanaise propose aux lecteurs un voyage envoûtant dans le Liban des années 60 sur les traces de son arrière-grand-père.

Accordeur de piano dans le Beyrouth immuable de l’avant-guerre civile (1975-1990),  Abdallah Kamanja a une obsession : créer un piano « bilingue » capable de jouer de la musique à l’occidentale (demi-ton par demi-ton) et à l’orientale (quart de ton par quart de ton).

Après des années de recherche, miracle: le piano oriental avec ses étranges pédales devient réalité. Le fabricant autrichien de piano Hofmann est même intéressé par l’invention.

Nous suivons alors Abdallah Kamanja, tarbouche sur la tête, embarquant sur le paquebot La Pierre de Rosette avec son ami Victor en direction de Marseille, puis de Vienne.

« J’ai toujours vu ce piano dans le salon avec ses sons étranges, presque magiques » me confie la dessinatrice.

En parallèle de la vie de ce musicien passionné, Zeina Abirached, raconte son histoire : celle d’une femme baignée dans une double culture où se mélange l’arabe et le français.

Arrivée en France, il y a 10 ans, elle évoque ses peurs de l’inconnu avec un humour délicat.  « J’emportais avec moi un bagage de 23 kilos et j’avais 23 ans » me dit-elle en riant.

Dans ce récit-miroir, l’artiste utilise le noir et blanc comme une partition musicale. Elle multiplie les jeux graphiques pour proposer une bd foisonnante de vie.

« Je voulais que l’album soit sonore » me raconte la scénariste dans mon studio BD.

Je vous propose de découvrir durant notre interview les notes étranges de ce piano unique.  Le coup cœur de cette rentrée.

Le piano oriental aux éditions Casterman

Scénario et dessin: Zeina Abirached

Paquet de merde: l’éditeur dit tout et plus

Par srosenfeld dans autobiographie, contemporain, érotisme, graphisme , le 23 juin 2015 17h12 | Ajouter un commentaire

9782888904755_1_75« J’avais des choses à dire » me dit Pierre Paquet dans mon studio BD. Et c’est tant mieux car l’homme est tout sauf inodore et incolore. Sa maison d’édition née en 1996 est devenu au fil des années un succès d’estime puis financier. Un exploit qui a souvent alimenté les rumeurs les plus folles (gigolo, riche héritier etc…).

Pourtant, il ne faut pas aller chercher très loin. Le garçon  a l’âme des aventuriers de ses bd d’enfance et le goût du risque. Pour aider un pote qui vient de se faire jeter de chez Casterman, il crée a 21 ans sa propre maison. « J’avais lancé une usine de tampons à Genève qui au bout d’un an était très rentable, du coup je pensais que l’édition ne serait pas plus difficile, j’étais naïf » m’avoue-t-il.

Dans cet album, Pierre Paquet raconte ses désillusions et son entêtement. « J’ai perdu mon meilleur ami, avant j’avais perdu mon père très jeune […] donc j’ai une vision de la vie de tous les jours différente de celle de quelqu’un qui n’a pas subit cette tristesse là jeune » dit-il. L’homme veut croire en son étoile, à tous les possibles. Pour se réconforter, l’auteur évoque son chien qui l’accompagne dans ses hauts et ses bas.

A travers de courts récits, PDM, raconte la vie de l’éditeur avec ses procès et ses soucis financiers et le jeune homme amoureux des filles qu’il « consomme grâce à internet ». L’auteur se veut sincère et honnête.

Le graphisme de Jesus Alonso, tout en mouvement, donne du dynamisme et de la modernité  à une bd de plus de 200 pages.

Un album attachant qui montre que derrière les éditions Paquet se cache une personne avec des convictions et qui croit plus que jamais que le 9ème art a encore de belles pages devant lui.

PDM, Paquet de merde aux éditions Paquet.

Scénario: Pierre Paquet                Dessin: jésus Alonso

 

 

Petit: conte gothique sensuel

Par srosenfeld dans conte, fantastique, gothique, graphisme , le 31 mars 2015 17h05 | Ajouter un commentaire

imagesKD6JCAOZ« J’avais envie de travailler sur la question du déterminisme familiale » me lance Hubert.  Qui suis-je? D’où je viens? De quelle famille et avec quelles conséquences? Autant de réflexions qui touchent chacun d’entre nous. Mais pas question ici de proposer une bd version psychanalyse, bien au contraire. Le scénariste invite le lecteur dans un conte gothique fascinant au cœur d’une famille d’ogres mangeurs d’hommes…

Voici donc, Petit, notre héros qui n’est autre que le fils du Roi-Ogre. Pour son malheur, il porte sur lui le signe de la dégénérescence familiale qui rend chaque génération plus petite que la précédente à force de consanguinité. Petit est donc à peine plus grand qu’un être humain. Aussitôt sorti du ventre de mère, son avenir est déjà compromis: son père et le reste de sa famille veut le dévorer.

Heureusement, sa mère le sauve inextremis et décide de le protéger. Elle le cache chez Desdée, sa tante qui vit recluse dans une partie cachée de l’immense château, déshonorée en raison de son amour pour les humains. Tiraillé entre ses pulsions violentes héritées génétiquement et l’éducation qu’il reçoit de cette sa tante humaniste, Petit va devoir trouver sa place dans ce monde sans pitié…

Dès les premières cases, cette bd de 150 pages, vous happe pour ne plus vous lâcher. Un pouvoir d’attraction qui tient à la puissance graphique de « Petit ». Venu de l’animation, le dessinateur Bertrand Gatignol montre l’étendue de son talent. Celui-ci entend « créer une dimension qui manque à la bd, l’odeur! ». Gros plan sur les bouches, bruits de sussions, visages monstrueux… « petit » se lit autant qu’il se vit.

De son côté, Hubert, construit un univers inspiré des classiques de la littérature gothique en ajoutant des textes courts (historique de chaque personnage) qui s’interposent harmonieusement entre les séquences bd. Une véritable alchimie anime ce duo qui propose l’un des titres phares de cette année 2015. A ne pas manquer !

Petit aux éditions Soleil.

Scénario: Hubert         Dessin: Bertrand Gatignol