La vocation d’artiste naît souvent dans l’enfance. Cette histoire nous raconte ce cheminement en invitant les lecteurs à suivre les pas de Léon. Alors que la première guerre s’annonce, ce gamin qui préfère faire les quatre cents coups avec son pote Fernand qu’aller à l’école, découvre un étrange bateau échoué au milieu de nulle part. À son bord, un vieil homme, un peu bourru, qui va faire découvrir à Léon le plaisir du dessin et de la couleur.
Mais ce bonheur est de courte durée. La maman du garçon décède subitement. Perdu, se sentant de plus en plus en décalage avec le monde qui l’entoure, Léon va se réfugier dans le dessin et tomber amoureux de la plus belle fille du village. Mais le destin fait perdre sa muse à notre héros emporté par la violence des hommes….
« Je porte cette histoire depuis des années » m’explique Gaëtan Brynaert. Comme souvent, le projet reste dans les tiroirs jusqu’à sa rencontre avec le scénariste Frédéric Castadot. Une solide amitié se créer entre les deux Bruxellois qui décident de concrétiser « Du vent sous les pieds emporte mes pas ». Le récit séduit d’emblée par son élégance. Les dialogues sont bien construits et les personnages attachants.
Le choix de la couleur directe est judicieux car il renvoie naturellement à l’initiation du héros au dessin. Au début prévu en deux tomes, la BD est finalement synthétisée en un one shot en cours de création ce qui se ressent un peu sur la fin. Cela ne gâche pourtant pas le plaisir de la lecture pour ces jeunes artistes en devenir. « Je ne sais si j’ai réussi », me dit Gaëtan Brynaert « mais je crois que j’ai accompli quelque chose ». Une belle découverte par de jeunes auteurs encore en devenir.
Du vent sous les pieds emporte mes pas aux éditions Quadrants.
Abélard est un poussin qui vit dans les hortillonnages. Pour rappel, il s’agit de « petits jardins » dans des marais entrecoupés de canaux, où l’on pratique la culture maraîchère. Et notre héros doux rêveur qui vit avec ses amis sans se poser de question (bière et partie de carte à volonté…) va découvrir l’amour. La jolie Epilie le sort de sa torpeur. Elle disparaît. Il veut la retrouver. Direction l’Amérique, le pays qui a inventé les machines volantes. Armé de son banjo et de son chapeau à proverbes, Abélard se lance sur les routes de campagne…
Régis Hautière, amoureux de la région picarde, avait envie de faire découvrir les hortillonnages, ce paradis méconnu. Il m’explique dans Studio BD qu’au cours d’une ballade dans ces marais, il a l’idée d’Abélard. « A la fin de ma promenade, j’avais presque toute l’histoire » me dit-il.
Ce road-movie animalier est une pure merveille. Un scénario poétique et subtil marié à un dessin aux cadrages étudiés. « J’ai mélangé la douceur des poils du pinceau avec la plume qui griffe pour illustrer les caractères contrastés des héros » me précise Renaud Dillies. Un bel album à découvrir en cette période de vacances. Les pieds dans l’eau, de préférence…
Après presque 3 ans d’attente, la suite du « Bois des vierges » débarque dans les librairies pour cette fin d’année. Quel plaisir de retrouver cette saga de « poils et de peaux » qui s’inspire du conte de la « belle et la bête ». Après l’affrontement épique entre les êtres humains et les animaux, Jean Dufaux resserre son récit sur ses deux personnages principaux, Aube (celle qui a tué le jour de ses noces Loup-de-Feu par dégout du poil) et le seigneur Clam (mi-homme, mi-bête).
L’auteur nous plonge au cœur du « Bois des vierges » peuplé de faunes, de centaures et de harpies. L’arrivée de Aube annonce le basculement des équilibres anciens. La révolte gronde alors que le loup-garou rode à la recherche de son amour perdu…
« Ce qui est passionnant, c’est de se saisir d’un mythe et de l’univers graphique d’une dessinatrice » lance Jean Dufaux dans Studio Bd. Avec Béatrice Tillier, l’auteur trouve une complice idéale pour créer une passionnante fable fantastique et onirique. Dialogues percutants, sens du rythme et du suspens, mélange de violence et de douceur, le cocktail est loin d’être sage. « Il y a un loup dans chaque homme et un homme dans chaque loup » précise le scénariste. Ici, les plus sauvages ne sont pas toujours ceux que l’on croit.
La dessinatrice développe toute la palette de son talent: décors détaillés, cadrages cinématographiques, héroïne sensuelle. « Pour le loup garou, j’ai inventé un être avec des poils blancs pour donner un côté propre et attractif » me dit-elle. Une façon de s’assurer de la crédibilité d’une histoire d’amour qui brise les codes et les tabous. Hymne à la tolérance, à la différence et à la liberté, cet album est une réussite.
Il était une fois un royaume paisible oublié par ses puissants voisins et leurs guerres incessantes. Les habitants y vivaient heureux et chaque jouissaient de ce que leur offraient la terre et le ciel. Mais attention aux apparences. Benoit Féroumont s’amuse à jouer avec les codes des contes de fées et les clichés pour raconter une histoire bien moins innocente qu’elle n’y paraît.
Après un premier tome remarqué qui nous faisait découvrir des personnages hauts en couleurs, l’auteur décide d’accélérer la cadence. Il nous concocte une aventure trépidente ponctuée par les réflexions moqueuses d’oiseaux philosophes. Tout commence par un enlèvement. Le frère du roi (jusqu’ici enfermé dans une geôle du château) vient de kidnapper la princesse Cécile avec de biens mauvaises intentions. Il faut organiser le sauvetage de la dame. Voilà peut-être l’occasion pour François de marquer quelques précieux points auprès de la belle Anne, qui ne cesse de repousser ses avances ?
Benoît Féroumont continue avec intelligence à explorer les multiples façettes de son Royaume. De nouvelles têtes font leur apparition, notamment Jean-Michel, l’archétype du chevalier un peu trop beau et imbu de sa personne. L’auteur m’avoue dans Studio BD qu’il s’inspire souvent des membres de sa famille. « Jean-Michel, c’est un peu mon cousin » me dit-il avec malice. Au final, ce récit enlevé, baigné d’une tendre ironie, est un vrai plaisir de lecture. Une bonne bd à placer dans la bibliothèque familiale.
Paris, 1877. Dans le studio de « photographie fluidique » de la famille Pénouquet, des bourgeois s’entretiennent avec leurs parents défunts puis posent en leur compagnie. Ce n’est bien sûr qu’un trucage : Louise et Tristan, les jumeaux adoptifs de la maison, se griment en spectres pour tromper les clients.
Mais un jour, le visage d’un vrai fantôme apparaît sur les clichés. Au même moment, les jumeaux sont enlevés par une obscure confrérie royaliste, la Salamandre. Quel lien établir entre cette disparition et l’intrus surnaturel sur les photos ? La famille Pénouquet mène l’enquête !
Ceux qui apprécient l’univers du réalisateur Tim Burton vont être comblés. Ce premier album des « Chambres noires » se distingue des autres productions avec son ton particulièrement décalé. Le scénario multiplie les rebondissements rocambolesques tout en rendant les personnages attachants. Il y a un petit côté »famile Adams » chez les Pénouquet.
Loin des codes graphiques classiques, le dessin propose des « gueules » comme les caricatures du XIXème et des décors très détaillés. Cette bd ne se dévore pas mais se déguste progressivement. Il faut rentrer dedans en douceur. Et comme dit le proverbe, l’appétit vient en mangeant.
Retour du Petit Poilu, le héros des enfants de 3 ans! Je vous en ai déjà parlé. Il s’agit d’une bd géniale destinée aux enfants. Pas de dialogue, seulement des cases magnifiquement dessinées et un scénario toujours aussi malin.
Le Petit Poilu est un bonhomme avec un nez rouge qui s’inspire d’un écolier. Comme chaque matin, il part avec son cartable. Mais sur le chemin de l’école, il se retrouve happé par un nouvelle aventure. En l’occurence une moissonneuse batteuse… Il rencontre kramik ( d’où le titre de cet album), le chat de la ferme qui l’emmène faire les 400 coups.
Avec intelligence, Céline Fraipont et Pierre Bailly, signent à nouveau un épisode qui fait mouche. Tendre, prévenant, honnête et curieux, leur personnage du Petit Poilu est toujours aussi attachant.
Cette histoire qui se passe dans l’univers agricole est à emporter sur la route des vacances. Loin d’être « gnan gnan », ce récit joue sur l’opposition entre un Petit Poilu un peu naïf et un chat antipathique qui cache pourtant une grande solitude. Les connaisseurs ne vont pas être déçus. Pour les autres, il est plus que temps de faire cette découverte.
Le Petit Poilu, Kramik la canaille aux éditions Dupuis.
La collection Signé du Lombard offre très régulièrement de petites pépites. Le chat qui courait sur les toits en fait partie. Cette libre interprétation du Chat-Botté de Charles Perrault est passionnante. Les auteurs reviennent sur la genèse du rusé minou. Tout commence par une malédiction. Le prince héritier d’un royaume où règne paix et prospérité est touché dès sa naissance par un mal étrange. Dès qu’il voit un animal, sa tête, par mimétisme, en prend l’apparence. A sa première transformation, sa nounou décède de frayeur. Le prince se retrouve alors isolé dans une tour loin des regards. Un jour, après des années de réclusion, il décide d’aller découvrir le monde pour peut-être trouver l’origine de sa différence.
Dès les premières pages, la magie opère. Le Chat qui courait sur les toits nous entraîne dans une fable de pure fantaisie. Les ingrédients classiques des contes de Perrault sont intelligement insérés dans un récit qui, sans le trahir, renouvelle le genre. Les mots de notre enfance « il était une fois » trouvent ici l’un de leur meilleur point de départ. Les auteurs nous attirent dans leur univers à la fois terrible et facétieux. Les graphiques de René Hausman appuyés par une subtile colorisation sont des bijoux. L’imprécision de certains visages tranchent volontairement avec la justesse des décors pour donner une atmosphère extraordinaire. Les visages « animaliers » sont magnifiques. Cette excellence dans l’illustration serait vaine sans un récit parfaitement construit et orchestré par Michel Rodrigue. Ce conte merveilleux est un véritable coup de coeur.
Le chat qui courait sur les toits aux éditions Le Lombard.