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Archives du juillet, 2012

Biribi: un bras d’honneur à l’armée

Par srosenfeld dans action, Aventure, Historique , le 8 juillet 2012 11h27 | Ajouter un commentaire

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Biribi plonge le lecteur dans la violence des camps disciplinaires français où la tyrannie des gardiens atteignaient des sommets de sadisme loin des regards en plein milieu du désert. Le lieu a bel et bien existé même s’il est aujourd’hui enfoui dans le sable comme effacé de la mémoire des hommes. Nous sommes en 1858 au Maroc. Un soldat français condamné à la cour martiale débarque au milieu des détenus avec un regard qui en dit long. Ange Lucciani dit le corse est un dur à cuir, un insoumis. Pas question de subir la perversité instaurée par le chaouch. L’homme qui va subir de multiples tortures sait que son temps est compté. Il faut qu’il s’évade s’il ne veut pas crever. Y parviendra-t-il? Quel est son plan pour ne pas mourir dans ces contrées désertiques et rejoindre la mer?

Sylvain Ricard connait bien le milieu carcéral pour avoir travaillé avec une association de visiteurs de prison. « Biribi n’a rien à voir avec les prison modernes » précise-t-il, « il s’agit d’un camp disciplinaire militaire où la torture est quotidienne« . Après avoir lu un livre sur le sujet et consulté toute sorte de documents comme des photos de prisonniers, le scénariste se dit qu’il tient là une bonne histoire. Au même moment David Chauvel lance chez Delcourt une nouvelle collection sur le thème de l’évasion. Il propose à Sylvain d’y intégrer son récit.  Biribi est donc le premier album d’une succession de one shot dans l’esprit du Casse (des bd avec comme fil conducteur des hold-up).

Porté par son sujet Sylvain Ricard propose une aventure divertissante à l’esprit frondeur. Il y a du rythme, de l’action et des gueules. « Je voulais trouver une idée originale pour cette évasion et éviter une classique course poursuite «  me raconte l’auteur. Je n’en dit pas plus. Le dessin d’Olivier Thomas reste dans la veine de la bd semi-réaliste. Le héros a sur sa poitrine un « Tout me fait rire ». Un tatouage photographié sur le corps d’un des détenus de Biribi. Durant cette période, la plupart d’entre eux avaient d’ailleurs un slogan provocateur  gravé dans leur chair. Sylvain Ricard  avoue de la sympathie pour les rebelles. « Le drapeau noir ne me fait pas peur  » dit-il. Et puis « je tenais à ce que cette histoire se termine par un bras d’honneur car j’ai une aversion particulière pour l’armée » ajoute-t-il avec force.

Biribi aux éditions Delcourt.

Scénario: Sylvain Ricard.

Dessin: Olivier Thomas.

Du vent sous les pieds emporte mes pas: vivre sa vocation

Par srosenfeld dans Aventure, conte, graphisme, Historique , le 8 juillet 2012 09h10 | Ajouter un commentaire

5087_cLa vocation d’artiste naît souvent dans l’enfance. Cette histoire nous raconte ce cheminement en invitant les lecteurs à suivre les pas de Léon. Alors que la première guerre s’annonce, ce gamin qui préfère faire les quatre cents coups avec son pote Fernand qu’aller à l’école, découvre un étrange bateau échoué au milieu de nulle part. À son bord, un vieil homme, un peu bourru, qui va faire découvrir à Léon le plaisir du dessin et de la couleur.

Mais ce bonheur est de courte durée. La maman du garçon décède subitement. Perdu, se sentant de plus en plus en décalage avec le monde qui l’entoure, Léon va se réfugier dans le dessin et tomber amoureux de la plus belle fille du village. Mais le destin fait perdre sa muse  à notre héros emporté par la violence des hommes….

« Je porte cette histoire depuis des années » m’explique Gaëtan Brynaert.  Comme souvent, le projet reste dans les tiroirs jusqu’à sa rencontre avec le scénariste Frédéric Castadot.  Une solide amitié se créer entre les deux Bruxellois qui décident de concrétiser « Du vent sous les pieds emporte mes pas ». Le récit séduit d’emblée par son élégance. Les dialogues sont bien construits et les personnages attachants.

Le choix de la couleur directe est judicieux car il renvoie naturellement à l’initiation du héros au dessin. Au début prévu en deux tomes, la BD est finalement synthétisée en un one shot en cours de création ce qui se ressent un peu sur la fin. Cela ne gâche pourtant pas le plaisir de la lecture pour ces jeunes artistes en devenir. « Je ne sais si j’ai réussi », me dit Gaëtan Brynaert « mais je crois que j’ai accompli quelque chose ». Une belle découverte par de jeunes auteurs encore en devenir.

Du vent sous les pieds emporte mes pas aux éditions Quadrants.

Scénario: Frédéric Castadot.

Dessin: Gaëtan Brynaert.

La mort de Staline: les successeurs s’entretuent

Par srosenfeld dans action, graphisme, Historique , le 7 juillet 2012 17h54 | Ajouter un commentaire

couverture_bd_9782205068221Le 2 mars 1953, en pleine nuit, Joseph Staline, le Petit Père des peuples, l’homme qui régna en maître absolu sur toutes les Russies, fait une attaque cérébrale. Il est déclaré mort deux jours plus tard. Car durant ces deux jours, une lutte acharnée se joue en coulisse pour le pouvoir suprême. Autour de la table des êtres sans scrupules tentent de sonder leurs « camarades » pour savoir si leur nom n’est pas le prochain sur la listes des fusillées.

Après un premier acte (tome 1) où Béria semble prendre l’avantage sur Khrouchtchev, la suite s’annonce sanglante… Traîtrise, manipulation sur fond d’enterrement « grand guignolesque », les masques tombent peu à peu…

« J’ai toujours eu envie de faire quelque chose sur cette période » m’explique le dessinateur Thierry Robin « j’avais même commencer à écrire un livre dessus » et puis « Fabien est venu avec son projet et on s’est tout de suite trouvé ».  Il faut dire que le scénario de l’auteur d« Il était une fois en France » a l’art de transformer des faits réels en un récit haletant. Cette plongée dans la Russie stalinienne est particulièrement saisissante. La perversité des dirigeants et l’inhumanité du totalitarisme transpirent à chaque page.

Le graphisme qui passe de l’intime au grandiose dans une festival de rouge et de noir donne une dimension supplémentaire à ce diptyque d’une grande tenue. « Il fallait des visages à la fois proches des photos de l’époque et grotesques » me précise Thierry Robin pour « ne pas oublier que ces hommes ont tous du sang sur les mains« . Une BD de qualité à lire aussi bien pour les férus d’histoire que les fans de suspens.

La mort de Staline, t1 et 2 aux éditions Dargaud.

Scénario: Fabien Nury.

Dessin: Thierry Robin.

Esteban: marins du bout du monde

Par srosenfeld dans action, Aventure, Historique, voyage , le 5 juillet 2012 15h56 | Ajouter un commentaire

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Esteban a douze ans. Ce jeune Indien rêve d’océan, d’aventure. Il réussit à embarquer sur un baleinier, direction : le cap Horn ! Le capitaine d’un baleinier va le prendre sous son aile au nom d’une « amitié » avec sa mère décédée. Après avoir fait ses preuves avec un harpon et séduit l’équipage avec ses histoires puisées dans les légendes de son peuple, notre héros se retrouve face au plus grand défi de sa vie: évader ses compagnons condamnés au bagne d’Ushuaïa. Il ne lui reste plus qu’à devenir gardien. La folie propre à son âge ne lui fait pas réaliser les dangers d’une telle mission. Va-t-il réussir l’impensable?

Matthieu Bonhomme continue de nous séduire en nous embarquant dans son univers maritime au cœur de la Patagonie argentine. Ce quatrième album est particulier car il quitte l’eau pour une parenthèse à terre mais pas n’importe où: dans le bagne le plus isolé du monde. « Je suis allé sur place » et « j’ai réalisé l’enfer que cela pouvait être  » me raconte le scénariste dans mon studio. Dans son récit, il décrit toute la difficulté pour des marins de vivre dans des murs loin de l’immensité de l’océan.

Toujours très proche de ses personnages, l’auteur trouve le juste équilibre entre la description des conditions de vie carcérale et les drames qui habitent ses personnages. La folie est partout dans ce lieu perdu. Le capitaine du baleinier devient suicidaire, la femme du directeur l’est déjà et Esteban l’est aussi dans ses choix audacieux. Le dessin classique s’offre quelques cadrages orignaux avec de belles explosions. « Je voulais du spectaculaire » me confirme Matthieu. Une façon de se détendre avant de reprendre la mer. Esteban est une série familiale parfaite pour s’évader en vacances.

Esteban, t4, aux éditions Dupuis.

Scénario et dessin: Matthieu Bonhomme.

La Complainte des Landes Perdues: une réussite de la première à la dernière page

Par srosenfeld dans action, Aventure, fantastique, graphisme, Heroïc Fantasy, Historique , le 5 juillet 2012 15h26 | Ajouter un commentaire

9782505013877-couv-i400x523Cela fait 4 ans que les fans attendent avec impatience la suite du deuxième cycle de la « Complainte des Landes Perdues« . Et leur attente ne va pas être déçue. « C’était no limit au niveau de l’imagination » me raconte le dessinateur Philippe Delaby avec malice. De l’aventure donc avec un grand A.

Nous avions laissé notre héros, le jeune Seamus en pleine transformation, le novice était devenu par la grâce de la Fée Sanctus un Chevalier du Pardon. Mais cela avait conduit au sacrifice de celle-ci qui semble s’être réincarnée ailleurs mais où. La quête se poursuit donc pour Seamus alors que ses compagnons tentent de leur côté de comprendre quelles sont les forces du Mal qui tentent de reconquérir leurs territoires sauvages. L’un des plus dangers se nomme le Guinea Lord, un être sanguinaire et sans faille… La lutte prend désormais une dimension épique.

En reprenant la suite de son univers crée au départ avec Rosinski, Jean Dufaux tentait le pari de maintenir la qualité exceptionnelle qui avait fait le succès du premier cycle de la « Complainte des Landes Perdues » avec son héroïne Sioban. Un défi qu’il avait décidé de relever avec son complice Philippe Delaby, le dessinateur de Murena, son autre série phare. Plus riche, plus sombre, plus complexe, l’intrigue a gagné en intensité. Le graphisme est de toute beauté aussi bien dans les détails des visages des personnages (hommes, fées ou monstres) que dans la richesse des décors des nombreux paysages. Le rythme est intense et il est clair que des questions sont sans réponse même si des clés apparaissent peu à peu. « Nous sommes comme deux ados » m’avouent le dessinateur qui dit avoir eu un plaisir fou sur cet album. Un enthousiasme qui transparaît à chaque page de ce tome 3 qui est une réussite de la première à la dernière page.

La Complainte des Landes Perdues, t3, la Fée Sanctus aux éditions Dargaud.

Scénario: Jean Dufaux.

Dessin: Philippe Delaby.