Archives du mars, 2012

Ars Magna: Indiana Jones à Bruxelles

Par srosenfeld dans action, Aventure, Historique, Humour , le 30 mars 2012 16h55 | Ajouter un commentaire

ARS MAGNA T1[BD].indd.pdfVous aimez les BD d’aventure, vous êtes un fan d’Indiana Jones et vous aimez botter les fesses des nazis… alors  Ars Magna est fait pour vous. Didier Alcante vous entraîne dans une quête ésotérique au cœur de la capitale belge.  Générique: « tam tam tam ta, tam ta ta ta… »

1943 à Bruxelles pendant l’occupation allemande. Un colonel nazi  torture un  professeur pour avoir des informations sur Ars Magna. Des soldats fouillent son appartement et découvrent un coffre-fort.  Celui-ci contient un document avec une phrase énigmatique. Le professeur se défenestre pour éviter des aveux. Deux semaines plus tard dans les égouts, Joseph, un  résistant bourru, traine de force un jeune enseignant spécialisé en cryptologie Philippe Cattoir. Les deux hommes découvrent un passage secret et se retrouvent au sommet de la Grand Place où se déroule une étrange cérémonie nazie…. Un homme couvert d’une cape observe les statues des bâtiments… Hitler en personne.

Ars Magna démarre comme une course au trésor avec de multiples énigmes dispersées dans Bruxelles. Le scénariste Didier Alcante assume tout à fait son envie de faire mélanger l’univers de « Da Vinci Code » avec celui du plus célèbre des archéologues du cinéma. Mais pour lui, il n’est pas nécessaire de partir au bout du monde pour voyager, il suffit d’ouvrir les yeux.  « Dans une des douves du Parc Royal, il y a une inscription, « Vitriol », qui est une référence alchimico franc maçonne » me glisse-t-il  malicieusement dans mon studio. Ainsi pendant un an, avec Jovanovic, Alcante cherche inlassablement les éléments qui vous construit son récit. Le dessinateur qui vit à Belgrade me dit qu’il a adoré ces ballades avec le Bruxellois pour préparer son travail. L’occasion pour lui de proposer un graphisme à la fois réaliste et minutieux. « Bonjour, je suis auteur de bd ouvre toutes les portes » me dit-il.

Cet premier album débute une trilogie ésotérique qui s’appuie sur « la » figure historique des Croisades en Belgique, le Chevalier Godefroid de Bouillon,  libérateur de Jérusalem. « Il y a sa statue sur la Place Royale » précise Didier Alcante, « une invitation à inventer une histoire ».  Le rythme trépidant de la BD est dans l’esprit des films de Spielberg. Il y a, bien sûr, une touche féminine, mais avec une inversion des rôles. Le « pantalon » est tenu par la résistante sans peur et non par le jeune professeur qui s’avère un peu lâche.  Une façon de pimenter les multiples rebondissements de cet Ars Magna qui réserve de « grandes surprises » ajoute le dessinateur Jovanovic. Du divertissement haut de gamme.

Ars Magna, t1 aux éditions Glénat.

Scénario: Alcante

Dessin: Jovanovic.

Nu-Men: un super héros dans une Europe ultralibérale

Par srosenfeld dans action, fantastique, graphisme, policier, science fiction , le 30 mars 2012 15h21 | Ajouter un commentaire

album-cover-large-14974L’Europe de demain sera-t-elle celle de « Nu Men »?  Espérons que non mais le doute est là. Nous sommes au environ de 2050. Des bouleversements climatiques ont rayé de la carte l’Amérique du Nord et ont ravagé l’Afrique.  Le néolibéralisme s’est imposé comme la seule doctrine politique mondiale, creusant de façon démesuré l’écart entre riches et pauvres. La colère gronde et les manifestations de la population se multiplient. Appelée pour contenir une émeute urbaine, la brigade d’intervention du sergent Anton Csymanovic doit faire face à l’effondrement d’un immeuble vétuste.

Alors que le soldat de l’armée européenne sauve une jeune fille in extremis, un objet lumineux apparaît au-dessus des ruines. Tous ceux qui ont été irradié par les rayons sont enlevés par une officine gouvernementale et emmenés dans un bunker isolé. Anton Csymanovic devient une attraction médiatique. Il en vient à penser que cette effervescence politique et ces troubles sociaux masquent en fait une étrange affaire dans laquelle il est désormais directement impliqué…

« Le monde Nu-Men est simplement le monde que j’observe » m’explique Fabrice Néaud. Une façon de bien rappeler que cette BD, qui joue sur les registres classiques de la SF, du complot gouvernemental et des nouvelles technologies, est avant-tout une critique acerbe des dérives de notre quotidien. Un univers d’une grande densité où les références pullulent: des super héros aux séries télévisés anglo-saxonnes en passant par l’esthétique « queer ».

Mais l’auteur n’oublie pas que pour conquérir, il faut séduire. Son monde « barré » est amplifié par un graphisme puissant avec des scènes spectaculaires. Néaud s’amuse à faire de son héros une caricature. Look de  bodybuildeur et visage de nounours.  Il semble traduire physiquement l’impression de perte de sens qui existe aujourd’hui dans notre société.

« Je m’amuse en intérieur de couverture à donner le programme politique d’un parti qui ressemble à celui du FN » me dit Fabrice. Un choix pensé par l’auteur pour encadré son récit. Car au-delà de l’enquête sur la création de surhomme, Nu-Men parle de nationalisme, d’homophobie, de racisme, et de dérive sécuritaire. « L’idée d’une prédestination à la wasp à l’américaine me terrifie » ajoute le scénariste. Avec ses dialogues ciselés et son ton résolument offensif, Nu-Men est une BD qui séduit autant qu’elle dérange. Une seconde lecture est nécessaire pour bien maitriser les enjeux du premier tome de cette ambitieuse série.

Nu-Men aux éditions Soleil

Scénario et dessin: Fabrice Néaud.

Une bien belle nuance de rouge: conte gothique

Par srosenfeld dans action, Aventure, contemporain, fantastique, vampire , le 30 mars 2012 15h12 | Ajouter un commentaire

une-bien-belle-nuance-de-rouge-1« Au départ j’avais envie de faire une histoire entre une ado mal dans sa peau et un vampire et puis ça a vachement évolué » m’avoue Mauricet. Et tant mieux. Car l’auteur habitué à la BD comique se lance ici dans une aventure très personnelle et donne le meilleur de son talent. Dès la première page, on est séduit par son graphisme élégant. Et pourtant notre héroïne est loin d’être un « canon ».

Garance est un peu ronde et comme toutes les filles de 16 ans, elle se sent moche. Mais ce qui l’affecte le plus, ce n’est pas son physique mais le manque d’affection de son père . Depuis la mort de sa mère, Garance est en effet livrée à elle-même, son père étant souvent absent et ne cherchant pas à comprendre ses états d’âmes. Avec son look gothique, Garance tente de donner le change.  Mais sa rencontre, dans un cimetière, avec un homme beaucoup plus âgé, au teint blafard et vêtu d’un long manteau noir, va faire basculer son destin…

Loin de tomber dans les clichés des mauvais films d’épouvante, Mauricet  joue avec ses codes. Garance ne part pas en courant à la vue d’Ambroise (l’homme étrange) mais au contraire trouve chez lui « un quelque chose de spécial plutôt séduisant ». Mais attention pas de bluette à la « twilight », le scénariste veut surtout à travers son histoire rendre hommage à son goût pour le gothique.

« J’aime le romantisme noir » m’explique l’auteur dans mon studio. Grand amoureux de Stendhal, il intègre tout au long de son récit des extraits du roman « Le Rouge et le Noir ». Si l’histoire de Garance est sombre, il y a régulièrement tout au long du récit, des petites touches sarcastiques  qui évitent de plomber l’ambiance. Le coup de crayon de Mauricet donne à « cette bien belle nuance de rouge » un décor spectaculaire. Une belle surprise.

Une bien belle nuance de rouge aux éditions Bamboo.

Scénario et dessin: Mauricet.