De Cape et de Crocs: tombé de rideau

Par srosenfeld dans Aventure, action, fantastique, voyage , le 13 mai 2012 15h56 | Ajouter un commentaire

t10Dernier acte de la série “De Cape et de Crocs” dont le succès ne se dément pas au fil des ans. Et pourtant, lorsque le premier album sort en 1995, le pari est pour le moins risqué: inventer une nouvelle forme de BD qui s’inspire du théâtre classique. “Nous étions parti pour faire une histoire en trois tomes comme dans une pièce” me raconte Alain Ayroles et puis “nous nous sommes rendus compte que cela ne suffirait pas”. Il faut dire, qu’en plus de nos deux héros, un loup andalou et un renard, la galerie de personnages est particulièrement riche et iconoclaste à l’image du lapin Eusèbe.

Sans revenir sur toute l’histoire, disons que tout commence avec une chasse au trésor, se poursuit dans des geôles puis vogue de galère en galères jusque sur la Lune! Dans ce tome 10, les aventuriers Don Lope, Maupertuis et Eusèbe croisent de nouveau la route de l’ignoble Mendoza. Amour, rebondissements, coups de théâtre et duels sont au rendez-vous. Nos gentilshommes vont devoir aller au bout d’eux mêmes.

Toujours aussi dense, ce récit maintient son rythme infernal comme dans les grandes pièces de Comedia del’arte. L’inventivité graphique de Jean-Luc Masbou fait merveille.  “Nous avons fait en sorte que ce soit le plus fluide possible” me précise Alain Ayroles. Et cela fonctionne.  Ce tombé de rideau ne déçoit pas et conclu une des séries les plus abouties de ces dernières années. Les auteurs prévoient de publier une dernière aventure indépendante consacré au lapin Eusèbe et puis ce sera le point final de cette épopée.

De Cape et de Crocs, t10 aux éditions Delcourt.

Scénario: Alain Ayroles.

Dessin: Jean-Luc Masbou.

La Dynastie Donald Duck: l’intégrale qui ne prend pas une ride !

Par srosenfeld dans Aventure, Enfants, comics, générationnel , le 10 mai 2012 15h07 | Ajouter un commentaire

9782723480185Donald est le canard le plus célèbre de notre imaginaire des deux côtés de l’Atlantique. Une icône à la fois proche de nous et en même temps d’un âge canonique!

A l’origine de Donald, de l’oncle Picsou et des terribles Rappetous, il y a un homme, Carl Barks. Ancien pote de Disney avant de prendre son indépendance, cet Américain au tempérament aussi colérique que son personnage fétiche est une légende du 9ème art. Grâce aux éditions Glénat, l’intégrale de son œuvre en 24 volumes sort depuis des mois régulièrement en librairie. Un vrai bonheur de collectionneur et une redécouverte pour les autres.

Mais à l’exemple des films classiques qui bénéficient d’une édition Blu Ray, cette collection est particulièrement soignée. A la direction, un autre créateur, Ulrich Schröder. Dessinateur d’origine Allemande, il perpétue la tradition de Donald à travers le monde. “Je dessine avec les propres plumes de Carl Barks “ m’explique ce passionné dans mon studio BD. Il me raconte que dès l’enfance, il invente des histoires inspirées de l’univers de Donald.  A l’heure des choix me dit-il, “j’ai décidé de ne pas faire un métier sérieux comme policier mais d’être dessinateur” me raconte-il non sans humour. Mais je vous laisse le plaisir de découvrir sa passionnante histoire ainsi que son travail après cet article.

Pour revenir à notre intégrale, il faut saluer la mise en couleur particulièrement réussie et surtout l’ajout régulier de textes pour contextualiser les histoires de Donald et consorts. Car les aventures de nos héros à becs jaunes sont loin d’être anodines. Carl Barks profite de sa liberté de ton pour dénoncer les travers de la société américaine mais aussi sa course à la modernisation sans perdre pour autant son esprit d’enfant. Avec son format pratique, ces bds s’emportent en vacances facilement pour un bon moment de détente en famille.

La Dynastie Donald Duck, l’intégrale

Scénario et dessin: Carl Barks.

Asgard: Moby Dick version viking

Par srosenfeld dans Aventure, graphisme, voyage , le 10 mai 2012 14h02 | Ajouter un commentaire

asgard“J’avais envie d’une histoire à la croisée de Moby dick et des Dents de la mer” me lance avec malice Xavier Dorison. Le scénariste s’allie donc au dessinateur Ralph Meyer pour nous offrir un récit haut couleur avec un héros hors norme au sens strict un terme. Nous partons à la rencontre d’un “skräeling”.

Dans le monde viking, ce nom désigne un infirme de naissance, autant dire une malédiction. Pourtant, Asgard, ancien guerrier de la Hilde, surnommé Pied-de-fer à cause de sa jambe d’acier, est le plus grand chasseur du Fjördland.

Embarqué sur un drakkar de fortune, il se lance à la poursuite d’un monstre marin mystérieux qui massacre les pêcheurs. Tandis qu’ils s’enfoncent dans les fjörds glacés, ses compagnons de voyage se persuadent que la créature qu’ils poursuivent est le serpent-monde, dont la venue annonce la fin du monde, Le Ragna Rök…

Après des séries comme WEST ou le one shot XIII Mystery, la mangouste, Xavier Dorison m’explique dans mon studio BD qu’il voulait “aller vers une histoire plus naturaliste dans l’esprit d’un film comme Jérémiah Johnson”. L’occasion pour son complice le dessinateur Ralph Meyer de “sortir des univers urbain pour un graphisme plus naturaliste”. Le duo nous propose un savant mélange d’action et de réflexion sur une civilisation en décrépitude.  Une vraie réussite.

Scénario: Xavier Dorison.

Dessin: Ralph Meyer.

La douceur de l’enfer: face à face en Corée du Nord

Par srosenfeld dans Aventure, Historique, action, voyage , le 28 avril 2012 13h09 | Ajouter un commentaire

2760180710Sortie de la deuxième partie de cette histoire très attachante d’Olivier Grenson. La douceur de l’enfer raconte un face à face entre deux inconnus liés par un passé familial sur la la DMZ, la fameuse ligne de démarcation entre le Nord et le Sud de la Corée. Nous sommes le 13 avril 2006 et Billy Summer s’apprête à rencontrer son grand-père. Cet  ancien GI, officiellement mort durant la guerre de Corée de 1953 est étrangement encore vivant caché pendant des années par le régime de Pyongyang.

Cet homme est-il le mari de Martha, la grande-mère de Billy? Pourquoi est-il partie au front et pourquoi a t-il fait croire à son décès? Est-il l’instrument du régime communiste? Derrière ces mystères, il y a des blessures, des actes coupables, des regrets et en toile de fond l’amour… Il est temps de tout se dire.

Cette BD est née lors d’un voyage d’Olivier Grenson sur la célèbre DMZ. Impressionné par le lieu, avec son atmosphère étouffante chargé d’histoire, il crayonne fébrilement sur son papier. Et puis à son retour, il se lance dans une importante recherche de documentations pour aboutir à ce diptyque émouvant, “La douceur de l’enfer”.  Cette deuxième partie remplit toutes ses promesses. Le face à face entre les deux personnages principaux entraîne le lecteur dans des chemins tortueux avec comme fil rouge, l’amour. Un amour qui peut naître partout. Le trait de Grenson réussit à nous toucher au cœur. Subtil et nuancé, ce récit n’est pas une histoire de guerre où un pamphlet politique mais un hymne au bonheur.

La douceur de l’enfer,t2 aux éditions du Lombard

Scénario et dessin: Olivier Grenson.

Quelques pas vers la lumière: une femme prédestinée à l’aventure

Par srosenfeld dans Aventure, action, fantastique, policier , le 28 avril 2012 08h43 | Ajouter un commentaire

72736525Bruno Marchand signe le grand retour de son étrange héroïne découverte dans sa première trilogie. Une jeune femme sensible aux “signes” qui vous entraîne dans les aventures les plus extraordinaires. Et un fois encore, son père disparu sert de détonateur à un nouveau cycle.

Tout commence en 1939. L”archéologue Stuart Flint, découvre de magnifiques cristaux dans les profondeurs glacées des cavernes du Groenland. Il les confie à un bâtiment qui vogue vers l’Angleterre, adressés à plusieurs confrères, dont Simon Bell, le père de Marianne, pour en étudier les singulières propriétés. Mais à la veille de l’entrée en guerre du Royaume Unis avec l’Allemagne, tous les hommes sont immédiatement mobilisés. Flint, affecté à la Royal Navy, sombre peu après avec son bâtiment éventré par une torpille, alors qu’il tentait de sauver d’autres cristaux cachés dans sa cabine….

“Pour le premier cycle que j’ai mis 16 ans à éditer, tout était déjà détaillé dans un storyboard complet, mais là  je n’ai rien écrit, tout est dans ma tête” m’explique Bruno Marchand dans mon studio. L’auteur n’en revient pas de pouvoir poursuivre les aventures de Marianne sans contrainte après des années de galère. Avec son dessin “à la ligne clair” dans l’esprit d’un Edgar P. Jacobs , il poursuit son œuvre avec élégance. Son personnage principal est une femme curieuse et moderne plongée dans des années 50 fortement marquées par la Seconde Guerre Mondiale. Avec son compagnon de route (ancien ami de son père, pilote et héritier qui gère en dilettante sa fortune), Marianne continue de voyager à travers le monde. En toile, il y a toujours cette obsession de Bruno Marchand pour la quête qu’elle soit intérieure, spirituelle ou semi-fantastique.

“J’ai voyagé pendant 20 ans pour trouver quelqu’un afin d’avoir une réponse à une question” et “je l’ai trouvée” me dit le scénariste. Une recherche personnelle proche de celle de Marianne. L’homme croit à l’existence d’éléments étranges qui peuvent faire basculer un destin. Dans ce quatrième tome, il emmène le lecteur jusqu’à Moscou. “J’ai pris le transsibérien, il y a des années et cela m’avait fortement marqué” m’avoue-t-il. Cette BD se lit avec plaisir. La densité des textes ne gêne pas l’avancée du récit qui mélange scènes de guerre et d’autres plus intimistes. Une réussite.

Quelques pas vers la lumière,t4 aux éditions Soleil.

Scénario et dessin: Bruno Marchand.

Kiliana song: un esprit voyageur dans un archipel du Kenya

Par srosenfeld dans Aventure, contemporain, graphisme, voyage , le 15 avril 2012 16h44 | Ajouter un commentaire

resize_arr_bigimage_640kilianaNaïm, est un gamin dégourdi d’une dizaine d’années qui préfère aller chercher le qat (plante à effet euphorisant) pour un grand-père qui lui raconte de belles histoires que d’éplucher les crevettes d’un patron violent. Il passe une grande partie de son temps à courir dans les ruelles et sur les toits du petit port pour échapper à son frère qui désespère d’en faire un élève assidu de l’école coranique.

Il croise les expatriés blancs qui s’enrichissent grâce à différentes magouilles et profitent des femmes dans le besoin comme des drogues à bon marché. Un jour, il croise un gardien des secrets ancestraux. Le petit garçon curieux se retrouve embarquer dans une étrange aventure… une ballade initiatique, “Kiliana song”…

Benjamin Flao est un amoureux de ces contrées où la mer est source de vie. L’auteur a fait trois séjours au Kenya dans l’archipel de Lamu. Il m’explique dans mon studio qu’il avait l’habitude d’envoyer des dessins comme “carte postale” à ses amis pour leur raconter ce qu’il vivait. Et puis, un jour, il s’est dit qu’avec tout ce qu’il avait vécu peut-être qu’il était possible d’en faire une bd. Et voilà comment est né “Kiliana song”. En prenant comme fil conducteur, Naïm, Benjamin Flao nous entraîne à travers sa course dans le quotidien des habitants de cet archipel méconnu. Un récit captivant et très juste. Le dessin et les mots se marient avec intelligence dans ce bel album de voyage. Je vous invite à écouter l’interview de Benjamin Flao dans mon studio pour achever de vous convaincre d’acheter cet album coloré au goût de sable chaud…

Kiliana Song aux éditions Futuropolis

Scénario et dessin: Benjamin Flao.

La Douce: de la BD à la 3D

Par srosenfeld dans Aventure, action, anticipation, graphisme , le 15 avril 2012 12h52 | Ajouter un commentaire

la-121François Schuiten innove pour son premier album solo. “La Douce” est plus qu’un récit sur le déclin d’une locomotive mythique, “la 12″ constuite dans les années 30 par la société belge Cockerill. Cette bd se prolonge en 3D  grâce à un projet de “réalité augmentée” (voir sujet RTL TVI réalisé par mes soins, ci-dessous). Mais d’abord, l’histoire.

Léon Van Bell, mécanicien-chauffeur de la Douze, une locomotive à vapeur d’une incroyable vélocité, tente de se battre pour éviter que sa machine se retrouve à la casse. En effet, la pays, soumis à des conditions météo de plus en plus difficiles (inondation) décide d’opter pour un transport par téléphériques au détriment du rail. Alors que les collègues de Léon choisissent de rejoindre l’électrique aérien, le vieil homme aidé d’une belle et mystérieuse jeune femme tente de résister…

C’est en découvrant “la 12″ dans un entrepôt de la SNCB de Louvain que François Schuiten a un choc. Il me raconte: “c’était incroyable,  j’aperçois soudain dans l’ombre comme endormie cette magnifique locomotive  avec son design révolutionnaire“. A l’époque, la machine à vapeur est la plus rapide du monde. Une fierté nationale pour la Belgique. Mais la Seconde Guerre Mondiale va entraîner la fin de cette aventure et une réorientation vers les transports électriques. Scénariste et dessinateur, François Schuiten signe ici une magnifique bd. Son trait n’a jamais été aussi précis. Une œuvre en noir et blanc d’une grande efficacité. Si la locomotive est partout, les personnages, attachants, ont une réelle épaisseur.

Mais la grande nouveauté est surtout la collaboration François Schuiten avec  Dassault Systèmes pour prolonger son univers dans le virtuel. Le site dédié à la BD permet de vivre une incroyable expérience visuelle, unique dans le 9ème art. Une fois la BD en main, face à un ordinateur et une webcam, le lecteur peut faire sortir la locomotive de l’album. Il se retrouve plongé dans un monde en 3D et peut faire bouger l’engin sur des rails, sous des ponts etc…  En accélérant, la locomotive se colore. Un vrai plaisir et tout cela est gratuit! Bravo!

Voici le lien: http://www.12-ladouce.com/fr/la-realite-augmentee.html

La Douce aux éditions Casterman.

Scénario et dessin: François Schuiten.

Ars Magna: Indiana Jones à Bruxelles

Par srosenfeld dans Aventure, Historique, Humour, action , le 30 mars 2012 16h55 | Ajouter un commentaire

ARS MAGNA T1[BD].indd.pdfVous aimez les BD d’aventure, vous êtes un fan d’Indiana Jones et vous aimez botter les fesses des nazis… alors  Ars Magna est fait pour vous. Didier Alcante vous entraîne dans une quête ésotérique au cœur de la capitale belge.  Générique: “tam tam tam ta, tam ta ta ta…”

1943 à Bruxelles pendant l’occupation allemande. Un colonel nazi  torture un  professeur pour avoir des informations sur Ars Magna. Des soldats fouillent son appartement et découvrent un coffre-fort.  Celui-ci contient un document avec une phrase énigmatique. Le professeur se défenestre pour éviter des aveux. Deux semaines plus tard dans les égouts, Joseph, un  résistant bourru, traine de force un jeune enseignant spécialisé en cryptologie Philippe Cattoir. Les deux hommes découvrent un passage secret et se retrouvent au sommet de la Grand Place où se déroule une étrange cérémonie nazie…. Un homme couvert d’une cape observe les statues des bâtiments… Hitler en personne.

Ars Magna démarre comme une course au trésor avec de multiples énigmes dispersées dans Bruxelles. Le scénariste Didier Alcante assume tout à fait son envie de faire mélanger l’univers de “Da Vinci Code” avec celui du plus célèbre des archéologues du cinéma. Mais pour lui, il n’est pas nécessaire de partir au bout du monde pour voyager, il suffit d’ouvrir les yeux.  “Dans une des douves du Parc Royal, il y a une inscription, “Vitriol”, qui est une référence alchimico franc maçonne” me glisse-t-il  malicieusement dans mon studio. Ainsi pendant un an, avec Jovanovic, Alcante cherche inlassablement les éléments qui vous construit son récit. Le dessinateur qui vit à Belgrade me dit qu’il a adoré ces ballades avec le Bruxellois pour préparer son travail. L’occasion pour lui de proposer un graphisme à la fois réaliste et minutieux. “Bonjour, je suis auteur de bd ouvre toutes les portes” me dit-il.

Cet premier album débute une trilogie ésotérique qui s’appuie sur “la” figure historique des Croisades en Belgique, le Chevalier Godefroid de Bouillon,  libérateur de Jérusalem. “Il y a sa statue sur la Place Royale” précise Didier Alcante, “une invitation à inventer une histoire”.  Le rythme trépidant de la BD est dans l’esprit des films de Spielberg. Il y a, bien sûr, une touche féminine, mais avec une inversion des rôles. Le “pantalon” est tenu par la résistante sans peur et non par le jeune professeur qui s’avère un peu lâche.  Une façon de pimenter les multiples rebondissements de cet Ars Magna qui réserve de “grandes surprises” ajoute le dessinateur Jovanovic. Du divertissement haut de gamme.

Ars Magna, t1 aux éditions Glénat.

Scénario: Alcante

Dessin: Jovanovic.

Nu-Men: un super héros dans une Europe ultralibérale

Par srosenfeld dans action, fantastique, graphisme, policier, science fiction , le 30 mars 2012 15h21 | Ajouter un commentaire

album-cover-large-14974L’Europe de demain sera-t-elle celle de “Nu Men”?  Espérons que non mais le doute est là. Nous sommes au environ de 2050. Des bouleversements climatiques ont rayé de la carte l’Amérique du Nord et ont ravagé l’Afrique.  Le néolibéralisme s’est imposé comme la seule doctrine politique mondiale, creusant de façon démesuré l’écart entre riches et pauvres. La colère gronde et les manifestations de la population se multiplient. Appelée pour contenir une émeute urbaine, la brigade d’intervention du sergent Anton Csymanovic doit faire face à l’effondrement d’un immeuble vétuste.

Alors que le soldat de l’armée européenne sauve une jeune fille in extremis, un objet lumineux apparaît au-dessus des ruines. Tous ceux qui ont été irradié par les rayons sont enlevés par une officine gouvernementale et emmenés dans un bunker isolé. Anton Csymanovic devient une attraction médiatique. Il en vient à penser que cette effervescence politique et ces troubles sociaux masquent en fait une étrange affaire dans laquelle il est désormais directement impliqué…

“Le monde Nu-Men est simplement le monde que j’observe” m’explique Fabrice Néaud. Une façon de bien rappeler que cette BD, qui joue sur les registres classiques de la SF, du complot gouvernemental et des nouvelles technologies, est avant-tout une critique acerbe des dérives de notre quotidien. Un univers d’une grande densité où les références pullulent: des super héros aux séries télévisés anglo-saxonnes en passant par l’esthétique “queer”.

Mais l’auteur n’oublie pas que pour conquérir, il faut séduire. Son monde “barré” est amplifié par un graphisme puissant avec des scènes spectaculaires. Néaud s’amuse à faire de son héros une caricature. Look de  bodybuildeur et visage de nounours.  Il semble traduire physiquement l’impression de perte de sens qui existe aujourd’hui dans notre société.

“Je m’amuse en intérieur de couverture à donner le programme politique d’un parti qui ressemble à celui du FN” me dit Fabrice. Un choix pensé par l’auteur pour encadré son récit. Car au-delà de l’enquête sur la création de surhomme, Nu-Men parle de nationalisme, d’homophobie, de racisme, et de dérive sécuritaire. “L’idée d’une prédestination à la wasp à l’américaine me terrifie” ajoute le scénariste. Avec ses dialogues ciselés et son ton résolument offensif, Nu-Men est une BD qui séduit autant qu’elle dérange. Une seconde lecture est nécessaire pour bien maitriser les enjeux du premier tome de cette ambitieuse série.

Nu-Men aux éditions Soleil

Scénario et dessin: Fabrice Néaud.

Une bien belle nuance de rouge: conte gothique

Par srosenfeld dans Aventure, action, contemporain, fantastique, vampire , le 30 mars 2012 15h12 | Ajouter un commentaire

une-bien-belle-nuance-de-rouge-1“Au départ j’avais envie de faire une histoire entre une ado mal dans sa peau et un vampire et puis ça a vachement évolué” m’avoue Mauricet. Et tant mieux. Car l’auteur habitué à la BD comique se lance ici dans une aventure très personnelle et donne le meilleur de son talent. Dès la première page, on est séduit par son graphisme élégant. Et pourtant notre héroïne est loin d’être un “canon”.

Garance est un peu ronde et comme toutes les filles de 16 ans, elle se sent moche. Mais ce qui l’affecte le plus, ce n’est pas son physique mais le manque d’affection de son père . Depuis la mort de sa mère, Garance est en effet livrée à elle-même, son père étant souvent absent et ne cherchant pas à comprendre ses états d’âmes. Avec son look gothique, Garance tente de donner le change.  Mais sa rencontre, dans un cimetière, avec un homme beaucoup plus âgé, au teint blafard et vêtu d’un long manteau noir, va faire basculer son destin…

Loin de tomber dans les clichés des mauvais films d’épouvante, Mauricet  joue avec ses codes. Garance ne part pas en courant à la vue d’Ambroise (l’homme étrange) mais au contraire trouve chez lui “un quelque chose de spécial plutôt séduisant”. Mais attention pas de bluette à la “twilight”, le scénariste veut surtout à travers son histoire rendre hommage à son goût pour le gothique.

“J’aime le romantisme noir” m’explique l’auteur dans mon studio. Grand amoureux de Stendhal, il intègre tout au long de son récit des extraits du roman “Le Rouge et le Noir”. Si l’histoire de Garance est sombre, il y a régulièrement tout au long du récit, des petites touches sarcastiques  qui évitent de plomber l’ambiance. Le coup de crayon de Mauricet donne à “cette bien belle nuance de rouge” un décor spectaculaire. Une belle surprise.

Une bien belle nuance de rouge aux éditions Bamboo.

Scénario et dessin: Mauricet.