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Le MR, un conglomérat qui ne se porte au mieux qu’avec un leader musclé ?

Par Michel Henrion dans Belgique, Campagne 2010 , le 21 juin 2011 17h37 | Ajouter un commentaire

Tiens, une question: demandez-vous un instant quels seraient les thèmes, les slogans des partis dans d’éventuelles élections d’automne qui seraient aussi inédites que dramatiques ?
Eh bien, c’est assez évident : au Nord, nul doute que Bart De Wever inciterait son “peuple “ à lui donner la force d’imposer cette fois, par un lourd rouleau-compresseur électoral, le “confédéralisme”-ou davantage- à ces maudits wallons qui n’ont encore rien compris.
A l’inverse, je prends le pari que le PS mènerait une campagne musclée sur un seul thème fort.
A savoir que pour faire face au nationalisme et à la politique éco-soc de droite ( le core-business de la gauche) musclée de la N-VA, il faut faire du PS le rempart, le bouclier protecteur qui, seul, pourrait lui tenir tête. (ici, fond sonore de tambours et trompettes).
Bref, on aurait droit à un choc des titans politico-médiatique, dans un climat sans nul doute enfiévré, entre les deux grands leaders déjà confortés, les autres partis jouant peu ou prou, dans un tel climat, les utilités menacées de sérieux coups dans l’aile, voire pour certains d’évanescence…
L’histoire électorale l’a démontrée: si un scrutin se déroule sans grands enjeux, juste quelques divergences d’ajustements socio-économiques, les mouvements de voix n’ont généralement rien de très secouant. Par contre, si des élections se déroulent dans un climat très émotionnel, c’est à dire souvent communautaire, les déplacements de vote peuvent être secouants…
Ne la sentez-vous pas progressivement monter, vous, chez l’homme de la rue wallon ou francophone, cette vive allergie populaire à Bart De Wever et à sa nationaliste N-VA ? Une colère, un ralbol pas toujours bien informé, presque irraisonné, parfois même jusqu’à verser dans l’ injuste ou l’excès, mais qui vient du ventre, mais qui imprègne peu à peu, mois de crise après mois de mouise, petite phrase méprisante de Bart après petite phrase qui se veut drôlatique (“Il y a des médicaments qui peuvent aider Maingain, mais je ne suis pas médecin ») le Sud du pays. Le corps francophone doit être allergique à l’air puisqu’il le recrache désormais dès qu’il en avale chargé de par trop de N-VA…(hormis la petite frange de l’opinion qui rêve d’une N-VA wallonne)

Charles Michel, distrait, emporté par d’autres objectifs ou jeux du palais des vents MR, a dû se mettre les boules Quiès dans les narines. Car il n’a apparemment pas capté cette sourde irritation vis à vis du national-populisme flamand, qui flanque la gerbe à de nombreux démocrates de tous partis.
Résultat: boxon au MR avec un Maingain, qui a du nez, du culot jusqu’à stupéfier les libéraux et de l’arcade souricière. Et qui balance depuis des jours un tapis de bombes médiatiques, quadrillant la zone cible de la Toison d’Or, de manière à raser systématiquement tout ce qui s’y trouve de contact possible avec la N-VA, ce parti qui est ”l’équivalent d’Umberto Bossi en Italie ou de feu Jorg Haider en Autriche.” (rien que çà, mazette…)
Oh, point de doute: le FDF a toujours besoin pour l’heure d’un vrai relais wallon et cela se terminera, une fois de plus, entre Olivier Maingain et les libéraux de Charles Michel par un assez hypocrite armistice de plus, sans doute au nom des “principes fondamentaux” du MR, sans cesse martelés dans sa com’ par l’inamovible président du FDF (putain, 15 ans…). On n’en pensera certes pas moins mais on affichera les formes mediatiques de rebibochage qu’il convient, des fois qu’on revoterait à l’automne.

Il n’en demeure pas moins un grand mystère: comme la N-VA est incontournable dans la formation, il n’est somme toute que normal que de la rencontrer. (“ Oui, a fonflonné Maingain, on peut se mettre à table avec eux, mais pour leur dire clairement les choses.”)
Mais quelle mouche, bourde bleue a diable piqué le nouveau président du MR que de convier Bart De Wever à le rencontrer dans son propre bâtiment, si symbolique, de l’avenue de la Toison d’Or ? Et surtout que de ne pas –sauf si l’on tord la vérité- en informer le partenaire FDF ?
Sans apparemment réfléchir plus avant quant aux conséquences psychopolitiques de ce symbole ?
Le “Déjeûner chez Bruneau” , premier contact “en douce” entre MR et N-VA, déjà théoriquement opaque et caché au FDF, avait déjà eu des conséquences médiatiques montées en méringue, fait fulminer des naseaux ledit Maingain et collé un dossard de “ouh, le vilain traître d’opéra “ à un Didier Reynders pas encore putsché de sa présidence par le “groupe Renaissance” des Michel …
N’ayez aucun doute: dans tout débat, même pas préelectoral, ce “Déjeûner chez Bruneau” –symbole marketing électoral, à tort ou à raison, d’une “connivence N-VA-MR-serait revenu longtemps, fut-il un brin usé, comme ”élément de langage” . Martelé par PS, CDH ou Ecolo… En campagne, les mots sont de combat: peu importe la vérité.
Et, à peine cette image d’Epinal se floue-t-elle dans la mémoire collective (l’époque médiatique vire scattato) ne voila-t-y pas que le successeur de Reynders prolonge ledit déjeûner maudit en offrant le café à Bart.
Bref, celui-là même qui pour conquérir son mandat bleu et amadouer un FDF plus porté vers son rival Bacquelaine, avait juré tenir la N-Va à l’écart, vire casaque . Curieux, pour un jeune président censé “rassembler “ le MR et le remettre en ordre de marche “cohérent et uni.”
Double sparadrap médiatique qui collera pour longtemps au MR: qui va payer par mensualités, après l’actuelle campagne de com’ au canon d’Olivier Maingain contre le flirt Michel-N-VA, l’addition de tous ces flirts ou on se demande qui séduit qui et pourquoi.
Bien sûr, tout cela est complexe, byzantin et jeux de couloirs. Il est clair que, mettant à profit l’affaiblissement d’un Didier Reynders qu’il soutint, le FDF a acquis, au sein du MR, une influence politique forte, pas forcément proportionnelle à son poids électoral. (Un des bingo décrochés par Maingain étant l’alternance totale des places sur la liste MR de la capitale aux dernières législatives).
Le FDF, objectivement un petit parti, a d’ailleurs ce curieux talent inexpliqué d’influer peu ou prou, au delà du MR, sur tous les autres partis francophones, imbibant curieusement jusqu’au PS ou au CDH, Joelle Milquet en arrivant à s’apparenter, que dis-je s’amaranter parfois davantage que le dit Front des Démocrates Francophones.
Dans la famille Michel, on n’a en fait jamais caché cette volonté de remettre, au sein du MR, le poisson-pilote FDF à sa juste place. (mieux considéré cependant que , selon le mot d’un MR, ce parti de carnaval qu’est le MCC). En cas d’accord BHV avec appui MR, le schéma ( qui n’ a jamais enthousiasmé Maingain) était d’ailleurs prêt: les députés FDF n’auraient qu’à s’abstenir.

C’est très étrange: la feuille de route du nouveau président du MR était théoriquement simplissime.
Bénéficiant de l’état de grâce de l’exit-Reynders ( chez les libéraux, c’est une tradition: on est toujours vilipendié à l’extrême après avoir été adulé à l’excès), il se lui suffisait de renouer des contacts apaisés aves les autres partis ( Reynders faisait souvent dans l’ad hominem) et, comme cela s’impose lorsqu’un président est élu
d’une tête, de refaire l’unité, fut-elle décor pour tournage cinecitté. Avec des belles phrases tété et éculées du style « le temps est à la mobilisation et à l’union sans faille »

Las, si on comprend que Charles Michel ait voulu prendre tactiquement ses distances vis à vis du PS, s’écarter pour ne point apparaître une succursale de Di Rupo, fallait-il à ce point, par le “ton”, rappeler le Charles Michel excessif qui, jeune ministre wallon, se mit tellement à dos ses collègues PS qu’il fut pour beaucoup dans la rupture du pacte secret MR-PS à la Région wallonne ? Di Rupo se retrouvant même mis en minorité par la réaction négative de ses propres troupes , avec pour conséquence la fin de la stratégie qui mettre les scoiaux-chrétiens ad vitam aeternam dans l’opposition…
Back to the future de l’agressivité, une arme qui vous explose parfois dans les mains en politique.
Las, fallait-il, à peine après l’avoir réintégré, déjà malmener le Front des francophones et ce après s’être plaint si longtemps d’en avoir été écarté par les partis de l’Olivier ?
Charles Michel, pour ses premiers pas présidentiels, donne subtitement l’impression étonnante de se les prendre un peu dans le tapis. Faisant sourire sous cape ceux qui , derrière un Bacquelaine qui avait soigneusement choisi de s’abstenir à la réunion Michel-Bart, s’opposaient à sa prise de présidence.
Charles Michel apparaît pour l’heure comme plutôt vaticinateur.
On l’a vu, à la télé, le visage tendu, affirmer “qu’il prenait acte de l’absence du FDF” au traditionnel Bureau du MR du lundi. Discours par trop vaporisateur médiatique puisque gonflant finalement encore- mais s’en rend-il compte ou est-ce le but ? – l’ampleur de la dissension interne…
Car il n’y a pas que ce flirt, électoralement dangereux, avec Bart De Wever qui fait problème chez nombre de MR. Pour des raisons qui tiennent assurément au vieux rêve d’une “alliance des droites” et à une stratégie électorale, voici que le nouveau président du MR surprend aussi son monde avec un virage très net vers la droite. Comme si on avait déjà jeté aux orties le pourtant tout récent Manifeste doctrinal du MR, un texte baptisé “ Mieux pour tous” et souvent présenté à l’époque par les analystes comme un relatif “virage à gauche”, basé sur “ l’humanisme au coeur du message libéral depuis sa fondation”. Pour Didier Reynders, il s’agissait ainsi de se dresser clairement “contre la gauche conservatrice ou un populisme dangereux ».
Comme ce populisme nationaliste de la N-VA qui aujourd’hui permet à Olivier Maingain d’en rajouter une couche de moraline qui fera que les choses ne seront plus jamais comment avant au sein du MR et même au delà.
Et après les sorties sans appel de Maingain- désormais patron d’un double FDF, le puissant bruxellois et le mini-wallon pas encore convaincant- on ne voit plus guère le MR, sauf à se scinder avant BHV, s’entretenir encore de façon privilégiée avec De Wever.
Il faut toujours rappeler que le MR n’est pas un parti au sens propre. C’est une coalition de trois mouvements politiques avec bien plus que des nuances: un conglomérat fait d’adhésions successives, de ralliements hétéroclites, d’ajouts de candidats médiatiques et faiseurs de voix, débauchés dans les médias ou le foot…
Cela marche fort lorsque le Président est puissant, presque autocratique: comme un Jean Gol ou un Louis Michel, souverains absolus.( le champion du genre fut, Omer Vanaudenhove, l’ancien fondateur du PLP décidant seul d’une participation gouvernementale sans même un congrès de parti…)
Cela foire lorsque le pouvoir présidentiel se fragilise: le tandem Ducarme-Duquesne, par exemple.
Quel sera le modèle de présidence de Charles Michel ? Les semaines qui viennent photographieront pour longtemps la réponse, tant l’attaque du FDF et de certains MR est contestataire d’une autorité encore toute fraîche.
Tiens, il est une interview flamande passée assez inaperçue: celle ou Didier Reynders, “fils spirituel et politique” de Jean Gol, n’excluait pas –on ne sait jamais- de revenir un jour pousser la manette des gaz pour reprendre les rênes du MR après un fiasco. Tiens, juste le parcours-bis qu’avait réalisé jadis un certain Jean Gol…

Michel HENRION, chroniqueur invité
(dont les propos n’engagent que lui et son blog www.demainonrasegratis.be)

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Comment la bactérie de l’intolérance a rendu patraque l’image de la N-VA: le premier vrai faux pas de com’ de Bart De Wever …

Par Michel Henrion dans Belgique, Campagne 2010 , le 5 juin 2011 16h10 | Ajouter un commentaire

La toute nouvelle star médiatique de la N-VA peut replier son parachute: l’avocat Vic Van Aelst ne figurera finalement pas sur la liste pour les élections communales d’Anvers de 2012. Sanction subtilement habillée autant que faire se peut.
Ce qui ne serait qu’une info passagère si elle n’était aussi le révélateur-revirement d’un sérieux faux pas, d’une solide erreur de jugement et de casting de Bart De Wever. Obligé de renoncer ainsi à une stratégie voulue et classique de ratissage de tous les segments électoraux mais qui, subitement, lui échappait dangereusement. Jusqu’à choquer nombre de flamands, les diviser et porter même un préjudice d’image ternissant son propre parti.
Vic Van Aelst, c’est pourtant un peu l’ombre portée de De Wever.
On prend le pari que Bart pense largement- il l’a d’ailleurs exprimé- une grande partie du fond de la pensée de l’avocat, non parfois dénué d’un relatif parfum de vérité. Logique: c’est en gros le même ADN dans la chaîne historique du nationalisme flamand.
Avec la différence pas mince que, roi de l’ambiguïté pesée et de la com’ calculée, De Wever soit n’en pipe mot, soit use d’autres formules nettement moins enragées.
Bart De Wever, en recrutant Van Aelst, savait évidemment pertinemment qui était l’oiseau-avocat, avec son discours terriblement vieux, terriblement préhistorique et basé sur des vieilles rancoeurs linguistiques à tout le moins à l’opposé du “nationalisme décomplexé” et “moderne” qui est la recette du succès de la N-VA.
Mais ça ne mangeait pas de pain, fut-il moisi ou rassis, dans la future grande bataille électorale historique d’Anvers (Bart De Wever espère détrôner en 2012 l’éternel maïorat socialiste) que d’afficher l’avocat-vedette de l’ “affaire Clottemans”, histoire aussi de séduire l’électorat tellement clé du Belang. (33,5% des voix en 2006 )
Las, si la stratégie fédérale de la N-VA est clairement désormais celle du “compost politicien”- entendez laisser pourrir les choses puisqu’on ne croit plus à un accord –
Vic Van Aelst lui, a dérapé en se laissant aller au ton fumier. La N-VA, face à la controverse incontrôlée, s’est d’abord tortillée jésuitiquement, oubliant que l’argument “ Van Aelst dit au fond ce que les flamands pensent” était dangereusement proche de ce slogan du Belang qui proclamait : “Nous disons ce que vous pensez “…
Puis, surprise, ça a remué non seulement dans les rangs de la N-VA, mais ce sont les puissants éditorialistes flamands qui ont embrayé, dans leur propre approche moraline, rangeant assez clairement Van Aelst- il n’est pas d’autre résumé- dans la catégorie des cons. Et Bart ne peut se permettre d’ avoir la presse flamande trop critique, ni pour ce qui est du devenir de la N-VA, ni pour ce qui est du délicat combat d’Anvers.
Après un revirement habile, déplaçant le jeu vers la notion d’injustice, mais pas très médiatisé de Bart De Wever , c’est donc la très influente chef de groupe au Sénat, Liesbeth Homans, qui a sifflé le hors-jeu médiatique pour Van Aelst. Désormais plus casserole qu’atout, désormais prié de plutôt la boucler, pour autant que ce membre pas ordinaire de la N-VA le puisse désormais…
Le « damage control » a certes été enclenché rapidement. Mais jusqu’à quel point la bactérie de l’intolérance, qui écolique, qui infecte tous les propos de Vic Van Aelst, rendra-t-elle patraque l’image de la N-VA ?
Ce qui est sûr c’est que gaffe médiatique de Bart il y a eu, démontrant que le “grand écart” n’est pas toujours facile et que continuer à assécher le Belang d’extrême droite en s’en tenant à une ligne droitère mais non-xénophobe (une exception pour un parti nationaliste en Europe) est un sérieux numéro de fildefériste. La gestion des transfuges du Belang, qui sont censés faire d’abord un “stage comme indépendant” avant de rallier le parti de Bart, ne sera pas sans risque. Le mouvement est en route: ainsi l’ex-Belang, le parlementaire Karim Van Overmeire, “impressionné par la grande fermeté de la N-VA au niveau fédéral”, est-il déjà officiellement en “collaboration” avec les leaders N-VA d’Alost…
Comment Bart va-t-il s’y prendre pour, à Anvers, débaucher les électeurs du Belang ?
Il pourra certes leur vendre électoralement la perspective l’indépendance de la Flandre, mais les électeurs xénophobes de Berchelm ou Deurne resteront d’évidence au Belang…
Ce qui est sûr c’est qu’on n’a peut-être pas encore assez mesuré, au Sud, combien l’enjeu communal de la Métropole (ou Van Aelst faisait partie du scénario) pèse de plus en plus sur la situation fédérale. Car y signer un accord avec le CD&V n’y serait pas neutre. Car aboutir à un accord fédéral avec un PS si diabolisé par le Belang, ce n’est assurément pas le meilleur des filets (d’Anvers) électoraux pour Bart.

Michel Henrion, chroniqueur invité.
(suite sur mon blog perso www.demainonrasegratis.be)