Le propos est de Bart De Wever. C’est le seul à retenir parce qu’ il est clair: “ Toute coalition communale avec le Belang est impossible”.
Mieux: si, après le scrutin du 14 octobre 2012, l’un ou l’autre élu local de la N-VA, dévoré par le désir ravageur de s’asseoir à tout prix dans un fauteuil maïoral, décidait de s’allier avec le diable de l’extrême-droite, ce serait la procédure d’exclusion. On verra évidemment, à l’automne, si ces déclarations d’intention résisteront toujours à la tentation du pouvoir. Mais c’est en tout cas à cette aune là -celle du jeu des alliances pour diriger une commune de Flandre- qu’il sera alors permis de jauger, voire de juger la N-VA.
Pas parce que, dans la plus grande tradition de la politique politicienne, un certain nombre de quidams locaux, spontanément ou invités, changent aujourd’hui de droite, répondant souvent à des particularités locales. (la célèbre bourgmestre CD&V d’Alost, Ilse Uyttersprot, y a moins d’élus que le Belang, fracturé depuis lurette)
Pour l’heure, en Flandre, la pièce politique est claire: tous les partis traditionnels sont tétanisés, non seulement par les sondages, mais aussi par la mécanique de proximité déployée sur le terrain par la N-VA, de nombreux anciens sympathisants de la Volksunie y retrouvant force et vigueur.
Les clés de la communication de la N-VA? C’est simple: Bart le charismatique amaigri à la télé et un déluge incessant d’actions de proximité.
Conférences, meetings, rencontres, porte à porte, quiz (ça fait un tabac), apéritifs, souper aux crêpes ou vin-fromage, karting (si), soirées-spaghetti, N-VA cafés, soirées bingo, promenades dans la nature (même avec Jan Peumans à Banneux), barbecues, Fêtes du printemps en veux-tu en voilà.
C’est clair: la N-VA mouille sa chemise, Bart en premier ( jusqu’à aller causer à l’Academy des Majorettes à Kapellen…)
Bref, du terrain. La recette de ce qui fait aujourd’hui gagner une élection, à fortiori un scrutin communal. (ce n’est pas le PS qui démentira la technique)
Rien d’étonnant donc à ce que d’aucuns, au Nord, agitent le bouchon parce que la N-VA laisse réussir l’examen d’entrée (screening) à une première échappée d’anciens Belang. C’est de bonne guerre psychologique pour effrayer ceux qui, en juin 2010, ont voté pour la première fois pour un parti nationaliste. Objectif: créer le trouble et tenter d’assimiler, avec des arguments plutôt polémiques (pas de vrai grain à moudre dans le programme de Bart), la N-VA au Belang. Comme si de plus ou moins vagues types, parfois d’ailleurs fort peu convaincants dans leurs communes, allaient s’emparer du pouvoir dans un parti déjà si structuré.
D’où la stratégie déployée à Tongres par l’OpenVLD où à Anvers par le CD&V: s’allier, créer des cartels pour contenir la vague, exclure la N-VA. Avec, du coup, des réactions controversées, de Rik Torfs à Pieter De Crem( qui, lui, a réussi à maintenir à Aalter un pur cartel CD&V-N-VA)
“Quelle est la différence, dit brutalement le ministre de la Défense, entre CD&V et N-VA ? Je cherche encore… S’il y en a, elles sont dans la nuance, et nous les aplanissons“.
Euh, Wouter ?
Rien de neuf dans tout cela: après le scrutin de juin 2010, une enquête avait déjà montré que d’innombrables Belang (jusqu’à des “cadres” hauts placés du parti fascisant) avaient préféré voter “utile” et N-VA. Et De Wever avait annoncé la couleur: bienvenue à cet “électorat pro-identitaire flamand, de droite, cynique et plaidant pour une approche relativement musclée de la criminalité” (étude KUL). Juste que tout candidat au militantisme N-VA est censé à tout le moins passer préalablement une sorte de stage d’attente, de “screening” plus ou moins solide selon les réputations.
Ok pour le combat de la Flandre, mais pas de xénophobie à la N-VA. L’intégration ferme des immigrés, c’est sa particularité dans le populisme européen.
Ce qui n’empêche, qu’à l’instar d’un Sarkozy (2007 et 2012), on vire stratégiquement très à droite pour tenter de puiser dans le réservoir de voix du Belang. (tiens, on en profite pour rappeler que Patrick Buisson, ex-rédac chef de l’hebdo d’extrême-droite ”Minute”, conseille Nicolas Sarkozy pour ce même objectif vis à vis du FN)
Sous Di Rupo, après des mois de négociations roses-grises-noires à la même table, la “diabolisation” de la N-VA est aujourd’hui clairement plus que tendance. Et la communication du Premier ministre en arriverait presque à faire oublier aux francophones un léger détail: le poids électoral de Bart (1.135.617 voix, premier parti du pays en 2010) qui attend la coalition tripartite au tournant. Si pas au premier (communales), au plus tard au second, en 2014, pour la totale (fédérales, régionales, européennes).
Les ressorts du mouvement flamand sont souvent mystérieux pour les francophones: pour ce qui est de l’indépendance de la Flandre, il existe, de fait, une certaine “Forza Flandria”. Qui ira chanter de concert d’ici peu à la Fête du Chant flamand.
Pour le reste, et De Wever ne cesse de le marteler, (il l’a encore souligné au Grand Direct de RTL-TVI) la N-VA est toujours le meilleur ennemi du Belang. A preuve le dernier coup plus ou moins fourré de Bruno Valkeniers, président théorique du machin brun, criant à une chasse à ses mandataires.
Ce qui est nié par la N-VA, avec un argument fort: elle n’est pas en pénurie de nouveaux membres, c’est le moins que l’on puisse dire
“M’allier avec le Belang, a clairement dit De Wever, ce serait aller à l’abîme pour la N-VA. Pour le moment, c’est exclu.Tant que leur coeur de métier, ce sera le grand show anti-Islam, le grand spectacle anti-immigrés, pas question de les laisser sortir du cordon sanitaire”. (Doorbraak, novembre 2011)
Et même les dissidents du Belang, ceux qui ont fait grand bruit à Gand avec leur groupe de “Belfort”, n’iront pas pour autant rejoindre Siegfried Bracke sur ses listes. Ben non. Pas plus qu’il n’y aura d’alliance à Anvers (alors que l’addition des deux forces assurerait sans doute le maïorat à Bart DeWever) .
Oh, bien sûr, on jouera sans doute à la marge, oh il y aura assurément - tradition omnipoliticienne- des débauchages ou des ralliements. Mais le plus gros des nouvelles troupes viendra, du CD&V; de l’Open VLD aussi, voire même encore du SPa. Oh, il y aura des combines, encore des déménagements opportuns tous azimuts , bref tout ce qui peut faire contribuer à faire “gagner, gagner, gagner” la N-VA mais –et c’est la clé de l’analyse- on ne nouera pas d’alliances communales avec le Belang.
Il y a donc une part d’irrationnel et de méconnaissance dans les réactions au quota de migrants du Belang: c’est de la peur, de la crainte mais, politiquement, du plutôt non-fondé.
En retombant chaque fois sur la même réflexion de fond: dites, est-ce que c’est mal qu’un parti démocratique de centre-droit (c’est ainsi que se définit la N-VA, présente au gouvernement flamand) en arrive à faire oublier le fameux “dimanche noir” qui vit, jadis, triompher l’extrême-droite la plus noire ?
Michel Henrion, chroniqueur invité.
(et dont l’analyse n’engage, comme dab’, que lui) (www.demainonrase gratis)
Rik Torfs, qui met un peu le boxon au CD&V, (et qui rêve d’évidence encore de créer son propre parti) est habituellement qualifié, dans la presse du Nord, de ” Lapin Blanc”.
Pourquoi ?
En Flandre, cette expression désigne un candidat extérieur présenté par magie par un parti (qui le sort de son chapeau comme un magicien) juste avant une élection (souvent un BV)
Jusqu’en juin 2010, ou il déboula soudain au CD&V, Torfs était en effet un personnage très médiatique en audiovisuel, accessoirement professeur de droit canon à la KUL.
Pour rappel, l’OpenVLD Gwendolyn Rutten (qui est,elle,
depuis longtemps en politique) s’était moquée du phénomène lors du scrutin de 2010 avec cette formidable affiche, aussi ironique que réussie graphiquement.
Michel Henrion (www.demainonrasegratis.be)
En communication, cette interminable crise ne va pas sans conséquences.
Qui croit encore que le téléspectateur prête vraiment attention aux discours répétitifs, et souvent machos-roulement des épaules, des négociateurs mille fois filmés dans une séquence immuablement répétitive où les vrais acteurs sont presque des sacs à dos ou des mallettes bourrées de textes inconciliables.
Ce qui retient encore l’attention de l’homme de la rue, c’est juste les signes extérieurs: les gestes, les images, les objets (le curieux lapin géant offert par le formateur au nouveau-né de Beke…), les modes de comportement.
Bref, tous les signes extérieurs prennent de plus en plus d’importance dès lors que le monde politique n’arrive plus à affirmer sa compétence à décider.
On communique toujours par des symboles et, rue de la Loi, tout signe extérieur est désormais un symbole très fort.
A-t-on assez épinglé cette incongruité qui consistait à voir les ténors des partis balancer leur point de vue sur le devenir plus austère des voitures de société ou, pire, marteler la nécessité de la rigueur (mot poli pour l’austérité) tandis qu’à l’arrière plan, se parquaient, se narguaient Audi A8, Lexus haut de gamme et autres BMW, accessoires sur quatre roues du pouvoir. Dont le prix vertigineux est parfois masqué par l’alibi de la supposée vertitude d’un moteur hybride supposé écologique mais qui fait surtout encore blêmir la facture.
Tout symbole est un préalable à la relation sociale: et la forte symbolique sociale de la voiture est hyper-connue, sauf apparemment des politiques. (A l’exception de l’un ou l’autre, comme le président du MR, l’ami-à-Walter- de -la-C5, qui laisse généralement sa BMW en un autre lieu et s’en vient malignement pedibus cum jambis…) Oh, bien sûr, on expliquera que les marques affectionnent de voir leurs volants de prestige tenus par des politiques: qu’il est des ficelles administratives et diplomatiques; qu’il est des conditions d’achat et des leasings exceptionnels qui vous ramènent presque, à les entendre, la Mercedes haut de gamme au prix d’une Logan. L’argument ne tient pas une milliseconde: c’est faire fi de la “puissance symbolique” de tels véhicules. Cela nous rappelle ce dirigeant d’une société de logements sociaux qui visitait la faune et la flore de ses bâtiments à bord d’une ahurissante voiture de prestige dont l’insolence, l’incongruité sociale lui échappait puisqu’il l’avait décrochée à 45.000 euros, soit à moitié prix…”Une affaire”, avait plaidé l’inconscient, qui avait managé sa carrière ”à gauche”.
Les intérêts notionnels, le “spread”, ça, l’homme de la rue a bien du mal à en intégrer les par trop subtils enjeux. La symbolique de la bagnole, encore pour tant et tant signe extérieur de réussite sociale (dans les classes plus jeunes, le smartphone devient plutôt le “signal” de remplacement) est tout sauf innocente.
Il ne s’agit pas ici d’écrire à l’encre facile de la démagogie: il s’agit de rappeler la “valeur de l’exemple”, si nécessaire lorsque la dramaturgie politique ne cause plus qu’efforts douloureux et restrictions drastiques. L’élection est un contrat de confiance entre l’électeur et son élu. Et cette confiance est un sentiment fragile si M. Tout le Monde se ressent trompé.
Faut-il rappeler que, un peu plus au Nord, il n’y a pas que le “modèle allemand” mais aussi le “modèle politique des pays scandinaves”. Ou les ministres roulent dans des véhicules bien plus raisonnables, ou leurs bureaux ont tout du catalogue Ikea et ou ils se doivent de rentrer leurs justificatifs fin de mois.
C’est comme si un certain monde politique belge, si prompt à prêcher les économies, avait tant de mal à s’appliquer cette ligne de conduite, si nécessaire pourtant pour faire adhérer, pour persuader.
C’est pour le moins incohérent de voir le niveau fédéral (note Di Rupo) s’engager- allez, c’est déjà mollement- à diminuer de 5% les salaires ministériels tandis que, dans la foulée, les ministres du Gouvernement wallon décident assez discretos de se réévaluer de +2,5%. Une “indexation”à laquelle, pris la main dans le sac des médias (L’Avenir a eu le mauvais goût de dévoiler la ficelle), le ministre wallon du Budget a décidé- un peu poussé dans le dos par son président de parti- de renoncer pour son compte, comme si c’était là le comble du sacrifice, en “fonction de ses ressources”.
Il n’y a qu’un hic: le dit André Antoine, ministre CDH wallon du Budget, roule en Mercedes 400 Hybrid.
Qui s’affiche au catalogue à 97.000 euros.
Michel HENRION, chroniqueur invité. (blog perso:
“Pourquoi devrais-je me sentir solidaire de l’Afrique ? Je ne me sens pas non plus solidaire de la Grèce…” déclarait ce week-end l’écrivain Theodore Dalrymple au “Laatste Nieuws”, dans une fort intéressante interview.
Un point de vue qu’on se contenterait d’enregistrer sans plus si le conservateur et sceptique Dalrymple (de son vrai nom Anthony Daniels) n’était le “gourou” philosophique affiché de Bart De Wever.
Dont il n’aurait, ceci soit en passant, d’ailleurs pas trop apprécié qu’il pleure si publiquement à l’enterrement de Marie-Rose Morel (ex-Belang) puisque son dernier opus s’en prend précisément tout entier au “sentimentalisme excessif de nos sociétés”. Dénonçant cette “abondance d’émotions fausses et surévaluées”, cette époque ou chacun “doit démontrer publiquement qu’il est un homme sensible”.
Bref, ce “ culte du sentiment” qui fait que la Monarchie britannique s’en est retrouvée ébranlée à la mort de Diana, la Reine Elisabeth n’y allant pas d’une larme en public.
“Quarante millions d’ours en peluche ne peuvent pas se tromper », écrit ironiquement Dalrymple pour qui l’époque doit revenir à la “sobriété”.
“Dans le passé, écrit-il, la classe ouvrière, si elle ne pouvait se permettre quelque chose, ne l’achetait pas. Nos politiques sont les premiers coupables d’avoir permis de vivre à crédit…”
On vous raconte ça parce que, au 520ème jour d’attente lugubrée d’un gouvernement, on voit bien combien cette philosophie là plait de plus en plus à une certaine Flandre.
Au delà des péripéties des diverses haltes politiques du train de l’inertie, c’est un fait marquant: l’interminable formation accentue encore, mine de rien, la fracture Nord-Sud.
Bien embêté lorsque l’accord communautaire fut noué, Bart De Wever ne peut que jouer de voir les négociations budgétaires ainsi s’empêtrer jusqu’à l’absurde.
Alors que la N-VA, censée être l’obstacle à tout, a quitté la table depuis quasi… 130 jours.
Ce n’est un secret pour personne rue de la Loi: le risque est grand, sinon déjà assuré, de se réveiller brutalement un matin de toutes ces dodomontades politiques avec une coûteuse dégradation de la cote belge (AA+ sous surveillance) par les agences de notation.
Ce n’est un secret pour aucun citoyen, l’opinion fut-elle atone n’étant tout de même pas dupe: c’est une cascade de mesures et de taxes rétroactives qui l’attend. Malgré les veloutés de regard des politiques pendant les JT, ceux-ci vont lui présenter la facture de ces mêmes 520 jours et de l’inertie depuis 2007 .
Cela recoupe ce que dit Dalrymple, le caustique loustic philosophe de droite:
“ Comment se prémunir contre les conséquences économiques de l’imprudence, de l’immature, de l’enfantin, de l’idiot, de ce qui vire carrément à un comportement criminel. “
De Wever pousse sa goualante désormais devant chaque micro: « Si l’on suit Di Rupo, on se jette dans la tempête de l’euro, dans la “zône Ouzo” .
Le boss de la N-VA sait mieux que quiconque combien la Flandre craint, au ventre, tant et tant pour sa prospérité.
Et de creuser, par un discours très tranché, le vrai fossé Nord-Sud:
« Avec l’économie de la Flandre, nous aurions pu aisément suivre l’Allemagne, mais dans le contexte belge, nous nous retrouvons au rang de la Grèce, de l’Italie et de l’Espagne », dit Bart
Sous-entendu dans sa machinerie pensatoire : la Belgique est, pour nous les flamands, un boulet inefficace. Sous-entendu, marre des transferts financiers vers Bruxelles et la Wallonie, vers “Athènes-sur-Meuse”, tout comme l’athéiste Dalrymple ne voit pas de raison évidente d’aider les grecs ou les africains…
L’enjeu a de quoi faire frissonner dans les foyers: la Belgique va-t-elle basculer vers le “Sud décadent” ou le “Nord si responsable” ? (à cela près que salaires de merde et pauvreté explosent en Allemagne: le nombre de pauvres vient d’y passer de 8 millions à 15 millions…)
Cela fait 180 jours que le formateur semble endosser son même pull gris pour une négociation grise dans un paysage politique gris à l’avenir plus noir que gris.
Avec des libéraux flamands qui, croyant se refaire, renaudent sans cesse sans craindre de préparer sans doute leurs propres grises funérailles. Avec un futur Premier ministre contesté dans ses méthodes avant même d’être en place. Avec cette évidence que si cette formation aboutit enfin, on va vers un gouvernement fragile, certains négociateurs ne lui donnant pas six mois.
Fragile parce que les marmelades tripartites, dans l’histoire de ce pays, ça n’a jamais vraiment plu. Fragile parce que le Nord du pays supportera difficilement un Premier wallon, francophone, socialiste et surtout- ah, le sac à irritations- imparfaitement bilingue pour nombre de flamands. Fragile parce qu’il risque d’être, par les mesures à prendre, aussi socialement contesté qu’impopulaire. Fragile parce que la N-VA attendra patiemment l’heure de rebattre les cartes: les élections de 2014, c’est déjà dans 930 jours.
Et que les graines de l’autonomie, sur un terreau aussi enrichi aux dissensions, au compost des peurs et au fumier d’égoïsmes organiques, ça peut germer vite.
Michel HENRION, chroniqueur invité. ( mon blog perso
C’est un paradoxe: en juin 2010, Joëlle Milquet vexait grave les férus des réseaux sociaux en balançant: “Moi, je ne fais pas de la politique sur Twitter comme une teenager…”
Quinze mois plus tard, sans être un poil davantage sur Twitter (ou elle ne dispose même pas d’un compte) l’ex-présidente du CDH en est subitement la star involontaire au travers d’un #hashtag (le mot clé indiquant un thème de discussion et précédé du symbole dièse) surréalisto-impertinent: le désormais homérique #cestjoelle.
Soudain, le virage médiatique vers une consécration populaire…
Ce sera assurément éphémère mais se rend-on assez compte que le phénomène est en passe d’assurer à Joëlle Milquet, mine de rien, une notoriété virale “à la Daerden” d’autant plus exceptionnelle qu‘elle se mêle, elle, de familiarité et d’ironie très sympathique…
Petit détour pour mieux comprendre: les politiques s’imaginent souvent qu’avec Facebook et Twitter, ce qu’on appelle les “réseaux sociaux”, ils peuvent échapper aux journalistes dérangeants (la chazalisation de l’info n’est pas encore la norme) et ainsi communiquer sans intermédiaires gêneurs avec leurs électeurs. Le pied.
Las, tout le monde n’a pas les moyens ni les équipes d’Obama, l’exemple usé jusqu’à corde.
Donc, à de rares exceptions, les politiques émettent pour la plupart des messages si inintéressants que, comme disait l’autre, “les pixels hésitent à s’aligner pour former des mots…” Ou alors, comme Bart De Wever, ils additionnent des milliers de followers mais en restent à zéro tweet.
Conséquence: c’est plutôt en sens inverse que ça fonctionne.
Avec une force de frappe d’influence d’une rapidité hallucinante, Twitter s’affirme, sinon comme un contre-pouvoir, à tout le moins comme un formidable oeil démocratique. Surlignant instantanément les inepties et autres dérapages de nos représentants politiques, de tous ceux que nous avons élus…
C’est parfois gentillet (au hasard, les aberrations de Fadila Laanan et de son nounours), c’est parfois plus hard (au hasard, les SMS et autres comportements de Leterme), c’est souvent salutaire (au hasard, les dérives du Belang, du Parti Populaire ou du MLD).
C’est, dans ce cas-ci, au delà du côté blagueur, une liberté d’expression critique .
Le chansonnier du temps, c’est le Tweet moqueur.
Dans son genre, Joëlle Milquet est d’ailleurs, depuis toujours, une “bonne cliente” pour Twitter. A chaque fois que, perso, je tweete parfois une p’tite phrase déclarative de Joëlle, même de bon sens, c’est le retweet massif assuré: par acrimonie ou par moquerie, je ne sais, mais ça ne laisse jamais indifférent…
Pourquoi ? Parce que chacune de ses interviews- et le Dieu de l’ancien PSC sait qu’elles sont multiples- est marquée au sceau-comment dire ?– d’une légère hypertrophie du “moi”.
Qu’un contradicteur évoque n’importe quelle idée et #cestjoelle vous répliquera que c’est évidemment “son” idée-qu’elle-avait-déjà-eu ou que celle-ci figurait déjà dans le programme du CDH d’avant Gutenberg, son “enfant de parti” ayant tout vu, visu, prévu, prédu avant tout le monde.
Un tic psychologique qui, depuis lurette,fait sourire- ou grimper aux rideaux c’est selon- toute la classe médiapolitique.
Joëlle- a-toujours-raison balance ainsi depuis des années ses affirmations avec tant de foi que, sur le coup, on ne remet pas en cause ce qu’elle dit. Et le temps que l’on réfléchisse, elle a déjà zappé sur un autre thème, assénant d’autres certitudes; qui, sans doute, l’auto-rassurent, elle qui doit tant et tant se battre dans un monde toujours si macho. (un argument qui lui sert aussi souvent à clouer le bec à ses adversaires)
Le hic, c’est que dès qu’on sort des sentiers battus, une personnalité qui-a-toujours-raison, à l’instar de l’ex-présidente du CDH, en arrive à sortir…euh…des perles nacrées vernies à l’ assurance culottée.
Joelle Milquet a des variations politiques étonnantes (le fameux couloir entre Bruxelles et la Wallonie, spectaculairement exigé par elle, en est un exemple bhvéblouissant) mais ça n’a pas d’importance.
Lorsqu’elle parle, y’a comme un côté incantation visant à s’auto-convaincre elle-même. De ce qu’elle a tout prévu, tout inspiré, toujours eu la “bonne idée”.
Alors, bien sûr, ce côté “j’ai-toujours-raison”, je ne fais pas d’erreur, mon avis est forcément meilleur, c’est moi qui l’ai pensé le premier, ça fait rire où ça agace.
Jusqu’à la perle de fin de collier: cette interview nombrilisante au micro de Fabrice Grosfilley ou elle s’exposait une fois de plus à la moquerie en laissant entendre en substance: “Yves Leterme à l’OCDE? C’est grâce à moi!”
Le sourire, le rire, quand il est partagé, devient créateur de communauté.
Le truc humoristique en lui-même n’est pas neuf, (la dérision par non sense, le répétitif ou les aphorismes absurdes) mais, adapté par les “Daymakers” de Twitter, le gimmick moqueur #cestjoelle vire soudain culture populaire.
Les twittos belges n’ont pas vraiment inventé quelque chose: c’est juste une mystérieuse sauce médiapolitique qui, soudainement, a pris.
C’est en fait une “adaptation à la belge” d’une déjà classique démarche-dérision propre à l’outil Twitter. Mais le liégeois @Hugues ne s’attendait pas à un tel buzzz (tous les tweets sont ici) lorsqu’il posta son premier twwet-hameçon: “Les schtroumpfs à New york? C’est grâce à Joëlle!”
Le comble de la célébrité, c’est de donner naissance à un hashtag : l’inmaîtrisable #cestjoelle est donc un grand pas pour l’humanité du tweet.
Un phénomène qu’on avait pourtant déjà vu se développer dans bien des pays, qu’il s’agisse de l’Egypte de la chute de Moubarak. ( le hashtag #ReasonsMubarakIlate donnait des tweets comme:“ Vous croyez que c’est facile de faire rentrer des lingots d’or dans des Vuitton ? “) ou, bien plus proche de nous, en France. Ou l’ambitieux et juvénile fiston à Sarkozy déclencha une vague absurde similaire avec le hashtag #jeansarkozypartout.
A la différence que la vague d’humour qui balaya Jean Sarkozy était grinçante: ici, le #cestjoelle est bien plus sympathique, presque affectif.
C’est qu’en abandonnant son si critiqué cumul Vice Première Ministre-Présidente de parti, “Madame Non” (à l’instar de ce qui s’était produit au départ de Didier Reynders du MR) bénéficie soudain d’un regain de sympathie dans l’opinion.
Ceci n’est pas une anecdote simplement légère: ce que Twitter reflète c’est que Joëlle Milquet vient mine de rien, de s’adjuger involontairement une consécration populaire tant rêvée.
Donc, si elle ne colle pas le slogan “C’est Joëlle” sous ses prochaines affiches électorales, c’est qu’alors “Madame Non”, ne comprend décidément rien à la com…
Michel Henrion, chroniqueur invité (blog perso: www.demainonrasegratis.be)
C’est quasi automatique: tout nouveau logo déclenche souvent la polémique, faisant s’étonner (alors, c’est qu’il est sans doute bon), rire, ricaner ou protester (le bon vieux syndrome du “c’était mieux avant”). Ce qui frappe, au delà du chapelet de moqueries et de plaisanteries plus ou moins farces déclenché par le logo de la nouvelle Fédération Wallonie-Bruxelles, c’est la rapidité, le côté vite-fait-sur-le-gaz.
La rupture dans l’excitation de l’invention du bigntz sémantique inventé symboliquement en avril pour contrer, non sans logique, les volontés flamandes.
Cette même précipitation qui explique les lapsus de Rudi Demotte (la superbe perle de la “ Fédération Wallonie…Flandre”) et autres orateurs eux-mêmes auto-déconcertés de ne plus pouvoir prononcer les mots “Communauté française”, soudain périmés , bannis, carrément hors-stock politique.
Cette même précipitation qui explicite le comique des micro-trottoirs télé ou le quidam, qui avait à peine commencé à vaguement intégrer le rôle de feu la Communauté française, se retrouve évidemment bec dans l’eau lorsqu’on l’interroge sur la nouvelle appellation politiquement ripolinée.
C’est peut-être de la stratégie politique, mais ce à quoi l’on a assisté ce 27 septembre, c’est en tout cas de l’impro de com’.
Petit rappel élémentaire connu de toute entreprise: un changement d’identité, c’est un fameux, un énorme défi. C’est souvent l’annonce d’un enjeu (ici, c’est l’évidence même), d’une ambition.
C’est donc délicat: il faut réaliser l’évolution sans renier ses origines, sans faire injure au passé.
Donc, garder aussi des repères, quitte à les adapter au culot, car créer c’est oser.
Jusqu’ici, la Communauté française Wallonie-Bruxelles déclinait un coq en un triple logo dit “Fiszman” (du nom de son créateur, qui avait décliné un joli travail graphique).
Le coq hardi, que l’esthétique de Pierre Paulus imposa jadis, était en fait - on l’ignore trop souvent- l’idée d’un… bruxellois. Un paradoxe puisque, aujourd’hui, il est évident que nombre de bruxellois ne se retrouvent pas tous dans ce symbole, jugé à leur estime par trop wallon.
Ce qui n’empêche que le coq (qui sera donc désormais uniquement emblématique pour la Région wallonne) est un symbole riche et fort, associé mine de rien à de multiples mythologies très évocatrices…
Les sponsors de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont donc choisi de tordre le cou au coq (alors que le cahier des charges du concours laissait pourtant la possibilité d’une subtile adaptation mêlée à l’Iris bruxellois, histoire de se garder des références mémorielles…).
Ce n’est pas neutre politiquement non plus, ce choix: cela pourrait aussi signifier mine de rien, mais oui, que les régions montent en importance; puisque Wallonie et Bruxelles n’auront donc plus de symbole très fort en commun, mais un logo qui mettra –c’est la loi du secteur du logotype- bien du temps à tenter de s’imposer.
L’Iris, symbole fort et intégré par la population de la capitale, fleurira donc plus que jamais en un Bruxelles à la fibre de plus en plus régionale.
Et le Coq, symbole inscrit depuis lurette dans l’imaginaire wallon de Mouscron à Verviers, chantera plus que jamais en Wallonie. (ou certaines âmes militantes n’appréciaient d’ailleurs guère que leur volatile hardi serve aussi d’emblème à cette même Communauté jugée par trop dans la logique d’une centralisation belge …)
La Communauté française est un peu née jadis comme pendant francophone obligé d’une Communauté Flamande exigée haut et fort par la Flandre; dès lors que le “plan B ” reste dans les cartons, la Fédération Wallonie-Bruxelles est un peu aujourd’hui un relookage pour faire face à une Flandre lorgnant sur Bruxelles; et ancrer ainsi le principe que celle-ci ne sera jamais aliénable à la Flandre.
Cette Fédération est encore tout sauf claire, pas forcément crédible pour les gens, n’y voyant souvent qu’un élément toujours aussi peu compréhensible dans un échafaudage institutionnel inextricable dans ses structures …
Cette Fédération flotte: ce qui explique peut-être que les éléments de son nouveau logo… flottent tout autant, comme en apesanteur graphique, sans beaucoup de connections entre eux.
Rejettez donc un oeil sur le logo- qui sera officialisé par décret- en bas de cette page.
Comme disait l’autre, c’est un logo prêchant plutôt pour l’union libre entre les partenaires. Sans connexion entre les éléments graphiques.
Cela n’a rien de costaud.
C’est mou.
Cela ne pèse, ne saute pas aux yeux.
Cela hésite graphiquement entre l’importance des mots (c’est quoi le plus vital, le mot “fédération” ?)
Oui, bien sûr, soyons de bon compte: il y a un “signe” tricolore, assez original et sans doute suffisamment intemporel que pour durer .
Mais, et c’est crucial pour un logotype, ce symbole suscite-t-il la moindre émotion ?
(au choix, les internautes s’en moquent joyeusement en le comparant à des piments, un test de Rorsrach, une frite, une baleine, des caractères arabes ou hébraïques, etc…mais jamais à un sentiment)
Déclenchera-t-il, ce logo, la moindre mémorisation ? Genre: mais c’est bien sûr, on est des francophones fédérés…
Sera-t-il –comme il convient en communication – perçu avant d’être vu ?
J’avoue avoir moi-même (QI pas terrible) mis du temps à capter , à deviner le W et le B. Ben oui, puisqu’on n’a pas jugé bon de faire tout simple en donnant de la force aux trois lettres qui, fichtre, s’imposaient: FWB)
Certes, tout jugement est subjectif. Mais un logo, une nouvelle identité, ça ne se bâcle pas comme ça. Il ne suffit pas de mettre du gel dans les cheveux à la typo ( le style Letraset- ces lettres qu’on collait sur des feuilles dans les seventies- c’est un peu la mode graphique…)
Non point que je mette en doute le talent des nominés ni le niveau des projets enregistrés à ce “marché de services” particulier et très politisé.
(“il a été jugé préférable de ne pas recourir au concours au vu des courts délais” peut-on lire dans le document de juillet). Ce qui m’énerve un chouia c’est que ce soit un jury de mandarins qui ait, tout seul, décidé en totale précipitation. (“Il n’y aura pas de professionnels du secteur dans le jury “ précise froidement le document officiel, “mais un représentant du Cabinet du Ministre-Président; un représentant de chacun des Cabinets composant le Kern wallon; un représentant de chaque parti politique composant le bureau du Parlement;deux représentants du Parlement ;deux représentants du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles). Bref, juste des politiques ou des para-politiques de la Fédéwalbru ou de la Fédébruwa, sans nul doute honorables mais qui n’ont pas forcément la compréhension ni le goût de la recherche d’adéquation entre le graphisme et le sens qu’il doit exprimer.
Résultat des courses: un Logo facturé pas trop cher mais sans adéquation entre signe et sens. A preuve le tsunami de dérision, le déluge de réactions rigolotes sur les réseaux sociaux, montrant d’évidence que le nouveau logo n’est guère lisible pour l’opinion, qui n’y adhère pas..
C’est, comme le dit un de mes amis publicitaires, le drame des réunions institutionnelles qui débouchent par nature sur des opérations sans grande réflexion sur la cohérence, des créations sans conviction et des consensus mous.
Pour explorer le champ des possibles politiques, le bricolage n’est pas la méthode la plus efficace.
Michel Henrion, chroniqueur invité. (blog perso www.demainonrasegratis.be)

On ne se rend pas assez compte, en Belgique francophone, des énormes moyens de marketing politique mis en oeuvre par les grands fauves de la politique française: sondages qualitatifs par flopées pour tout doute, médiatrainings obsessionnel des gestes, tests du choix du moindre mot.
Donc, il ne faut avoir aucune illusion: ressources financières quasi illimitées aidant, la “sincérité” de Dominique Strauss-Kahn dans son opération de “reconstruction médiatique” aura été calculée, gérée au millimètre près par son armada de communicants.
Ce ne fut donc pas une réelle interview. Juste une opération de communication au but très évident: améliorer son image, voire la restaurer en essayant de faire oublier ce qu’il a soigneusement veillé à qualifier de “faute morale”.
Le hic, c’est qu’à force de tout contrôler, de tout avoir répété des heures durant, on a eu droit à un numéro d’acteur mélodramatique surfait, souvent surjoué, sans âme, sans émotion et-surtout- sans plus de vérité. Sans connaître finalement sa version sur les événements la chambre 2806 du Sofitel.(pas d’“acte délictueux”) On n’a rien appris, on n’a nada compris de plus sur les faits eux-mêmes. Les zones d’ombre n’ont pas vu la moindre phrase ampoule, juste de l’ampoulé.
Cela sonnait par trop l’offensive médiapolitique de haut niveau. Cela sentait le fabriqué, cela respirait la pièce tant répétée et tant récitée, avec les blancs de respiration, les expressions de visage par trop allongées, les mots (la “légèreté” remplaçant l’agression sexuelle) censés faire authentique. De la confesse-photoshop.
Pas besoin de prompteur: cela sonnait le scénario, non pas du coeur, mais de l’appris par coeur.
Avec un lancement volontairement inexpressif, aux allures de chien battu: le temps d’exprimer des regrets, d’avouer une “relation inapropriée”, de se réfugier derrière le paravent biaisé du rapport du Procureur US, de s’estimer, à l’écouter, quasi blanchi. Omettant, dans sa démarche clairement offensive, que le procureur de New York ne met pas en doute ce qui s’est passé entre 12h06 et 12h26. Gommant le risque réel, potentiel, d’un procès au civil qu’il refuse d’ailleurs –élément neuf- de négocier…Ce qui l’obligera, alors, à venir s’expliquer enfin réellement dans un procès.
Agitant à nouveau, étonnamment, la théorie “du piège possible”, hypothèse grave qui sera assurément épluchée par les avocats de Nafissatou.
Cela sentait fort le copié-collé de la fameuse confession de Bill Clinton après l’affaire Monica Lewinsky. Mais en service minimum de mea-culpa, avec des émotions préfabriquées collées sur des mots.
On sent que l’homme qui se voyait président et qui n’est plus rien rêve de purger l’affaire. Subitement bien plus à l’aise pour causer surréalistement euro ou crise économique, la compétence que lui laissent encore 64% des français.
Lucide pour l’heure, veillant d’évidence à ne pas embarrasser le PS français tout en donnant un “baiser de la mort” à Martine Aubry, DSK ne renonce d’évidence à rien à terme (“être utile au bien public”). Et le feuilleton médiatique ne fait assurément que commencer: le “plan médias”, après la télé, basculera logiquement vers la presse papier la plus “amicale”. ( L’Express, attaqué, avait déjà révélé en 2008 l’addiction sexuelle de DSK). Avant que l’homme n’entame ce grand classique du genre qu’est l’obligatoire traversée du désert.
Trop de communication, surtout avec les vieilles ficelles éculées d’avant la démocratie instantanée des médias sociaux, peut tuer le politique.
On l’avait déjà constaté au retour gonflé de DSK en France: comme si rien ne s’était passé, genre otage libéré, sourire quasi vacancier aux lèvres.
DSK, sur TF1, a tenté de classer sa propre affaire, en oubliant que la sincérité, ça ne se met pas à ce point en scène. Et que le bidonné, ça se remarque désormais instantanément et négativement sur le fleuve Twitter, démocratie instantanée.
Car, de toute façon, il n’y a que les “amis” pour vous comprendre alors que les ennemis, les déçus, les hostiles, les écoeurés ne vous croient pas.
Et parmi les incrédules, bien des femmes qui, sur ces ressentis là, n’ont pas la mémoire courte. Surtout lorsqu’on ne leur présente pas d’excuses, mot jamais prononcé, comme si DSK ne voulait pas voir la mesure du rejet.
En fait DSK a un problo: il n’a finalement jamais les mots qu’il faut.
Même dans une tribune de connivence.
Michel Henrion, chroniqueur invité (site perso www.demainonrasegratis.be)
“Si jamais nous nous séparons, nous resterons tous en Europe, donc on ne sera jamais réellement séparés. Chez nous, ça s’appellera la Flandre, c’est pas difficile, hé ! Quant aux wallons, ils devront eux-mêmes décider la dénomination de leur pays…”
-“Ou habitera le Roi ? Franchement, ils feront ce qu’ils veulent ! D’ailleurs, si les gens veulent garder un Roi, ils peuvent le garder ! Je suis républicain mais ce n’est pas le plus important: un Roi de Flandre et de Wallonie, pourquoi pas ?”
Ces nouveaux propos-choc de Bart De Wever, le président de la N-VA les a tenus à… Ine (13 ans), Hanne (12), Hannelore (14), Arthur, et, surtout à Daan (12), le plus pitbull de la bande des cinq
“kinderburgemeesters” (une tradition forte au Nord du pays que ces ambassadeurs locaux de la jeunesse…) conviés par “ Dag Allemaal” (6/9) à interviewer le grand homme de la N-VA qui en décroche la “Une” de l’hebdo. Un De Wever qui joue donc plus que jamais sur tous les terrains de la communication, sautant d’une interview de haute volée au “Standaard” (avec pour sujet la philosophie politique du tchèque Miroslav Hroch ) à cette rencontre (une “interview de rentrée” pour le moins différente ) avec des ados pour le magazine le plus popu de Flandre (1.250.000 lecteurs).
Un joli coup de com’ médiasympa pas forcément facile: on devine vite que la rencontre n’est tout de même pas un exercice des plus faciles pour Bart, lui-même un papa fort absent de son propre aveu.
On sent, entre les lignes, qu’il peine un peu à trouver le juste ton, ni trop adulte, ni trop enfantin, ni trop instrumentalisant. Pas facile comme exercice pour le boss N-VA, dont le propre papa militant flamand l’emmenait tout petit dans les manifestations sans lui avoir évidemment jamais demandé son avis…
On n’est pas sûr que parler à des jeunes ados des menaces anonymes qu’il reçoit (“Je vais tuer vos enfants”) soit d’ailleurs vraiment, euh, le plus habile des sujets.
Et on devine que l’homme, assez conservateur sur certains thèmes, (on connaît sa critique récurrente de la société facile de consommation…) est parfois décontenancé. Notamment lorsqu’il découvre que ce “club des cinq bourgmestres ” joue uniment et abondamment du GSM.
“ Je suis un monstre préhistorique”, doit-il bien concéder en tentant, un brin tâtonnant, de nouer le débat .
“ J’ai eu mon premier GSM à 26 ans. Mon Hendrik (le fils de Bart, 10 ans) m’a demandé récemment à recevoir un GSM.” Et, pas vraiment persuadé : “Maintenant que je vous vois tous avec un portable en mains, je ne pourrai sans doute rien faire d’autre que de céder…”
Et les questions-réponses de se succéder, dans un climat intéressant car parfois déconcertant pour De Wever:
- Non, c’est son épouse Veerle qui conduit sa progéniture à l’école. C’est que Bart est par trop souvent interpellé en rue. “Je ne peux pas me promener, même dans un bois, sans tomber sur un flamand qui s’exclame “ Regardez qui nous avons là ! “(…). Ils veulent tous bavarder 5’ mais parfois ça m’arrive vingt fois par jour. Je vais en vacances en Autriche pour donner de l’attention à mes mômes, pas pour babbeler une fois de plus avec des flamands…”
- Oui, bien sûr que les enfants de Bart peuvent écouter Milow ou Daan, qui l’ont tant contesté…”Si on ne peut pas supporter la critique, alors il ne faut pas faire de politique.”
- Bart a d’ailleurs d’évidence l’habitude de ne pas plaire à tout le monde.
“ A l’école, raconte-t-il, j’étais déjà une exception: le seul à ne pas jouer au football. On m’avait donné un surnom : j’étais “ Le Philosophe”. Les gosses peuvent être très durs entre eux…”
-“ Oui, mes enfants sont souvent abordés à propos de leur papa. D’abord à cause du “Slimste Mens” (le quizz de la VRT) et ensuite de l’émission parodique “ Tegen de Sterren op” (ou Bart est souvent imité). Mon fils m’a demandé un jour : “ Papa, est-ce que je peux rire de ça ? “ Donc, il regarde et montre à tout le monde les extraits video sur “You Tube”…
-A –t-il un “bodyguard” ? Non, bien qu’il ne trouve pas la question inadéquate. (“ Je n’ai pas peur si vite que cela…)
C’est surtout en rue et à Bruxelles, répète-t-il, qu’il tombe sur des gens agressifs.
“ Une fois, révèle Bart , j’ai même dû y prendre mes jambes à mon cou et courir. C’est ennuyeux car regardez-moi, je ne suis vraiment pas un sprinter…” (rire des ados).
A Daan, le plus pro, le plus tenace des interviewers (12 ans, bourgmestre des enfants à Hasselt), qui ne laisse pas passer une question sans recevoir de réponse, Bart est finalement forcé de confier:
“ Peut-être pourrais-je être ministre, oui; peut-être pourrais-je être bourgmestre d’Anvers; sur ce dernier point je n’ai pas encore décidé même si j’ai le sentiment qu’il y a des choses à changer à Anvers…”
Le politique d’un autre parti qu’il apprécie le plus ?
A cette question de Daan, De Wever tentera vainement de se dérober, avant de finalement lâcher cette confidence très politique:
“ Oui, il y a quelqu’un en qui on peut avoir une confiance aveugle et c’est Jo Vandeurzen, du CD&V. Si Jo me dit quelque chose, je sais que c’est juste”.
Etonnante question de Daan encore qui demande à Bart De Wever si, “pour se rendre en France, il ne préfère pas passer par l’Allemagne plutôt que par la Wallonie”…
“ Ce serait un sérieux détour ! répond-il, amusé. Non, les problèmes politiques n’ont rien à voir avec les gens. Et je vais bien entendu passer par chez les wallons…
L’état des routes en Wallonie ? “En Flandre non plus, on n’a pas toujours fait au mieux. En Wallonie, on n’a assurément pas assez investi dans les routes. C’est le ministre Daerden qui est responsable de cela.”
“ Vous le connaissez, Daerden ?” demande-t-il aux cinq ados ? Et de mimer , pour qu’ils comprennent, le gag d’ un homme qui porte un verre à ses lèvres , ce qui provoque le déclic de compréhension immédiat.
Et comme ces ados veulent décidément tout savoir , on apprend encore (traduction résumée) que Bart De Wever :
- a connu son premier amour à 18 ans .
- que son premier baiser lui fait dire que “tout début est difficile, hé”.
- qu’il n’a aucun “personnel de maison” et “qu’il tond lui-même sa pelouse sur une tondeuse à siège. ” (avec un emplacement pour boisson)
- que sa devise latine préférée est finalement : “ Fugit irreparabile tempus”.(“ Le temps fuit
irréparablement “, disait Virgile)
-qu’ Albert II est un homme “très sympathique, spontané, qui a un grand sens de l’humour ” mais
qui n’est pas “happy” des idées de la N-VA…
-qu’il n’a plus la possibilité d’aller voir les films qu’il affectionne mais va parfois au cinéma pour
faire plaisir à ses enfants. Une fois pour regarder “Cars 2”, l’autre pour les “Schtroumpfs”.
On en retiendra peut-être cette phrase, plus psy qu’on ne croit:
“ Parfois, je suis le Schtroumpf grincheux. Parfois je suis le Schtroumpf à lunettes. Et parfois je m’imagine que suis le Grand Schroumpf, mais bon, pour diverses raisons, ce n’est pas le cas…”
Michel Henrion, chroniqueur invité ( site perso www.demainonrasegratis.be)
Bart De Wever livrait, il y a peu, la recette de sa N-VA.
“Le nationalisme ne peut avoir de vrai succès que lorsque la Nation n’est qu’un moyen (pour alléger les impôts, mieux contrôler l’immigration, etc…) et pas une fin en soi “, confiait-il en substance.
Cela ne remontera assurément pas le moral de ceux qui espèrent un destin d’étoile filante à De Wever, mais, pour l’heure, c’est clair que c’est toujours le bingo.
Mieux: non seulement la N-VA ne déçoit toujours que fort peu de ses électeurs de juin 2010 (toujours 88% d’électeurs prêts à voter kif) mais son potentiel à séduire des électeurs qui n’avaient pas voté N-VA en juin 2010 demeure carrément canon.
Tout ceci découle clairement du sondage politiquement tout frais réalisé pour “Het Laatste Nieuws” par l’institut ANT Research (1.405 flamands sondés les 31 août et Ier septembre) qui avait déjà testé les mêmes interrogations en juillet dernier, la comparaison permettant ainsi de jauger l’évolution de l’opinion publique au Nord du pays.
Un premier élément est évident: les électeurs N-VA n’ont pas tous été enthousiasmés par le “non” de De Wever et son exit des négociations.
Si 87% des électeurs N-VA soutenaient la stratégie de Bart en juillet, ce score tombe tout de même à 65% en ce tout début septembre.
Mais le seul chiffre très significatif du sondage reflète aussi plutôt une déception: celle de ne plus voir le “lider màximo maximorum” jouer de son influence face à Di Rupo et autres.
Car lorsqu’on enchaîne avec la question de savoir si, en sortant ce nouveau tour de sa poche, Bart a ébréché sa stature “d’homme d’Etat” responsable, ils sont toujours 82%, d’électeurs N-VA, tout comme en juillet, à ne point le penser.
Bref, pour l’heure, pas de dégâts pour le “parti-savon”, juste quelques bulles peu significatives.
Mais ce qui doit remuer au CD&V, menacé, en cas d’échec, d’être un oiseau pour le chat N-VA, c’est que le potentiel d’expansion électorale de Bart reste quasi intact.
A la question “ En cas de nouvelles élections législatives, voteriez-vous N-VA ? “, les sondés donnent, tous confondus, pas moins de… 39% au parti nationaliste contre 40% des sondés en juillet. (pour rappel, la N-VA avait officiellement capté 27,8% des voix en Flandre au scrutin déjà si lointain de juin 2010.)
Mais le plus gravos pour Wouter et Alexander -les deux gibiers désormais visés par les tirs d’opposition très nourris de la N-VA- c’est que 20% des électeurs n’ayant pas voté pour la N-VA en juin 2010 se disent désormais, aujourd’hui, prêts à le faire.
Faites le compte: 20% de tous ceux qui ont voté l’an dernier pour d’autres partis, c’est une réserve big-mac, hénaurme…
Admettons (là, on est peu dans la technique sondagière) que De Wever perde, à la grosse louche, des votants cru 2010 déçus, il peut par contre, à la balance, en gagner donc apparemment une flopée. On vous passe additions et soustractions, mais voici quelque 12% de flamands s’avouant prêts, eux aussi, à être séduits lors d’un nouveau scrutin.
On n’ira pas jusqu’à pousser le bouchon en additionnant tous ces possibles instantanés d’opinion, mais le trend est clair: ça plane toujours pour Bart, fut-il isolé.
Michel Henrion, chroniqueur invité. (blog perso www.demainonrasegratis.be)
Quel est le plus ancien des présidents de parti après l’exit de Joëlle Milquet et son bail de 12 ans ? Elio Di Rupo ? (12 ans itou)
Z’y êtes pas: ce président installé depuis bientôt… seize ans et à qui aucune ambition volontariste ne semble jamais vouloir réellement disputer son siège*, c’est Olivier Maingain, qui succéda en octobre 1995 à la tête du FDF à Georges Clerfayt, le papa à Bernard de Schaerbeek. (11 ans de leadership)
C’est dire si l’homme amaranté en a vu des couleurs et des négociations mûres ou pas mûres, dont le fiasco des négos de la période “orange bleue”. Ou il croisa, des mois durant, un certain Bart De Wever, tout juste élu en deuxième position d’une liste CD&V-NVA menée par…Inge Vervotte.
C’est dire si l’avocat, devenu parlementaire à 31 ans, fait quelque part partie des “meubles politiques”, ayant pris depuis lurette le pli psychologique qui sauve de ne pas trop se soucier d’être apprécié ou vilipendé selon les uns ou les autres.
Avec le bonus politique (meilleur score BHV en 2010 avec 62.988 voix de préférence) que donne souvent la constance, surtout si celle-ci est supportée par une tête de liste presque imposée aux purs libéraux bruxellois du MR.
Mais voici soudain un étrange phénomène médiapolitique: que cet homme-là, qui a traîné ses guêtres et son français
pincé dans moult négociations ou abords sans que ça fasse du foin, sans que ça dérange réellement grand monde, fasse subitement polémique.
Cela vire suspense: le bourgmestre de Woluwé-St-Lambert pourra-t-il siéger, oui ou non, autour de la table lorsque le formateur essaiera de béhachever mieux que Verhofstadt, Dehaene ou Leterme ? Cela vire même bizarre puisque le Nord en arrivé, dans sa fixette, à contester subitement jusqu’à cette règle d’or qui veut que chaque parti choisisse évidemment librement sa délégation.
C’est que Bart De Wever- si mythiquement diabolisé par l’opinion francophone- s’étant mis out, une certaine opinion flamande –qui diabolise tout aussi gravos le président du FDF- voudrait tant instaurer un parallélisme de la mise en quarantaine.
Conséquence: tout comme Bart gagne des points au “Bartland” lorsqu’un Ecolo mal inspiré le traite de “parasite”, voici qu’ Olivier Maingain se hisse ces temps-ci au statut inattendu de “symbole” politique du combat anti-flamand, empruntant un peu les habits que José Happart avait un temps revêtu dans les années ’80, Fouron aidant.
C’est que l’opinion du Sud a évolué plus rapidement que les négociateurs, fixés, obnubilés par la quête désespérée d’un accord.
Car le climat parfois pour le moins douteux du “Bartland”, ou d’aucuns géographient la Wallonie à l’instar de la Grèce, ou on ne voit au Sud que des “junkies” accros au profitariat fainéantant de concert avec des myriades de faux handicapés, ça touche à un ressort psy vital: la fierté, l’amour propre.
Et génère ce besoin d’entendre quelqu’un dire leur fait aux flamands, de leur en remontrer, bref de leur river le clou, de leur rentrer dans le chou.
Et puisque la demande reste sans grande réponse du côté des sachems officiels de parti, si tant préoccupés par le souci de ne pas “envenimer les choses”, de ne pas poser de gestes ou de mots dangereux “pour l’avenir”, voici que le bon vieux “provocateur Maingain” qui remplit subitement ce besoin, ce manque.
Oh, bien sûr que le wallon s’en tape souvent un peu le coquillard des communes de la périphérie qui ne lui apparaissent pas comme étant vraiment son problo. Oh, bien sûr que le français plutôt pincé du président du FDF n’est pas trop sa tasse de pékèt. (l’implantation du FDF en Wallonie fait d’ailleurs encore un peu bricolo…)
Peu importe: ce qui lui plaît, c’est que quelqu’un y aille à la sulfateuse, à la tronçonneuse.
Il faut d’ailleurs relever combien Maingain, sur les plateaux de télé, a presque adopté la même gestuelle que l’ami Bart: mains croisées, sûr de son discours, fut-il répétitif.
De Wever a choisi depuis longtemps le regard fixe; Maingain lève plutôt les yeux au plafond ou vers ses chaussures. Tous deux indifférents aux attaques qui glissent comme pluie sur plume de canard.
Mais le résultat est kif: c’est du rentre-dedans.
Pour le MR de Charles Michel, où tout n’est certes pas décanté mais où l’on se concerte bien plus qu’on ne le pense, c’est là une carte intéressante dans cet objectif à peine dissimulé d’apparaître comme “le meilleur parti de la défense des francophones”, suivez déjà les petites pancartes Fédération Wallonie-Bruxelles.
Le PS, jadis, utilisa ainsi habilement José Happart, aussi à gauche qu’une portière de voiture anglaise. Non sans devoir gérer les multiples exigences sinueuses du combattant fouronnais.
Les relations FDF-libéraux étant tout sauf simples, l’aura subite de Maingain, “l’idéaliste francophonissime”, a, pour le MR, itou ses défauts et ses qualités , selon que l’on privilégie pouvoir ou parti.
Les hommes-symbole, c’est joli, mais c’est compliqué…
Michel Henrion, chroniqueur-invité. (suite sur mon blog perso www.demainonrasegratis.be)
* Le seul à s’y essayer, fut le “régionaliste” Didier Gosuin qui annonça sa candidature mais finit par y renoncer, Maingain étant alors réélu avec 79,9% des voix