La petite commission
On avait fini par l’oublier. La commission Dexia. Elle doit commencer à atterrir. Premier rapport attendu dans un mois.
On est impatient, impatient, impatient.
Les Français ont-ils roulé les Belges dans la farine ? Le gouvernement a-t-il des responsabilités dans la banqueroute ? Et les directions successives, et les administrateurs ? Y a-t-il eu des délits d’initiés ? Quel rôle exact ont joué les agences de notations ?
Bref, des questions essentielles par rapport à une banque qui nous appartenait et qui a été rachetée par l’Etat, donc par nous. Un peu le sentiment de payer deux fois pour une coquille vidée de sa substance. M’enfin… soit.
La commission parlementaire doit donc atterrir. Mais pour atterrir, aurait-il encore fallu qu’elle décolle. Et dans la tour de contrôle, les partis de la majorité, les présidents ont avalé le plan de vol. Cloué sur le tarmac les Hercules Poirot de la finance. Ils n’ont pas eu le loisir de constituer une véritable commission d’enquête. Résultat ? Le voici.
- Bonjour Monsieur le directeur de l’Autorité des services et marchés financiers. Peut-on consulter les archives de vos services ?
Le directeur commence à transpirer, il se plie en quatre, il n’arrive plus à se contenir. Il est pris d’un fou rire.
Scène quasi identique avec le directeur de la Banque Nationale.
- Bonjour Monsieur le directeur de la Banque nationale. Peut-on consulter les archives de vos services ?
- Ah ! Ah ! Ah ! Impossible mes braves, ce serait violer le secret professionnel ! Je vous souhaite néanmoins la bonne soirée.
L’enquête piétine. Pas avancer d’un centimètre. Or, les soupçons pèsent lourds. Des individus auraient profité de l’occasion pour réaliser des opérations douteuses. Des délits d’initiés qui peuvent vous envoyer au trou. Deux députés écologistes se sont permis à cet égard quelques commentaires dans la presse. Paf, leurs collègues des partis de la majorité voient rouge. Ils les menacent d’exclusion pour violation du devoir de réserve. Les verts, l’opposition irresponsable, jouent ainsi le jeu des financiers malhonnêtes.
Les discussions ont lieu actuellement pour savoir si Georges Gilkinet et Meyrem Almaci vont être virés.
Alors, ça, c’est la réunion la plus con du monde aujourd’hui. Pourquoi ?
Parce qu’ils ne vont pas être virés.
Parce que les exclure ce serait montrer que les partis traditionnels étouffent le scandale.
Parce qu’Ecolo s’érigerait alors en martyr. Bingo électoral.
Mais, voilà ! Cette réunion induit déjà ces constats, peu importe les résultats. Ecolo a tout gagné dans l’aventure. Cela démontre aussi que le génie politique des commissaires ne risque pas d’être d’un grand secours pour l’avènement de la vérité.
Le quotidien flamand De Morgen révèle ce matin que des réunions sont régulièrement organisées entre certains commissaires, des chefs de groupe et des membres du gouvernement. Bé oui. C’est comme si on découvrait l’eau chaude.
Et, in fine, vous savez quoi ? Ce sont les présidents de parti qui vont eux-mêmes triturer le texte final. La commission Dexia apparaît de plus en plus pour ce qu’elle est vraiment : une petite commission. Le gouvernement finira par tirer la chasse. Pour oublier tout ça. Rapidement.
De la nécessité de réguler les marchés financiers qu’ils disaient…

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