Jurassic Charleroi

Par Alain Raviart dans Actu , le 7 février 2012 00h42 |

6 février 2012

(Bruit dinosaures)

 Jurassic Park à Charleroi ce week-end ! Du grand divertissement. Avec un mélange subtil, pour le surplus, de Far West organisé.

 Ainsi donc, il fallait remplacer Jean-Jacques Viseur.

 Un catho à la tête de Charleroi pendant cinq ans ! Quoi ? Rendez-vous compte ! Pour de nombreux camarades, la plaisanterie avait assez duré. Sa démission pour raison de santé était une belle occasion de remettre l’Eglise au milieu du village ou plutôt, pardon, pardon, la cloche au milieu de la crypte politique. Tout est donc rentré dans l’ordre socialiste.  

 Vendredi soir. Réunion dont les USC, les unions socialistes communales, ont le secret. Ambiance conviviale avec un éclairage aux néons condamnant les invités à ressembler à des morts vivants sortis des tombes du cimetière voisin. Bref, c’est un peu « Thriller » à Jumet City. Le décor est assuré par une ribambelle de table de ping pong bordées d’un aluminium des plus chaleureux. Bienvenue dans la salle de sport, dans la salle des fêtes et dans la salle du bureau politique de Jumet(rais bien une p’tite chope dans le gosier pour la déroute).

 Paul Magnette assure l’animation, enfin presque… « Camarades, camarades, militants, nous allons choisir le nouveau bourgmestre de Charleroi ! Hourra ! Bravoooo ! » (Applaudissiments)

 Marrant, nous on croyait bêtement que c’était les électeurs qui choisissaient leur mayeur – un peu quand même… Encore un bel exemple de démocratie participative…

 

 Bé non ! Youpi ! Parole aux militants.  

 Sur les chaises oranges, dont même l’antique PSC s’est débarrassé, on retrouve des vieux souvenirs.

 Van Cau, Van Gompel & Co. Et force est de constater que les vieux de la vieille en ont encore sous la pédale: ces hommes du passé ont décidé de l’avenir.

Les brontosaures ont enfanté un bébé dinosaure. Le petit, le mignon, Eric Massin. Il sera le nouveau mayeur. L’homme a été habile, cela dit. Il n’a jamais trop critiqué ses encombrants prédécesseurs empêtrés dans les affaires. La vieille garde l’a donc soutenu. Fraternité et remerciements bien mérités. Eric Massin a ainsi construit au fil du temps son rapport de force. En attendant le bon moment. Et ce moment est venu. Il a forcé le destin ce week-end. La politique est un art subtil.     

 L’actuel bourgmestre faisant fonction en a gros sur la patate. Paul Ficheroulle est dézingué. Il aurait trop critiqué ceux qui ont mis la ville à sac. La vieille garde ne l’a donc pas soutenu.

Ficheroulle lâche face-caméra : « Je suis flingué par mon propre parti. » Un vrai moment de télé et de politique locale. Ça, ce n’est pas de la communication politique orchestrée. La voix tremble. L’homme est blessé, au plus profond de lui-même. Cependant, il assure qu’il restera socialiste. Lui ! Le respect de ses convictions. Pas comme certains, les traîtres. Paul Ficheroulle, s’en va, seul, la tête haute avec l’encombrant label « renouveau » sur les épaules. L’homme a certainement pleuré en rentrant chez lui. Le Far West politique est d’une cruauté sans nom.

 Alors le Michaël Jackson, le Brad Pitt de Jumet, Paul Magnette, essaye de nous faire gober une histoire à l’eau de rouge, une histoire à laquelle, à vrai dire, il ne semble pas croire pas lui-même : « Ce n’est pas une guerre entre anciens et modernes. Ce sont plutôt des questions personnelles, humaines et amicales qui ont déterminé le vote. » Bref, les Bisounours n’auraient pas voulu de Babar. Ni plus, ni moins.

 C’est faux. Magnette voulait le statu quo, les anciens ont imposé leur point de vue.

 Ce serait bien qu’on avertisse Thierry Giet, le président ad interim du PS, de ce qui s’est passé à Charleroi ce week-end.

 Parce que dans la plus grande ville de Wallonie, huit mois avant les élections communales, il y a comme un parfum de retour aux affaires courantes, voire navrantes.

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