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Jackie Kennedy, conversations inédites avec Arthur M.Schlesinger

Par Christine Calmeau dans Document , le 3 novembre 2011 14h24 | Ajouter un commentaire

jackieJackie Kennedy, un mythe, un vrai.

Des dizaines, des centaines d’ouvrages lui ont été consacrés, avec plus ou moins de bonheur.

Son image a fait le tout du monde.

Son mariage avec JFK a fait l’objet des rumeurs les plus folles et les plus insidieuses.

Tout ou presque a donc été écrit , mais rien de sa propre main, puisque Jackie, née Bouvier n’a laissé aucune auto-biographie, ni aucunes mémoires.

A sa mort, en mai 1994, le New York Times rappelle que  »son silence sur son passé, surtout les années Kennedy et son mariage avec le président, a toujours été voilé de mystère ».

Et c’est bien pour cela que le document publié par Flammarion est exceptionnel : demeurés secrets pendant plus d’un demi siècle, ces entretiens nous dressent le portrait d’une femme qui se livre et se dévoile enfin .

Au printemps 1964, toujours en plein deuil, quelques mois à peine après l’assassinat de son mari à Dallas, elle accepte de revenir sur des années cruciales non seulement pour elle, mais aussi pour l’Histoire des Etats-Unis.

C’est l’historien Arthur M. Schlesinger qui a ainsi l’honneur de recueillir les confidences de la veuve du président. Jackie qui parle de John, bien sûr, mais aussi de leur couple, de sa conception du rôle de  »First Lady », des grands de ce monde qu’elle a rencontrés, et de bien d’autres choses encore.

Une véritable plongée dans tout un pan de l’histoire américaine. Et on découvre une Jackie très loin de l’icône des magazines de mode . A 34 ans à peine, l’émotion toujours à fleur de peau, madame Kennedy est, à ce moment-là, tout à fait consciente du poids historique de ses propos.

La préface est signée par sa fille Caroline. Elle explique comment,  à la mort de sa mère, elle a trouvé ces entretiens, enregistrés sur K7, et pourquoi elle a décidé de les publier. D’autres souvenirs personnels  et d’autres notes de Jackie Kennedy ont été mis sous scellés pour une période de 100 ans. Ils seront accessibles au grand public en … 2067 …

Ce qui vous laisse largement le temps de dévorer cette passionnante série d’entretiens.

 

 »Jacqueline Kennedy, conversations inédites avec Arthur M.Schlesinger », chez FLAMMARION

Madame DSK, un destin brisé, Revel / Rambert

Par Christine Calmeau dans Document, Nouveautés , le 20 octobre 2011 08h14 | Ajouter un commentaire

dskDepuis que le ciel lui est tombé sur la tête, depuis le 14 mai 2011, il y a une question que tout le monde se pose : comment Anne Sinclair fait-elle pour tenir le coup dans cette saga politico-judiciaire qui a tenu la planète entière en haleine tout l’été. Comment cette ancienne icône de la télévision arrive-t-elle à gérer ce scandale qu’elle redoutait tant ? Comment peut-elle faire face sans baisser les yeux, elle qui fait partie à présent du cercle très fermé et très peu envié, avec Hillary Clinton,  des cocues les plus célèbres de la terre ?

Quel est ce courage ? Quelle est cette force qui lui a permis d’affronter les centaines de caméras, d’appareils photos et de journalistes qui l’ont traquée tout l’été à New York ?

Renaud Revel, rédacteur en chef à l’Express et Catherine Rambert, journaliste et directrice de la rédaction de Télé Star, ont enquêté, longtemps, et bien avant le début de l’affaire, sur ce couple si puissant à Paris.

Un couple qui avait tout.

Lui, le boss du FMI, côtoyant tous les grands de ce monde , favori à l’élection présidentielle française de 2012.

Elle, ex-star de TF1, héritière d’une fortune imposante, se voyait déjà première dame de France.

Un destin qui a basculé  dans la nuit du 14 au 15 mai dernier, quand la France entière découvre, stupéfaite, Dominique Strauss Kahn, menottes aux poings.

Et c’est toute la vie du couple que retracent les auteurs : leur enfance, leur parcours privé et professionnel, leur mariage en 1991, leur entourage. Tout cela pour essayer de comprendre le soutien indéfectible qu’Anne Sinclair offre à son époux depuis le début de l’affaire. Anne Sinclair, cette femme de paradoxes, cette femme en colère, que certains décrivent en guerre contre la terre entière.

 »Madame DSK, un destin brisé », malgré son titre un peu racoleur, est un document sérieux, très agréable à lire. Il permet de mieux cerner les deux protagonistes du plus grand scandale sexuel de la décennie.

« Madame DSK, un destin brisé », Renaud Revel/Catherine Rambert, FIRST

Cartes sur table, Alain et Patrice Duhamel

Par Christine Calmeau dans Document , le 21 janvier 2011 16h26 | 2 commentaires

duhamelOn ne présente plus les frères Duhamel. Alain, le journaliste, dans les colonnes du Monde, de Libération, du Point, à la radio, Europe 1 , sur RTL maintenant. En télévision aussi, sur France 2.  Alain et son frère Patrice donc, Patrice qui a, quant à lui occupé les plus hautes fonctions dans le PAF, le paysage audio-visuel français. A eux deux, les Duhamel cumulent 80 années de carrière politico-médiatique. Ils ont cotoyé les plus grandes figures de la 5ième République.

C’est Renaud Revel, le rédacteur en chef de l’Express, qui a eu l’idée de ce livre d’entretiens. Et c’est toute une partie de l’histoire politique française qui est retracée au fil des pages, puisque les 2 hommes ont cotoyé de très très près les 4 derniers présidents français, Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac ou l’actuel locataire de l’Elysée, Nicolas Sarkozy.

Et il y a des choses à raconter sur chacun d’entre eux.  Sur leurs parcours, sur les rapports qu’ils entretiennent chacun avec les journalistes et avec les patrons de chaînes de télé.  Des dizaines d’anecdotes plus intéressantes les unes que les autres,  pour mieux comprendre ce microcosme assez particulier dans les toutes hautes sphères du pouvoir.

« Cartes sur table » ou un ouvrage que l’on dévore de la première à la dernière ligne, en suivant ces deux parcours professionnels très riches : celui de deux personnes qui ont su garder une liberté de ton et une droiture exemplaire. Pour traverser plutôt sereinement les majorités politiques tantôt à gauche, tantôt à droite, sans devoir courber l’échine, avec beaucoup de passion .

Total respect messieurs !

 

« Cartes sur table », Alain et Patrice Duhamel,  Plon

Un agent secret belge raconte, Kris Daels

Par Christine Calmeau dans Document , le 27 octobre 2010 13h29 | Ajouter un commentaire

alpha204A 14 ans, Kris Daels se fout de tout le monde et de tout ce qui porte  un uniforme en particulier. Dans la banlieue de Courtrai, le jeune homme subit sa scolarité : à 16 ans, il est renvoyé de l’école pour commerce illicite de pétards et de … boules puantes. Il terminera quand même ses humanités dans une section électromécanique. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir une passion : le judo. Mais, il est conscient qu’il est difficile de tout plaquer pour une carrière où les risques financiers sont énormes.

C’est la gendarmerie qui lui permettra de suivre une formation tout en continuant les compétitions.

Commence alors une nouvelle vie, à la caserne d’Etterbeek d’abord, pour l’instruction. A  l’ESI, l’Escadron spécial d’Intervention ensuite : le top du top paraît-il : les supers flics !

Une formation qui dure de longs mois  avant de l’ envoyer sur le terrain. Et les missions s’enchaînent : que ce soit pour des  »Fort Chabrol », ou pour d’autres interventions, toujours dangereuses, même si Kris Daels reconnaît bien volontiers que le foie du  »Comme chez Soi » à Bruxelles, lors de missions de protection ( ici celle de Melchior Wathelet, à l’époque ministre de la Justice) lui laisse d’excellents souvenirs…

Protection rapprochée, arrestations, filatures : l’escadron est appelé sur du  »lourd », à une époque où l’on commence à peine à parler des MPR, les méthodes particulières de recherche.

Tout cela jusqu’au jour où Kris Daels passe un truand à tabac : il réalise alors qu’il est temps de songer à autre chose.

Agent de renseignements : ce sera la nouvelle affectation du flic. A 34 ans, l’homme choisit de repartir sur les bancs de l’école  :  comment récolter le maximum d’informations possible et comment endosser une nouvelle identité pour infiltrer différents milieux. Pendant plusieurs années, il vivra donc sous plusieurs identités.

 »Un agent secret belge raconte » nous fait pénétrer dans un univers tout à fait méconnu pour le commun des mortels. Bien sûr, on en parle dans les séries télé ou au cinéma, mais qui imagine que tout cela peut exister, au coin de notre rue ?  C’est pourtant une réalité que Daels nous expose dans son livre, avec des mots de tous les jours, beaucoup de justesse et sans vantardise aucune.

Daels qui effectue aussi quelques mises au point bien senties avec sa direction de l’époque : des chefs assez souvent à côté de la plaque…

Très intéressant !

 »Un agent secret belge raconte », Kris Daels, Editions Jourdan

Belle Amie, Mickaël Darmon, Yves Derai

Par Christine Calmeau dans Document, En poche , le 16 avril 2010 10h08 | Un commentaire>

belleOn la voit depuis quelques années à la télé, dans la presse écrite ou dans la presse people, mais qui est vraiment Rachida Dati, cette jeune femme issue de l’immigration que les français ont découverte lors de la campagne présidentielle de 2007 ?

A l’époque, tout semble lui réussir : elle est ultra souriante, pétillante et donne un sacré coup de frais dans un paysage politique bien terne. Très très proche tout un temps du couple Sarkozy ancienne mouture, Rachida Dati devient rapidement une des personnalités les plus en vue de l’Hexagone.

Est-elle une héroïne digne d’un roman de Maupassant ? C’est en tout cas la thèse que les auteurs de l’ouvrage ont développée.

Ambitieuse, anti-conformiste, championne toute catégorie en science du comportement dans le beau monde, Rachida a su se rendre indispensable auprès de tout un tas de personnes plus ou moins importantes et arriver ainsi dans l’anti-chambre du pouvoir, de Chalon sur Saône à Paris, sous les ors de la République. Rachida Dati aime séduire, elle y va au culot. Pour Mickaël Darmon et Yves Derai, tout ce qui est arrivé  à la jeune beurette (  d’abord simple conseillère  de Nicolas Sarkozy quand il était à l’intérieur,),  »tout a été calculé, organisé, arraché, dérobé « .

Les deux journalistes, sans cesse sur le terrain , ont longuement enquêté avant de rédiger ce portrait essentiellement à charge. Ils ont rencontré des dizaines de personnes qui ont accepté de raconter de très nombreuses anecdotes très peu flatteuses : des témoignages très souvent anonymes, mais contre lesquels aucune action en justice n’a été intentée.

Mickaël Darmon et Yves Derai ont également consacré un chapître à un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre : la paternité de la fille de Rachida Dati. S’ils ne donnent pas le nom du géniteur, ils n’ont pas hésité à formuler plusieurs hypothèses, dont celle que l’ex-ministre ne voulait pas qu’on raconte… Une ex-ministre pour qui tout allait bien tant que Cécilia Sarkozy était toujours dans le parcours : avec Carla, c’est une autre paire de manches !

« Belle Amie » est un livre explosif, qui a fait beaucoup de bruit au moment de sa sortie il y a un peu plus d’un an. Il est du genre qu’on dévore, pas du tout rasant ! Et vous ne regarderez plus jamais la principale concernée du même oeil… 

 

« Belle Amie », Mickaël Darmon, Yves Derai, Archi Poche

Captive, Clara Rojas

Par Christine Calmeau dans Document, En poche, Nouveautés , le 8 février 2010 20h33 | Ajouter un commentaire

captive22Clara Rojas a été la directrice de campagne d’Ingrid Betancourt : une collaboratrice fidèle, une amie. Elle n’hésite donc pas trop quand il faut la suivre dans un voyage que tout le monde leur déconseille : se rendre à San Vicente del Caguán, dont le maire fait partie de la même formation politique. Un voyage risqué… très risqué… Et pourtant, en février 2002, Clara et Ingrid se mettent en route : quelques heures plus tard, elles sont enlevées par les Farcs.

Commence alors un voyage en enfer.

Un voyage que Clara Rojas nous invite à partager et à revivre, avec des mots très simples pour décrire et raconter sa vie au quotidien : cette terrifiante survie plutôt, au coeur de la jungle colombienne, là où le soleil n’arrive pas, ou très peu, là où la végétation si dense empêche l’armée de voir à travers les arbres.

Dans un dénuement total, isolée de sa famille, et du reste du monde, avec une épée de Damoclès au dessus de la tête, 24h/24, Clara Rojas aura passé 6 années qu’on ne souhaiterait pas à son pire ennemi. 6 ans auxquels elle a survécu grâce à la Foi dit-elle. Même si Dieu ne peut pas grand chose contre ce cauchemar…

D’abord, il y a l’environnement. La jungle, humide, touffue, boueuse est tout à fait hostile : les animaux, les reptiles, les insectes en tout genre, les fourmis rouges de 3 cms, les larves , les cafards, les araignées…

A ces horribles bestioles, à une nourriture infâme,  à cette inactivité forcée,  s’ajoute un climat extrêmement tendu entre les otages, et puis, pour la première fois, on entend un autre discours sur la personnalité d’Ingrid Betancourt : très éloigné de celui présenté jusqu’alors : la très sainte Ingrid a vécu…

Confrontée aux mêmes conditions de détention que Clara Rojas, la candidate à l’élection présidentielle n’aurait pas toujours fait preuve de la plus grande humanité envers celle qui l’a toujours soutenue. Et Clara Rojas raconte comment elles se sont lentement éloignées au fil des mois. Comment son amie a été très froide avec elle, comment elle lui a confisqué un dictionnaire ou comment encore elle a refusé que Clara assiste à des cours de français qu’elle donnait à leurs compagnons d’infortune.

Mais, indépendamment de cet éclairage nouveau sur la personnalité de l’icône colombienne, le passage le plus fort de ce livre est sans aucun doute celui où l’otage Rojas raconte sa grossesse et son accouchement au fin fond de la jungle, sa vie nouvelle avec son fils Emmanuel et le déchirement qui a suivi 8 mois plus tard quand les Farcs lui ont enlevé son enfant, soi-disant pour le faire soigner. Un fils qui a été le seul rayon de soleil de ces 6 années noires. Un fils dont nous ne saurons rien à propos de sa conception, et de l’identité du père. Cela relève de ma vie privée explique Clara Rojas :  »Je réserve l’exclusivité de cette histoire à mon fils quand il sera en âge de me poser des questions ».

Et c’est très bien ainsi.

 »Captive » est un document fabuleux qu’on dévore sans le lâcher, écrit avec beaucoup d’humilité et  sans fioriture de la part de celle qui, après avoir vécu autant de temps en enfer, se dit très heureuse. C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter.

 

 

 »Captive », Clara Rojas, Pocket

Mesrine, fragments d’un mythe.

Par Christine Calmeau dans Document , le 17 janvier 2010 16h26 | Ajouter un commentaire

mesrine10Qui n’ a jamais entendu parler de Jacques Mesrine ? A moins d’être né après l’an 2000, ou d’avoir passé de très longues années dans le fin fond de l’Amazonie ou sur la Lune, impossible de ne pas avoir entendu ce nom au moins une fois !       

 Jacques Mesrine, l’ennemi public numéro 1, celui qui a alimenté les cauchemars de très nombreux policiers, était-il une franche crapule, ou comme il a toujours voulu le faire croire,  une espèce de Robin des Bois, un gangster de légende ?

Ni l’un ni l’autre, et probablement un peu de tout cela à la fois. Une personnalité plus que complexe qui a fait couler beaucoup d’encre des années durant : des vérités, pas mal de rumeurs aussi sur celui qui n’a laissé personne indifférent, jusque dans la mort : fallait-il oui ou non, l’abattre en plein jour, porte de Clignancourt, comme un vulgaire gibier ? Aujourd’hui encore, il y a débat…

Un débat relancé par  »l’Instinct de mort » et  »Ennemi public n°1 », les deux films de Jean-François Richet.

Et c’est justement grâce à ces 2 longs métrages que le journaliste Philippe Roizès s’est penché sur la vie et l’oeuvre du truand. Au départ, pour tourner un documentaire sur le making of du film, et puis sur la réalité des faits commis par Mesrine.

Finalement, après avoir regroupé des centaines de documents, des écrits de Mesrine lui-même, après les avoir mis en contradiction avec les versions officielles et de très nombreux témoignages de celles et ceux qui l’ont côtoyé, l’auteur, aidé par Anne-Marie Préfol, journaliste également, nous propose un documentaire exceptionnel ( en dvd, fourni avec le livre), mais surtout un ouvrage plus que bien foutu !

Plus de 200 photos, lettres, PV , des inédits ou des pièces très rares viennent appuyer plus de deux ans d’enquête sur l’histoire et la vie d’un homme pas vraiment comme les autres.

Enfance, adolescence, rapports avec son père, la vérité sur la guerre d’Algérie, ses détentions, ses évasions, ses procès, les braquages, ses cavales, les enlèvements… c’est toute la carrière de Mesrine dans l’univers du grand banditisme qui est passée au crible.

Un très beau travail, à lire comme un roman… captivant …

 

 »Mesrine, fragments d’un mythe », Philippe Roizès et Anne-Marie Préfol,  Flammarion.