Lame de fond, Cécilia Dutter

Par Christine Calmeau dans Coup de coeur, Romans , le 9 mars 2012 17h48 | Ajouter un commentaire

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Elle s’appelle Romane Bréjeance.

En décembre 2004, elle a 40 ans. Directrice commerciale, responsable du secteur  »Asie » de sa boîte, son boulot l’empêche de passer Noël en famille, et l’éloigne au bout du monde.

A Krabi plus précisément, dans le Sud de la Thaïlande.

Un matin, en s’installant sur la plage, Romane scrute la ligne d’horizon … de plus en plus blanche, une longue barre d’écume se rapproche lentement du rivage.

Les touristes sont indécis. Certains filment l’océan avec leur téléphone portable. Et puis arrive le bruit : d’abord feutré, ensuite un grondement continu qui monte des profondeurs.

Très vite, c’est un mur d’eau d’une dizaine de mètres de haut qui fait face à Romane, qui se met à courir.

Trop tard.

La vague géante frappe le sable avec une détonation de bombe. La jeune femme est emportée par les flots. Comme dans une machine à lessiver dira-t-elle plus tard.

Car, la mort n’est pas au rendez-vous pour la française. Quand elle reprend connaissance, quelque part dans la jungle, à des kilomètres du bord de mer, Romane a mal partout, des plaies sur tout le corps, un bras cassé, mais elle arrive à marcher.

Tout autour d’elle, un spectacle de désolation : des maisons, des arbres arrachés, des morts partout, où qu’elle pose son regard.

Mais, elle est en vie.

Et la possibilité d’être quelqu’un d’autre lui traverse l’esprit … Entre un mari qu’elle n’aime plus et une fille ado qui la rejette, elle n’hésite pas : elle va tenter de se reconstruire, sous une autre identité.

Une fuite qui la mènera à Phuket d’abord, en Australie ensuite, pour se reconstruire … Jusqu’au jour où …

Cécilia Dutter a écrit un roman sur la disparition de celles et ceux qui choisissent, pour de multiples raisons, de partir, sans laisser d’adresse. Celles et ceux pour qui le quotidien familial ou professionnel devient trop pénible à supporter. Et ici, l’histoire d’une femme qui s’empare d’un hasard météorologique, un tsunami, pour en faire son destin.

Est-ce facile ? Y laisse-t-on des plumes, ou, au contraire, cette nouvelle existence se construit-elle naturellement, sans remord ?

 »Lame de fond » vous donnera quelques réponses, pas toutes. Qu’importe, l’ouvrage se lit d’une traite, sans reprendre son souffle. Même si une question revient inlassablement, la dernière page tournée : combien de personnes ont-elles profité de telles occasions pour tirer définitivement un trait sur leur passé ?



« Lame de fond », Cécilia Dutter, Albin Michel



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