L’insolente de Kaboul, Chékéba Hachemi

Par Christine Calmeau dans Récit , le 8 décembre 2011 11h10 | Ajouter un commentaire

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Quand Chékéba Hachemi a 10 ans, son pays, l’Afghanistan, est aux mains de l’envahisseur russe.

Sa mère, veuve, décide de fuir Kaboul et le joug communiste. En chemin, mère et fille sont séparées.

Heureusement, Chékéba réussit quand même à fausser compagnie à la police et poursuit sa fuite à pieds, à travers les montagnes pakistanaises . Après de longues journées de marche et de souffrances physiques et morales, la fillette retrouve enfin sa mère et part s’installer en France où ses frères l’attendent.

En quelques mois à peine, Chékéba apprend à parler le français : à la fin de l’année scolaire, elle réussit à lire ‘le Palanquin des Larmes » .  »Mon père rêvait pour ses enfants d’études supérieures en France, le pays de la république, des lumières et de l’humanisme. Lui-même n’y avait jamais mis les pieds, mais il insistait pour que nous en parlions la langue » écrit la jeune femme, qui a soif d’apprendre encore et encore, au grand dam de ses frères, pour qui la place d’une jeune femme est à la maison, derrière les casseroles, pas à l’extérieur.

Qu’importe ce qu’ils pensent, elle étudiera, quoi qu’il arrive et avouera plus tard, n’avoir jamais souffert du racisme, mais bien de la misogynie de sa fratrie.

Ses études terminées, Chékéba veut à présent se rendre utile à son pays. A l’époque, les talibans y font régner la terreur. Elle réussit à prendre contact avec le Commandant Massoud. Elle le rencontre et lui fait part de ses projets en juin 2000 : il signe la charte des femmes afghanes.

Quelques mois plus tard, elle est engagée à l’ambassade afghane à Paris, puis, elle est nommée diplomate à Bruxelles. Mais Massoud est mort, assassiné…

En juin 2005, elle débarque à Kaboul et se retrouve conseillère économique d’un homme chargé de reconstruire le pays : une mission difficile, quasi impossible :  » le drame d’un pays comme le nôtre, renvoyé au Moyen Age par les fondamentalistes, est que la partie de sa diaspora qui a bien réussi n’a aucune raison objective de revenir dans une mère patrie mal sécurisée et qui offre une qualité de vie dramatiquement inférieure » écrit-elle.

Chékéba qui dénonce l’absence de formation des élites, parle de népotisme absolu et qui précise enfin :  » rien n’était et ne sera pire que les Talibans ».

 »L’insolente de Kaboul est un récit passionnant, édifiant, sur un pays aujourd’hui à nouveau en partie géré par les talibans, gangréné par la corruption, mais Chékéba veut toujours y croire… et continue son combat, pour que les petites filles afghanes soient traitées autrement que des chèvres…

Pour que les mentalités changent, enfin …

 »L’insolente de Kaboul », Chékéba Hachemi, Editions Anne Carrière

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