En ce moment

Archives du février, 2010

L’Inde de A à Z, Nina et Olivier Da Lage

Par Christine Calmeau dans Nouveautés, voyage , le 23 février 2010 14h41 | Ajouter un commentaire

inde3Avec 1,13 milliards d’habitants en 2008, probablement 2 milliards à la fin du 21 ième siècle et plus que la Chine vers 2020, l’Inde est au top de l’échelle démographique planétaire.

7ième pays par sa superficie, 7000 kms de côtes, mais aussi la plus haute chaîne  montagneuse du monde avec l’Himalaya, les chiffres concernant l’ancienne colonie britannique donnent le tournis : 10 millions de nouveaux abonnées à la téléphonie mobile… par mois… 17 millions de passagers sur le rail… par jour…

Indépendamment de ces informations surprenantes, l’Inde c’est aussi, en vrac et dans le désordre, le pays du Gange, de Gandhi, du cricket, du Taj Mahal, de Tata et de Mittal, de Bollywood, des épices, du diamant, du coton, de la soie, des couleurs, de l’informatique, des vaches sacrées… mais également le royaume des castes et de la corruption, dans une mosaïque religieuse et culturelle qui fascine, alors que toute la population est suspendue à la mousson qui impose sa loi.

On retrouve tout cela , et bien d’autres choses encore dans le guide. Les auteurs, Nina et Olivier Da Lage ont sélectionné une centaine d’entrées classées par ordre alphabétique. Elles décrivent cette immense contrée sous les angles les plus divers : ses communautés, sa culture, son histoire, son économie, ses lieux, sa vie politique et sociale, sans oublier le quotidien.

On tient dans les mains une véritable invitation au voyage : un kaléidoscope d’un pays  »sûr de lui, entré de plain-pied dans la mondialisation ».

L’ouvrage, multi-facettes, trouve son prolongement sur internet, avec de nombreuses photos, vidéos, et un millier de liens permettant d’aller plus loin dans la découverte.

 »Les Abécédaires du voyageur » est une nouvelle collection qui se rendra très vite indispensable, avec son concept novateur qui enrichira vos relations avec le peuple indien.

Un incontournable si vous avez déjà votre billet d’avion en poche. Même si vous ne l’avez pas d’ailleurs, histoire de ne pas mourir idiot.

 

 

 »L’Inde de A à Z », de Nina et Olivier Da Lage, André Versaille éditeur.

Autre titre disponible dans la collection  »Les Abécédaires du voyageur » :

- le Mexique de A à Z

En préparation :   »l’Iran de A à Z » et  »le Congo de A à Z »

Ne vous retournez pas, Maud Tabachnik

Par Christine Calmeau dans Nouveautés, suspense , le 10 février 2010 21h49 | Ajouter un commentaire

maud2Stan Levine est un flic dont les états de service sont particulièrement éloquents. A son tableau de chasse, les pires crapules, les pires criminels que l’on puisse rencontrer.

Mais ça, c’était avant. Avant qu’un certain Nichols ne le détruise  presque complètement en enlevant et en massacrant sa fille, dans une affaire qui mobilise toutes les forces de police de New York. A l’époque, Levine est l’un des policiers les plus gradés de NY, il est pressenti pour devenir le chef du NYPD.

Aujourd’hui, après avoir cherché le monstre pendant de très longues années, après avoir appris à vivre seul, sa femme et ses 2 autres enfants l’ont quitté pour s’installer très loin, Stan Levine est toujours flic : inspecteur en chef dans une ville beaucoup moins prestigieuse  que la Grosse Pomme : Milwaukee.

Et il commence enfin à reprendre goût à la vie, petit à petit, même si une vague d’attentats islamistes traumatise l’opinion publique. Jusqu’au jour où le psychopathe refait surface et signe son retour sur la scène de l’horreur  avec deux meurtres monstrueux.

Stan Levine sait que c’est l’homme qu’il attend…

Maud Tabachnik nous emmène dans un fabuleux suspense. Avec une écriture rapide, efficace et très rythmée, on suit l’enquête, palpitante, de son personnage fétiche, en se glissant dans sa peau, ou en suivant alternativement la progression du tueur, des islamistes ou celle des agents du FBI.

La construction du roman est redoutablement efficace. L’histoire, inspirée de faits réels qui se sont déroulés aux Etats-Unis dans les années 30, ne fait pas dans la dentelle et il faut avoir le coeur plus qu’accroché pour ne pas fermer les yeux de temps à autre, mais,  »Ne vous retournez pas » est un sommet dans le genre.

D’après le journal le Monde, Maud Tabachnik défie les auteurs américains sur leur propre terrain. On peut aller plus loin : elle dépasse grand nombre d’entre eux, largement.

Et cela, n’en déplaise à certains, même si elle est une femme. D’ailleurs, voici ce qu’elle répond à ceux qui s’en étonnent :  » Je ne suis pas sûre que les couilles facilitent l’écriture d’une bonne histoire. »  …  Moi non plus !

Si vous ne devez lire qu’un seul suspense cette année, c’est celui-ci qu’il vous faut.

Reste à espérer une suite…

 

 

 »Ne vous retournez pas », Maud Tabachnik, Albin Michel

Captive, Clara Rojas

Par Christine Calmeau dans Document, En poche, Nouveautés , le 8 février 2010 20h33 | Ajouter un commentaire

captive22Clara Rojas a été la directrice de campagne d’Ingrid Betancourt : une collaboratrice fidèle, une amie. Elle n’hésite donc pas trop quand il faut la suivre dans un voyage que tout le monde leur déconseille : se rendre à San Vicente del Caguán, dont le maire fait partie de la même formation politique. Un voyage risqué… très risqué… Et pourtant, en février 2002, Clara et Ingrid se mettent en route : quelques heures plus tard, elles sont enlevées par les Farcs.

Commence alors un voyage en enfer.

Un voyage que Clara Rojas nous invite à partager et à revivre, avec des mots très simples pour décrire et raconter sa vie au quotidien : cette terrifiante survie plutôt, au coeur de la jungle colombienne, là où le soleil n’arrive pas, ou très peu, là où la végétation si dense empêche l’armée de voir à travers les arbres.

Dans un dénuement total, isolée de sa famille, et du reste du monde, avec une épée de Damoclès au dessus de la tête, 24h/24, Clara Rojas aura passé 6 années qu’on ne souhaiterait pas à son pire ennemi. 6 ans auxquels elle a survécu grâce à la Foi dit-elle. Même si Dieu ne peut pas grand chose contre ce cauchemar…

D’abord, il y a l’environnement. La jungle, humide, touffue, boueuse est tout à fait hostile : les animaux, les reptiles, les insectes en tout genre, les fourmis rouges de 3 cms, les larves , les cafards, les araignées…

A ces horribles bestioles, à une nourriture infâme,  à cette inactivité forcée,  s’ajoute un climat extrêmement tendu entre les otages, et puis, pour la première fois, on entend un autre discours sur la personnalité d’Ingrid Betancourt : très éloigné de celui présenté jusqu’alors : la très sainte Ingrid a vécu…

Confrontée aux mêmes conditions de détention que Clara Rojas, la candidate à l’élection présidentielle n’aurait pas toujours fait preuve de la plus grande humanité envers celle qui l’a toujours soutenue. Et Clara Rojas raconte comment elles se sont lentement éloignées au fil des mois. Comment son amie a été très froide avec elle, comment elle lui a confisqué un dictionnaire ou comment encore elle a refusé que Clara assiste à des cours de français qu’elle donnait à leurs compagnons d’infortune.

Mais, indépendamment de cet éclairage nouveau sur la personnalité de l’icône colombienne, le passage le plus fort de ce livre est sans aucun doute celui où l’otage Rojas raconte sa grossesse et son accouchement au fin fond de la jungle, sa vie nouvelle avec son fils Emmanuel et le déchirement qui a suivi 8 mois plus tard quand les Farcs lui ont enlevé son enfant, soi-disant pour le faire soigner. Un fils qui a été le seul rayon de soleil de ces 6 années noires. Un fils dont nous ne saurons rien à propos de sa conception, et de l’identité du père. Cela relève de ma vie privée explique Clara Rojas :  »Je réserve l’exclusivité de cette histoire à mon fils quand il sera en âge de me poser des questions ».

Et c’est très bien ainsi.

 »Captive » est un document fabuleux qu’on dévore sans le lâcher, écrit avec beaucoup d’humilité et  sans fioriture de la part de celle qui, après avoir vécu autant de temps en enfer, se dit très heureuse. C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter.

 

 

 »Captive », Clara Rojas, Pocket

Le chagrin et la grâce, Wally Lamb

Par Christine Calmeau dans Nouveautés , le 6 février 2010 16h07 | Un commentaire>

chagrin4Caelum Quirk est prof de littérature. Maureen est sa troisième épouse, elle est infirmière. Ils n’ont pas d’enfant et leur couple ne se porte pas trop bien depuis que Caelum a découvert que Maureen l’a trompé. Pourtant, après plusieurs mois de séparation et de longues semaines de thérapie, ils décident quand même de se donner une nouvelle chance, en déménageant et en s’installant dans le Colorado. Ils trouvent tous les deux un emploi au lycée de Columbine.

Le 20 avril 1999, alors que Caelum est reparti quelques jours pour son Connecticut natal, pour être aux côtés de sa vieille tante qui vit ses derniers instants, Maureen est au coeur du massacre : elle échappe de peu à la mort en se cachant durant des heures dans un placard. Elle en sort complètement traumatisée.

Pour essayer d’oublier et reprendre goût à la vie, ils se réfugient dans la ferme familiale, et à nouveau c’est un aperçu de l’enfer qui les attend : Maureen, accro aux médicaments et aux tranquilisants , fauche et tue un ado au volant de sa voiture. Elle est emprisonnée.

Caelum a tout le temps pour examiner les archives qu’il découvre dans une remise : des centaines de lettres , des écrits qui vont l’éclairer sur sa propre famille, mais qui vont surtout lui révéler le secret de ses origines.

Un véritable choc pour celui qui se décrit lui-même comme un prof médiocre, obligé de se plonger dans cette histoire familiale douloureuse.

On ne sort pas indemne d’une telle lecture : le destin des principaux protagonistes est loin d’être rose, et Wally Lamb a réussi à rendre une atmosphère très particulière : on ne peut que compatir à cette succession de malheurs.

L’ouvrage n’est pas triste, loin de là ! On sourit souvent, en s’interrogeant sur la force des événements extérieurs qui, même si on n’a rien demandé, bousculent toute l’existence, sans qu’on puisse résister.

Plus de 500 pages, pour brosser toute une partie de l’Histoire des Etats-Unis : de la Guerre de Sécession à celle contre l’Irak. Une histoire servie par une écriture impeccable  et une construction diabolique qui mélange allègrement les styles.

 »Le chagrin et la grâce » est probablement un des meilleurs romans de cette rentrée littéraire d’hiver 2010.

Un thriller psychologique que Wally Lamb aura mis 10 ans à écrire : on veut bien lui pardonner !

 

 

 »Le chagrin et la grâce », Wally Lamb, chez Belfond