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Zone euro : la fracture

Par Ludovic Delory dans Dans le monde, Financier , le 10 septembre 2011 07h53 | Ajouter un commentaire

GERMANY ECB STARKJürgen Stark a claqué la porte de la BCE. Officiellement, pour « raisons personnelles ». Mais personne n’est dupe : si le chef économiste de la banque centrale européenne démissionne, c’est avant tout parce que sa voix — minoritaire — ne parvenait plus à se faire entendre parmi les plus chauds partisans du rachat des obligations pourries des pays en difficulté. Défenseur de l’orthodoxie budgétaire à l’instar de son compatriote Axel Weber, ancien candidat à la présidence de la BCE, Stark (« fort« , en français) a préféré marquer son mécontentement en posant un geste fort.

Répercutée sur les marchés, ce départ a précipité les bourses européennes et américaines dans l’incertitude. La baisse enregistrée hier soir à la clôture se confirmera-t-elle lundi matin ? On peut le craindre, tant cette démission tapageuse a ravivé le schisme existant au sein de la zone euro. L’Allemagne reste divisée entre son réalisme économique (faut-il continuer d’aider, de plus en plus vainement, les Etats de la périphérie ?) et sa fidélité à la solidarité européenne.

Le remplacement de Jürgen Stark par un spécialiste plus accommodant ne changera sans doute pas grand-chose. En réalité, le véritable test se jouera au Bundestag dans les jours qui viennent. Le 23 septembre, la Chambre haute du Parlement doit décider d’accroître la participation de l’Allemagne au sein du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF), en lui permettant de racheter, sur le marché secondaire, les obligations des Etats les plus endettés de la zone euro. Les députés allemands seront obligés de jouer à découvert. D’ici là, le vent peut encore tourner.

Quels sont les indices à retenir ? Ce week-end, des rumeurs de défaut de la Grèce ont été balayées par le ministre grec des Finances. Or, les économistes les plus lucides s’accordent pourtant à dire que la Grèce est déjà en banqueroute, comme semblent le confirmer les taux astronomiques de remboursement qui lui sont aujourd’hui imposés. Pour ces observateurs, un défaut officiel serait un moindre mal. Le monde politique, lui, persiste de moins en moins à nier l’évidence : Bloomberg annonce ainsi que l’Allemagne prépare un « plan B » visant à protéger ses propres banques au cas où la Grèce devait s’avérer être incapable de rembourser. C’est un élément politique capital : nos voisins teutons ne se cachent donc plus aujourd’hui, de prévoir un défaut de la Grèce.

Pour qui en doutait encore, la fracture au sein de la zone euro est de plus en plus visible. La Slovaquie, la Finlande et les Pays-Bas n’ont certes pas le même poids que l’Allemagne, mais ces pays ont également fait savoir d’une manière ou d’une autre, ces derniers jours, qu’ils n’avaient pas l’intention de continuer indéfiniment à remplir le tonneau des danaïdes.

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