Pourquoi les patrons n’aiment pas la Belgique

Par Ludovic Delory dans Décryptage , le 18 mars 2010 12h41 |

billet20francsLa Belgique n’est pas une terre d’investissement. Le constat est d’autant plus cinglant qu’il émane des entrepreneurs eux-mêmes, et que cette situation tend à perdurer.

Voilà comment j’analyse la dernière livraison du sondage Ipsos sur l’attractivité des principaux pays européens. Les chiffres ont été publiés la semaine dernière. Ils montrent comment, à un instant donné, les patrons perçoivent la fiscalité d’un pays. C’est important, pour un patron, la fiscalité. C’est l’un des facteurs déterminants lorsqu’il s’agit de s’implanter quelque part. Vous aurez d’ailleurs remarqué que les petits pays pratiquent une fiscalité basse pour attirer un maximum d’entreprises sur leur sol étroit et — généralement — inhospitalier. Ce n’est pas un hasard si l’attractivité fiscale reste le meilleur argument d’Andorre, du Liechtenstein ou des îles Caiman.

Petite, la Belgique l’est aussi. Or, elle tend à pratiquer une politique fiscale plutôt décourageante. Regardez le tableau ci-dessous, et comparez la situation belge avec celle de nos voisins néerlandais.

tableau1

Contraste saisissant, n’est-ce pas ? A voir deux pays, si proches, si semblables et pourtant si opposés dans leurs politiques fiscales respectives, comment ne pas comprendre le “dumping” auquel recourent les entreprises ? Mettez-vous à la place du patron qui compte installer un centre logistique au coeur de l’Europe, en espérant créer 450 emplois. Choisira-t-il de s’implanter à Verviers ou dans la banlieue de Maastricht, distante de 50 kilomètres ?

Plus inquiétant : depuis 2008, la perception des entrepreneurs n’a pas changé. La Belgique fait partie des pays les moins attractifs en raison de sa fiscalité très élevée sur le travail. Pour Ipsos,

Ni la crise économique ni les différentes politiques menées en réponse par les gouvernements n’ont altéré de façon significative la perception, par les entrepreneurs, de l’attractivité fiscale des pays étudiés.

Non seulement la fiscalité reste lourde mais elle s’avère également, comme le montrent les indicateurs, très complexe. En réalité, cela fait des années que cette situation perdure. Il y a un an, le maroquinier Delvaux décidait de faire fabriquer ses sacs au Vietnam en raison “des charges sociales qui, en Europe, pénalisent le travail manuel“. Lorsqu’un fournisseur de la Cour quitte le royaume, peut-on encore hausser les épaules en invoquant le sacro-saint surréalisme belge ?

Illustration : le billet de 20 francs belges, avec lequel mes parents achetaient leur pain.

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