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L’implosion annoncée de l’eurozone ?

Par Ludovic Delory dans Dans le monde, Décryptage, Financier , le 7 février 2010 09h30 | 34 commentaires

pigOn les appelle les PIGS. Portugal, Irlande, Grèce, Espagne (Spain, en anglais) sont les mauvais élèves de la classe euro. Et ils risquent d’entraîner dans leur chute l’ensemble du système monétaire européen.

Voilà plusieurs semaines que les principales inquiétudes se focalisent sur la Grèce. Un gouvernement qui manipule les chiffres, un déficit abyssal caché durant des années, des troubles sociaux, un changement de majorité, une notation revue à la baisse, et ce constat effrayant : une dette égale à 113% du PIB.

Face au drame à venir, le gouvernement grec a pris des décisions qui, au regard de l’enjeu, apparaissent bien légères : un gel des salaires de la fonction publique, un recul de l’âge de la retraite, une taxe sur les carburants. Vous l’imaginez bien, ces mesures d’austérité suffisent à faire gronder les agents de la fonction publique grecque, prêts à descendre dans la rue dès cette semaine.

En approuvant le plan grec, la BCE a pris des risques. Certes, Athènes est placée sous tutelle et devra rendre des comptes. Mais on voit mal comment un plan d’austérité aussi « léger » pourra éponger une décennie de laxisme budgétaire. Les messages optimistes envoyés il y a deux mois s’estompent : même si la dette grecque est majoritairement détenue par des pays de la zone euro, Berlin et Paris ne semblent pas décidés à bouger le petit doigt. Et avec un rendement désormais supérieur à 7%, le rendement de l’obligation grecque rend plus difficile encore la capacité du pays à emprunter sur les marchés.

Les acteurs du marché, justement, voient venir le désastre : les dettes souveraines (c’est-à-dire les dettes des Etats) sont devenues plus risquées que celles des principales entreprises privées. La Bourse, elle, commence à tressaillir. Et la solidarité intra-européenne (jamais vraiment démontrée dans les faits) risque de tourner court. Car la Grèce n’est pas un cas isolé.

L’Espagne, quatrième économie européenne, a proposé un plan d’austérité de… 50 milliards d’euros sur trois ans, accueilli avec scepticisme. Le plan du gouvernement portugais, lui, a été recalé par le Parlement. Dame ! Allez expliquer à vos électeurs qu’il faudra travailler plus longtemps, qu’il va falloir couper dans les effectifs de la fonction publique, dans les régimes sociaux,…

Alors ? Le compte à rebours est déclenché. La zone euro n’y survivra sans doute pas. La BCE réfléchit à la possibilité d’offrir aux Etats les plus endettés de sortir de l’eurozone. Les Britanniques, déjà empêtrés dans leurs propres difficultés budgétaires, regarderont se désintégrer sous leurs yeux cette construction centralisatrice empêchant la concurrence saine entre les différentes monnaies nationales. Car seule une concurrence monétaire libre aurait pu indiquer la voie à suivre aux eurocrates. Dans le cas de l’euro, on a fait tout l’inverse : on a « construit » l’eurozone à partir de critères macroéconomiques aléatoires, on a placé entre les mains des banques centrales le monopole de la création de monnaie, puis on a imposé l’usage de cette nouvelle devise aux populations, en fonction des limites géographiques. Comme l’écrivait, dès 2002, l’économiste Pascal Salin,

l’euro n’est rien d’autre qu’une pure et terrifiante construction technocratique mise en oeuvre par la contrainte publique sans aucune considération pour les besoins concrets des citoyens.

L’économiste Robert Mundell, prix Nobel 1999, avait défini les conditions nécessaires pour l’instauration d’une zone monétaire optimale. Or, jamais l’eurozone n’a rempli l’ensemble de ces critères. On aura beau jeu, après coup, de s’en lamenter. Obliger des Etats aux parcours et aux mentalités aussi diverses que l’Italie, l’Allemagne ou l’Irlande, à unir leur destin, c’était prendre un risque. Le rêve européen, et les fantasmes qu’il véhicule, ont gommé le réalisme économique.

Dans un document (pdf) signé en octobre 2009, l’économiste Patrick Artus (qui n’est pas le premier venu), demande explicitement que « les gouvernements aient le courage de dire la vérité aux Européens« . La lecture du texte est un peu ardue, mais les conclusions sont sans équivoque. Quel contraste avec les récentes déclarations de Christine Lagarde, pour qui l’affaiblissement de l’euro constitue une « amélioration » par rapport à la situation passée.

Comme dans le cas des faillites bancaires, la collectivisation des pertes a ses limites : le jour où les créanciers refuseront d’aider les mauvais gestionnaires, le bateau coulera. C’est malheureusement une grande leçon humaine que nous aurons à tirer de cette crise. La Grèce peut encore s’en sortir, mais ses sacrifices devront être à la hauteur de l’accumulation des erreurs du passé.

UPDATE : Et voilà que les pays du G7 persistent dans leurs coûteuses politiques de relance, occultant habilement la question de la dette européenne et mondiale, comme si de rien n’était, avant d’aller faire un tour à traîneaux dans le Grand Nord canadien.

UPDATE2 : depuis le G7 au Canada, les grands argentiers de ce monde prétendent sans ambiguïté que la Grèce ne devra compter que sur elle-même (article)…

UPDATE 3 : Visiblement, Geert Noels est du même avis que moi. Il doit sans doute lire Econoblog  ;-)

Le pessimisme de Nouriel Roubini : l’avenir de la zone euro dépend de l’Espagne.

Moneyweek : L’Europe sombrera-t-elle avant les Etats-Unis ?

Pierre-Antoine Delhommais : De la dette à la Lune.

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