Votre argent

2012 et la fin des tabous ?

Par Ludovic Delory dans Votre argent , le 13 janvier 2012 05h44 | Ajouter un commentaire

D’abord, des chiffres. Ce sont ceux de ce début d’année, ils nous arrivent bruts et nous interpellent. Dexia octroie des primes allant jusqu’à 45.000 euros à ses cadres méritants. Et là, tout de suite, les journaux et les médias sociaux relaient le cri du coeur de l’homme de la rue et de l’homme politique, unanimement floués : « Mais qu’est-ce que c’est que ces banquiers sans scrupules qui se font sauver de la faillite par les contribuables et puis qui narguent leur monde en poursuivant leur course aux bonus ? ». Scandale ? Certes. Mais la naïveté des sauveurs de l’économie a ceci de touchant qu’elle se répète à une régularité stupéfiante. Souvenez-vous de Fortis…

Le deuxième chiffre de l’année nous est fourni par le CRIOC : trois consommateurs sur dix envisagent de faire appel à un crédit à la consommation pour profiter des soldes d’hiver. Et là, étonnement de l’homme de la rue : « Mais qu’est ce que c’est que ces gens qui, en pleine crise, s’endettent pour acheter le dernier écran plat ? ». Scandale ? « Non, monsieur, je fais ce que je veux avec mon argent ». Sauf que l’argent à crédit n’est pas encore tout à fait le vôtre.

Si ces deux exemples peuvent paraître différents, je vois une réponse qui me paraît assez cohérente pour expliquer pourquoi ces phénomènes peuvent, à titre divers, susciter l’indignation : la création monétaire et l’inflation qui en résulte nous ont fait perdre toute relation à l’avenir. Que disent les économistes ? « L’inflation ne confère (…) aucun bénéfice social général ; plutôt, elle redistribue la richesse en faveur des premiers arrivants et aux dépens des derniers de la course. (…) L’inflation pénalise l’épargne et encourage l’endettement, puisqu’une somme d’argent empruntée sera repayée en euros d’un pouvoir d’achat inférieur à celui reçu au départ. L’incitation est alors à emprunter et payer plus tard plutôt qu’à épargner et prêter. »

Qui se trouve au début de la « course » ? Les banquiers. Qui préfère le crédit à l’épargne ? Les acheteurs compulsifs qui empruntent pour des écrans plats ou des vacances au ski. Voilà expliquée la situation ci-dessous. Comprenons-nous : ce ne sont pas des comportements anormaux. L’argent étant moins cher aujourd’hui que demain, tout le monde veut en profiter au plus vite.

A quoi sert encore la monnaie si elle est dévoyée, détournée de son principe premier qui consiste à déterminer la valeur d’échange d’une marchandise ? A l’origine, le dollar ou la livre sterling étaient calculés sur base de fractions d’or. Aujourd’hui, les rotatives tournent, les taux d’intérêt touchent le plancher, les banques centrales ne parviennent plus à juguler le flux de monnaie injecté.

Ce qui paraissait encore lointain il y a quelques mois commence à prendre forme. Les banquiers, d’ordinaire si prudents dans leur communication, ne se cachent plus de se protéger contre une explosion de l’euro. La banque italienne UniCredit a inséré cette nouvelle clause de risque dans son prospectus. Certains tour-opérateurs, de leur côté, se prémunissent auprès des hôteliers grecs d’un retour possible de la drachme. Les clients savent désormais à quoi s’en tenir. 2012 fera sans doute tomber quelques tabous autour de la monnaie.

2011 : tout augmente, ma bonne dame

Par Ludovic Delory dans Votre argent , le 29 décembre 2010 17h34 | 49 commentaires

belga-picture-245006091Gardez vos étrennes de côté, nos gouvernements nous ont encore concocté une liste non exhaustive de petites mesures qui, mises bout à bout, risqueront d’alléger votre portefeuille.

L’augmentation (annoncée) des prix de l’énergie. Nous n’y échapperons pas. Ceux qui ont déjà reçu leur nouvelle facture mensuelle l’ont déjà constaté. La cotisation fédérale sera plus élevée en 2011. Pour une famille de 4 personnes, cette augmentation devrait être de 18 euros annuels pour l’électricité (environ 4 euros de plus par rapport à 2010) ; de 11 euros pour le gaz (soit une hausse de 54% !). Depuis son introduction en 2003, la cotisation fédérale sur l’électricité a été multipliée par cinq. Les prix des matières premières et les répercussions indirectes de l’introduction d’énergie verte sur le réseau auront aussi un impact sur votre facture. 

Hausse des tarifs aussi chez Belgacom. Ce 1er janvier, vous paierez 0,52% de plus pour les tarifs fixes et mobiles ;  1,3% de plus pour les tarifs de l’internet fixe. En revanche, Belgacom facturera moins cher les appels de numéro fixe vers numéro mobile.

– Et 2 centimes de plus pour le timbre-poste ! Pour un envoi normalisé en service national, il vous en coûtera 0,61 euro à l’achat de minimum 10 timbres. A la pièce, vous devrez vous acquitter de 0,71 euro. En service international, la pochette de minimum 5 timbres vous coûtera 0,93 euro (pour l’Europe) et 1,10 (pour le reste du monde). Cette adaptation des tarifs est conforme à l’augmentation du coût de la vie et au contrat de gestion conclu entre bpost et l’Etat belge.

– A partir du 1er janvier, une partie du secteur postal sera timidement ouverte à la concurrence. Les envois de moins de 50 grammes pourront être distribués par un facteur d’une firme privée. Mais l’accès au marché sera très restrictif, pour les candidats. Le nouvel opérateur sera tenu, après deux ans, de distribuer le courrier au moins deux fois par semaine. Après 5 ans, il devra couvrir 80% du territoire des trois régions du pays. Enfin, le nouvel opérateur ne pourra embaucher que des salariés. Lire la suite

Et vous, combien gagnez-vous ?

Par Ludovic Delory dans Socio-éco, Votre argent , le 12 octobre 2010 14h02 | 8 commentaires

salaryUn travailleur belge sur deux gagne moins de 2.595 € bruts par mois. C’est l’un des enseignements de la grande grille des salaires fraîchement sortie des tableaux statistiques du SPF Economie.

Globalement, les grandes tendances des salaires en Belgique restent les mêmes : pour bien gagner sa vie, mieux vaut être un patron d’entreprise flamand de formation universitaire plutôt qu’une serveuse de café travaillant dans la région de Dinant. C’est dans cet arrondissement, en effet, que les employeurs paient le moins leurs salariés. A l’autre bout de l’échelle, les travailleurs bruxellois sont les plus choyés par leur patron.

La finance et l’industrie pétrochimique restent les secteurs où l’on rémunère le mieux. Si vous travaillez dans l’Horeca, par contre, attendez-vous à figurer parmi les travailleurs les moins bien payés en moyenne, même si les salaires ont considérablement augmenté par rapport aux autres secteurs depuis 1999.

Et les salaires, justement ? Les statistiques montrent que 10% des salariés gagnent maximum 1.911 € bruts par mois. Du côté des gros salaires, 10% de petits veinards dépassent les 4.303 € mensuels. Le salaire médian (celui qui se place juste au centre de la distribution statistique) est fixé à 2.595 € bruts, le salaire moyen s’élève à 2.936 €.

Enfin, l’écart salarial entre femmes et hommes se fixe à 9,1% en 2007 (différence entre les salaires horaires bruts), ce qui constitue une progression par rapport à l’année d’avant. En moyenne, un travailleur belge gagne 3.022 € bruts par mois, contre 2.682 € pour une travailleuse. Mais ne criez pas au sexisme, plusieurs facteurs bien connus des économistes (au premier rang desquels l’aménagement du temps de travail) expliquent cette différence salariale.

Titres-services en péril

Par Ludovic Delory dans Conso, Votre argent , le 12 août 2010 10h45 | 19 commentaires

large_377216La success story va bientôt virer au cauchemar budgétaire. En lançant le système des titres-services en 2004, le gouvernement fédéral désirait lutter plus activement contre le travail au noir en vigueur dans le secteur des aides ménagères. Mais en voulant récupérer le beurre et l’argent du beurre, il risque de se retrouver avec une crème aigre au bout des papilles.

Personnellement, j’ai du mal à croire que le ministre Frank Vandenbroucke, bardé de diplômes en économie, n’ait pas pu prendre conscience, dès le lancement des titres-services, du succès futur (et des échecs inévitables) de son initiative. Lorsque l’argent public vient inonder un secteur économique en particulier, on appelle cela l’effet d’aubaine. Il n’y a rien d’anormal à voir affluer des entrepreneurs sur un marché comportant, à court terme, peu de risques. Nos titres-services inspirent même l’étranger. Figurez-vous que des sites internet polonais expliquent aux travailleuses intéressées la manière de s’y prendre pour venir « faire des ménages » en Belgique ! Voilà un effet d’aubaine inespéré !

Le secteur des titres-services est en cela comparable à celui des poseurs de panneaux photovoltaïques ou des éco-bonus pour voitures propres : tant que le politique soutient l’idée, il y a une manne potentielle d’argent facile à disposition. Les acteurs impliqués ont donc tout intérêt à préserver le système… aux dépens des contribuables les plus défavorisés (et les plus nombreux, ceux qui financent le système sans avoir les moyens d’en bénéficier).

C’est ainsi que, tout naturellement, les titres-services ont rencontré un énorme succès. Imaginez donc ! Payer 7,50 euros pour une heure de ménage à domicile, faire financer le solde par la collectivité et retoucher, de surcroît, une partie du montant via un remboursement d’impôt : n’importe quel bon père de famille s’est très vite rendu compte qu’il s’agissait d’un placement on ne peut plus rentable. Résultat : une diminution certaine du travail au noir, une hausse du nombre d’utilisateurs, un « boum » des CDI (+80% selon l’étude d’Idea Consult), mais en retour un coût exorbitant pour le contribuable. En 2009, l’Etat belge aurait ainsi déboursé 662 millions d’euros nets pour maintenir à flots le système des titres-services. Un chiffre appelé à frôler le milliard dans les années qui viennent… si rien ne change. Lire la suite

Carrefour et le contribuable

Par Ludovic Delory dans Conso, Votre argent , le 29 mai 2010 17h06 | 11 commentaires

gogos-11C’est un très beau cas d’école qui s’est présenté cette semaine : le gouvernement doit-il délier les cordons de la bourse pour financer les pré-pensions des travailleurs remerciés par la direction de Carrefour ? Depuis plusieurs semaines, cette question a animé le débat entre différents ministres du gouvernement fédéral. Un chiffre a fait la une de la presse, cette semaine : 100 millions d’euros, le coût estimé des pré-pensions à 52 ans pour quelque 984 travailleurs concernés. J’ai fait le compte très vite, sur base des données de la société SD Worx : ((1.150 euros x 12) x 984 travailleurs) x 10 ans d’allocation = près de 135,8 millions d’euros. Pour la ministre de l’Emploi, « ça coûtera maximum 10 millions d’euros à l’Etat« . Effectivement, ajoute Joëlle Milquet, beaucoup de ces personnes ne travaillent pas à temps plein, et mieux vaut assumer le coût des pré-pensions que celui des licenciements. Pour rester dans les déclarations politiques, on rappellera que Didier Reynders, début mars, avait explicitement annoncé qu’il ne paierait pas les pré-pensions dans le cas de Carrefour, entreprise qui réalise de substantiels bénéfices. Tollé à gauche par la voix de Laurette Onkelinx, et intervention du Premier ministre d’alors : « ils ont tous les deux raison« . Bon, d’accord, mais on fait quoi alors ?

Le projet d’accord finalement conclu prévoit des départs volontaires et des pré-pensions à 52 ans, ainsi que le sauvetage de 12 magasins.

Là-dessus, que peut-on dire ? Est-il cohérent de pousser les quinquas à la pré-pension en plein débat sur le recul de l’âge de la retraite ? Est-il cohérent d’aider une entreprise multinationale (et bénéficiaire) à financer des départs dont sa mauvaise gestion est, en grande partie, à l’origine ? Je m’attarderai sur cette dernière interrogation, qui découle des précédentes : est-il juste de faire payer le contribuable pour attirer les entreprises en Belgique ? Lire la suite

Voici le nouveau panier de la ménagère

Par Ludovic Delory dans Conso, Votre argent , le 4 janvier 2010 12h44 | 10 commentaires

caddieIl évolue au même rythme que notre mode de vie. Le célèbrissime « panier de la ménagère » a changé de composition, ce 1er janvier 2010. Il contient désormais 520 services ou produits, contre 518 l’année passée. Les nouveaux venus sont au nombre de cinq : les lampes économiques, les GPS, les disques durs externes, les maisons de repos et, plus singulièrement, les abonnements de fitness. Ils prennent la place de biens de consommation tombés en désuétude auprès du citoyen lambda : les imprimantes à encre, les lampes à incandescence et les paquets software.

Le « panier de la ménagère », c’est le nom habituellement donné à ce que l’on appelle l’indice des prix à la consommation. Instauré en 1919 par le ministre de l’Industrie de l’époque, Joseph Wauters (beaucoup de rues de Wallonie portent son nom), il sert à mesurer l’évolution des prix des principaux biens de consommation. A l’époque, il ne comprenait que 56 produits. En 1994, l’indice des prix à la consommation salue la naissance de son petit frère : l’indice-santé, version « light » du panier de la ménagère, puisqu’on en retire le tabac, l’alcool et les carburants. Lire la suite

La crise plombe la consommation d’énergie

Par Ludovic Delory dans Conso, Votre argent , le 28 décembre 2009 17h10 | Un commentaire>

tihangeAu même titre que la construction, la consommation d’énergie représente un excellent baromètre pour juger de l’activité économique d’un pays. Les derniers chiffres publiés par Synergrid (fédération belge des gestionnaires du réseau de l’électricité et du gaz) tombent donc à pic. Ils révèlent, pour 2009, une consommation d’électricité en baisse de 6% par rapport à 2008.

C’est surtout chez les clients industriels que la diminution se fait le plus sentir: -16%. Ce qui est encourageant, c’est que l’activité a repris petit à petit à la fin de cette année, avec des mois de novembre et de décembre moins catastrophiques qu’en 2008.

Deux autres tendances peuvent être relevées :

– L’explosion de la production « décentralisée » d’électricité (+20%, mais on venait de très bas) s’explique par le subventionnement des panneaux solaires et photovoltaïques. Aujourd’hui, 5% de l’électricité transportée sur le réseau belge est d’origine « solaire ». 

– La Belgique a exporté 80% d’électricité de plus en 2009 par rapport à l’année précédente, en raison de la forte demande en provenance de France. Si l’on retire les TWh importés, on constate malgré tout que la Belgique était, cette année, exportatrice nette d’électricité. Lire la suite

Gagnez-vous bien votre vie ?

Par Ludovic Delory dans Votre argent , le 16 novembre 2009 22h12 | 9 commentaires

poches-videsLe ministère (SPF) Economie vient de nous livrer les derniers chiffres des salaires et des emplois « porteurs » en Belgique. De quoi intéresser non seulement les étudiants à la recherche de débouchés (rémunérateurs), mais aussi les professionnels curieux d’estimer le niveau de leur traitement.

La période de référence s’interrompt à octobre 2007. Ces chiffres sont donc déjà (légèrement) obsolètes, mais ils indiquent une tendance qui ne varie pas vraiment d’année en année. On peut donc les considérer comme fiables. Que nous apprennent-ils ?

Si l’on veut bien gagner sa vie en Belgique, mieux vaut travailler dans l’industrie pétrochimique. Ce secteur est le mieux rémunéré, devant celui de l’énergie (production et distribution d’électricité, de gaz, de vapeur et d’eau chaude), et celui de l’industrie chimique.

– En revanche, l’Horeca reste l’un des secteurs les moins bien payés, devant le commerce de détail, l’habillement et la fabrication de meubles. Lire la suite

Chèque-mazout : du retard à l’allumage

Par Ludovic Delory dans Financier, Votre argent , le 29 octobre 2009 09h36 | 4 commentaires

A l’approche de l’hiver, des centaines de milliers de ménages n’ont toujours pas vu la couleur de leur chèque-mazout. Le gouvernement fédéral avait promis une réduction forfaitaire de 105 euros aux ménages à faibles revenus, pour alléger le coût du chauffage. Plusieurs centaines de milliers de ménages ont introduit leur demande il y a 10 mois ; ils n’ont toujours rien reçu. Ecolo et Groen avancent les chiffres et s’indignent : sur plus d’un million de demandes, 330.000 seulement ont été honorées. Selon le journal Gazet van Antwerpen, ce sont en réalité des considérations budgétaires qui seraient à l’origine de ce retard. Il manquerait 40 millions d’euros au budget 2009 pour financer le chèque-mazout. Réponse du ministre Magnette : en réalité, le chèque-mazout est victime de son succès. Chaque demande doit être évaluée, et cela prend du temps. Voilà pourquoi certains ne recevront leur réduction qu’en 2010. Lire la suite

Votre entreprise pour un euro

Par Ludovic Delory dans Socio-éco, Votre argent , le 28 octobre 2009 09h30 | Un commentaire>

La nouvelle va réjouir les entrepreneurs en herbe. Il sera bientôt possible de créer une entreprise avec un capital de départ d’un petit euro. Ca peut paraître étonnant. Mais la mesure existe déjà chez nos voisins néerlandais, français ou allemands. Le journal L’Echo nous apprend que la commission Justice a voté hier à l’unanimité le projet de loi visant à créer une SPRL-S. Alors, qu’est-ce que c’est ? Une Société à Responsabilité Limitée qui a une durée de vie réduite à 5 ans. Délai après lequel elle deviendra une SPRL comme toutes les autres. Mais l’avantage, donc, c’est qu’il suffit d’un euro seulement pour lui donner vie. Un euro minimum, et jusqu’à 18.550 euros maximum. Evidemment, le candidat starter devra au préalable s’appuyer sur un solide plan financier, dans le but d’éviter les faillites trop rapides. La mesure doit encore être votée en plénière. Elle entrera en vigueur dès janvier 2010. Lire la suite