Décryptage

Que se passe-t-il ?

Par Ludovic Delory dans Décryptage , le 8 août 2011 11h36 | 33 commentaires

MALAYSIA STOCK MARKETLa crise actuelle est une crise de la dette. Le signal urgent donné par les agences de notation signifie que les Etats ne peuvent plus se permettre de vivre à crédit. Avec des déficits en hausse croissante et des dettes cumulées quasiment égales ou supérieures à l’ensemble des richesses produites en un an, la plupart des Etats ont franchi la ligne rouge. C’est ce qu’a rappelé Standard & Poor’s en dégradant symboliquement, comme elle l’avait annoncé, la note des Etats-Unis.

Ceci n’est qu’un avertissement sans frais. En réalité, on peut se demander quel Etat mérite encore son triple A, et les gloussements de fierté en provenance de Londres ou de Paris risquent de se transformer sous peu en rictus. Si l’on appliquait les règles comptables classiques, les USA et la France seraient notés respectivement CCC et B-. La dégradation pend toujours au nez des locomotives économiques européennes, malgré les discours apaisants qui contrastent, paradoxalement, avec les réunions d’urgence et les retours précipités de vacances.

Même si les agences de notation, qui n’avaient pas venu venir la crise des subprimes, peuvent être sujettes à la critique, les blâmer ne servirait à rien dans l’immédiat. D’ailleurs, qui a entendu Washington broncher lorsque ces mêmes agences dégradaients les PIGS européens ? Partout le même constat s’impose : en Belgique comme ailleurs, le besoin de réformes se fait de plus en plus pressant. Et, n’en déplaise aux défenseurs de la dépense publique, il faudra bien un jour ou l’autre s’attaquer au train de vie de l’Etat. Lire la suite

FMI, S&P,… Belgique en danger ?

Par Ludovic Delory dans Décryptage, Financier , le 15 décembre 2010 23h26 | 13 commentaires

jean_hindriksL’actualité se bouscule autour de cette pauvre Belgique, présentée désormais comme une cible des spéculateurs assoiffés de faillites et d’argent frais. A peine le rapport du FMI sorti, voilà que l’agence de notation Standard&Poor’s menace de dégrader la note de notre pays, comme le furent en d’autres temps plus sombres, la Grèce, l’Islande, le Portugal ou l’Irlande. Brrrr…

Notre pays figure-t-il en bonne place sur la liste des fossoyeurs de la zone euro ? Devons-nous craindre un scénario à la grecque, en l’absence d’un gouvernement stable (c’est-à-dire capable de prendre une orientation stratégique) ? Ce mardi, j’ai posé la question à trois économistes réputés : Jean Hindriks (UCL, Itinera Institute), Geert Noels (Econopolis) et Philippe Ledent (ING).

La plupart de leurs réponses tendent vers l’optimisme. Sur le rapport du FMI, Jean Hindriks rappelle que les fondamentaux de notre économie (maîtrise du déficit, exportations) sont plus élevés que la moyenne européenne :

C’est rassurant de savoir que, même en l’absence d’un gouvernement, notre économie tourne encore bien. C’est un peu comme si nous étions un petit bateau porté par la marée montante. Vivant à proximité d’une économie qui tourne assez bien, qui est l’Allemagne. (…) Sur les fondamentaux, la Belgique inspire confiance. On a un déficit qui est plus faible que la moyenne européenne, on a un taux de chômage qui est inférieur à la moyenne européenne, on a une croissance qui est supérieure à la moyenne européenne, et on exporte plus qu’on importe. (…) Mais j’insiste sur le fait que les fondamentaux étaient bons aussi pour l’Irlande. Une crise est toujours imprévisible. Dans l’immédiat, le risque pourrait venir du secteur bancaire.

Hélas oui ! La crise est subtile et survient souvent là où personne ne l’attendait. Pour preuve : les émissaires du FMI avaient délivré un excellent bulletin aux autorités irlandaises en juillet 2010, soit… quatre mois avant la survenance de la crise bancaire dans ce pays. Qu’avait écrit le Fonds Mondial International, à l’époque ? Relisons :

Les mesures offensives prises par les autorités ont aidé à gagner en crédibilité politique et à stabiliser l’économie. (…)  La consolidation fiscale est en train de se mettre en place comme prévu. La politique économique a, en partie, placé l’Irlande à l’abri des pressions du marché. Si l’on se réfère à la chute de la fin 2008 et du début 2009, l’économie se stabilise, croît et devrait retrouver un rythme normal cette année.

On connaît la suite. Les rapports du FMI n’ont eu aucune influence sur le semi-échec irlandais. Raison de plus pour se méfier des conclusions concernant la Belgique.

geert-noels-portrait-libertarianbeGeert Noels (Econopolis) n’est pas surpris par l’avertissement.

« S&P court un peu après le marché, parce que la prime de risque de faillite sur la Belgique a déjà grimpé depuis quelques mois. Elle se chiffre aujourd’hui au double du Brésil. L’écart des taux a monté également. Donc, S&P court un peu derrière, et ce n’était pas une grande surprise pour les gens actifs dans les marchés de voir cette réaction de S&P. »

« La dette est là. La crise bancaire a ajouté une couche d’incertitude, surtout sur les garanties données par la Belgique. Et on vit dans une situation où, évidemment, quand il n’y a pas de gouvernement, et pas de mesures prises, ça augmente le risque pour un pays. »

La Belgique : AA dans 6 mois ?

« Je crois qu’on ne peut pas exclure une dégradation de la note de la Belgique. Je ne crois pas qu’on en soit déjà là. S&P est inquiet vu l’incertitude. Je crois qu’on a suffisamment de qualités pour rester en AA+, mais alors il faut prendre des mesures. Il faut suivre ce que dit le FMI, c’est-à-dire couper le déficit un peu plus vite que prévu et vers un niveau plus bas que prévu. Cela demandera à mes yeux un gouvernement assez fort. Et on est loin de cette situation-là.

Pessimisme modéré par Philippe Ledent, économiste chez ING :

ledent

« En eux-mêmes, les taux globalement ont connu une période de baisse. Néanmoins, ce qui est plus ennuyeux, c’est que l’écart entre le taux belge et le taux allemand, lui, a eu tendance à se creuser. Cet écart représente vraiment le risque lié à un pays. Et ce risque est en train de s’accroître vis-à-vis de la Belgique. »

« Sur le plan économique, il n’y a vraiment que le taux d’endettement qui pose problème. Et je dirais que c’est un petit problème, car la Belgique a toujours vécu, au cours des 30 dernières années, avec des taux d’endettement très élevés. »

« Les spéculateurs ne vont jamais se mettre en route pour rien. Il y a toujours une raison qui justifie le fait que des personnes, partout dans le monde, vont se mettre à vendre un certain actif financier. Parce qu’ils considèrent que c’est trop risqué, qu’ils pourront faire une bonne affaire à l’avenir. Mais il y a toujours un élément déclencheur interne à l’entreprise ou au pays. Dans le cas belge il y a, on l’a dit, ce taux d’endettement assez élevé, et la crise politique qui attire pas mal de commentaires et pas mal d’incertitudes actuellement. »

Je terminerai sur une note semi-positive : les prévisions ne veulent parfois rien dire. Les spécialistes ont beau répéter que les « fondamentaux » sont bons, ils n’oublient pas pour autant que l’économie repose sur un facteur subjectif et, ô combien aléatoire : la confiance. Malheureusement, cette confiance est difficilement mesurable. Voilà pourquoi il convient de rester vigilants.

Faut-il (vraiment) craindre pour la Belgique ?

Par Ludovic Delory dans Décryptage , le 30 novembre 2010 12h40 | 3 commentaires

belga-picture-238234961Hourra ! Cocorico ! La Belgique vient de lever 2 milliards d’euros sur les marchés, en pleine crise eurozonesque, et cette performance est saluée par l’ensemble des observateurs. Preuve, disent-ils, que notre pays conserve une belle crédibilité sur les marchés des obligations et de la dette souveraine. Un peu de baume au coeur, dans une spirale négative pour tout ce qui touche de près ou de loin à l’euro. Les sauvetages de la Grèce et de l’Irlande n’ont pas calmé les appétits et la Belgique, dans ce contexte, est passée par le chas de l’aiguille. Les indicateurs macroéconomiques pèsent de plus en plus lourd sur la confiance: le chômage vient de dépasser la barre symbolique de 10% dans la zone euro, la croissance devrait encore ralentir (prévisions de 1,8% pour la Belgique en 2011), tandis que la monnaie unique touche aujourd’hui un nouveau plancher à 1,30 dollar.

Il y a aussi un facteur sous-estimé, me semble-t-il, dans les analyses : le risque systémique. Autrement dit, les probabilités qu’une crise belge contamine les autres régions du globe. A ce sujet, une étude basée sur les modèles physiques place notre pays au coeur du réseau systémique mondial, avec la Suisse et le Luxembourg. Après avoir étudié les interconnexions entre 82 pays dans le monde (importations, exportations), en tenant compte de critères comme le PIB et en y appliquant des modèles inspirés de la physique, voici ce que concluent les auteurs de cet article, paru le 25 novembre dans le New Journal of Physics : Lire la suite

Belgocontrol : des manquements, un audit et puis… plus rien

Par Ludovic Delory dans Décryptage , le 27 novembre 2010 09h25 | Un commentaire>

BELGIUM BELGOCONTROL YEAR RESULTS 2009Il est passé presque inaperçu, ce rapport du bureau de KPMG, daté du 26 janvier 2010 portant sur le fonctionnement et la gestion de Belgocontrol. Je dis « presque », car La Libre Belgique a publié, en mars, des articles sur ce « temple de l’incurie » qu’est devenu l’organisme détenant le monopole de la sécurité aérienne en Belgique.

Le rapport (128 pages), commandé par le ministre Schouppe, épingle divers manquements au sein de l’entreprise publique : manque de vision stratégique, existence d’un « shadow cabinet« , taux d’absentéisme très élevé. Et puis il y a aussi les coûts.

A la page 26 de ce rapport que je me suis procuré, on peut constater que Belgocontrol est, de loin, le plus cher des opérateurs aériens européens. Le coût par heure de vol y est de 671 euros, contre 439 euros pour Skyguide (l’opérateur suisse) et 563 euros pour LVNL (l’opérateur néerlandais). Tout cela pour une efficacité moindre. Car à la page suivante, et sur base d’un indice composite calculant la productivité par contrôleur aérien, le rapport octroie à Belgocontrol une productivité de 0,63, inférieure à la moyenne européenne. Pour info, LVNL et Skyguide obtiennent respectivement des scores de 0,79 et 1,16. Lire la suite

Subsides aux PME ou primes à la brique ?

Par Ludovic Delory dans Décryptage, Socio-éco , le 29 octobre 2010 12h45 | 4 commentaires

arton310-758fbLe labyrinthe des primes, des aides et des administrations n’a sans doute pas fini de décourager le chercheur d’emploi. Alors qu’on apprend coup sur coup l’échec de l’activation des chômeurs à Bruxelles, je rebondis sur cet excellent billet de Charles Bricman et sur ce constat désabusé de Waldorf.be pour vous conter ma petite histoire sur les cheminements tortueux de certaines aides à l’investissement.

A Bruxelles, le taux de chômage flirte avec la barre des 21%. Parmi les innombrables machineries publiques instaurées pour endiguer ce fléau, on trouve la SRIB, Société Régionale d’Investissement de Bruxelles. Mise en place en 1980, cette « société d’investissement à vocation généraliste » a pour mission de « soutenir financièrement la création, la réorganisation ou l’expansion d’entreprises privées situées en Région de Bruxelles-Capitale ».

Si j’en juge les dernières infos mises en ligne sur son site Internet, la SRIB et ses filiales soutiennent plus de 350 entreprises bruxelloises, assurant plusieurs milliers d’emplois. Le principe est assez simple en apparence : la SRIB prête de l’argent aux PME (lorsqu’elle n’intervient pas directement dans leur actionnariat), ce qui facilite l’accès desdites PME au financement bancaire. La SRIB se targue aussi d’apporter son expertise, ses compétences,… bref un véritable allié pour les petits patrons qui désirent se lancer. Lire la suite

Oouuuh, les vilains mots !

Par Ludovic Delory dans Décryptage , le 5 juin 2010 11h15 | 9 commentaires

taniaRigueur et austérité : deux termes bannis du vocabulaire de campagne. A peine peut-on lire, ici et là, quelques allusions à l’inévitable scénario d’après-13 juin. Sur ce point-là, Elio Di Rupo joue sans doute le plus la carte de la franchise. Ce matin encore dans la DH, le président du PS répète son credo : « Autant je suis favorable à la rigueur, autant je suis opposé à l’austérité libérale : il n’est pas question de payer une deuxième fois la crise« . Elio Di Rupo reste cohérent avec les propos qu’il a tenus lors du grand débat organisé sur RTL TVI. Mais l’électeur qui devra se prononcer dimanche prochain reste dans le flou le plus total sur les intentions des partis francophones quant aux sacrifices qu’il faudra réaliser.

Austérité, rigueur. Rigueur, austérité. J’ignore quelle véritable nuance il faut apporter à ces termes, sachant que la réalité économique ne ment pas. La Belgique devra réaliser un effort de 22 milliards d’euros pour atteindre les mesures d’équilibre du Pacte de stabilité en 2015. C’est de la rigueur ou de l’austérité, ça ? Avec une dette qui va dépasser les 100% du PIB, un taux de chômage aux alentours de 13%, une fiscalité pesante et une fonction publique pléthorique, la Belgique n’a pas le choix. Au lendemain des élections, elle devra suivre le rythme enclenché, avec plus ou moins de succès, dans les autres pays européens. Sous peine de se retrouver dans le collimateur des marchés, qui guettent les faux pas des dettes souveraines.

Seulement voilà : qu’on les qualifie de rigueur ou d’austérité, ces mesures feront mal. Au Portugal, le gouvernement a décidé de fermer 900 écoles d’ici la fin de l’année scolaire. En Espagne, la récession et la bulle immobilière ont poussé le gouvernement à tailler dans les dépenses sociales, alors que le chômage est en passe d’atteindre les 20%. En Italie, le plan d’austérité prévoit 24 milliards d’euros d’économie. Berlin vient d’annoncer 30 milliards d’économies d’ici à 2013. Quant au Royaume-Uni, il va lui aussi entrer dans une « ère d’austérité », selon les termes du Secrétaire d’Etat au Trésor David Laws.

Et en Belgique ? C’est la campagne, alors on rase gratis. Untel promet une pension minimale de 1.000 euros. Le lendemain, Telautre promet une pension à 1.150 euros. Sur le fond, on parle beaucoup des priorités socio-économiques, mais qui ose avancer des chiffres, des mesures, des projets ? A l’exception de l’Open VLD, timidement suivi par les autres partis flamands obligés de se positionner, je n’ai pas trouvé trace de programme de rigueur digne de ce nom. Côté francophone, en tout cas, on n’avance aucun programme chiffré. Faudrait pas faire peur à l’électeur, à l’heure où chacun y va de son cahier de revendications… Lire la suite

Grèce : l’eurozone a du mal à convaincre

Par Ludovic Delory dans Dans le monde, Décryptage , le 12 avril 2010 15h56 | 22 commentaires

belga-picture-196899381Ne jouons pas sur les mots. Durant des années, le gouvernement grec a triché. Camouflant honteusement sa situation budgétaire pour entrer dans la zone euro, il n’a cessé de mentir à sa population et aux dirigeants européens qui lui ont accordé une confiance aveugle et naïve. Le « club euro », c’était sélect, il fallait absolument en faire partie. Aujourd’hui, les réalités du marché finissent par s’imposer.

Une simple vidéoconférence, par un dimanche ensoleillé des vacances de Pâques, aura pourtant suffi à redonner l’espoir au pays qui a triché. Les ministres des Finances de l’eurozone ont engagé leurs futurs contribuables à délivrer un package de 30 milliards d’euros à Athènes. Cela, rien que pour la première année. Le FMI, sauveur du monde, viendra compléter cette somme avec l’argent prélevé aujourd’hui sur les comptes-épargnes des futurs bébés du monde entier. Au total, plus de 40 milliards de promesses alors que la Grèce affirme n’avoir besoin que d’environ 35 milliards pour se sortir la tête de l’eau.

Pour l’instant, les Grecs ont fait savoir qu’ils n’avaient pas besoin de cet argent en urgence. Ils auraient pourtant tort de s’en priver, le taux d’intérêt proposé (environ 5%) étant plus intéressant que celui du marché (7,5%). Actuellement, la Grèce doit débourser deux fois plus que l’Allemagne pour emprunter sur les marchés.

Et alors quoi ? La Grèce est sauvée ? Minute, papillon. Rien ne prouve qu’un apport d’argent frais suffira à sortir le pays de l’ornière. Sur les trois prochaines années, les besoins devraient déjà approcher les 80 milliards d’euros, si l’on en croit cette source cité par l’agence Reuter. Autrement dit, on peut d’ores et déjà prévoir aujourd’hui que l’on devra doubler la somme promise.

Réticente à aider le tricheur alors qu’elle fait figure de bon élève, l’Allemagne a plié devant l’insistance de ses partenaires politiques : elle passera à la caisse comme tout le monde, et même bien plus que tout le monde, puisque la répartition de l’aide se fait sur base de la contribution nette du pays à la zone euro. Le journal De Tijd a fait le calcul : les Allemands donneront environ 8,4 milliards au tricheur grec. Et les Belges ? Ils participeront à hauteur de 1,07 milliard d’euro… la première année. Geert Noels rappelle que notre déficit à nous, les Belges, frôle les 20 milliards. Si le plan d’aide à la Grèce devait être mis en branle, cela signifie que notre pays, déjà fauché, trouverait encore des ressources pour prêter 10% de cette somme à un pays dépensier qui n’a pas respecté les règles.

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Pourquoi les patrons n’aiment pas la Belgique

Par Ludovic Delory dans Décryptage , le 18 mars 2010 12h41 | 48 commentaires

billet20francsLa Belgique n’est pas une terre d’investissement. Le constat est d’autant plus cinglant qu’il émane des entrepreneurs eux-mêmes, et que cette situation tend à perdurer.

Voilà comment j’analyse la dernière livraison du sondage Ipsos sur l’attractivité des principaux pays européens. Les chiffres ont été publiés la semaine dernière. Ils montrent comment, à un instant donné, les patrons perçoivent la fiscalité d’un pays. C’est important, pour un patron, la fiscalité. C’est l’un des facteurs déterminants lorsqu’il s’agit de s’implanter quelque part. Vous aurez d’ailleurs remarqué que les petits pays pratiquent une fiscalité basse pour attirer un maximum d’entreprises sur leur sol étroit et — généralement — inhospitalier. Ce n’est pas un hasard si l’attractivité fiscale reste le meilleur argument d’Andorre, du Liechtenstein ou des îles Caiman.

Petite, la Belgique l’est aussi. Or, elle tend à pratiquer une politique fiscale plutôt décourageante. Regardez le tableau ci-dessous, et comparez la situation belge avec celle de nos voisins néerlandais. Lire la suite

L’implosion annoncée de l’eurozone ?

Par Ludovic Delory dans Dans le monde, Décryptage, Financier , le 7 février 2010 09h30 | 34 commentaires

pigOn les appelle les PIGS. Portugal, Irlande, Grèce, Espagne (Spain, en anglais) sont les mauvais élèves de la classe euro. Et ils risquent d’entraîner dans leur chute l’ensemble du système monétaire européen.

Voilà plusieurs semaines que les principales inquiétudes se focalisent sur la Grèce. Un gouvernement qui manipule les chiffres, un déficit abyssal caché durant des années, des troubles sociaux, un changement de majorité, une notation revue à la baisse, et ce constat effrayant : une dette égale à 113% du PIB.

Face au drame à venir, le gouvernement grec a pris des décisions qui, au regard de l’enjeu, apparaissent bien légères : un gel des salaires de la fonction publique, un recul de l’âge de la retraite, une taxe sur les carburants. Vous l’imaginez bien, ces mesures d’austérité suffisent à faire gronder les agents de la fonction publique grecque, prêts à descendre dans la rue dès cette semaine.

En approuvant le plan grec, la BCE a pris des risques. Certes, Athènes est placée sous tutelle et devra rendre des comptes. Mais on voit mal comment un plan d’austérité aussi « léger » pourra éponger une décennie de laxisme budgétaire. Les messages optimistes envoyés il y a deux mois s’estompent : même si la dette grecque est majoritairement détenue par des pays de la zone euro, Berlin et Paris ne semblent pas décidés à bouger le petit doigt. Et avec un rendement désormais supérieur à 7%, le rendement de l’obligation grecque rend plus difficile encore la capacité du pays à emprunter sur les marchés.

Les acteurs du marché, justement, voient venir le désastre : les dettes souveraines (c’est-à-dire les dettes des Etats) sont devenues plus risquées que celles des principales entreprises privées. La Bourse, elle, commence à tressaillir. Et la solidarité intra-européenne (jamais vraiment démontrée dans les faits) risque de tourner court. Car la Grèce n’est pas un cas isolé. Lire la suite

Dette et déficit : la Belgique limite la casse

Par Ludovic Delory dans Décryptage, Socio-éco , le 12 janvier 2010 16h00 | 4 commentaires

watheletEn l’absence remarquée du ministre du Budget, le bilan chiffré de l’année 2009 a été présenté ce matin rue de la Loi. La crise n’a semble-t-il pas érodé les sourires de circonstance des ministres présents. Avec un déficit de 20 milliards d’euros (5,9% du PIB, contre 1,2% en 2008), la Belgique se classe dans la moyenne européenne (-6% pour les 27).

On le savait : c’est essentiellement à la diminution des recettes fiscales (-8,6%) qu’il faut imputer cette détérioration budgétaire. En 2009, les impôts ont rapporté près de 86 milliards d’euros à l’Etat (contre plus de 93 milliards en 2008). En contrepartie, comme il l’avait promis, le gouvernement s’est (un peu) serré la ceinture : les dépenses primaires (qui comprennent essentiellement les salaires de la fonction publique) ont baissé de 0,2% par rapport à 2008.

La sécurité sociale a souffert de la crise. Sans surprise là aussi, les recettes (cotisations et financements alternatifs) ont été inférieures aux attentes. La sécu termine 2009 sur un déficit de 2,74 milliards d’euros (0,8% du PIB), ce qui est quand même un peu moins que les plus récentes estimations. Deux bémols : crise oblige, le nombre de chômeurs a augmenté, entraînant un surplus de 900 millions d’euros pour les allocations ; et les sources de financement alternatif sont en progression constante, preuve que les cotisations ne suffisent plus à répondre aux besoins.

La dette, elle, repart vers les sommets. Avec un taux d’endettement égal à 97,9% du PIB (on devrait franchir la barre des 100% cette année, alors que nous étions à 84% en 2007), la Belgique devra se méfier de l’effet boule de neige, même si une fois encore elle a mieux résisté que ses partenaires européens. Les agences de notation tiennent notre pays à l’oeil et l’on sait à quel point elles sont attentives au moindre signe de faiblesse ces derniers jours. Au sein de l’eurozone, la Belgique figure sur la troisième marche des pays les plus endettés (en pourcentage du PIB) derrière l’Italie et la Grèce.

Une nouvelle, enfin, qui a de quoi réjouir le gouvernement (et le contribuable) : le sauvetage des banques se révèle être une bonne opération pour les finances publiques. Grâce aux intérêts sur les prêts, grâce aux dividendes et aux primes diverses, les recettes sont supérieures aux dépenses. Didier Reynders l’a annoncé ce matin : les actionnaires de BNP Paribas Fortis qui ont perdu (un peu, beaucoup,…) ne seront pas oubliés. Reste à voir quand et dans quelle mesure.