Archives du décembre, 2010

2011 : tout augmente, ma bonne dame

Par Ludovic Delory dans Votre argent , le 29 décembre 2010 17h34 | 49 commentaires

belga-picture-245006091Gardez vos étrennes de côté, nos gouvernements nous ont encore concocté une liste non exhaustive de petites mesures qui, mises bout à bout, risqueront d’alléger votre portefeuille.

L’augmentation (annoncée) des prix de l’énergie. Nous n’y échapperons pas. Ceux qui ont déjà reçu leur nouvelle facture mensuelle l’ont déjà constaté. La cotisation fédérale sera plus élevée en 2011. Pour une famille de 4 personnes, cette augmentation devrait être de 18 euros annuels pour l’électricité (environ 4 euros de plus par rapport à 2010) ; de 11 euros pour le gaz (soit une hausse de 54% !). Depuis son introduction en 2003, la cotisation fédérale sur l’électricité a été multipliée par cinq. Les prix des matières premières et les répercussions indirectes de l’introduction d’énergie verte sur le réseau auront aussi un impact sur votre facture. 

Hausse des tarifs aussi chez Belgacom. Ce 1er janvier, vous paierez 0,52% de plus pour les tarifs fixes et mobiles ;  1,3% de plus pour les tarifs de l’internet fixe. En revanche, Belgacom facturera moins cher les appels de numéro fixe vers numéro mobile.

– Et 2 centimes de plus pour le timbre-poste ! Pour un envoi normalisé en service national, il vous en coûtera 0,61 euro à l’achat de minimum 10 timbres. A la pièce, vous devrez vous acquitter de 0,71 euro. En service international, la pochette de minimum 5 timbres vous coûtera 0,93 euro (pour l’Europe) et 1,10 (pour le reste du monde). Cette adaptation des tarifs est conforme à l’augmentation du coût de la vie et au contrat de gestion conclu entre bpost et l’Etat belge.

– A partir du 1er janvier, une partie du secteur postal sera timidement ouverte à la concurrence. Les envois de moins de 50 grammes pourront être distribués par un facteur d’une firme privée. Mais l’accès au marché sera très restrictif, pour les candidats. Le nouvel opérateur sera tenu, après deux ans, de distribuer le courrier au moins deux fois par semaine. Après 5 ans, il devra couvrir 80% du territoire des trois régions du pays. Enfin, le nouvel opérateur ne pourra embaucher que des salariés. Lire la suite

Le retour gagnant de l’or ?

Par Ludovic Delory dans Financier , le 17 décembre 2010 10h54 | 9 commentaires

CHINA ASIAN GAMES 2010Lentement mais sûrement, il refait son apparition dans les analyses économiques. L’étalon-or, que les gouvernements ont abandonné il y a près d’un siècle, semble être redevenu le Graal permettant de sortir des crises monétaires à répétition que nous connaissons depuis… près d’un siècle. Curieuse coïncidence, non ?

A la mi-novembre, l’éditorialiste James Grant a chanté les louanges de l’étalon-or dans les colonnes du New York Times. Voici ce qu’il écrit :

Laissez les économistes s’étrangler : l’étalon-or classique, le seul qui était en place de 1880 à 1914, c’est ce dont le monde a besoin maintenant. Dans son utilité, son économie et son élégance, il n’a jamais existé de système monétaire comme celui-là.

Cet éloge est venu s’ajouter aux propos ambigus du président de la Banque Mondiale. Le 7 novembre, Robert Zoellick écrit, dans une tribune que lui accorde le Financial Times, qu’il faudrait mettre sur pied un Bretton Woods II, ajoutant que :

Le système doit aussi envisager d’utiliser l’or comme point de référence international des attentes du marché vis-à-vis de l’inflation, la déflation et les futures valeurs des cours.

Face aux commentaires que sa déclaration suscita, Robert Zoellick effectua une volte-face remarquable en déclarant, deux semaines plus tard :

Je ne pense pas qu’on puisse retourner à un système de taux de change fixe comme l’est l’étalon-or standard. (…) Je ne suis pas partisan d’un retour au 19e siècle, lorsque l’offre de monnaie était couplée à l’or.

En France, l’économiste Philippe Simonnot plaide, depuis longtemps, pour un retour à l’étalon-or. L’histoire et la crise que nous traversons nécessiteraient un « retour vers le futur », un ré-ancrage des devises nationales au précieux métal.

On oublie trop souvent que la monnaie n’est qu’une marchandise comme les autres. En des temps très anciens, plusieurs matières premières ont servi d’intermédiaires : le blé, le sel ou le thé. L’or et l’argent, deux métaux précieux, se sont finalement imposés en raison de leurs qualités intrinsèques. L’or est rare, inaltérable et facile à travailler. A cette époque, l’unité monétaire est le poids : on compte en grammes d’or, en onces ou en kilos. Sur ce système de mesures sont venues se greffer les premières monnaies nationales. Les gouvernements ont fait leur intrusion dans le système monétaire en créant des dollars (= un vingtième d’once d’or) ou des livres sterling (= un quart d’once d’or). C’est l’époque de l’étalon-or classique : chaque monnaie dépend de l’or et les taux de change sont fixes. Ils dépendent du marché, pas du gouvernement. Lire la suite

FMI, S&P,… Belgique en danger ?

Par Ludovic Delory dans Décryptage, Financier , le 15 décembre 2010 23h26 | 13 commentaires

jean_hindriksL’actualité se bouscule autour de cette pauvre Belgique, présentée désormais comme une cible des spéculateurs assoiffés de faillites et d’argent frais. A peine le rapport du FMI sorti, voilà que l’agence de notation Standard&Poor’s menace de dégrader la note de notre pays, comme le furent en d’autres temps plus sombres, la Grèce, l’Islande, le Portugal ou l’Irlande. Brrrr…

Notre pays figure-t-il en bonne place sur la liste des fossoyeurs de la zone euro ? Devons-nous craindre un scénario à la grecque, en l’absence d’un gouvernement stable (c’est-à-dire capable de prendre une orientation stratégique) ? Ce mardi, j’ai posé la question à trois économistes réputés : Jean Hindriks (UCL, Itinera Institute), Geert Noels (Econopolis) et Philippe Ledent (ING).

La plupart de leurs réponses tendent vers l’optimisme. Sur le rapport du FMI, Jean Hindriks rappelle que les fondamentaux de notre économie (maîtrise du déficit, exportations) sont plus élevés que la moyenne européenne :

C’est rassurant de savoir que, même en l’absence d’un gouvernement, notre économie tourne encore bien. C’est un peu comme si nous étions un petit bateau porté par la marée montante. Vivant à proximité d’une économie qui tourne assez bien, qui est l’Allemagne. (…) Sur les fondamentaux, la Belgique inspire confiance. On a un déficit qui est plus faible que la moyenne européenne, on a un taux de chômage qui est inférieur à la moyenne européenne, on a une croissance qui est supérieure à la moyenne européenne, et on exporte plus qu’on importe. (…) Mais j’insiste sur le fait que les fondamentaux étaient bons aussi pour l’Irlande. Une crise est toujours imprévisible. Dans l’immédiat, le risque pourrait venir du secteur bancaire.

Hélas oui ! La crise est subtile et survient souvent là où personne ne l’attendait. Pour preuve : les émissaires du FMI avaient délivré un excellent bulletin aux autorités irlandaises en juillet 2010, soit… quatre mois avant la survenance de la crise bancaire dans ce pays. Qu’avait écrit le Fonds Mondial International, à l’époque ? Relisons :

Les mesures offensives prises par les autorités ont aidé à gagner en crédibilité politique et à stabiliser l’économie. (…)  La consolidation fiscale est en train de se mettre en place comme prévu. La politique économique a, en partie, placé l’Irlande à l’abri des pressions du marché. Si l’on se réfère à la chute de la fin 2008 et du début 2009, l’économie se stabilise, croît et devrait retrouver un rythme normal cette année.

On connaît la suite. Les rapports du FMI n’ont eu aucune influence sur le semi-échec irlandais. Raison de plus pour se méfier des conclusions concernant la Belgique.

geert-noels-portrait-libertarianbeGeert Noels (Econopolis) n’est pas surpris par l’avertissement.

« S&P court un peu après le marché, parce que la prime de risque de faillite sur la Belgique a déjà grimpé depuis quelques mois. Elle se chiffre aujourd’hui au double du Brésil. L’écart des taux a monté également. Donc, S&P court un peu derrière, et ce n’était pas une grande surprise pour les gens actifs dans les marchés de voir cette réaction de S&P. »

« La dette est là. La crise bancaire a ajouté une couche d’incertitude, surtout sur les garanties données par la Belgique. Et on vit dans une situation où, évidemment, quand il n’y a pas de gouvernement, et pas de mesures prises, ça augmente le risque pour un pays. »

La Belgique : AA dans 6 mois ?

« Je crois qu’on ne peut pas exclure une dégradation de la note de la Belgique. Je ne crois pas qu’on en soit déjà là. S&P est inquiet vu l’incertitude. Je crois qu’on a suffisamment de qualités pour rester en AA+, mais alors il faut prendre des mesures. Il faut suivre ce que dit le FMI, c’est-à-dire couper le déficit un peu plus vite que prévu et vers un niveau plus bas que prévu. Cela demandera à mes yeux un gouvernement assez fort. Et on est loin de cette situation-là.

Pessimisme modéré par Philippe Ledent, économiste chez ING :

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« En eux-mêmes, les taux globalement ont connu une période de baisse. Néanmoins, ce qui est plus ennuyeux, c’est que l’écart entre le taux belge et le taux allemand, lui, a eu tendance à se creuser. Cet écart représente vraiment le risque lié à un pays. Et ce risque est en train de s’accroître vis-à-vis de la Belgique. »

« Sur le plan économique, il n’y a vraiment que le taux d’endettement qui pose problème. Et je dirais que c’est un petit problème, car la Belgique a toujours vécu, au cours des 30 dernières années, avec des taux d’endettement très élevés. »

« Les spéculateurs ne vont jamais se mettre en route pour rien. Il y a toujours une raison qui justifie le fait que des personnes, partout dans le monde, vont se mettre à vendre un certain actif financier. Parce qu’ils considèrent que c’est trop risqué, qu’ils pourront faire une bonne affaire à l’avenir. Mais il y a toujours un élément déclencheur interne à l’entreprise ou au pays. Dans le cas belge il y a, on l’a dit, ce taux d’endettement assez élevé, et la crise politique qui attire pas mal de commentaires et pas mal d’incertitudes actuellement. »

Je terminerai sur une note semi-positive : les prévisions ne veulent parfois rien dire. Les spécialistes ont beau répéter que les « fondamentaux » sont bons, ils n’oublient pas pour autant que l’économie repose sur un facteur subjectif et, ô combien aléatoire : la confiance. Malheureusement, cette confiance est difficilement mesurable. Voilà pourquoi il convient de rester vigilants.

Ne pas rater le train de l’e-commerce

Par Ludovic Delory dans Globalization , le 13 décembre 2010 10h33 | 3 commentaires

photocouverturelivre1Au fil de son développement exponentiel, Internet est devenu l’allié des entreprises. D’un simple clic, vous pouvez entrer en contact avec près de 2 milliards d’internautes. Grâce aux sites de vente en ligne, je peux recevoir chez moi des livres introuvables dans les librairies belges, des t-shirts personnalisés ou des chaussures fabriquées à l’autre bout du monde. En fidélisant leurs clients, ces e-commerces prospèrent et se développent. Voilà comment une petite entreprise de cinq personnes peut, à partir d’une simple connexion à Internet, devenir une multinationale. Dans un premier temps, le réseau permet surtout de réduire les coûts de prospection en supprimant les intermédiaires. Quant au site Internet, il reste une vitrine permanente de vos activités.

Nous sommes entrés depuis deux ou trois ans dans l’ère du web 2.0, multi-directionnel. Non seulement vous ne pouvez pas vous offrir le luxe de ne pas être présent sur Internet, mais vous avez intérêt de surcroît à en exploiter toutes les possibilités. Sachez aussi que, sur quantité de forums, des consommateurs actifs et exigeants ne manqueront pas de critiquer vos produits. Passer à côté de la révolution interactive, c’est se priver de possibilités presque infinies de développement.

Malheureusement, dans ce domaine, la Wallonie est à la traîne. Aujourd’hui, 58% des PME wallonnes disposent d’un site web, 12% seulement pratiquent le commerce en ligne. Or, pour se vendre, il n’y a pas de secret : il faut apprivoiser les nouveaux médias, envahir les réseaux sociaux et exploiter toutes les facettes du web.

Comment y parvenir ? Le think tank Entreprise Globale expose, dans un livre clair et accessible, les recettes gagnantes pour réussir son marketing sur le web. Lisibilité du site, design et ergonomie, en prêtant une attention constante au destinataire,… les ingrédients sont maîtrisés par nombre de gourous du web 2.0, ils sont désormais à la portée de tout un chacun. Ce livre vous donne les clefs pour appréhender au mieux la logique des moteurs de recherche comme Google ou Yahoo. Vous y trouverez aussi de nombreux exemples d’entreprises qui ont réussi à donner un coup de fouet à leurs ventes, telle cette firme liégeoise de mobilier, qui réalise un quart de son chiffre d’affaires à l’export, grâce à Internet.

S’ouvrir au monde, commercer en toute liberté, sans intermédiaires, en acceptant la saine émulation suscitée par la concurrence : Internet remet au centre du jeu les fondamentaux de l’économie de marché. Il est plus que temps de prendre le train en marche.

« Utiliser internet pour vendre à l’étranger« , Jean-Yves Huwart, Ed. Entreprise Globale.

La bulle verte se dégonfle

Par Ludovic Delory dans Dans le monde , le 7 décembre 2010 19h34 | 13 commentaires

belga-picture-142947651La crise de la finance et la crise des Etats, qui lui succède, obligent bien des gouvernements à faire marche arrière dans des dossiers hautement symboliques. C’est le cas des politiques destinées, d’une manière ou d’une autre, à promouvoir le développement durable et la lutte contre le réchauffement climatique. De l’éolien au photovoltaïque, en passant par le juteux marché des certificats verts, on a vu naître au cours des dernières années une multitude de nouveaux marchés qui ne tenaient debout que par la grâce des subventions publiques. Sans y prendre garde, les gouvernements ont donné naissance à une bulle spéculative qui, une fois passé l’effet d’aubaine, va laisser sur le carreau ceux qui n’ont pas pu s’en extirper à temps.

Plusieurs indices nous montrent que la bulle est en train de se dégonfler à toute vitesse.

Le premier coup de semonce est venu de Chicago. A la fin de cette année, la Bourse du Carbone de Chicago cessera ses activités. Depuis 2003, le Chicago Climate Exchange servait de lieu d’échange des tonnes de carbone entre les acteurs conscientisés par le climat. Après avoir atteint son pic à la mi-2008, le marché du carbone n’intéresse aujourd’hui plus grand monde et le prix d’échange est devenu dérisoire. La bourse carbone aura surtout permis aux plus malins de s’enrichir à bon compte sur le dos des contribuables (j’en avais déjà parlé dans ce billet). Bref, maintenant que tout le monde s’est servi, on ferme boutique. Nous serons curieux de voir les répercussions d’une telle décision sur la bourse européenne du carbone ECX, déjà plombée il y a un an par un scandale de carrousel à la TVA d’environ 5 milliards d’euros.

Mais ce n’est pas tout, loin de là. Comme la crise oblige les gouvernements à effectuer des coupes sombres dans les budgets, on assiste un peu partout à la cessation, totale ou complète, des activités liées de près ou de loin au développement durable. Trop coûteux, pas assez rentable, le vert subsidié n’est plus à la mode.

La semaine passée, le gouvernement français a gelé pour quatre mois les aides à l’énergie solaire, déclenchant la colère des professionnels du panneau photovoltaïque. Cette mesure intervient après que le gouvernement eut réduit de moitié le crédit d’impôt pour l’achat de panneaux solaires. Si la France devait concrétiser tous ses projets en attente (plus de 3.500 MégaWatts), il faudra s’attendre à un bond de la facture d’électricité. EDF rachète en effet l’énergie verte en répercutant la facture sur les usagers. Lire la suite