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Titres-services en péril

Par Ludovic Delory dans Conso, Votre argent , le 12 août 2010 10h45 | 19 commentaires

large_377216La success story va bientôt virer au cauchemar budgétaire. En lançant le système des titres-services en 2004, le gouvernement fédéral désirait lutter plus activement contre le travail au noir en vigueur dans le secteur des aides ménagères. Mais en voulant récupérer le beurre et l’argent du beurre, il risque de se retrouver avec une crème aigre au bout des papilles.

Personnellement, j’ai du mal à croire que le ministre Frank Vandenbroucke, bardé de diplômes en économie, n’ait pas pu prendre conscience, dès le lancement des titres-services, du succès futur (et des échecs inévitables) de son initiative. Lorsque l’argent public vient inonder un secteur économique en particulier, on appelle cela l’effet d’aubaine. Il n’y a rien d’anormal à voir affluer des entrepreneurs sur un marché comportant, à court terme, peu de risques. Nos titres-services inspirent même l’étranger. Figurez-vous que des sites internet polonais expliquent aux travailleuses intéressées la manière de s’y prendre pour venir « faire des ménages » en Belgique ! Voilà un effet d’aubaine inespéré !

Le secteur des titres-services est en cela comparable à celui des poseurs de panneaux photovoltaïques ou des éco-bonus pour voitures propres : tant que le politique soutient l’idée, il y a une manne potentielle d’argent facile à disposition. Les acteurs impliqués ont donc tout intérêt à préserver le système… aux dépens des contribuables les plus défavorisés (et les plus nombreux, ceux qui financent le système sans avoir les moyens d’en bénéficier).

C’est ainsi que, tout naturellement, les titres-services ont rencontré un énorme succès. Imaginez donc ! Payer 7,50 euros pour une heure de ménage à domicile, faire financer le solde par la collectivité et retoucher, de surcroît, une partie du montant via un remboursement d’impôt : n’importe quel bon père de famille s’est très vite rendu compte qu’il s’agissait d’un placement on ne peut plus rentable. Résultat : une diminution certaine du travail au noir, une hausse du nombre d’utilisateurs, un « boum » des CDI (+80% selon l’étude d’Idea Consult), mais en retour un coût exorbitant pour le contribuable. En 2009, l’Etat belge aurait ainsi déboursé 662 millions d’euros nets pour maintenir à flots le système des titres-services. Un chiffre appelé à frôler le milliard dans les années qui viennent… si rien ne change. Lire la suite