Archives du avril, 2010

BHV éclipse la crise

Par Ludovic Delory dans Socio-éco , le 27 avril 2010 08h44 | 16 commentaires

bhv

La crise ? Quelle crise ? La politique ou l’économique ? BHV ou la spirale de l’endettement ? L’avenir du pays ou le chômage galopant ?

La crise politique ne sera pas sans influence sur l’économie. Fragilisé, notre pays est automatiquement plus exposé sur la scène européenne. Cela fait quelques jours que les marchés financiers guettent la Belgique du coin de l’œil. Et dès l’amorce de la crise (politique), on a vu, déjà, les taux d’intérêt se relever légèrement. Les taux payés par l’Etat belge sur ses obligations ; s’ils augmentent, ça veut dire que la Belgique devra payer plus cher pour rembourser sa dette, qui frôle actuellement les 100% du produit intérieur brut. Si les taux d’intérêt continuent de monter, les marchés pourraient avidement se retourner vers la Belgique. Et avec un gouvernement faible, le risque est grand de voir le trou s’agrandir. Dans les pages du Soir, l’économiste Etienne de Callatay redoute ce scénario. On l’a vu tout récemment avec le cas de l’Irlande : pour résister à la spirale de l’endettement, il faut un gouvernement qui prenne des mesures fortes. Et pour l’instant, on ne peut pas dire que ce soit le cas de la Belgique.

Au fond, pas besoin d’être mis en minorité au Parlement pour tirer la sonnette d’alarme. Dans les colonnes de L’Echo, Wilfried Vestraete exprime sans doute l’avis de beaucoup de patrons belges. « Pendant que BHV fait les gros titres, on reporte l’assainissement des finances publiques ». Cet homme de 52 ans dirige Euler Hermes, l’un des principaux acteurs de l’assurance crédit. Et sa principale crainte, c’est l’emballement,… l’effet boule de neige. Lui aussi redoute une hausse des taux, une plongée dans l’endettement, et une augmentation du nombre de faillites. « Je ne serais pas étonné, ajoute Wilfried Verstraete, que l’on dépasse les 11.000 faillites cette année en Belgique ». A titre d’info, en 2009, on en a dénombré 10.500.

Ce matin, l’ONEM va publier les tous derniers chiffres du chômage en Belgique. Voilà qui risque de rappeler que la vraie crise n’est peut-être pas politique.

(Photo : le grand Bazar de l’Hôtel de Ville, à Paris)

Grèce : l’eurozone a du mal à convaincre

Par Ludovic Delory dans Dans le monde, Décryptage , le 12 avril 2010 15h56 | 22 commentaires

belga-picture-196899381Ne jouons pas sur les mots. Durant des années, le gouvernement grec a triché. Camouflant honteusement sa situation budgétaire pour entrer dans la zone euro, il n’a cessé de mentir à sa population et aux dirigeants européens qui lui ont accordé une confiance aveugle et naïve. Le « club euro », c’était sélect, il fallait absolument en faire partie. Aujourd’hui, les réalités du marché finissent par s’imposer.

Une simple vidéoconférence, par un dimanche ensoleillé des vacances de Pâques, aura pourtant suffi à redonner l’espoir au pays qui a triché. Les ministres des Finances de l’eurozone ont engagé leurs futurs contribuables à délivrer un package de 30 milliards d’euros à Athènes. Cela, rien que pour la première année. Le FMI, sauveur du monde, viendra compléter cette somme avec l’argent prélevé aujourd’hui sur les comptes-épargnes des futurs bébés du monde entier. Au total, plus de 40 milliards de promesses alors que la Grèce affirme n’avoir besoin que d’environ 35 milliards pour se sortir la tête de l’eau.

Pour l’instant, les Grecs ont fait savoir qu’ils n’avaient pas besoin de cet argent en urgence. Ils auraient pourtant tort de s’en priver, le taux d’intérêt proposé (environ 5%) étant plus intéressant que celui du marché (7,5%). Actuellement, la Grèce doit débourser deux fois plus que l’Allemagne pour emprunter sur les marchés.

Et alors quoi ? La Grèce est sauvée ? Minute, papillon. Rien ne prouve qu’un apport d’argent frais suffira à sortir le pays de l’ornière. Sur les trois prochaines années, les besoins devraient déjà approcher les 80 milliards d’euros, si l’on en croit cette source cité par l’agence Reuter. Autrement dit, on peut d’ores et déjà prévoir aujourd’hui que l’on devra doubler la somme promise.

Réticente à aider le tricheur alors qu’elle fait figure de bon élève, l’Allemagne a plié devant l’insistance de ses partenaires politiques : elle passera à la caisse comme tout le monde, et même bien plus que tout le monde, puisque la répartition de l’aide se fait sur base de la contribution nette du pays à la zone euro. Le journal De Tijd a fait le calcul : les Allemands donneront environ 8,4 milliards au tricheur grec. Et les Belges ? Ils participeront à hauteur de 1,07 milliard d’euro… la première année. Geert Noels rappelle que notre déficit à nous, les Belges, frôle les 20 milliards. Si le plan d’aide à la Grèce devait être mis en branle, cela signifie que notre pays, déjà fauché, trouverait encore des ressources pour prêter 10% de cette somme à un pays dépensier qui n’a pas respecté les règles.

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