Archives du décembre, 2009

Le rail s’ouvre à la concurrence

Par Ludovic Delory dans Conso , le 31 décembre 2009 12h49 | 19 commentaires

trainNouveauté 2010 : le transport ferroviaire des voyageurs s’ouvre à la concurrence. Il s’agit d’une conséquence de l’entrée en vigueur du « troisième paquet » adopté par l’Union Européenne en 2007. A partir de ce 1er janvier, plus rien n’interdit donc à la société X ou Y de mettre en service des trains sur les réseaux ferroviaires européens. Objectifs avoués : améliorer le confort et le service aux passagers, générer une concurrence, créer de l’emploi.

En pratique, cela ne veut pas dire que, du jour au lendemain, les trains vont arriver à l’heure. Les choses sont un peu plus compliquées. Les lourdeurs administratives, les investissements requis, les incertitudes pesant sur le marché, vont ralentir l’arrivée de la concurrence. Et puis, on imagine que les entreprises publiques ne se laisseront pas déposséder si facilement de leur monopole. Les réseaux resteront leur propriété, ce qui risque de donner lieu à des scénarios malheureusement répétitifs outre-Manche : des trains de compagnies privées circulant sur un réseau vieillot et soumis aux humeurs des syndicats de cheminots. Comme l’a montré Allister Heath, ces semi-libéralisations engendrent une panoplie d’effets secondaires, dommageables pour les autorités publiques qui les ont mises en oeuvre… et pour les voyageurs. J’en ai vécu l’amère expérience, il y a quelques années, en passant la nuit sur le sol dur de Victoria Station dans l’attente d’un Eurostar qui n’est apparu qu’à l’aube. Lire la suite

Les déficits, priorité pour 2010

Par Ludovic Delory dans Dans le monde, Financier , le 29 décembre 2009 16h39 | 8 commentaires

dette-internationale-600x2792010 n’éclipsera pas les problèmes économiques rencontrés cette année-ci. Sans jouer les mauvais oracles, on peut même prédire que la dette publique sera au centre des préoccupations ces prochains mois. Avant la crise, la question passait presque inaperçue. Aujourd’hui, les gardiens de l’orthodoxie budgétaire commencent, soudainement, à s’agiter.

Derniers moulinets en date : l’appel pressant de Jean-Claude Trichet, président de la Banque Centrale Européenne, à combler les déficits une fois la crise passée. La Grèce, l’Espagne et le Royaume-Uni sont dans le viseur. Mais la France non plus n’est pas à l’abri. Avec un déficit public égal à 8,2% du PIB (8,5% annoncés pour 2010) et une dette record (84% du PIB), l’Hexagone vient de se faire rappeler à l’ordre par l’agence de notation Fitch. La note « AAA », qui fait les beaux jours de bon nombre de pays européens ne tient qu’à un fil, si les gouvernements ne décident pas de mettre en oeuvre au plus vite des plans de retour à l’équilibre. Pierre Cailleteau, responsable des dettes souveraines chez Standards & Poor’s, autre grande agence de notation, le rappelle à sa manière : Lire la suite

La crise plombe la consommation d’énergie

Par Ludovic Delory dans Conso, Votre argent , le 28 décembre 2009 17h10 | Un commentaire>

tihangeAu même titre que la construction, la consommation d’énergie représente un excellent baromètre pour juger de l’activité économique d’un pays. Les derniers chiffres publiés par Synergrid (fédération belge des gestionnaires du réseau de l’électricité et du gaz) tombent donc à pic. Ils révèlent, pour 2009, une consommation d’électricité en baisse de 6% par rapport à 2008.

C’est surtout chez les clients industriels que la diminution se fait le plus sentir: -16%. Ce qui est encourageant, c’est que l’activité a repris petit à petit à la fin de cette année, avec des mois de novembre et de décembre moins catastrophiques qu’en 2008.

Deux autres tendances peuvent être relevées :

– L’explosion de la production « décentralisée » d’électricité (+20%, mais on venait de très bas) s’explique par le subventionnement des panneaux solaires et photovoltaïques. Aujourd’hui, 5% de l’électricité transportée sur le réseau belge est d’origine « solaire ». 

– La Belgique a exporté 80% d’électricité de plus en 2009 par rapport à l’année précédente, en raison de la forte demande en provenance de France. Si l’on retire les TWh importés, on constate malgré tout que la Belgique était, cette année, exportatrice nette d’électricité. Lire la suite

« Le marché de l’emploi en Wallonie semble mort »

Par Ludovic Delory dans Socio-éco , le 14 décembre 2009 07h12 | 14 commentaires

14150918La phrase a été lancée ce week-end par Geert Noels sur son blog Econoshock. En se basant sur les chiffres trimestriels du baromètre Manpower, cet économiste très écouté en arrive à une conclusion sans appel :

« il n’y a pas de pays ou de région du monde où le marché de l’emploi est aussi anémique qu’en Wallonie. En fait, le marché de l’emploi en Wallonie semble bel et bien mort.« 

Pour appuyer son affirmation, Geert Noels se base sur une comparaison des graphiques Manpower entre la Flandre et la Wallonie (dossier pdf à télécharger ici… en néerlandais, curieusement la version française « plante »). Que constate-t-on ? Que les perspectives d’emploi (auprès des employeurs) poursuivent leur baisse continue en Belgique depuis presque un an, mais qu’elle s’est subitement accélérée pour le premier trimestre 2010. La faute à qui ? D’abord à la Région bruxelloise, où elles sont en baisse de 8%, contre -4% pour la Wallonie et -2% pour la Flandre. Il faut remonter à 2003 pour trouver des prévisions aussi pessimistes.

Qu’est-ce qui peut donc amener Geert Noels à tirer une conclusion si péremptoire ? Sans doute l’observation à long terme du graphique qui indique, pour la Wallonie, une fâcheuse tendance à la stagnation. Comparée à ses consoeurs bruxelloise et flamande, la courbe wallonne des perspectives d’emploi prend des allures d’encéphalogramme plat depuis 2003, date de naissance du baromètre Manpower. Lire la suite

Le business du CO2

Par Ludovic Delory dans Financier, Globalization , le 8 décembre 2009 14h27 | 8 commentaires

millniumartRéduire les émissions de CO2 : énorme et ambitieux défi, pour les participants à la conférence de Copenhague. Voilà des années que les spécialistes du climat pointent du doigt ce gaz invisible et inodore, responsable selon eux du réchauffement des températures à la surface du globe.

C’est tout récemment aussi que le dioxyde de carbone est devenu l’enjeu de querelles financières dépassant l’entendement. On en parle peu, mais le marché du CO2 s’est développé à une vitesse faramineuse en l’espace de quelques années. Le principe ? C’est celui du pollueur-payeur. Les Etats ou les entreprises qui polluent au-delà d’un certain quota (fixé généralement par les pouvoirs publics) achètent des « droits à polluer » sur le marché du carbone. Les entreprises les plus propres, en revanche, peuvent revendre leurs excédents.

En Europe, le système du marché d’émissions de CO2 existe depuis 2005. Un an plus tard, un premier krach fait chuter le prix de la tonne de dioxyde de carbone, qui venait pourtant d’atteindre des sommets. Bon nombre d’entreprises avaient en fait anticipé le mouvement, et investi dans des infrastructures moins polluantes. L’industrie cimentière, par exemple, n’a pas attendu les quotas pour réduire drastiquement sa consommation d’énergie par unité de clinker produit.

En outre, tout marché génère une spéculation. Très vite, on a donc assisté à des unions assez improbables entre des multinationales financières et des petites entreprises génératrices de crédits carbones. La banque américaine GoldmanSachs a ainsi investi dans Blue Source, une société spécialisée dans la capture du CO2. Pour de nombreuses PME, l’apport de fonds non négligeables a permis de financer des projets écologiques dans les pays en voie de développement. Bionersis, petite société française spécialisée dans le traitement des déchets en Amérique latine, collabore désormais avec EDF Trading. C’est du win-win : le pollueur achète ses crédits-carbone au « bon élève », qui investit l’argent dans des projets verts.

Mais la bourse carbone génère aussi d’innombrables effets pervers. Lire la suite

Procès Citibank : départ médiatique

Par Ludovic Delory dans Financier , le 1 décembre 2009 09h57 | 7 commentaires

GYI0051214632.jpgLes anciennes brasseries Belle-Vue et leurs briques usées par le temps vont accueillir dès cet après-midi le premier grand procès de l’après-crise financière en Belgique. Hier après-midi, lors de ma visite impromptue sur place, des milliers de chaises vides étaient alignées dans la pénombre d’une grande salle aux murs tapissés de draps noirs.

Sur le coup de 14 heures, la présidente de la 61e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles donnera le coup d’envoi du procès Citibank.

Sur le banc des prévenus : 3 membres de la direction de Citibank Belgique poursuivis pour avoir proposé des produits hautement « toxiques » estampillés Lehman Brothers « par le biais de ruses et de publicités mensongères« . Ces produits étaient « garantis à 100% », mais on connaît la suite : faillite de Lehman Brothers (septembre 2008), le crach boursier et les répercussions sur le monde de la finance. Envolées, les promesses de rendement à 6% sur deux ans… Lire la suite