Archives du novembre, 2009

Inflation, dette et Dubaï

Par Ludovic Delory dans Dans le monde, Décryptage, Financier , le 26 novembre 2009 22h15 | 11 commentaires

zimbabwe-2dcrisis-2d1Le petit garçon sur cette photo est multimilliardaire, mais nous n’avons aucune raison de l’envier. Avec les 65 milliards de dollars zimbabwéens qu’il porte dans les bras, il peut à peine s’offrir une Rolex, même si je doute que cela fasse partie de ses priorités.

Le dollar zimbabwéen est la monnaie la plus dévaluée du monde. Voilà qui illustre à merveille le grand drame de notre économie moderne : la monnaie a de moins en moins de valeur. Souvenez-vous de ce que je vous disais ici : pour ruiner une économie, il « suffit » de provoquer de l’hyperinflation. C’est ce que Mugabe a fait au Zimbabwe.

Pourquoi je vous parle de cela ? Parce que, mine de rien, les gouvernements du monde occidental sont en train de faire la même chose. L’injection massive d’argent, re-baptisée « plan de relance » va creuser à coup sûr la dette de nombreux Etats en temps de crise. Je viens de tomber sur cette étude du FMI (toute récente) extrapolant l’état des finances publiques à travers le monde. Voyez sur ce graphique, en jaune, l’impact des plans de relance sur la dette des Etats les plus importants. Globalement, le niveau d’endettement des économies développées passerait de 78% du PIB à 118% du PIB entre 2007 et 2014.  Du côté des économies émergentes, ce niveau passerait de 37% du PIB à 36% du PIB durant la même période.

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Et en Belgique ? Selon la Commission européenne, l’endettement de l’Etat belge dépassera les 100% du PNB (Produit National Brut) en… 2010. Lire la suite

La Cour des Comptes tape sur les doigts de l’élève wallon

Par Ludovic Delory dans Socio-éco , le 26 novembre 2009 15h00 | 4 commentaires

courdescomptesRigoureux et argumentés, les rapports de la Cour des Comptes constituent toujours des mines d’information pour les journalistes qui prennent le temps de les éplucher. Comme le relève L’Echo, la dernière livraison sur le budget wallon donne en tout cas une bonne idée de l’état actuel de l’économie au Sud du pays.

Sur les dix premiers mois de l’année, 614 demandes de primes à l’investissement ont été rentrées. C’est 20% de moins qu’en 2008. Effet de la crise ? Pour la Cour des Comptes, cela ne fait aucun doute. Mais pas seulement. En juin dernier déjà, l’Union Wallonne des Entreprises avait relevé la faible croissance endémique de l’entreprenariat wallon. La crise ne peut donc suffire à expliquer ce qui apparaît de plus en plus, malheureusement, comme un problème structurel.

La Cour des Comptes ne manque pas non plus de souligner la faiblesse du rendement de l’impôt en Wallonie : il est inférieur de 13,03% à la moyenne nationale. Un seul exercice a suffi à gommer les excédents du passé. Lire la suite

Gagnez-vous bien votre vie ?

Par Ludovic Delory dans Votre argent , le 16 novembre 2009 22h12 | 9 commentaires

poches-videsLe ministère (SPF) Economie vient de nous livrer les derniers chiffres des salaires et des emplois « porteurs » en Belgique. De quoi intéresser non seulement les étudiants à la recherche de débouchés (rémunérateurs), mais aussi les professionnels curieux d’estimer le niveau de leur traitement.

La période de référence s’interrompt à octobre 2007. Ces chiffres sont donc déjà (légèrement) obsolètes, mais ils indiquent une tendance qui ne varie pas vraiment d’année en année. On peut donc les considérer comme fiables. Que nous apprennent-ils ?

- Si l’on veut bien gagner sa vie en Belgique, mieux vaut travailler dans l’industrie pétrochimique. Ce secteur est le mieux rémunéré, devant celui de l’énergie (production et distribution d’électricité, de gaz, de vapeur et d’eau chaude), et celui de l’industrie chimique.

- En revanche, l’Horeca reste l’un des secteurs les moins bien payés, devant le commerce de détail, l’habillement et la fabrication de meubles. Lire la suite

Les faussaires

Par Ludovic Delory dans Dans le monde, Financier , le 15 novembre 2009 11h55 | 3 commentaires

paff280893971Les cinéphiles connaissent sans doute le film « Les faussaires » (« Die Fälscher » – 2008) du réalisateur Stefan Ruzowitzky. Au début de la Seconde guerre mondiale, un faussaire juif est mandaté par le régime nazi pour inonder la Grande-Bretagne de fausses coupures. Les billets, parfaitement imités, étaient imprimés dans les camps de concentration. Au total, il fut produit pour plus de 134 millions de £. Certains billets, blanchis et lancés sur le marché, ont encore été retrouvés dans les années 1960.

L’opération était baptisée Bernhard, elle est relatée dans le livre « L’atelier du diable », d’Adolf Burger. Les Allemands avaient bien compris qu’en submergeant le marché de livres sterling, ils contribueraient à nuire à l’économie britannique en créant de l’hyperinflation. Ils ont failli y parvenir.

Si j’évoque ici cette petite page d’histoire, c’est pour dresser un parallèle accablant avec notre époque. La Réserve Fédérale américaine continue, malgré la crise, d’inonder le marché de dollars (des vrais, mais le résultat est exactement le même), au grand dam des observateurs attentifs et des économistes (lisez à ce propos cette récente interview de Geert Noels à L’Echo). En revanche, le scénario ne semble émouvoir ni les gouvernements ni les banques centrales. Lire la suite

L’éthique des plans de relance

Par Ludovic Delory dans Financier, Globalization , le 8 novembre 2009 11h35 | Ajouter un commentaire

11-09-unemployment11Le chômage a franchi la barre des 10% aux Etats-Unis, pulvérisant les prévisions les plus pessimistes de l’administration Obama. Regardez le graphique ci-contre: Washington avait prédit, au pire, un taux légèrement inférieur à 9% dans le cas où aucun plan de relance n’aurait été activé. Résultat: malgré les 787 milliards de dollars injectés dans l’économie, un Américain actif sur 10 est aujourd’hui sans emploi.

Pendant ce temps, d’autres nouvelles affluent d’outre-Atlantique, bonnes et mauvaises. Parmi les bonnes : Ford renoue avec les bénéfices et affiche ses meilleurs résultats depuis 4 ans. Parmi les mauvaises : on a dépassé, depuis le début de l’année, le nombre de 120 faillites au sein du secteur bancaire US.

Ford est le seul géant automobile à n’avoir pas bénéficié de l’aide de l’Etat. Tout au plus a-t-il pu s’appuyer sur les primes à la casse fournies par le gouvernement pour vendre des modèles -enfin- adaptés à la réalité économique. Ratonaliser la production et réduire les coûts, cela peut être perçu par certains comme des moyens barbares, cela n’en reste pas moins très efficace pour garder la tête hord de l’eau et pour rebondir au plus vite.

Demandez-vous, à l’opposé, s’il est bien éthique de profiter de l’aide massive des contribuables pour ensuite faire volte-face et trahir ses engagements. En agissant ainsi avec Magna, General Motors a semé la consternation chez le personnel européen d’Opel. Ironie du sort : ce sont les aides promises par l’Etat allemand qui auraient précipité le revirement de GM. Les 10.000 emplois, eux, risquent bien d’être perdus au bout du compte. Lire la suite