2012 et la fin des tabous ?

Par Ludovic Delory dans Votre argent , le 13 janvier 2012 05h44 | Ajouter un commentaire

D’abord, des chiffres. Ce sont ceux de ce début d’année, ils nous arrivent bruts et nous interpellent. Dexia octroie des primes allant jusqu’à 45.000 euros à ses cadres méritants. Et là, tout de suite, les journaux et les médias sociaux relaient le cri du coeur de l’homme de la rue et de l’homme politique, unanimement floués : « Mais qu’est-ce que c’est que ces banquiers sans scrupules qui se font sauver de la faillite par les contribuables et puis qui narguent leur monde en poursuivant leur course aux bonus ? ». Scandale ? Certes. Mais la naïveté des sauveurs de l’économie a ceci de touchant qu’elle se répète à une régularité stupéfiante. Souvenez-vous de Fortis…

Le deuxième chiffre de l’année nous est fourni par le CRIOC : trois consommateurs sur dix envisagent de faire appel à un crédit à la consommation pour profiter des soldes d’hiver. Et là, étonnement de l’homme de la rue : « Mais qu’est ce que c’est que ces gens qui, en pleine crise, s’endettent pour acheter le dernier écran plat ? ». Scandale ? « Non, monsieur, je fais ce que je veux avec mon argent ». Sauf que l’argent à crédit n’est pas encore tout à fait le vôtre.

Si ces deux exemples peuvent paraître différents, je vois une réponse qui me paraît assez cohérente pour expliquer pourquoi ces phénomènes peuvent, à titre divers, susciter l’indignation : la création monétaire et l’inflation qui en résulte nous ont fait perdre toute relation à l’avenir. Que disent les économistes ? « L’inflation ne confère (…) aucun bénéfice social général ; plutôt, elle redistribue la richesse en faveur des premiers arrivants et aux dépens des derniers de la course. (…) L’inflation pénalise l’épargne et encourage l’endettement, puisqu’une somme d’argent empruntée sera repayée en euros d’un pouvoir d’achat inférieur à celui reçu au départ. L’incitation est alors à emprunter et payer plus tard plutôt qu’à épargner et prêter. »

Qui se trouve au début de la « course » ? Les banquiers. Qui préfère le crédit à l’épargne ? Les acheteurs compulsifs qui empruntent pour des écrans plats ou des vacances au ski. Voilà expliquée la situation ci-dessous. Comprenons-nous : ce ne sont pas des comportements anormaux. L’argent étant moins cher aujourd’hui que demain, tout le monde veut en profiter au plus vite.

A quoi sert encore la monnaie si elle est dévoyée, détournée de son principe premier qui consiste à déterminer la valeur d’échange d’une marchandise ? A l’origine, le dollar ou la livre sterling étaient calculés sur base de fractions d’or. Aujourd’hui, les rotatives tournent, les taux d’intérêt touchent le plancher, les banques centrales ne parviennent plus à juguler le flux de monnaie injecté.

Ce qui paraissait encore lointain il y a quelques mois commence à prendre forme. Les banquiers, d’ordinaire si prudents dans leur communication, ne se cachent plus de se protéger contre une explosion de l’euro. La banque italienne UniCredit a inséré cette nouvelle clause de risque dans son prospectus. Certains tour-opérateurs, de leur côté, se prémunissent auprès des hôteliers grecs d’un retour possible de la drachme. Les clients savent désormais à quoi s’en tenir. 2012 fera sans doute tomber quelques tabous autour de la monnaie.

Grèce : choses vues

Par Ludovic Delory dans Dans le monde , le 21 septembre 2011 10h35 | Un commentaire>

dsc01469Aujourd’hui, c’est le tour des chauffeurs de taxis. Les véhicules jaunes qui slalomaient encore hier dans la dense danse des motocyclettes sont alignés le long des trottoirs déjà fort encombrés du centre-ville d’Athènes. Ilias s’est trompé en nous prédisant pour ce lundi une grève générale dans le métro. Les bouches souterraines exhalent leur lot quotidien de navetteurs, et la radio l’a encore confirmé ce matin, comme elle en a pris l’habitude depuis plusieurs semaines : ce sont bien les taxis qui sont à l’arrêt ce lundi.

Tant pis donc pour les touristes désireux de visiter la ville. En cette période de l’année, ce sont surtout les seniors qui débarquent par grappes entières au pied de l’Acropole, pour saisir entre deux immeubles blancs les colonnes du Parthénon recouvertes d’échafaudages. Mon caméraman Philippe Godin me prévient : pas la peine de monter jusque là pour prendre des images au plus près. Sans autorisation et sans une bonne liasse de billets de cent, le symbole de la Grèce ne se laissera pas filmer. Nous restons donc à bonne distance, sous le regard suspicieux des autocaristes et d’un vieil homme vendant des promenades en calèche.

Après avoir longé le superbe musée de l’Acropole, nous redescendons vers la place Syntagma, au coeur de la ville. Toutes les heures, les Evzones font le show pour les touristes, sous le regard attentif de deux militaires en uniforme. « Professional camera ? », nous jette l’un d’eux. Nous voici repoussés de la zone neutre, avec l’obligation de prendre des images de l’autre côté du trottoir. C’est là que nous attend Yvette. Cette Belge d’origine enseigne à Athènes depuis 1974. Elle est surtout le relais de la francophonie dans cette métropole de près de 4 millions d’habitants. « Il est temps que ça cesse », nous glisse-t-elle. Le FMI, l’Union européenne doivent maintenir la pression sur le gouvernement grec pour que « les choses changent enfin ». Sur la place Syntagma, les jongleurs en costume improbable côtoient les danseurs de hip hop. Un écriteau ficelé à un réverbère rappelle que c’est ici que naquit la violente contestation contre les mesures d’austérité. Je demande à Yvette de nous traduire le slogan : « ils réclament l’école gratuite ». Lire la suite

Zone euro : la fracture

Par Ludovic Delory dans Dans le monde, Financier , le 10 septembre 2011 07h53 | Ajouter un commentaire

GERMANY ECB STARKJürgen Stark a claqué la porte de la BCE. Officiellement, pour « raisons personnelles ». Mais personne n’est dupe : si le chef économiste de la banque centrale européenne démissionne, c’est avant tout parce que sa voix — minoritaire — ne parvenait plus à se faire entendre parmi les plus chauds partisans du rachat des obligations pourries des pays en difficulté. Défenseur de l’orthodoxie budgétaire à l’instar de son compatriote Axel Weber, ancien candidat à la présidence de la BCE, Stark (« fort« , en français) a préféré marquer son mécontentement en posant un geste fort.

Répercutée sur les marchés, ce départ a précipité les bourses européennes et américaines dans l’incertitude. La baisse enregistrée hier soir à la clôture se confirmera-t-elle lundi matin ? On peut le craindre, tant cette démission tapageuse a ravivé le schisme existant au sein de la zone euro. L’Allemagne reste divisée entre son réalisme économique (faut-il continuer d’aider, de plus en plus vainement, les Etats de la périphérie ?) et sa fidélité à la solidarité européenne.

Le remplacement de Jürgen Stark par un spécialiste plus accommodant ne changera sans doute pas grand-chose. En réalité, le véritable test se jouera au Bundestag dans les jours qui viennent. Le 23 septembre, la Chambre haute du Parlement doit décider d’accroître la participation de l’Allemagne au sein du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF), en lui permettant de racheter, sur le marché secondaire, les obligations des Etats les plus endettés de la zone euro. Les députés allemands seront obligés de jouer à découvert. D’ici là, le vent peut encore tourner.

Quels sont les indices à retenir ? Ce week-end, des rumeurs de défaut de la Grèce ont été balayées par le ministre grec des Finances. Or, les économistes les plus lucides s’accordent pourtant à dire que la Grèce est déjà en banqueroute, comme semblent le confirmer les taux astronomiques de remboursement qui lui sont aujourd’hui imposés. Pour ces observateurs, un défaut officiel serait un moindre mal. Le monde politique, lui, persiste de moins en moins à nier l’évidence : Bloomberg annonce ainsi que l’Allemagne prépare un « plan B » visant à protéger ses propres banques au cas où la Grèce devait s’avérer être incapable de rembourser. C’est un élément politique capital : nos voisins teutons ne se cachent donc plus aujourd’hui, de prévoir un défaut de la Grèce.

Pour qui en doutait encore, la fracture au sein de la zone euro est de plus en plus visible. La Slovaquie, la Finlande et les Pays-Bas n’ont certes pas le même poids que l’Allemagne, mais ces pays ont également fait savoir d’une manière ou d’une autre, ces derniers jours, qu’ils n’avaient pas l’intention de continuer indéfiniment à remplir le tonneau des danaïdes.

Lire aussi : « Qui veut lâcher la Grèce ? »

Que se passe-t-il ?

Par Ludovic Delory dans Décryptage , le 8 août 2011 11h36 | 33 commentaires

MALAYSIA STOCK MARKETLa crise actuelle est une crise de la dette. Le signal urgent donné par les agences de notation signifie que les Etats ne peuvent plus se permettre de vivre à crédit. Avec des déficits en hausse croissante et des dettes cumulées quasiment égales ou supérieures à l’ensemble des richesses produites en un an, la plupart des Etats ont franchi la ligne rouge. C’est ce qu’a rappelé Standard & Poor’s en dégradant symboliquement, comme elle l’avait annoncé, la note des Etats-Unis.

Ceci n’est qu’un avertissement sans frais. En réalité, on peut se demander quel Etat mérite encore son triple A, et les gloussements de fierté en provenance de Londres ou de Paris risquent de se transformer sous peu en rictus. Si l’on appliquait les règles comptables classiques, les USA et la France seraient notés respectivement CCC et B-. La dégradation pend toujours au nez des locomotives économiques européennes, malgré les discours apaisants qui contrastent, paradoxalement, avec les réunions d’urgence et les retours précipités de vacances.

Même si les agences de notation, qui n’avaient pas venu venir la crise des subprimes, peuvent être sujettes à la critique, les blâmer ne servirait à rien dans l’immédiat. D’ailleurs, qui a entendu Washington broncher lorsque ces mêmes agences dégradaients les PIGS européens ? Partout le même constat s’impose : en Belgique comme ailleurs, le besoin de réformes se fait de plus en plus pressant. Et, n’en déplaise aux défenseurs de la dépense publique, il faudra bien un jour ou l’autre s’attaquer au train de vie de l’Etat. Lire la suite

2011 : tout augmente, ma bonne dame

Par Ludovic Delory dans Votre argent , le 29 décembre 2010 17h34 | 49 commentaires

belga-picture-245006091Gardez vos étrennes de côté, nos gouvernements nous ont encore concocté une liste non exhaustive de petites mesures qui, mises bout à bout, risqueront d’alléger votre portefeuille.

L’augmentation (annoncée) des prix de l’énergie. Nous n’y échapperons pas. Ceux qui ont déjà reçu leur nouvelle facture mensuelle l’ont déjà constaté. La cotisation fédérale sera plus élevée en 2011. Pour une famille de 4 personnes, cette augmentation devrait être de 18 euros annuels pour l’électricité (environ 4 euros de plus par rapport à 2010) ; de 11 euros pour le gaz (soit une hausse de 54% !). Depuis son introduction en 2003, la cotisation fédérale sur l’électricité a été multipliée par cinq. Les prix des matières premières et les répercussions indirectes de l’introduction d’énergie verte sur le réseau auront aussi un impact sur votre facture. 

Hausse des tarifs aussi chez Belgacom. Ce 1er janvier, vous paierez 0,52% de plus pour les tarifs fixes et mobiles ;  1,3% de plus pour les tarifs de l’internet fixe. En revanche, Belgacom facturera moins cher les appels de numéro fixe vers numéro mobile.

– Et 2 centimes de plus pour le timbre-poste ! Pour un envoi normalisé en service national, il vous en coûtera 0,61 euro à l’achat de minimum 10 timbres. A la pièce, vous devrez vous acquitter de 0,71 euro. En service international, la pochette de minimum 5 timbres vous coûtera 0,93 euro (pour l’Europe) et 1,10 (pour le reste du monde). Cette adaptation des tarifs est conforme à l’augmentation du coût de la vie et au contrat de gestion conclu entre bpost et l’Etat belge.

– A partir du 1er janvier, une partie du secteur postal sera timidement ouverte à la concurrence. Les envois de moins de 50 grammes pourront être distribués par un facteur d’une firme privée. Mais l’accès au marché sera très restrictif, pour les candidats. Le nouvel opérateur sera tenu, après deux ans, de distribuer le courrier au moins deux fois par semaine. Après 5 ans, il devra couvrir 80% du territoire des trois régions du pays. Enfin, le nouvel opérateur ne pourra embaucher que des salariés. Lire la suite

Le retour gagnant de l’or ?

Par Ludovic Delory dans Financier , le 17 décembre 2010 10h54 | 9 commentaires

CHINA ASIAN GAMES 2010Lentement mais sûrement, il refait son apparition dans les analyses économiques. L’étalon-or, que les gouvernements ont abandonné il y a près d’un siècle, semble être redevenu le Graal permettant de sortir des crises monétaires à répétition que nous connaissons depuis… près d’un siècle. Curieuse coïncidence, non ?

A la mi-novembre, l’éditorialiste James Grant a chanté les louanges de l’étalon-or dans les colonnes du New York Times. Voici ce qu’il écrit :

Laissez les économistes s’étrangler : l’étalon-or classique, le seul qui était en place de 1880 à 1914, c’est ce dont le monde a besoin maintenant. Dans son utilité, son économie et son élégance, il n’a jamais existé de système monétaire comme celui-là.

Cet éloge est venu s’ajouter aux propos ambigus du président de la Banque Mondiale. Le 7 novembre, Robert Zoellick écrit, dans une tribune que lui accorde le Financial Times, qu’il faudrait mettre sur pied un Bretton Woods II, ajoutant que :

Le système doit aussi envisager d’utiliser l’or comme point de référence international des attentes du marché vis-à-vis de l’inflation, la déflation et les futures valeurs des cours.

Face aux commentaires que sa déclaration suscita, Robert Zoellick effectua une volte-face remarquable en déclarant, deux semaines plus tard :

Je ne pense pas qu’on puisse retourner à un système de taux de change fixe comme l’est l’étalon-or standard. (…) Je ne suis pas partisan d’un retour au 19e siècle, lorsque l’offre de monnaie était couplée à l’or.

En France, l’économiste Philippe Simonnot plaide, depuis longtemps, pour un retour à l’étalon-or. L’histoire et la crise que nous traversons nécessiteraient un « retour vers le futur », un ré-ancrage des devises nationales au précieux métal.

On oublie trop souvent que la monnaie n’est qu’une marchandise comme les autres. En des temps très anciens, plusieurs matières premières ont servi d’intermédiaires : le blé, le sel ou le thé. L’or et l’argent, deux métaux précieux, se sont finalement imposés en raison de leurs qualités intrinsèques. L’or est rare, inaltérable et facile à travailler. A cette époque, l’unité monétaire est le poids : on compte en grammes d’or, en onces ou en kilos. Sur ce système de mesures sont venues se greffer les premières monnaies nationales. Les gouvernements ont fait leur intrusion dans le système monétaire en créant des dollars (= un vingtième d’once d’or) ou des livres sterling (= un quart d’once d’or). C’est l’époque de l’étalon-or classique : chaque monnaie dépend de l’or et les taux de change sont fixes. Ils dépendent du marché, pas du gouvernement. Lire la suite

FMI, S&P,… Belgique en danger ?

Par Ludovic Delory dans Décryptage, Financier , le 15 décembre 2010 23h26 | 13 commentaires

jean_hindriksL’actualité se bouscule autour de cette pauvre Belgique, présentée désormais comme une cible des spéculateurs assoiffés de faillites et d’argent frais. A peine le rapport du FMI sorti, voilà que l’agence de notation Standard&Poor’s menace de dégrader la note de notre pays, comme le furent en d’autres temps plus sombres, la Grèce, l’Islande, le Portugal ou l’Irlande. Brrrr…

Notre pays figure-t-il en bonne place sur la liste des fossoyeurs de la zone euro ? Devons-nous craindre un scénario à la grecque, en l’absence d’un gouvernement stable (c’est-à-dire capable de prendre une orientation stratégique) ? Ce mardi, j’ai posé la question à trois économistes réputés : Jean Hindriks (UCL, Itinera Institute), Geert Noels (Econopolis) et Philippe Ledent (ING).

La plupart de leurs réponses tendent vers l’optimisme. Sur le rapport du FMI, Jean Hindriks rappelle que les fondamentaux de notre économie (maîtrise du déficit, exportations) sont plus élevés que la moyenne européenne :

C’est rassurant de savoir que, même en l’absence d’un gouvernement, notre économie tourne encore bien. C’est un peu comme si nous étions un petit bateau porté par la marée montante. Vivant à proximité d’une économie qui tourne assez bien, qui est l’Allemagne. (…) Sur les fondamentaux, la Belgique inspire confiance. On a un déficit qui est plus faible que la moyenne européenne, on a un taux de chômage qui est inférieur à la moyenne européenne, on a une croissance qui est supérieure à la moyenne européenne, et on exporte plus qu’on importe. (…) Mais j’insiste sur le fait que les fondamentaux étaient bons aussi pour l’Irlande. Une crise est toujours imprévisible. Dans l’immédiat, le risque pourrait venir du secteur bancaire.

Hélas oui ! La crise est subtile et survient souvent là où personne ne l’attendait. Pour preuve : les émissaires du FMI avaient délivré un excellent bulletin aux autorités irlandaises en juillet 2010, soit… quatre mois avant la survenance de la crise bancaire dans ce pays. Qu’avait écrit le Fonds Mondial International, à l’époque ? Relisons :

Les mesures offensives prises par les autorités ont aidé à gagner en crédibilité politique et à stabiliser l’économie. (…)  La consolidation fiscale est en train de se mettre en place comme prévu. La politique économique a, en partie, placé l’Irlande à l’abri des pressions du marché. Si l’on se réfère à la chute de la fin 2008 et du début 2009, l’économie se stabilise, croît et devrait retrouver un rythme normal cette année.

On connaît la suite. Les rapports du FMI n’ont eu aucune influence sur le semi-échec irlandais. Raison de plus pour se méfier des conclusions concernant la Belgique.

geert-noels-portrait-libertarianbeGeert Noels (Econopolis) n’est pas surpris par l’avertissement.

« S&P court un peu après le marché, parce que la prime de risque de faillite sur la Belgique a déjà grimpé depuis quelques mois. Elle se chiffre aujourd’hui au double du Brésil. L’écart des taux a monté également. Donc, S&P court un peu derrière, et ce n’était pas une grande surprise pour les gens actifs dans les marchés de voir cette réaction de S&P. »

« La dette est là. La crise bancaire a ajouté une couche d’incertitude, surtout sur les garanties données par la Belgique. Et on vit dans une situation où, évidemment, quand il n’y a pas de gouvernement, et pas de mesures prises, ça augmente le risque pour un pays. »

La Belgique : AA dans 6 mois ?

« Je crois qu’on ne peut pas exclure une dégradation de la note de la Belgique. Je ne crois pas qu’on en soit déjà là. S&P est inquiet vu l’incertitude. Je crois qu’on a suffisamment de qualités pour rester en AA+, mais alors il faut prendre des mesures. Il faut suivre ce que dit le FMI, c’est-à-dire couper le déficit un peu plus vite que prévu et vers un niveau plus bas que prévu. Cela demandera à mes yeux un gouvernement assez fort. Et on est loin de cette situation-là.

Pessimisme modéré par Philippe Ledent, économiste chez ING :

ledent

« En eux-mêmes, les taux globalement ont connu une période de baisse. Néanmoins, ce qui est plus ennuyeux, c’est que l’écart entre le taux belge et le taux allemand, lui, a eu tendance à se creuser. Cet écart représente vraiment le risque lié à un pays. Et ce risque est en train de s’accroître vis-à-vis de la Belgique. »

« Sur le plan économique, il n’y a vraiment que le taux d’endettement qui pose problème. Et je dirais que c’est un petit problème, car la Belgique a toujours vécu, au cours des 30 dernières années, avec des taux d’endettement très élevés. »

« Les spéculateurs ne vont jamais se mettre en route pour rien. Il y a toujours une raison qui justifie le fait que des personnes, partout dans le monde, vont se mettre à vendre un certain actif financier. Parce qu’ils considèrent que c’est trop risqué, qu’ils pourront faire une bonne affaire à l’avenir. Mais il y a toujours un élément déclencheur interne à l’entreprise ou au pays. Dans le cas belge il y a, on l’a dit, ce taux d’endettement assez élevé, et la crise politique qui attire pas mal de commentaires et pas mal d’incertitudes actuellement. »

Je terminerai sur une note semi-positive : les prévisions ne veulent parfois rien dire. Les spécialistes ont beau répéter que les « fondamentaux » sont bons, ils n’oublient pas pour autant que l’économie repose sur un facteur subjectif et, ô combien aléatoire : la confiance. Malheureusement, cette confiance est difficilement mesurable. Voilà pourquoi il convient de rester vigilants.

Ne pas rater le train de l’e-commerce

Par Ludovic Delory dans Globalization , le 13 décembre 2010 10h33 | 3 commentaires

photocouverturelivre1Au fil de son développement exponentiel, Internet est devenu l’allié des entreprises. D’un simple clic, vous pouvez entrer en contact avec près de 2 milliards d’internautes. Grâce aux sites de vente en ligne, je peux recevoir chez moi des livres introuvables dans les librairies belges, des t-shirts personnalisés ou des chaussures fabriquées à l’autre bout du monde. En fidélisant leurs clients, ces e-commerces prospèrent et se développent. Voilà comment une petite entreprise de cinq personnes peut, à partir d’une simple connexion à Internet, devenir une multinationale. Dans un premier temps, le réseau permet surtout de réduire les coûts de prospection en supprimant les intermédiaires. Quant au site Internet, il reste une vitrine permanente de vos activités.

Nous sommes entrés depuis deux ou trois ans dans l’ère du web 2.0, multi-directionnel. Non seulement vous ne pouvez pas vous offrir le luxe de ne pas être présent sur Internet, mais vous avez intérêt de surcroît à en exploiter toutes les possibilités. Sachez aussi que, sur quantité de forums, des consommateurs actifs et exigeants ne manqueront pas de critiquer vos produits. Passer à côté de la révolution interactive, c’est se priver de possibilités presque infinies de développement.

Malheureusement, dans ce domaine, la Wallonie est à la traîne. Aujourd’hui, 58% des PME wallonnes disposent d’un site web, 12% seulement pratiquent le commerce en ligne. Or, pour se vendre, il n’y a pas de secret : il faut apprivoiser les nouveaux médias, envahir les réseaux sociaux et exploiter toutes les facettes du web.

Comment y parvenir ? Le think tank Entreprise Globale expose, dans un livre clair et accessible, les recettes gagnantes pour réussir son marketing sur le web. Lisibilité du site, design et ergonomie, en prêtant une attention constante au destinataire,… les ingrédients sont maîtrisés par nombre de gourous du web 2.0, ils sont désormais à la portée de tout un chacun. Ce livre vous donne les clefs pour appréhender au mieux la logique des moteurs de recherche comme Google ou Yahoo. Vous y trouverez aussi de nombreux exemples d’entreprises qui ont réussi à donner un coup de fouet à leurs ventes, telle cette firme liégeoise de mobilier, qui réalise un quart de son chiffre d’affaires à l’export, grâce à Internet.

S’ouvrir au monde, commercer en toute liberté, sans intermédiaires, en acceptant la saine émulation suscitée par la concurrence : Internet remet au centre du jeu les fondamentaux de l’économie de marché. Il est plus que temps de prendre le train en marche.

« Utiliser internet pour vendre à l’étranger« , Jean-Yves Huwart, Ed. Entreprise Globale.

La bulle verte se dégonfle

Par Ludovic Delory dans Dans le monde , le 7 décembre 2010 19h34 | 13 commentaires

belga-picture-142947651La crise de la finance et la crise des Etats, qui lui succède, obligent bien des gouvernements à faire marche arrière dans des dossiers hautement symboliques. C’est le cas des politiques destinées, d’une manière ou d’une autre, à promouvoir le développement durable et la lutte contre le réchauffement climatique. De l’éolien au photovoltaïque, en passant par le juteux marché des certificats verts, on a vu naître au cours des dernières années une multitude de nouveaux marchés qui ne tenaient debout que par la grâce des subventions publiques. Sans y prendre garde, les gouvernements ont donné naissance à une bulle spéculative qui, une fois passé l’effet d’aubaine, va laisser sur le carreau ceux qui n’ont pas pu s’en extirper à temps.

Plusieurs indices nous montrent que la bulle est en train de se dégonfler à toute vitesse.

Le premier coup de semonce est venu de Chicago. A la fin de cette année, la Bourse du Carbone de Chicago cessera ses activités. Depuis 2003, le Chicago Climate Exchange servait de lieu d’échange des tonnes de carbone entre les acteurs conscientisés par le climat. Après avoir atteint son pic à la mi-2008, le marché du carbone n’intéresse aujourd’hui plus grand monde et le prix d’échange est devenu dérisoire. La bourse carbone aura surtout permis aux plus malins de s’enrichir à bon compte sur le dos des contribuables (j’en avais déjà parlé dans ce billet). Bref, maintenant que tout le monde s’est servi, on ferme boutique. Nous serons curieux de voir les répercussions d’une telle décision sur la bourse européenne du carbone ECX, déjà plombée il y a un an par un scandale de carrousel à la TVA d’environ 5 milliards d’euros.

Mais ce n’est pas tout, loin de là. Comme la crise oblige les gouvernements à effectuer des coupes sombres dans les budgets, on assiste un peu partout à la cessation, totale ou complète, des activités liées de près ou de loin au développement durable. Trop coûteux, pas assez rentable, le vert subsidié n’est plus à la mode.

La semaine passée, le gouvernement français a gelé pour quatre mois les aides à l’énergie solaire, déclenchant la colère des professionnels du panneau photovoltaïque. Cette mesure intervient après que le gouvernement eut réduit de moitié le crédit d’impôt pour l’achat de panneaux solaires. Si la France devait concrétiser tous ses projets en attente (plus de 3.500 MégaWatts), il faudra s’attendre à un bond de la facture d’électricité. EDF rachète en effet l’énergie verte en répercutant la facture sur les usagers. Lire la suite

Faut-il (vraiment) craindre pour la Belgique ?

Par Ludovic Delory dans Décryptage , le 30 novembre 2010 12h40 | 3 commentaires

belga-picture-238234961Hourra ! Cocorico ! La Belgique vient de lever 2 milliards d’euros sur les marchés, en pleine crise eurozonesque, et cette performance est saluée par l’ensemble des observateurs. Preuve, disent-ils, que notre pays conserve une belle crédibilité sur les marchés des obligations et de la dette souveraine. Un peu de baume au coeur, dans une spirale négative pour tout ce qui touche de près ou de loin à l’euro. Les sauvetages de la Grèce et de l’Irlande n’ont pas calmé les appétits et la Belgique, dans ce contexte, est passée par le chas de l’aiguille. Les indicateurs macroéconomiques pèsent de plus en plus lourd sur la confiance: le chômage vient de dépasser la barre symbolique de 10% dans la zone euro, la croissance devrait encore ralentir (prévisions de 1,8% pour la Belgique en 2011), tandis que la monnaie unique touche aujourd’hui un nouveau plancher à 1,30 dollar.

Il y a aussi un facteur sous-estimé, me semble-t-il, dans les analyses : le risque systémique. Autrement dit, les probabilités qu’une crise belge contamine les autres régions du globe. A ce sujet, une étude basée sur les modèles physiques place notre pays au coeur du réseau systémique mondial, avec la Suisse et le Luxembourg. Après avoir étudié les interconnexions entre 82 pays dans le monde (importations, exportations), en tenant compte de critères comme le PIB et en y appliquant des modèles inspirés de la physique, voici ce que concluent les auteurs de cet article, paru le 25 novembre dans le New Journal of Physics : Lire la suite