Politique

Gauche en France: l’union impossible

Par Christophe Giltay dans Politique , le 20 février 2017 11h03 | 5 commentaires

melenchonhamon

La gauche a peut être définitivement compromis ses chances de bien figurer à l’élection présidentielle française. Ce week-end, Benoit Hamon le candidat du PS et Jean Luc Mélenchon celui du Front de gauche se sont affrontés par déclarations interposées, ce dernier comparant le PS à… un corbillard.

« Je ne vais quand même pas m’accrocher à un corbillard ! » Voilà ce qu’a déclaré Jean Luc Mélenchon, le candidat de Front de gauche, au sujet du socialiste Benoit Hamon, mettant fin définitivement à toute tentative de rapprochement entre les deux candidats. Or le moindre analyste qui sait poser une addition simple a constaté que si l’on ajoute les sondages de Mélenchon à ceux de Hamon, on dépasse les 25% de voix au premier tour et que si en plus on adjoint ceux de l’écologiste Jadot on dépasse les 27%, soit le score promis actuellement à Marine Le Pen !

 

La minorité plurielle

Sur le papier, la gauche a encore ses chances. Dans la réalité, elle vient de les compromettre. D’abord pour des questions de programme: deux points divisent sévèrement Mélenchon et Hamon.

  1. Le revenu universel, préconisé par le second et que le premier considère comme une capitulation face au chômage;
  2. La relation à l’Europe. Hamon reste sur la ligne du PS, un fédéraliste européen, alors que Mélenchon est un souverainiste qui envisage même la sortie de la France de l’union.

Enfin il y a les questions d’ego. On n’imagine pas Mélenchon, qui est en campagne depuis plus d’un an et dont les meetings sont pleins, s’effacer devant Hamon. Quant à Hamon, nimbé de sa victoire dans la primaire de gauche, il peut revendiquer le droit d’y aller ! Bref, ils restent en course tous les deux…

 

Le rose et le vert

Le seul événement qui pourrait se produire du côté d’une éventuelle union de la gauche, serait un ralliement de l’écologiste Yannick Jadot à Benoit Hamon, ce qui lui apporterait entre et 2 et 3% des voix. C’est appréciable mais pas suffisant. Cela dit, Hamon flirterait alors avec les scores de Fillon et de Macron, et aurait alors une petite chance de rentrer dans la course pour la qualification au second tour.

 

Après Trump et le Brexit, Le Pen ?

Et pendant ce temps, Marine le Pen continue son petit bonhomme de chemin et laisse ses adversaires se déchirer. La droite avec le Pénélopegate, la gauche avec ses divisions, Macron avec ses contradictions entre la colonisation et le mariage pour tous. Et nous assistons aux prémices d’un catastrophe que tout le monde commence à prévoir et que personne n’arrive à enrayer.

François Fillon, pilote d’endurance

Par Christophe Giltay dans Histoire, Politique , le 21 novembre 2016 08h29 | 2 commentaires

François Fillon a donc remporté haut la main le premier tour des primaires de la droite en France. Même si tout le monde avait constaté sa remontée ces derniers jours, personne n’avait imaginé qu’il arriverait en tête, et surtout avec une telle avance. Alors comment expliquer cette victoire ?

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François Fillon ancien député du Mans, a toujours dit que comme les 24h, les primaires de la droite « étaient une course d’endurance et non un sprint… » Rappelant régulièrement dans ses réunions publiques la course de Jacky Ickx en 1969, quand il était parti dernier pour arriver premier.
Désormais il lui faut transformer l’essai, mais il a tellement d’avance qu’il a vraiment peu de chances de perdre au second tour, il faudrait un retournement de l’opinion de droite , ou alors un vote massif d’électeurs de gauche en faveur d’Alain Juppé. D’autant plus que Nicolas Sarkozy lui a apporté son soutien.

Un programme très à droite

Comment expliquer ce succès alors que le programme de François Fillon est peut être le plus libéral de tous sur le plan économique, et l’un des plus sévères sur les questions de sécurité ? Il est par exemple favorable à la déchéance de nationalité pour les jihadistes. Quant aux questions sociétales il est très conservateur, ainsi contrairement à tous les autres candidats de la primaire il envisage d’amender la loi sur le mariage pour tous. Non pas la supprimer, mais par exemple supprimer ou limiter la possibilité d’adopter pour les couples homosexuels. Ainsi il fédère les secteurs économiques, les partisans d’une politique sécuritaire, mais aussi les mouvements catholiques traditionnels.

Plus rassurant que Sarkozy

Son programme est assez proche de celui de Sarkozy, mais lui n’est pas bling bling, il ne traite pas les gens de « pauv’ con », il ne menace pas de nettoyer les banlieues au karcher, il ne divorce pas etc etc…toutes choses qui vous me passerez l’expression « rassure le bourgeois ». S’il fallait comparer François Fillon à une grande figure de l’histoire contemporaine, je dirais que c’est un peu le Georges Pompidou de Nicolas Sarkozy…

Un nouveau Pompidou ?

En 1969, (tiens, toujours 69…) les Français avaient chassé le général de Gaulle en répondant ‘non’ à son référendum, puis avaient élu triomphalement Georges Pompidou pour lui succéder. Or Pompidou c’était son ancien premier ministre, exactement sur la même ligne politique. Mais contrairement au général, il était beaucoup plus « conforme » et ne risquait pas d’aller à Montréal crier « vive le Québec libre ! »…

Des ruptures, oui mais pas trop !

Les Français aiment bien les révolutions, les ruptures, les grands hommes qui secouent le cocotier… mais pendant un temps seulement ! Ensuite ils ne rêvent que d’être gouvernés bourgeoisement. Après Napoléon, Louis XVIII ; après De Gaulle, Pompidou ; après Sarkozy, Fillon.
Cela dit la course n’est pas terminée, il reste un second tour des primaires puis l’élection proprement dite au printemps prochain… Mais Fillon a des réserves, Jacky Ickx n’a-t-il pas gagné 6 fois les 24h du Mans ?

Trump: le loup dans la bergerie

Par Christophe Giltay dans Politique , le 10 novembre 2016 13h04 | 6 commentaires

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Il y a 24 heures le monde apprenait avec sidération l’élection de Donald Trump. Depuis les choses se sont accélérées, et ce matin déjà on verra celui qu’on appelle désormais le président Trump rentrer de plain-pied dans sa fonction. Barack Obama, au pouvoir jusqu’au 20 janvier, va lui faire visiter la Maison Blanche, et discuter avec lui de la transition.  On a l’impression qu’une certaine normalité est en train de s’installer et que dans le droit fil de son discours d’acceptation Donald Trump est, du moins en apparence, un président comme les autres.

En le recevant à la Maison Blanche tout à l’heure, Barack Obama va en quelque sorte adouber Donald Trump, il va le faire rentrer dans ce monde politique qu’il a combattu avec une violence extrême pendant 18 mois…

 

Les Républicains à Canossa

Car avant de triompher d’Hillary Clinton, Donald Trump avait éliminé tous ses adversaires républicains, sans épargner ni les coups bas, ni les insultes. Et pourtant, à part la famille Bush, ils sont tous venus à résipiscence et ont fait allégeance au « grand Moghol », ainsi que le surnomment ses gardes du corps.
On verra d’ailleurs dès aujourd’hui les experts et les élus du parti Républicain, se mettre à son service pour constituer ce qu’on appellera bientôt l’administration Trump.

 

Quand Barack reçoit Donald

Les discours d’Hillary Clinton et de Barack Obama hier ont fait office d’acceptation par le clan démocrate  oui nous reconnaissons la légitimité de cette élection, et Donald Trump sera bien notre président. La potion a du avoir un goût amer, d’autant que Trump avait longtemps laissé entendre qu’il ne se plierait pas en cas de défaite à cet exercice démocratique. La technique de base de Trump étant de ne jamais reconnaître une défaite. Vous me direz c’est justement pour ça qu’il gagne…

 

Un programme anti Obama

J’imagine Barack Obama recevant tout à l’heure dans le bureau ovale un homme qui a promis d’abroger sa réforme de la santé, d’expulser 11 millions d’illégaux, de construire un mur à la frontière mexicaine, de jeter Hillary Clinton en prison, de dénoncer l’accord de Paris sur le climat ainsi que celui sur le nucléaire iranien. Bref de détruire toute son oeuvre. Il va lui en falloir Barack, de l’esprit sportif et de l’abnégation… Car Trump reste Trump ! Et même si jusqu’au 20 janvier il va essayer de se tenir correctement, le tigre ne s’est pas transformé en chaton.

 

Un Président mais quel président ?

On essaye de se rassurer en disant: « Oui mais il sera entouré d’hommes expérimentés, d’experts, de diplomates… » Quand vous voyez le respect qu’il leur porte, vous pouvez imaginez jusqu’à quel point il va suivre leurs conseils ! Quant aux dirigeants étrangers comme il les méprise à peu près tous ( à part Poutine, les fauves se reconnaissent entre eux ) ça promet ! Et la Belgique n’y échappera pas …

 

Le « trou à rat » vous salue bien !

A noter d’ailleurs avec quel empressement nous avons félicité un homme qui a un jour qualifié notre capitale de « trou à rat » ( hellhole). Dans le genre j’ai préféré le discours de François Hollande qui a dit en gros : je le félicite parce que c’est la règle mais je n’en pense pas moins. Bref et pour employer une expression hollandienne justement, ne nous voilons pas la face, Donald Trump ne sera pas un président normal !

Salah: la France patiente

Par Christophe Giltay dans Politique , le 10 avril 2016 11h06 | Un commentaire>

L’annonce que Salah Abdeslam ne serait pas transféré en France avant plusieurs semaines, a surpris les médias hexagonaux. Mais pour l’instant les réactions ne sont pas particulièrement négatives. En France on estime d’ailleurs que ça permettrait de mieux préparer son accueil sous haute sécurité.

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Passé un premier moment d’étonnement après les déclarations de son avocat à la sortie de la chambre du conseil, les médias français n’ont pas à ma grande surprise déclenché un nouveau tir de barrage façon belgium bashing. On a plutôt affaire à d’honnêtes tentatives d’explication.

Une question de termes

En droit français le terme « chambre du conseil » a conservé son sens premier, ça désigne à l’origine une pièce (une chambre) du tribunal. La chambre du conseil c’est donc une pièce où l’on se réuni « en conseil », c’est à dire en petit comité. Il ne s’agit pas comme en Belgique d’une audience spécifique qui agirait comme une sorte de première instance de la chambre des mises en accusation. C’est tout simplement un type d’audience restreint, non ouvert au public, qui peut parfois même tenir dans le bureau du juge. Mais elle n’étudie pas forcément la détention d’un prévenu.

L’affaire de Forest

Une fois l’explication juridique passée, les journaux ont ensuite expliqué les motivations : la justice belge a encore besoin d’entendre Salah Abdeslam dans l’affaire de l’assaut de Forest le 15 mars, et puis bien entendu d’essayer de comprendre s’il possédait suffisamment d’informations qu’il aurait pu transmettre pour éviter les attentats du 22 mars. Ce qui dans l’affirmative pourrait encore compliquer les choses car il pourrait alors être inculpé de complicité… On n’en est pas là…

Un délais utile

En fait ce nouveau délais arrange un peu les autorités françaises qui n’ont pas encore tout à fait décidé des conditions d’accueil de Salah Abdesalm. Le transfert devrait être assuré par le GIGN, les forces spéciales de la gendarmerie, il pourrait se faire par hélicoptère et non pas par la route. Cette semaine un autre détenu dangereux réclamé par la France a été transféré par hélicoptère depuis Bruges et l’opération a certainement servi de répétition. Ensuite il faudra décider dans quelle prison il sera conduit. On parle de deux établissements parmi les plus grands et les plus modernes: Fresne ou Fleury Mérogis.

Placé ensuite à l’isolement dans une des 144 cellules dites «lisses» du parc carcéral français, il pourrait se voir confisquer ses vêtements au profit d’un «kit pyjama» composé d’habits en papier. «Toutes les mesures de protection et de surveillance seront mises sur cette personne» pour garantir «qu’il n’y ait pas de chaise vide au procès», a déclaré le ministre de la justice Jean-Jacques Urvoas.

Une détention sur mesure ?

Donc pas de vêtements qu’on pourrait déchirer pour en faire une corde, par de meubles aux coins saillants, contre lesquels on pourrait se précipiter, pas de couverts tranchants etc… On envisage même une surveillance vidéo 24h sur 24 comme cela existe dans d’autres pays, mais pour l’instant en France ce n’est pas légal. Il faudrait changer la loi.

Le délais de quelques semaines pourrait donc être mis à profit par le gouvernement français pour créer un statut sur mesure destiné aux terroristes de Daesh. Une sorte de « Guantananmo à la française », mais qui serait limité à un nombre restreint de cellules, dans une ou plusieurs prison(s).

Au lendemain des élections régionales: la présidentielle commence aujourd’hui

Par Christophe Giltay dans Politique , le 14 décembre 2015 09h45 | 2 commentaires
Des militants socialistes attendent les résultats des élections régionales pour la région île de France, dimanche soir

Des militants socialistes attendent les résultats des élections régionales pour la région île de France, dimanche soir

Finalement, le Front National (FN), pourtant arrivé en tête dans six régions au premier tour, n’a remporté aucune victoire, les Républicains en ont décroché sept et les socialistes cinq. On pourrait presque se croire dans une élection normale, mais c’est faux. Le score du FN au premier tour pèse comme une menace, avec en perspective l’élection présidentielle dans 18 mois, une élection dont on pourrait dire qu’elle commence aujourd’hui.

Passé le moment de soulagement, la politique française se réveille ce matin avec la gueule de bois. Car même s’il ne remporte aucune région le Front National a une fois de plus progressé et confirmé sa place de premier parti de France du moins sur le plan électoral. Marine le Pen,  peut désormais viser un score entre 28 et 30 % au premier tour de l’élection présidentielle ce qui la qualifierait sans aucun doute pour le second tour.

Alors, évidemment, on peut espérer encore une fois un sursaut républicain comme celui d’hier, mais ce serait prendre un étrange pari sur l’avenir.

 

Sarkozy contesté

Dès ce matin ça va chauffer dans les états majors et notamment chez les Républicains où Nicolas Sarkozy n’a jamais été autant contesté. Hier sur tous les plateaux de télévision, la n°2 du parti Nathalie Kosciusko-Morizet a déclaré que si le « ni ni » de Nicolas Sarkozy avait été suivi le Front National aurait gagné deux régions, le Nord et PACA. Quant à Alain Juppé et François Fillon, candidats à la candidature, ils ont délivré hier soir des discours très présidentiels. Enfin, les centristes, François Bayrou en tête, montrent une volonté réelle de s’affranchir et de voler de leurs propres ailes.

 

La ligne du PS en cause

Côté PS, il faudra digérer le sacrifice de deux régions pour barrer la route au FN, et la perte « à la régulière » de l’Ile de France, première région du pays. Jean Christophe Cambadélis le patron du PS a critiqué hier soir la politique du gouvernement  (socialiste ) en lui demandant clairement de se préoccuper davantage des questions sociales. « Je m’adresse au gouvernement, nous ne pouvons plus continuer comme cela. Il faut agir contre la précarité et pour l’activité comme nous nous sommes attaqués à la compétitivité et à la refondation de l’école. C’est l’inflexion qui doit intervenir dans les 18 mois à venir. »

On attend maintenant la réaction de François Hollande resté totalement silencieux ces derniers jours. Evidemment c’était une manière de se protéger sur les hauteurs présidentielles, loin des miasmes du combat régional, mais maintenant s’il veut sauver sa place, il va falloir qu’il descende dans l’arène. Il lui reste 18 mois pour proposer autre chose aux Français que sa propre réélection.

 

Le compte à rebours a commencé

Pour résumer, dans l’optique des présidentielle, le Front National a une candidate et un programme; le PS un candidat (François Hollande sauf extraordinaire), mais pas de programme; quant aux Républicains ils n’ont plus ni l’un ni l’autre, puisque le retour de Sarkozy s’avère chaque jour plus compliqué et qu’Alain Juppé le devance régulièrement dans les sondages !

Bref pour les partis démocratiques c’est: « au boulot tout de suite » pour récupérer la confiance des Français, sinon la gueule de bois pourrait bien se transformer en gueule cassée. La présidentielle débute aujourd’hui.

Grèce: dichotomie entre Paris et Berlin

Par Christophe Giltay dans Politique , le 6 juillet 2015 11h20 | Comments Off on Grèce: dichotomie entre Paris et Berlin

La Grèce a dit « non à plus de 60 % aux propositions de ses créanciers. Une victoire pour le premier ministre Alexis Tsipras qui plonge l’Union européenne dans l’inconnu. D’autant que Berlin et Paris ont des positions très différentes quant à l’attitude à adopter. Angela Merkel et François Hollande se rencontreront ce soir à Paris.

Depuis le début de ce qu’on pourrait appeler la séquence du référendum, Paris et Berlin ont affiché presque quotidiennement des divergences réelles sur l’attitude à adopter face aux Grecs.

Cela tient bien sûr à l’exaspération de la population allemande face à un pays que l’on qualifie de membre du « Club med ». Du genre « Ils ne sont pas d’accord avec les propositions qu’on est bien gentil de leur faire, qu’ils se débrouillent ». Dès hier soir,  Sigmar Gabriel le ministre allemand de l’économie, pourtant social-démocrate, jugeait « difficilement imaginable » de nouvelles négociations avec les dirigeants grecs. Il considère que le premier ministre grec Alexis Tsipras a « coupé les derniers ponts » entre son pays et l’Europe.

Angela circonspecte

Pour l’instant la chancelière Angela Merkel, qui s’est contentée d’un  « Il faut respecter le vote des Grecs », est prise entre deux feux. D’un côté son opinion publique qui ne veut plus verser un centime aux Grecs et de l’autre sa volonté de sauver la zone euro, et surtout de ne pas apparaître comme le fossoyeur d’une certaine idée de l’Europe portée par l’Allemagne depuis 1958.

François plus conciliant

Les Français sont plus grecophiles, d’abords parce qu’ils se sentent plus proches des pays du sud, et surtout parce qu’en France on nourrit le plus grand respect pour le référendum. Depuis les années 60 toutes les grandes décisions européennes ont été soumises au référendum en France, le traité de Maastricht en 93, ce fut oui; la constitution européenne en 2005 ce fut non…

Dilemme ou paradoxe ?

Concrètement on peut espérer que François Hollande arrive à convaincre Angela Merkel de tendre une dernière fois la main à la Grèce. En lui expliquant par exemple que ce n’est pas en réduisant encore les retraites ou les salaires que les Grecs s’en sortiront, mais en construisant un vrai système fiscal, qui ira chercher l’argent là où il se trouve (armée, église, armateurs…) avec l’aide d’experts européens. Mais un peuple qui vient d’affirmer aussi clairement son indépendance acceptera-t-il de se mettre sous la tutelle d’experts envoyés par Bruxelles ? Ce serait comme on dit en bon français un paradoxe… du grec paradoxa qui signifie « contraire à l’opinion du peuple ».

Un supplément de Hollande

Par Christophe Giltay dans Politique , le 20 avril 2015 08h39 | Un commentaire>

François Hollande a tenté dimanche une grande communication à destination des jeunes. Deux heures de direct dans une émission qui d’habitude se moque de la politique sur Canal+.

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« Le supplément », c’est son nom, traite de la politique comme s’il s’agissait d’un spectacle avec un vrai faux journaliste qui s’invite dans tous les événements pour poser des questions décalées. Cette émission  rencontre un grand succès chez les jeunes beaucoup plus que les véritables programmes politiques et donc François Hollande s’y est rendu hier, sur l’heure de midi. Enfin l’heure, c’est une façon de parler car il est resté deux heures.

 

Malin comme un sage
On peut retenir deux annonces importantes: tout un dispositif d’aide pour l’emploi des jeunes, et le fait que quoi qu’il arrive il soumettra au conseil constitutionnel, le juge suprême, la loi sur le renseignement actuellement en débat à l’Assemblée Nationale. C’est très habile car ça coupe l’herbe sous le pied aux détracteurs qui parlent déjà de Patriot Act » à la française et de limitation des libertés publiques. Pour le reste il est apparu à la fois responsable et sympa, « malin comme un sage » titre ce matin Libération. Bien que décontracté il a fait président au point de répondre à une question sur ses costumes mal coupés:  » moi président je choisis mes costumes… »

 

Objectif présidentielles
Je ne sais pas si cet exercice sera payant électoralement mais il est clair qu’il s’inscrit déjà dans la campagne présidentielle en 2017,  même si quand on lui a posé la question de sa candidature, il a répondu: peut être… En fait depuis un peu plus d’un an, François Hollande a changé d’équipe de communication. Adieu les vieux copains des années 80 comme Claude Sérillon, ou les performers de la génération  Valls, comme Morelle qui avait son propre cireur de chaussures à l’Elysée. Ils ont laissé la place à des trentenaires branchés, qui n’ignorent rien des réseaux sociaux.

 

Super Gaspard
Avec à leur tête le plus doué d’entre eux Gaspard Gantzer, 36 ans diplomé de l’ENA en 2004… Un gamin ! Mais un gamin surdoué et qui ne laisse rien au hasard. A la dernière conférence de presse de François Hollande, toutes les questions avaient été préparées à l’avance et même négociées avec lui. C’est ainsi que j’ai vu des dinosaures du journalisme français, comme Guillaume Durant, ne pas recevoir le micro, au profit  de jeunes inconnus du microcosme politique mais pas des réseaux sociaux. C’est aussi Gantzer qui décida d’envoyer Hollande immédiatement au siège de Charlie Hebdo dés l’annonce de l’attentat, le 7 janvier.

La carte jeune
François Hollande est persuadé que grâce à cette équipe renouvelée il arrivera à ringardiser ses adversaires. D’ailleurs a-t-il dit avec humour : « L’UMP a déjà disparu ! » Sur le plan sémantique ce n’est pas faux… Le parti de Nicolas Sarkozy a décidé de changer de nom.

En France, le nord est bleu et le sud est rose: comment expliquer cette frontière politique?

Par Christophe Giltay dans Politique , le 31 mars 2015 11h04 | 2 commentaires

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La France est désormais largement marquée à droite puisque l’UMP de Nicolas Sarkozy a remporté les deux tiers des départements. Ce clivage politique est aussi un clivage géographique car si l’on regarde la carte électorale, en gros on a l’impression que les deux tiers au nord et à l’est sont bleus ( UMP) et le tiers sud ouest rose (PS).  Comment expliquer cette frontière politique ?

En Belgique ce serait simple, on dirait que c’est dû à la frontière linguistique. D’une certaine manière c’est aussi le cas en France, les terres de langue d’oïl auraient voté plutôt à droite et les terres de langue d’oc à gauche.

Loin de Paris

Pourquoi ? D’abord pour des raisons historiques. Très éloigné de Paris, le sud-ouest a toujours été une région frondeuse. C’est là notamment que s’est développé le protestantisme pendant les guerres de religion au XVIIème siècle. Ce fut ensuite sous la révolution et l’empire un territoire très marqué par le radicalisme républicain. Enfin cette région n’a pas connu, à part les mines de Carmaux, l’industrialisation du charbon et de l’acier au XIXème siècle, et donc n’a pas souffert de la fin de cette industrie, comme le Nord ou la Lorraine. Quand on parle d’industrie dans le sud-ouest, c’est Airbus à Toulouse.

Ce fut longtemps une région rurale parsemée des villes universitaires très anciennes comme Montpellier, où Rabelais a fait ses études à la faculté de médecine en… 1530 ! Sous François 1er. C’est aussi une terre de droit romain, contrairement au droit coutumier longtemps en vigueur au nord. Enfin les sociologues ont identifié que dans le sud-ouest la famille était autrefois communautaire, et non patriarcale, qu’on y partageait les biens à égalité entre les frères et soeurs, alors que c’était le droit d’aînesse qui prévalait au nord. Ainsi on y aurait moins le culte du chef propre à l’UMP. Ce substrat culurel a profondément ancré le sud ouest dans une gauche laïque et républicaine qui sent bon le vin, l’aïl, l’huile d’olive, et la troisième République des instituteurs à la Pagnol.

La Côte d’Azur et l’Algérie française

Vous me direz: « Justement la Provence de Pagnol pourtant semblable au sud-ouest, a voté plutôt à droite ! » Oui, mais c’est dû à un phénomène récent, l’arrivée dans les années 1960 de ce qu’on appelle les pieds noirs: les Français rapatriés d’Algérie qui se sont massivement installés sur la côte d’azur. Ils votent majoritairement à droite et même à l’extrême droite car ils ont un rapport particulier à l’immigration maghrébine, ils estiment avoir été chassés d’Algérie…

Loin des yeux, loin des peurs

Enfin les régions plus à droite de France sont aussi les plus proches du coeur de l’europe. Au Benelux et en Allemagne, on y exprime le plus fort rejet contre la politique européenne, accusée de tous les maux. Or Angela Merkel fait moins peur à Bordeaux qu’à Reims.  Quant aux Anglais, l’ennemi hériditaire, ils ont dans le sud-ouest un truc qui leur permet de les affronter régulièrement de manière virile: le rugby !

Sondage: le FN, premier parti de France avec 30%

Par Christophe Giltay dans Politique , le 23 février 2015 10h01 | 5 commentaires

En France, le Front National se positionne une fois de plus comme le premier parti du pays, du moins sur le plan électoral. Un sondage publié par le Figaro lui accorde 30% des voix aux élections départementales qui auront lieu dans un mois.

C’est un sondage réalisé par l’Ifop pour Le Figaro. Avec 30 % des intentions de vote, le FN devancerait l’alliance UMP et centristes donnée à 28 %, le PS arrivant à la troisième place avec 20 %.  Les écologistes  recueilleraient 7 %, et le Front de gauche de Mélenchon 6 %. Aux dernières élections comparables les cantonales de 2011, le FN avait atteint 15 % des voix, sa progression est donc spectaculaire…

Un scrutin fondamental

Les élections départementales ( autre fois appelées cantonales),  représentent le soubassement, les fondations de la vie politique française. Comme leur nom l’indique elles permettent de constituer les conseils des département, soit l’équivalent de nos conseils provinciaux. A cette différence qu’en France les départements ont beaucoup plus de pouvoir que les provinces en Belgique. La France compte 102 départements, 96 en métropole et 6 outre-mer, pour un total de 4108 conseillers départementaux. Actuellement le parti socialiste contrôle 58 départements. Si les sondages devaient se confirmer il pourrait n’en garder qu’une dizaine. Pourquoi ? Parce que ce sondage très favorable au FN est aussi très favorable à la droite dite démocratique. En effet le scrutin départemental est du type majoritaire à deux tours comme l’élection présidentielle. Au second tour il ne reste que deux candidats (sauf si un troisième a franchi la barre de 12,5% des inscrits, ce qui serait très rare, car compte tenu de l’abstention prévue 12,5% des inscrits ça équivaut pour ce type de scrutin à 29% des votants, en France le vote n’est pas obligatoire).

Des deuxièmes qui opposeront souvent UMP et FN

Si le sondage a raison, dans bien des cas le second tour opposera un FN à un UMP. Et l’UMP aura alors beau jeu de réclamer le soutien du PS au second tour comme le PS l’a fait à l’UMP lors de la dernière législative le 7 février, dans le Doubs qui opposait une FN et un PS. Donc par un subtil jeu politicien, le FN bien qu’en tête des sondages remporterait peu de sièges, l’UMP toucherait le jackpot, et il ne resterait que des miettes au PS. Analyse à tempérer par le caractère local de ce scrutin, dans de nombreux cantons surtout ruraux on vote plus pour un homme ou une femme que l’on connait, que pour un parti installé là-bas, bien loin, à Paris.

Pas de Syriza

Reste une question, la question ! Visiblement il n’y aura pas d’effet Syriza ou Podemos en France: le Front de gauche plafonne à 6%. Les Français  déçus ou frustrés par la politique actuelle ne se radicalisent pas à gauche mais à droite et s’en vont grossir les rangs du FN. Le parti de Marine Le Pen est désormais donné à 30%, le voir un jour à 50% reste certes improbable… mais ce n’est plus impossible !

Hollande : the show must go on !

Par Christophe Giltay dans People, Politique , le 16 janvier 2014 09h56 | Comments Off on Hollande : the show must go on !

La conférence de presse de François Hollande continue à faire les titres de la presse en France. La presse people s’interroge sur sa séparation avec Valérie Trierweiler ; la presse sérieuse, analyse son discours politique qui recèle un vrai piège pour la droite.

Marianne.

En fait dans cette histoire, il y a un vrai et un faux scoop. Le faux c’est que le couple Hollande Trierweiler va se séparer. Il battait de l’aile depuis l’affaire du tweet au printemps 2012.  Le bal casqué de Hollande en fut la dernière valse. Le Canard Enchaîné rapportait hier que la première dame a piqué jeudi dernier une colère monumentale,  quand le président  lui a annoncé que le lendemain « Closer » allait publier les fameuses photos. Elle a, dit-on, fait trembler les murs de l’Elysée. A tel point que le médecin de la présidence a décidé de la faire hospitaliser à la Pitié Salpêtrière.

Une sortie honorable ?

On attend maintenant le dénouement, il faut que Hollande lui trouve une porte de sortie honorable. Je pense qu’elle va conserver la présidence de France Liberté, l’association humanitaire fondée par Danièle Mitterrand. Le problème pour Hollande, ça va être ensuite de l’empêcher de nuire, et surtout de lui nuire. Or d’après ses proches, c’est une rancunière…

Social-centriste

Et puis il y a le vrai scoop. Hollande a lancé mardi le processus de sa réélection et une véritable recomposition du paysage politique français. Ça n’apparaît pas encore très clairement, mais si on prend un peu de recul, on voit un président qui recentre sa politique sur des thèmes libéraux. Il s’aligne ainsi sur la gauche réformiste du début des années 2000 celle de Tony blair et de Gerhard Schröder. Ça va le brouiller avec l’extrême gauche et notamment Mélenchon, et probablement ce qu’il reste du parti communiste, mais ça va le rapprocher des centristes Borloo et Bayrou,  qui ont d’ailleurs accueilli favorablement le discours de mardi…

Un piège pour l’UMP

Vous voyez ce que je veux dire, on peut imaginer l’épure d’un rapprochement socialistes-centristes avec deux oppositions, l’une à droite Front National et UMP, et l’autre à gauche Mélenchon, communistes,  trotskistes,  etc… Quant aux écolos, il sera toujours temps de leur servir un peu de soupe verte, le moment venu !  Ce fut déjà la stratégie de Mitterrand en 1988 pour se faire réélire, il avait fait ce qu’on appelait à l’époque « l’ouverture », en faisant rentrer des ministres centristes au gouvernement.

On n’en est pas encore là, et officiellement les centristes sont encore les alliés de l’UMP, notamment pour les futures municipales. Mais la suite est beaucoup moins lisible.

Mardi à l’Elysée, François Hollande s’est  préparé à signer un nouveau bail, avec sa compagne préférée… la seule qui compte… Marianne !

 

 

 

 

« Champs Elysées 20 ans de chroniques sur Bel RTL » de Christophe Giltay, aux éditions “La Renaissance du livre.” En vente en librairie et sur la plupart des librairies en ligne ( FNAC, Amazon, decitre, rueducommerce, Leclerc, etc…) et sur le site de l’éditeur.

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