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Bocuse perd une étoile

Par Christophe Giltay dans Divers , le 17 janvier 2020 08h34 | Un commentaire>

Coup de tonnerre dans la gastronomie, le restaurant le plus connu de France, celui de Paul Bocuse près de Lyon,  ne comptera plus que deux étoiles dans l’édition 2020 du Guide Michelin, qui sera dévoilée le 27 janvier. Il avait gagné sa troisième étoile en 1965… et l’avait toujours gardée depuis.

Paul Bocuse

 

Paul Bocuse est mort en janvier 2018 à presque 92 ans. Bibendum a respecté un deuil de  deux ans, mais le verdict est tombé hier :  La célèbre Auberge du Pont-de-Collonges ne comptera plus que deux étoiles dans le prochain guide rouge. Bocuse avait gagné sa première étoile en 1958, et sa troisième en 1965. Il l’aura donc gardée 55 ans, un record !

Une sanction classique.

La rétrogradation d‘un restaurant à la mort de son propriétaire, lors d’une vente ou d’un changement de chef est un classique chez Michelin. Le « Comme chez soi » à Bruxelles a connu la même mésaventure en 2006.

Mais Bocuse représentait une telle institution que personne n’imaginait que cet établissement pourrait subir le même sort. De l’avis des spécialistes l’auberge ne méritait plus sa troisième étoile depuis bien longtemps. Le confort était toujours là, le service impeccable, la cuisine parfaite, mais on avait l’impression d‘un établissement figé dans les années 70, à l’heure de la grande gloire du chef. Ainsi son plat le plus connu reste la soupe aux truffes VGE, mise au point par Paul Bocuse à l’occasion de sa élévation par la Président Valery Giscardd’Estaing (VGE) au grade chevalier de la légion d’honneur en 1975 !

Chef star.

S’il faut reconnaitre un rôle historique à Paul Bocuse, c’est celui d’avoir fait sortir le chef des cuisines et de les avoir transformés en stars. C’est grâce à lui que des brigades de « meilleurs ouvriers de France », titre qu’il a obtenu en 1961, ont ouvert des établissements dans le monde entier, de New York au Japon en passant désormais par les monarchies du golfe. Et pourtant chaque jour, quand il était à Lyon, le chef en toque et grande tenue accueillait en personne chaque client dans le hall de l’auberge.

La tradition en mouvement.

Il n’était plus au fourneau depuis longtemps, mais tous ceux qui travaillaient dans sa cuisine pour préparer notamment le « loup à la sauce Choron », aurait tous mérité au moins une étoile. Quant à la salle elle était constamment remplie au moins au deux tiers, le succès n’a jamais cessé. Alors pourquoi cette sanction ? Tout simplement parce que le guide rouge ce n’est pas le guide vert, qui décrit le patrimoine et les monuments historiques. Le rouge c’est un guide de la gastronomie contemporaine, et pour garder ses trois étoiles il faut innover et rester en première ligne.

Comme l’écrit le Figaro ce matin : «  Le directeur , Vincent Le Roux, conscient que le péril rôdait de plus en plus ouvertement, a bien tenté de calmer les inspecteurs du guide en lançant le concept de «tradition en mouvement». Mais un slogan ne se mange pas. »

La douloureuse.

Cela dit rien ne vous empêche si vous passez d’aller visiter ce qui restera une institution… Avec prudence néanmoins, car si les plats sont désormais un peu surannés, les prix eux, sont tout à fait contemporains.

 

( Menu deux plats à partir de 180 euros par personne… soupe VGE 95 euros … loup sauce Choron 185 euros pour deux …etc…)

Charlie dénonce les nouvelles censures.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 7 janvier 2020 08h58 | 6 commentaires

Il y a 5 ans Charlie Hebdo était victime d’une attaque meurtrière qui a décimé sa rédaction. Dans les jours qui ont suivi un immense mouvement de solidarité s’est rassemblé sous le slogan «  je suis Charlie ». 5 ans après faut-il toujours être Charlie ?

 

 

Oui, il faut être Charlie plus que jamais, car c’est plus que jamais nécessaire ! On se souvient de la grand marche du 11 janvier qui avait rassemblé plus de 1 million de personnes dans les rues de Paris, avec au premier rang 44 chefs d’Etat et de gouvernement. Cette marche c’était un hommage rendu aux victimes de Charlie et de l’ « Hyper casher », mais c’était aussi une mobilisation au nom de la liberté d’expression. C’est le sens de cette formule « Je suis Charlie » inventée et tweetée à peine plus d’une heure après l’attentat par Joachim Roncin, directeur artistique du magazine stylist.

Tous Charlie.

Le 11 janvier tout le monde était Charlie. Ca ne voulait pas dire que tout le monde partageait le style et les idées de Charlie, mais ça voulait que Charlie avait le droit d’exister et d’user au maximum de sa liberté d’expression. Or 5 ans après la liberté de la presse et la liberté tout court n’ont jamais été aussi combattues. C’est ce que dénonce le numéro spécial de Charlie dont le titre est « Nouvelles censures, nouvelles dictatures ». On y voit en couverture un smartphone géant qui écrase la langue et les bras d’un dessinateur. Dans son éditorial, le directeur de la rédaction, Riss, explique pourquoi le combat du journal ne s’est pas simplifié depuis 5 ans, bien au contraire.

« Nouveaux censeurs »

« Hier, ( écrit Riss) on disait merde à Dieu, à l’armée, à l’Église, à l’État. Aujourd’hui, il faut apprendre à dire merde aux associations tyranniques, aux minorités nombrilistes, aux blogueurs et blagueuses qui nous tapent sur les doigts comme des petits maîtres d’école », qualifiés de  « nouveaux gourous de la pensée formatée ». « Aujourd’hui, le politiquement correct nous impose des orthographes genrées, nous déconseille d’employer des mots supposés dérangeants, nous demande de ne plus manger ceci ou de ne plus fumer cela. Dans notre intérêt, bien évidemment (…) », ajoute-t-il, fustigeant les « nouveaux censeurs » qui « se croient les rois du monde derrière le clavier de leur smartphone ». « Les flammes de l’enfer d’autrefois ont laissé la place aux tweets délateurs de maintenant. » 

Le devoir de déranger.

Il est vrai qu’aujourd’hui que vous soyez caricaturiste ou journaliste si vous sortez d’un certain « politiquement correct » vous pouvez vous faire crucifier sur internet en quelque minutes. C’est ainsi qu’en juin 2019 le prestigieux New York Times a décidé de ne plus publier de caricature. Or comme le dit Riss, si l’on doit ne publier que des gentils dessins qui font plaisir à tout le monde ça ne sert à rien…Pour les articles et les reportages c’est pareil. Ce matin je pense à Cabu… Cabu le dessinateur l’une des 12 victimes cimes des frères Kouachi. Cabu dessinait aussi dans le « Canard enchaîné », le canard dont la devise est

« La liberté de la presse ne s’use que quand on en s’en sert pas. »

 

Années 20 ? Années folles !

Par Christophe Giltay dans Divers , le 6 janvier 2020 11h30 | Ajouter un commentaire

L’année est désormais bien entamée, la décennie également. Nous sommes entrés dans les années 20, ce qui provoque chez moi un peu de nostalgie.

Louise Brooks la « garçonne » par excellence.

 

Si vous êtes né en l’an 2000, les années 20 resteront les années de vos 20 ans et je vous les souhaite riches et heureuses. Mais pour ceux qui comme moi sont nés au mitan du 20ème siècle les années 20, c’est autre chose. C’est en fait la première décennie dont la modernité un siècle plus tard, peut encore nous parler. En 1920 on est loin de la belle époque de 1900, la véritable boucherie que fut la guerre de 14 est passée par là et les jeunes générations ont besoin de liberté, d’espoir, de rêve distraction. Les années 1920 ont été surnommées les années folles, pour l’explosion des arts et de la musique, mais aussi la diffusion dans le grand public de technologies tel que l’automobile, le téléphone ( déjà ancien) , la radio, l’électroménager, et dans une moindre mesure l’avion…

Le jazz et les garçonnes.

Les années 20 ce sont les années du jazz et du charleston, les années de Louis Armstrong et de Joséphine Baker. Côté mode les jupes raccourcissent et les corsets disparaissent sous l’impulsion notamment de Coco chanel. Les femmes vont porter les cheveux court , on les surnommera les garçonnes, et leur icone sera l‘actrice américaine Louise Brooks. Le cinéma connait sa première révolution majeure en 1927 avec l’apparition du parlant…marquant la disparition progressive de grandes pantomimes de Charlie Chaplin, Harold Lloyd ou Buster Keaton. Les hommes portent des borsalinos, les riches roulent en Bugatti ou en Hispano… ils dilapident leurs fortunes à Monte Carlo c’est le temps de Gaby le magnifique.

Ca commence bien, ça se termine mal…

Les premières années sont très prospères économiquement, en Belgique ou en France la croissance dépasse les 5%. On commence à voter les premières de sois sociales même si la condition ouvrière reste proche du 19 me siècle notamment dans les mines. En 1922 le belge George Simenon s’installe à Paris et publie ses premier romans, il connait se premiers succès, même si le commissaire Maigret n’apparaitra qu’en 1931. Son compatriote Hergé crée Tintin en 1929, et l’envoie aussitôt au pays des Soviets. Aux Etats Unis c’est la prohibition, et la maffia surfe sur le trafic d’alcool. C’est la part d’ombre des années 20 qui sont aussi celles d’Al Capone à Chicago et de Mussolini qui arrive au pouvoir en Italie en 1922, préfigurant les régimes fasciste de la décennie suivante.

Jeudi noir.

Les années folles se terminent mal à New York en Octobre 1929, avec le krach boursier de Wall street, provoquant une crise économique majeure, qui ne s’éteindra vraiment Qu’avec la seconde guerre mondiale.

Comparaison n’est pas raison.Un siècle nous sépare désormais de l’univers de Scott Fitzgerald… Nous verrons ce que seront nos années 20 …folles ? Peut-être ?…Passionnantes ? Qui sait ?

A nous d’en décider !

 

Matzneff : pourquoi cette tolérance?

Par Christophe Giltay dans Divers , le 30 décembre 2019 14h02 | Ajouter un commentaire

Le débat fait toujours rage en France autour de la personnalité de Gabriel Matzneff cet écrivain pédophile très célèbre dans les années 70-80. Comment peut-on expliquer l’impunité dont il a bénéficié à l’époque ?

Gabriel Matzneff et Denise Bombardier à Apostrophe

 

Les images tournent en boucle sur les réseaux sociaux depuis quelques jours, ( 900 000 vues) c’est  un extrait d’Apostrophe la célébré émission littéraire en 1990. On y voit Bernard Pivot interroger sur un ton badin Gabriel Matzneff…  il lui demande « Pourquoi vous êtes-vous spécialisé dans les lycéennes et les minettes ? ». Matzneff comme à son habitude vient de revendiquer le droit pour les adultes comme lui d’avoir des relations  sexuelles avec des filles et des garçons de moins de 16 ans.  Les autres invités participent  de cette légèreté de ton, sauf une la québécoise Denise Bombardier, qui traite Matzneff d’individu pitoyable, le comparant aux vieux messieurs qui attirent les petits garçons avec des bonbons, et qui conclut en disant que s’il n’était pas une vedette de la littérature il aurait à répondre de ces fiat devant la justice. A l’époque toute la caste intellectuelle parisienne s’était moquée de Denise Bombardier, qualifiée notamment de « mal baisée ».

Pivot dans l’embarras.

C’est bien entendu elle qui avait raison et désormais chacun fait amende honorable. Bernard Pivot qui a quand même invité 6 fois Matzneff à Apostrophe expliquant dans un tweet : Dans les années 70 et 80, la littérature passait avant la morale; aujourd’hui, la morale passe avant la littérature. Moralement, c’est un progrès. Nous sommes plus ou moins les produits intellectuels et moraux d’un pays et, surtout, d’une époque.

Voie là l’explication qu’on entend le plus souvent : « c’était une autre époque… » comme dirait Cyrano « c’est un peu court vieil homme ». L’époque n’explique pas tout, depuis le ordonnances de 1945, il est interdit en France d’avoir des relations sexuelles avec un enfant de moins de 15 ans, même s’il est consentant. La sortie programmée du livre « Le consentement », de l’éditrice Vanessa Springero, une des adolescentes séduites par Matzneff à 13 ans quand il en avait 50, a mis le débat sur la table. pourquoi cette tolérance à l’époque ? Tolérance soutenue par des intellectuels comme Jean Paul Sartre ou Michel Foucault.

Un « vertige commun » post 68.

Le, journal libération tente ce matin une explication. A l’époque dans certains milieux issus de la mouvance de 68, toute loi à caractère moral était considérée comme une oppression au service de la société capitaliste. On voulait la libération des mœurs, l’émancipation des femmes, l’égalité pour les homosexuels mais aussi pour les pédophiles. Ce journal lui-même a publié des textes allant dans ce sens jusque dans les années 80. Il s’en est expliqué en 2001 dans un papier signé Sorj Chalandon , qui évoque un « vertige commun » dans la foulée du « il est interdit d’interdire » soixante-huitard.

Oui les temps ont changé, tant mieux, et aujourd’hui Gabriel Matzneff, comme le disait Denise Bombarbier, devrait répondre de se sectes devant la justice.

 

Extrait d’Apostrophe :

https://www.youtube.com/watch?v=H0LQiv7x4xs

 

Matzneff le pédophile qui se croyait esthète

Par Christophe Giltay dans Divers , le 27 décembre 2019 11h37 | 3 commentaires

Dans les années 70 l’écrivain Gabriel Matzneff n’a jamais caché ses attirances pour les adolescentes et adolescents, comme sur le plateau d’ « Apostrophes », en 1990. Dans quelques jours l’éditrice Vanessa Springora publie un livre, « Le consentement », dans lequel elle décrit la terrible emprise qu’il a exercé sur elle dans les années 80 quand elle était mineure.

 

Gabriel Matzneff 83 ans, prix Renaudot essais en 2013 est toujours écrivain et chroniqueur pour le magazine le point.  Dans les années 70-80 il était un personnage très médiatique, invité 6 fois à Apostrophe la grand émission littéraire. Si la comparaison était  possible je dirais que c’était un peu le David Hamilton de la littérature. Ses livres tournaient essentiellement autour de ses amours avec des adolescentes ou des adolescents…

Pédophile assumé.

Voici par exemple ce qu’il déclarait en 1975 sur Antenne 2 : « Je pense que les adolescents, les jeunes enfants, disons entre 10 et 16 ans, sont peut-être à l’âge où les pulsions d’affectivités, les pulsions sexuelles également, sont les plus fortes parce que les plus neuves. » « Et je crois que rien ne peut arriver de plus beau et de plus fécond à un adolescent ou une adolescente que de vivre un amour. Soit avec quelqu’un de son âge (…), mais aussi peut-être avec un adulte qui l’aide à se découvrir soi-même, à découvrir la beauté du monde créé, la beauté des choses. »

 

Gabriel Matzneff

 

Une autre époque.

Ces propos qui aujourd’hui feraient scandale étaient à l’époque tout à fait admis, du moins dans certains milieux. On était en pleine libération des mœurs, et de grands intellectuels dont Jean Paul Sartre, plaidaient pour la légitimation des relations sexuelles entre enfants et adultes. Il a fallu attendre 1990 et une émission Apostrophe à laquelle il était une fois de plus invité pour que Gabriel Matzneff se voie critiquer vertement,  et encore, ni par Bernard pivot, ni par ses invités français, mais par l’écrivaine québécoise Denise Bombardier qui l’avait qualifié de pitoyable, le comparant aux vieux messieurs qui attirent les petits garçons avec des bonbons. Elle fut aussi la première à demander qu’on songe aux victimes. Hier Denise Bombardier  a salué le courage de Vanessa Springora.

Le consentement.

Dans son livre l’éditrice âgée aujourd’hui de 47 ans écrit : « A 14 ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de 50 ans à la sortie de son collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit sa verge dans la bouche à l’heure du goûter. ». Mais elle ajoute et c’est toute la complexité du sujet : « Comment admettre qu’on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant? Quand on a ressenti du désir pour cet adulte qui s’est empressé d’en profiter? Pendant des années, je me débattrai moi aussi avec cette notion de victime ». Depuis l’annonce de la sortie de ce livre le débat fait rage chez les intellectuels français, Entre ceux qui considère qu’il s’agit d’une chasse aux sorcières, et les autres qui rappellent que si les adolescents aiment séduisent c’est aux adultes justement d’être responsable et de poser le limites.

Pédocriminel.

Quant à Matzneff qui n’a pas changé, il a fait part au magazine « l’obs » de sa « tristesse au sujet d’un ouvrage hostile, méchant, dénigrant, destiné à [lui] nuire. » On pourra débattre sans fin de la liberté en littérature. Mais, il y a une réalité, avoir des relations sexuelles avec un enfant de moins de 15 ans en France, ce n’est pas de l’esthétisme… c’est un délit !

( En France toute relation sexuelle commise entre un mineur de moins de 15 ans et un adulte est définie par le Code pénal comme une atteinte sexuelle, quelles que soient les circonstances. Un acte puni de 5 ans de prison et 75 000,00 € d’amende. En cas de non-consentement, l’acte peut-être requalifié en agression sexuelle ou viol.)

 

France : pourquoi la grève ?

Par Christophe Giltay dans Divers , le 5 décembre 2019 12h34 | Un commentaire>

 Trains, trams, bus et métros à l’arrêt. Ecoles fermées, théâtres et musées également. 250 manifestations prévues, syndicats et gilets jaunes côte à côte.  6000 policiers mobilisés. La France s’apprête à vivre une journée de grève historique.

 

 

C’est un grand classique de la lutte sociale en France et ça tient à l’histoire de la République. Grâce à la révolution de 1789 la France a connu la liberté politique bien avant la liberté sociale. Dans la plupart des autres pays européens cette conquête s’est faite simultanément, et c’est pourquoi par exemple en Belgique on associe souvent les syndicats à des partis. En France c’est beaucoup moins clair, même si la CGT fut longtemps le bras syndical du parti communiste à l’époque où il représentait encore quelque chose.

 Des légitimités concurrentes.

En France la classe politique quelle que soit sa couleur a beau jeu de mettre en avant sa légitimité issue des élections. Légitimité d’autant plus forte que le taux de syndicalisation est très bas dans l’hexagone 11% en moyenne, soit 19,1% dans la fonction publique et seulement 8,4% dans le privé ( en Belgique 54,2 % ) c’est ce qui explique d’ailleurs que la grève d’aujourd’hui concerne essentiellement des fonctionnaires ou assimilés. Résultat le Président Macron qui a toujours dit qu’il réformerait les retraites, affirme sans détour que comme il a été élu il applique son programme et qu’il n’y a rien à discuter.

Vers la suppression des régimes spéciaux.

Sauf que les 42 professions (cheminots, marins, militaires, policiers, clercs de notaire, employés de l’Opéra de Paris, fonctionnaires de l’Etat, etc…) qui bénéficient de régimes spéciaux n’ont pas l’intention de se laisser faire, et de voir disparaitre tous leurs avantages.

C’est classique en France le gouvernement dit : « j’ai raison, ma réforme est bonne circulez y’a rien à voir ! ». Pas d’accord répondent les syndicats qui descendent dans la rue. Ca se passe alors plus ou moins bien et au final la réforme est gelée et on discute.

L’exemple de 1995.

En 1995 ça avait duré presque un moins avant que le président Chirac ne suspende la célèbre réforme Juppé qui portait déjà en partie sur les retraites.

On verra comment ça se passe cette fois ci, en 1995 c’était le bordel mais c’était plutôt bon enfant, cette fois le gouvernement craint des violences et des débordements où black blocks et gilets jaunes pourraient chercher l’affrontement gratuit.

A mi mandat, Emmanuel Macron joue gros. S’il arrive à gérer cette crise et à faire passer sa réforme, avec quelques amendements raisonnables,  il aura réellement gagné ses galons de Jupiter. Sinon il pourra craindre pour sa réélection…

A quoi sert l’OTAN ?

Par Christophe Giltay dans Divers , le 3 décembre 2019 09h47 | Ajouter un commentaire

Alors que s’ouvre aujourd’hui à Londres un sommet de l’OTAN, on peut se demander quelle est la finalité de cette structure, née de la guerre froide, et qui ne parait plus adaptée aux défis d’aujourd’hui.

 

 

Emmanuel Macron dans une phrase provocatrice a déclaré il y a quelques jours que l’OTAN était en état de mort cérébrale, ce qui lui a valu une conversation franche avec le secrétaire général de l’organisation Jens Stoltenberg, et une volée d’insulte d’Erdogan qui a déclaré que c’était macro qui était en état de mort cérébrale. On le voit l’ambiance est au beau fixe dans une organisation où est quand même censé se battre les uns pour les autres et non pas les uns contre les autres…

70 ans et plus de dents ?

Et c’est là que se pose la question qui fâche à quoi sert l’OTAN aujourd’hui. A sa création en 1949 c’était simple, l’OTAN s’opposait au bloc de l’Est. L’OTAN soit les Etats unis et leurs alliés d’un côté et de l’autre l’URSS et les siens sous le nom de « pacte de Varsovie ». Quand l’URSS a disparu, le pacte de Varsovie a été dissous et on s’est posé la question de la survie de l’OTAN. A l’époque George Bush père a tout fait pour maintenir l’alliance alors que François Mitterrand par exemple ( déjà la France) , aurait préféré la construction d’une défense européenne, indépendante du parapluie américain. ( Souvenez-vous brigade franco-allemande puis Eurocorps…)

Qui est l’ennemi ?

Depuis l’OTAN existe toujours mais n’a plus d’ennemi désigné. Et ce qui faisait autrefois son unité, « tous contre l’URSS », est aujourd’hui facteur de divisions. Les pays baltes et plus généralement les ex pays de l’est ( Pologne , Hongrie Tchéquie, etc…) Sont très content d’être dans l’OTAN car ils continuent de craindre la Russie, leur adversaire historique. Les vieux Etats de l’Europe occidentale ( Bénélux, Royaume Uni, Allemagne, Italie, Espagne et même France) se satisfont de l’alliance car elle permet de ne pas, prendre en charge la totalité de leur défense. Ah qu’il est bon de compter sur le parapluie américain, sauf qu’avec Trump le parapluie est en train de se replier… Enfin un pays comme la Turquie y trouve une légitime internationale, alors ses intérêts géostratégiques différent de plus en plus de ceux des autres membres. Je vous l’apprends peut- être mais Erdogan est notre allié si, si… Et les statuts de l’OTAN prévoient qu’on fasse la guerre pour défendre la Turquie si jamais elle était attaquée. Mourir pour Ankara je ne suis pas sûr que le Belges, les Français ou même les Allemands soient prêts à signer …( Article 5 du traité de l’OTAN : « Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties »)

Un avenir à définir.

Quant aux défis d’aujourd’hui comme la lutte contre le terrorisme, ils sont le plus souvent menés par de alliances de circonstance, comme au Sahel, plutôt que par l’organisation qui n’est pas prévue pour ce genre de conflits.

Au fond c’est l’existence même de l’OTAN qu’il faudrait mettre sur la table…

Car si elle n’est pas en état de mort cérébrale, elle est au moins sous assistance respiratoire. Et comme on ne sait pas comment la remplacer et par quoi, il y a de fortes chances qu’on poursuive longtemps encore les soins palliatifs…

Anas symbole de la précarité étudiante

Par Christophe Giltay dans Divers , le 14 novembre 2019 10h41 | 3 commentaires

La fédération des étudiants francophones organise aujourd’hui à Bruxelles un rassemblement pour dénoncer la précarisation des étudiants. En France la situation est encore plus grave et les manifestations se succèdent depuis qu’un étudiant s’est immolé par le feu vendredi à Lyon. 

Le message d’adieu d’Anas peint à la bombe sur le mur du CROUS.

 

Il s’appelle Anas, il a 22 ans. Vendredi il s’est immolé par le feu devant le CROUS (centre régional des œuvres universitaires et scolaire) à Lyon. Cette année il redoublait pour la deuxième fois sa deuxième année de licence en Sciences politiques, et donc faute de résultats suffisants  il avait perdu sa bourse.

Privé de bourse et de logement.

Sur Facebook avant de commettre son geste il a écrit: « Cette année, faisant une troisième Licence 2, je n’avais pas de bourse, et quand j’en avais, 450 euros par mois, est-ce suffisant pour vivre ?» Il avait également perdu sa place en résidence universitaire. Il vivait depuis à moitié chez sa copine et chez ses parents, à 60 kilomètres de Lyon. Pas très pratique pour réussir son cursus. Très impliqué dans la vie syndicale il militait pour la création d’un salaire étudiant. Brûlé sur 90% du corps il lutte toujours pour sa vie mais le pronostic est très réservé.

Pauvre et universitaire.

Anas est devenu le symbole de la pauvreté dans le monde estudiantin. En Belgique 30 000 étudiants émargent au CPAS. En France 34% des étudiants occupent un travail à temps plein pour payer leurs études. Seuls 26% touchent une bourse, 8 étudiants sur 10 sont soutenus par leurs parents avec des disparités importantes. Enfin il n’y a en France que 150 000 places en résidence universitaire pour 2 700 000 mille étudiants inscrits dans le supérieur. En France dénoncent les syndicats il y a des étudiants qui ont faim, à tel point qu’il existe une vingtaine d’épicerie solidaires et sociales pour ceux qui ont moins de 7 euros par jour pour vivre.

Révolte en puissance.

Le geste désespéré d’Anas a servi de déclencheur, depuis tous les jours il y a des manifestations en France. A Lyon la faculté ou il étudiait est fermée.  A Paris, mardi soir, des manifestants ont arraché la grille d’entrée du ministère de l’Enseignement supérieur. A Lille, 400 personnes ont pénétré de force dans la faculté de droit où se tenait une conférence de François Hollande.

Et tout d’un coup flotte l’ombre de mai 68…

Avec cette différence : en 68 les étudiants révoltés étaient pour la plupart des fils et des filles issus de la bourgeoisie et de la classe moyenne. Ce qui les motivait c’était l’espoir de changer le monde !

Aujourd’hui ce sont les fils des gilets jaunes et ils sont mus par le désespoir…

 

Goncourt : Amélie Nothomb ostracisme ou malédiction ?

Par Christophe Giltay dans Divers , le 5 novembre 2019 10h14 | Un commentaire>

Amélie Nothomb n’a finalement pas décroché le prix Goncourt, décerné à Jean Paul Dubois par 6 voix contre 4 pour la romancière. C’est la troisième fois que l’écrivaine belge échoue,  alors… Ostracisme ? Ou malédiction ?

Un peu des deux peut être … Ce n’était pas la première fois qu’elle figurait dans le dernier carré. En 1999 et 2007, elle avait également été sélectionnée sans l’emporter, pour ses romans « Stupeur et tremblements » et « Ni d’Eve ni d’Adam ».

Un Goncourt notoire ou pas ?

Il serait facile de dire qu’elle a été victime de son image médiatique et de sa notoriété. C’est peut-être le cas mais la notoriété n’est pas forcément rédhibitoire. Marguerite Duras, Simone de Beauvoir, Marcel Proust, André Malraux, Henri Troyat, Michel Houellebecq et tant d’autres écrivains déjà célèbres ont obtenu le Goncourt. Et puis il y a les contres exemple bien connus de Céline avec « Le voyage au bout de la nuit », ou encore de saint Exupéry avec « Vol de nuit », qui ont raté le Goncourt…Enfin je vous passerais les dizaines d’auteurs qui l’ont eu et dont tout le monde a oublié l’existence.

Une formule magique.

Le Goncourt c’est une espèce d’alchimie, ou s’entremêlent la qualité du livre, la personnalité de l’auteur, celle des jurés, le poids des éditeurs, la tendance du marché etc…

On peut néanmoins essayer de chercher quelques éléments subjectifs : D’abord le livre d’Amélie Nothomb « soif » traite de la passion du christ, racontée par lui-même. Un sujet difficile, audacieux et clivant, car il faut être à la hauteur de l’histoire et du personnage. Quatre jurés du Goncourt ont estimé que l’objectif était atteint, six non.

Ensuite il y a la personnalité d’Amélie Nothomb, ses chapeaux,  ses interviews son style. Sa production très abondante, pas toujours de qualité égale. Parfois les jurés du Goncourt, eux-mêmes écrivains, aiment les auteurs qui peinent sur leur ouvrage, qui accouchent dans la douleur. Alors qu’Amélie Nothomb affiche une grande facilité…

Un aspect commercial.

Il y a peut-être également une question commerciale, aujourd’hui un Goncourt se vend en moyenne à 367 000 exemplaire. Amélie Nothomb a déjà vendu 140 000 exemplaires de « Soif ». Jean Paul Dubois avec « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » est très loin derrière, au moins 100 000 de moins, les Goncourt ont peut-être voulu lui faire un cadeau, un riche cadeau.

Le précédent Duras.

Au final rien ne dit qu’Amélie Nothomb ne décrochera jamais le Goncourt . Si je reviens à l’exemple de Marguerite Duras, tout le monde la donnait favorite  en 1950  pour « Un barrage contre le pacifique », et elle ne l’a obtenu qu’en 1984, 34 ans plus tard, avec l’« Amant »…

Comme on dit : patience et longueur de temps….

L’incandescente Marie Laforêt

Par Christophe Giltay dans Divers , le 4 novembre 2019 11h03 | Ajouter un commentaire

On a appris dimanche le décès de la chanteuse et comédienne Marie Laforêt, celle qu’on surnommait la fille aux yeux d’or. Elle traversé les décennies avec un charme indicible.

 

« La fille aux yeux d’or », le titre d’une nouvelle de Balzac, adaptée au cinéma ( avec elle dans le premier rôle) par celui qui sera son premier mari Jean-Gabriel Albicocco. La fille aux yeux d’or qui est déjà un livre remarquable, puisqu’en 1835 Balzac évoquait la relation entre deux femmes…Ambiguïté, travestissement, complexité, cosmopolitisme. Finalement le personnage collait par bien des aspects à celui de Maïtena Doumenach, fille d’industriel devenue artiste à la suite d’un concours sur Europe 1 en 1959. Son premier film « Plein soleil » avec Alain Delon et Maurice Ronet, révèlera à tous sa luminescence… son incandescence…

 35 films, des millions de disques.

Pour les gens de ma génération, nés dans les sixties, elle avait toujours été là, on avait à peine remarqué qu’elle s’était éloignée depuis le milieu des années 2000. Dernier concert en 2005, produit par Laurent Ruquier, dernière pièce de théâtre en 2000, une interprétation mémorable de la Callas qui lui valut un Molière. Elle ne chantait plus mais ses ritournelles et ses mélodies continuait à se balader sur les ondes. «  Ivan, Boris et moi »; « Viens c’est une prière » ; « Il a neigé sur Yesterday » coté Beatles, « Marie douceur Marie colère » adaptation en français de « Paint it black » côté Rolling Stones. On peine à croire le chiffres 35 millions d’albums vendus… 35 films. Une carrière internationale à une époque où les Français sortaient peu de leurs frontières. En 1969 elle a fait presque un tour du monde, elle a chanté dans quatre langues, fait un tabac en Amérique latine.

De « Plein soleil » aux « Morfaloux ».

 Côté cinéma je me suis toujours demandé si elle avait volontairement transformé le personnage envoûtant de ses débuts, en féministe dévergondée, au caractère volcanique et au verbe acide…

Elle était formidable dans ses personnages comiques, mais on avait l’impression qu’elle était passée à côté de quelque chose. Elle même disait « Ma carrière est de bric et de broc mais ma vie est remplie du début à la fin »

La fin nous a tous surpris : «  Quoi Marie Laforêt, 80 ans ? Mais je la vois encore hier ou avant-hier…enfin je la vois encore …je la vois tout le temps …je l’entends… elle était parmi nous dans le paysage. Il va falloir se convaincre qu’elle ne réapparaîtra pas un jour par surprise sur un plateau de télévision, avec une chanson, un film, un livre.

 Un cadeau ( un peu ) empoisonné.

Marie si vous me permettez, j’ai quand même un petit reproche à vous faire, la chanson « Cadeau… » Celle où une mère explique à son petit garçon qu’il ne lui doit rien

Pour neuf mois de patience et douze heures de souffrance
CADEAU
Pour tant de nuits de veille, surveillant ton sommeil
CADEAU
Pour les tours de manège, les jouets, le collège
CADEAU
Et quand on fait le tour, le total de mon amour,
C’est CADEAU…

Marie si vous saviez combien de fois ma mère me l’a faite écouter, elle m’a littéralement bassiné avec cette chanson !

Bon vent Marie !