Charlie dénonce les nouvelles censures.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 7 janvier 2020 08h58 | 6 commentaires

Il y a 5 ans Charlie Hebdo était victime d’une attaque meurtrière qui a décimé sa rédaction. Dans les jours qui ont suivi un immense mouvement de solidarité s’est rassemblé sous le slogan «  je suis Charlie ». 5 ans après faut-il toujours être Charlie ?

 

 

Oui, il faut être Charlie plus que jamais, car c’est plus que jamais nécessaire ! On se souvient de la grand marche du 11 janvier qui avait rassemblé plus de 1 million de personnes dans les rues de Paris, avec au premier rang 44 chefs d’Etat et de gouvernement. Cette marche c’était un hommage rendu aux victimes de Charlie et de l’ « Hyper casher », mais c’était aussi une mobilisation au nom de la liberté d’expression. C’est le sens de cette formule « Je suis Charlie » inventée et tweetée à peine plus d’une heure après l’attentat par Joachim Roncin, directeur artistique du magazine stylist.

Tous Charlie.

Le 11 janvier tout le monde était Charlie. Ca ne voulait pas dire que tout le monde partageait le style et les idées de Charlie, mais ça voulait que Charlie avait le droit d’exister et d’user au maximum de sa liberté d’expression. Or 5 ans après la liberté de la presse et la liberté tout court n’ont jamais été aussi combattues. C’est ce que dénonce le numéro spécial de Charlie dont le titre est « Nouvelles censures, nouvelles dictatures ». On y voit en couverture un smartphone géant qui écrase la langue et les bras d’un dessinateur. Dans son éditorial, le directeur de la rédaction, Riss, explique pourquoi le combat du journal ne s’est pas simplifié depuis 5 ans, bien au contraire.

« Nouveaux censeurs »

« Hier, ( écrit Riss) on disait merde à Dieu, à l’armée, à l’Église, à l’État. Aujourd’hui, il faut apprendre à dire merde aux associations tyranniques, aux minorités nombrilistes, aux blogueurs et blagueuses qui nous tapent sur les doigts comme des petits maîtres d’école », qualifiés de  « nouveaux gourous de la pensée formatée ». « Aujourd’hui, le politiquement correct nous impose des orthographes genrées, nous déconseille d’employer des mots supposés dérangeants, nous demande de ne plus manger ceci ou de ne plus fumer cela. Dans notre intérêt, bien évidemment (…) », ajoute-t-il, fustigeant les « nouveaux censeurs » qui « se croient les rois du monde derrière le clavier de leur smartphone ». « Les flammes de l’enfer d’autrefois ont laissé la place aux tweets délateurs de maintenant. » 

Le devoir de déranger.

Il est vrai qu’aujourd’hui que vous soyez caricaturiste ou journaliste si vous sortez d’un certain « politiquement correct » vous pouvez vous faire crucifier sur internet en quelque minutes. C’est ainsi qu’en juin 2019 le prestigieux New York Times a décidé de ne plus publier de caricature. Or comme le dit Riss, si l’on doit ne publier que des gentils dessins qui font plaisir à tout le monde ça ne sert à rien…Pour les articles et les reportages c’est pareil. Ce matin je pense à Cabu… Cabu le dessinateur l’une des 12 victimes cimes des frères Kouachi. Cabu dessinait aussi dans le « Canard enchaîné », le canard dont la devise est

« La liberté de la presse ne s’use que quand on en s’en sert pas. »

 

  • 0
  • 0
  • 0
  • 0

Laisser un commentaire

  * champ obligatoire

6 réactions à “Charlie dénonce les nouvelles censures.”

  1. Exellent point de vue, exellente étude, entierement d’accord avec votre analyse.

  2. Bravo comme en mai 68, redisons:plus que jamais « il est interdit d’interdire

  3. Mes respects Monsieur Giltay

  4. 4BOLLAND MICHEL (pas de pseudo liberté) le 8 janvier 2020 à 05:19

    simplement d’accord avec Christophe Giltay qui a l’art de trouver les mots justes. Et oui actuellement il faut tourner 7 fois, voire plus, tourner sa langue dans sa bouche avant de s’exprimer librement sans déranger toute une catégorie de biens pensants.

  5. Excellente analyse de la part de… Riss!

    Mais, comment en est-on arrivé là, en quelques années?

    Car si même des journalistes « classiques » (sorry, je n’ai pas trouvé d’autre mot à l’instant) s’inquiètent de la situation, c’est qu’elle est vraiment critique.

    Monsieur Giltay? Une idée sur la question?

  6. Charlie m’a souvent choqué, quelques fois même blessé. Je me suis sentis insulté par Charlie, plus d’une fois. Pourtant je ne me permettrait jamais d’appeler à la censure. A partir du moment ou je peux penser librement que ce sont des sales cons, ils ont le droit de s’exprimer, de déranger.